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Spiritualité

 

Dieu

 

John S. Spong

 

Traduction Gilles Castelnau

 

22 septembre 2003

Question

Dieu est-il une personne ?

 

 

Réponse

Nous ne pouvons parler de Dieu
qu'à partir de nos expériences d'hommes et avec un langage humain qui est évidemment insuffisant. La manière même dont la question « Dieu est-il une personne ? » est formulée le montre bien.
Comment faire entrer la sainteté dans des mots que nous pourrions prononcer ? Le terme le plus noble que nous puissions imaginer est bien celui de « personne » et il est compréhensible que nous l'utilisions pour Dieu. Si les chevaux avaient des Dieux, ils diraient que leurs Dieux sont « comme des chevaux ». Les Dieux des humains seront toujours « comme des personnes ».

La réponse « Non, Dieu n'est pas une personne », n'est pas plus juste et elle a l'inconvénient de jeter le trouble parmi ceux qui ne peuvent pas imaginer que Dieu soit autrement que le concept le plus élevé auquel ils peuvent penser, la « personne ».
Toute réponse à la question « Dieu est-il une personne ? » pose plus de difficultés qu'elle n'en résout.

J'aime à répéter qu'aucun homme, quelque soit son titre ecclésiastique ou universitaire ne peut définir Dieu. Tout ce que l'on peut faire est dire comment on a expérimenté la présence du Saint, du Transcendant, du Tout-Autre, de l'Inconditionné, c'est-à-dire de Dieu.
Toute autre précision est illusoire et d'ailleurs laisse croire que Dieu pourrait se conduire à la manière d'une personne humaine.

D'où les questions qui surgissent :
- Dieu intervient-il constamment ou exceptionnellement dans la vie du monde ?
- Comment prier pour qu'il intervienne ?
- Exauce-t-il les prières ?
- Toutes les prières de tous les hommes ou seulement certaines ?
- Comment savoir ?
- Et si George Bush et Saddam Hussein on fait au même moment des prières contradictoires, comme Dieu a-t-il répondu ?

Vous voyez bien qu'en parlant de Dieu on risque vraiment de créer « à notre image et à notre ressemblance » un Dieu qui satisfait nos besoins, un Dieu enfermé dans nos préoccupations humaines.

En réalité, Dieu est celui dont la présence nous fait vivre, celui qui peut faire en nous infiniment au-delà de ce que nous imaginons ou pensons. La vision du monde à laquelle il nous ouvre, l'expérience de l'amour qu'il nous fait partager et le courage d'affronter la vie qu'il renouvelle en nos coeurs, nous rend à notre véritable nature humaine.
Mais ceci nous entraîne bien plus loin que la simple question de savoir si Dieu est ou n'est pas une personne !

 

 

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5 août 2003

Question

La prière Dieu est-il une vraie personne avec laquelle nous pouvons communiquer ?

 

 

Réponse

Pour parler de la prière, il faut d'abord régler un certain nombre de problèmes non résolus qui gênent la réflexion.
Un de ces problèmes apparaît justement dans la manière dont la question est formulée : se demander si « Dieu est une vraie personne » fait penser que Dieu pourrait ressembler à une personne humaine, ce qui n'est évidemment pas le cas.
On dira peut-être alors : « si Dieu n'est pas un Dieu personnel, il n'a, pour moi, aucun intérêt ».
Mais Dieu existe-t-il pour susciter de l'intérêt ?

Il faut aussi réfléchir à la signification de la prière :
- La prière a-t-elle pour but d'amener Dieu à faire notre volonté ?
- La prière amène-t-elle Dieu à faire ce qu'il n'aurait pas fait si nous ne l'avions pas prié ?
- La prière peut-elle faire changer Dieu d'avis ?
- Beaucoup de prières prononcées par beaucoup de gens ont-elle plus de pouvoir qu'une seule prière prononcée par une seule personne ?

Bien souvent les prières dont parlent les gens ressemblent aux lettres que les enfants envoient au Père Noël :
-  « J'ai été sage, accorde-moi donc ceci et encore cela. »

Mais naturellement la prière est bien autre chose ! Elle consiste à nous placer consciemment en présence de Dieu jusqu'à ce que nous soyons emplis de cette présence.
- La prière consiste à pénétrer dans la vie d'un autre et à permettre au Dieu présent en nous de régénérer la vie de l'autre.
- La prière consiste à emplir le monde et notamment ceux que l'on aime de la force de notre énergie créatrice, de notre force vitale, enracinée, bien sûr, dans le dynamisme créateur de Dieu.
- La prière consiste à participer à l'accroissement de la vie, au développement de l'amour, au renforcement de l'être.
- La prière consiste à se regarder soi-même en vérité et sans se laisser duper.
- La prière consiste à communier avec le Dieu qui est au-delà de toutes les images que nous nous faisons de lui, au-delà aussi de l'image d'un Dieu personnel.
- La prière consiste à ouvrir le monde à la réalité du Dieu qui ne cesse d'y infuser la vie, l'amour et l'être.

Ces remarques ne sont que le premier pas de la grande réflexion que la question exige ; mais ce premier pas ne peut être évité ! Et j'invite tout le monde à participer à cette recherche en relation aussi avec tous les voisins et les amis possibles.

