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John S. Spong

 

La prière, le courage d'être

 

 

18 octobre 2016

Traduction Gilles Castelnau

Question

Une fillette de huit dans, dans ma paroisse, a son père qui mourra probablement bientôt d’un cancer. Elle a dit qu’elle savait que son père ne mourrait pas parce qu’elle priait Dieu « vraiment fort ».
Que peut-on lui dire ?

 

Réponse


Il y a une grande différence entre le désir et la réalité. Cette petite fille exprime son désir à la manière d’un enfant de son âge où l’on croit que les parents peuvent tout et on lui a clairement dit que Dieu était, comme eux investi d’une toute-puissance surnaturelle : s’il obéit à Dieu comme un enfant obéit à ses parents, il obtient de lui ce qu’il désire, comme il l’obtient de ses parents.

Nous savons qu’évidemment la réalité ne fonctionne pas ainsi, mais la superstition et la religion sont les plus fortes.
Les liturgies de nos Églises vont dans ce sens : « Aie pitié, ô Dieu, accorde-nous ce que nous te demandons en accord avec ta bienveillante volonté. »

Cela avait peut-être du sens lorsque l’image que nous nous faisons de Dieu était celle d’un super-Père demeurant haut dans le ciel, conservant les registres où étaient inscrits nos bonnes et nos mauvaises actions dans le but de rendre justice lors du Jugement dernier en récompensant les bons et en punissant les méchants.

La prédication de l’Église répercutant cette idée d’un Dieu-Père Noël, il n’est pas surprenant qu’un enfant la reprenne tout naturellement à son compte.

Je pense même qu’elle a bien dû parler ainsi précédemment et qu’on l’a félicitée pour sa foi et sa fidélité. Et comment allons-nous lui parler lorsque la réalité pénétrera dans son univers imaginaire ?

Il faut que nous commencions par faire réfléchir les adultes qui instruisent les enfants. Et la première chose à leur dire est que le christianisme n’a pas pour but de nous sécuriser. Il ne suscite pas la paix intérieure dans le chaos de la vie. Le christianisme donne plutôt la force d’affronter courageusement l’insécurité de la vie. Il donne le dynamisme dont nous avons besoin pour traverser de manière créative les moments où il n’y a pas de paix intérieure possible, pour continuer à mettre un pied devant l’autre quand le chaos envahit notre vie.

Personne ne peut éviter les mauvais moments de la vie, ni les hommes justes, ni les saints, ni ceux qui sont convaincus de posséder la véritable foi.

Donnez votre amour à cette enfant. Établissez avec elle une relation suffisamment encourageante et honnête pour qu’elle puisse exprimer son angoisse. Car l’angoisse ne peut qu’être refoulée si l’on croit que, par la prière, on peut contrôler la volonté de Dieu.

Ayez bon courage. La vie est dure. Il n’y a pas de réponses faciles. C’et bien pourquoi Paul Tillich a intitulé un de ses livres : « le Courage d’être ».

 

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