 

 

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23 octobre 2003

Question

Comment nommer Dieu dans la prière ? La prière est-elle utile ?

 

Réponse

Je suis frappé par le nombre de questions que soulève la prière
. Sans doute parce que, lorsque nous prions, il nous faut bien définir notre conception de Dieu et que celle-ci n'est plus la même qu'autrefois.
A mon avis, l'important n'est pas quels titres on donne à Dieu dans la prière, mais plutôt quel sens on leur donne.

Je suis frappé du fait que nos prières supposent souvent que Dieu aime qu'on le flatte, qu'on l'appelle « Tout-puissant », « miséricordieux », « Dieu d'amour », « Dieu de bonté », « créateur de toutes choses » etc.

On lui rappelle aussi fréquemment ce que l'on espère qu'il est : « tu es plus prompt à nous écouter que nous à te prier », « tu nous pardonnes davantage que nous ne méritons »...
C'est nous qui avons besoin d'entendre ces paroles ; elles reflètent des préoccupations humaines bien éloignées des pensées de Dieu.

- La prière est-elle utile ? Une telle question est la preuve que nous cherchons avant tout l'accomplissement de notre volonté. Mais tel n'est pas le but de la prière et on ne peut donner de réponse à une telle question.

- Je prie personnellement tous les jours. Non pour que ma prière obtienne quelque chose de Dieu mais pour qu'elle m'ouvre à lui.

Je pense qu'on ne peut rien affirmer de plus et ceux qui s'imaginent en savoir plus se font des illusions.

 

 

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12 novembre 2003

Question

Si Dieu est amour pourquoi le mal ?
Pourquoi y a-t-il des tremblements de terre, des famines et des guerres ?

 

 

Réponse

Cette question a toujours tourmenté les croyants
et une réponse définitive n'en a jamais été trouvée.
Le dilemme est le suivant :
Si Dieu est tout-puissant, il est immoral de permettre les catastrophes et s'il est amour il n'est pas tout-puissant.

La solution me semble se trouver dans la conception que l'on se fait traditionnellement de Dieu. On la nomme « théisme ».
Le « théisme » considère Dieu comme un Être suprême, surnaturel et tout-puissant, qui demeure « au ciel », c'est-à-dire à l'extérieur du monde et qui intervient de temps en temps pour accomplir sa volonté.

C'est cette idée-là qui rend le problème du mal insoluble car si Dieu a le pouvoir d'arrêter les catastrophes, il est impensable qu'il ne le fasse pas.

Cette notion de Dieu est en train de perdre toute crédibilité et de disparaître tout simplement. D'autant plus que les progrès de la science nous ont fait comprendre que les lois naturelles ne sont pas l'objet d'interventions surnaturelles.

Ce n'est pas évidemment pas Dieu qui est immoral ou indigne de foi, mais la doctrine « théiste », parfaitement immorale, qui a largement perdu sa crédibilité et que les hommes ont raison de ne plus admettre.

Il nous faut repenser notre conception de Dieu en dépassant ce « théisme ». Ce sera la grand tâche de l'Église au 21e siècle et il est tout à fait regrettable que l'on n'y dépense pas davantage d'énergie. La paresse intellectuelle est la mort de l'Église. Les violons jouent pendant que le bâtiment brûle !

 

 

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21 avril 2005

Question

Dieu est-il responsable de la souffrance de Job ?

 

Réponse

Job et ses amis venus le réconforter sont encore enfermés dans une conception théiste de Dieu et c'est dans ce cadre étroit qu'ils s'efforcent de comprendre les malheurs de la vie. Je crois qu'aujourd'hui ce n'est plus possible.

Le théisme définit Dieu comme un être à la puissance surnaturelle, demeurant à l'extérieur du monde mais néanmoins capable d'y intervenir de temps en temps pour récompenser ou punir. Il est bien difficile d'expliquer, dans ces conditions, pourquoi Dieu a fait ceci et n'a pas fait cela. C'est bien le problème de Job.

Il est déjà encourageant de penser au fait que Dieu est présent dans la prière que nous lui adressons d'un même coeur. Mais cela ne résout pas le problème de l'existence du mal.

Le problème est : « Dieu est-il responsable ? » Existe-t-il un Être ayant le pouvoir de diriger le cours de l'histoire ? Si on répond non, comme la plupart des théologiens modernes, les gens comprennent qu'il n'y a pas de Dieu ou que s'il y en a un, il n'a pas d'importance puisqu'il ne peut rien.

C'est bien pourquoi la définition théiste de Dieu m'apparaît n'être qu'une création humaine qu'il serait temps d'abandonner pour nous tourner vers une théologie radicalement nouvelle.

Peut-on être chrétien sans être théiste ? Je réponds oui sans hésitation. Nous aurons l'occasion d'en reparler.

 

 

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19 mars 2006


Question

Je suis d'accord avec vous pour l'évolution, l'homosexualité et les autres sujets.
Pourtant il faut reconnaître que le problème que posent les conservateurs à propos de l'évolution dépasse la seule interprétation du texte de la Genèse. L'Ancien Testament dit que Dieu intervient sur la terre et qu'il y intervient beaucoup.

Si Dieu ne s'occupe pas de la manière dont la vie se développe sur terre, de quelles autres choses est-ce qu'il ne s'occupe pas non plus ? Il est effrayant de penser que le chaos que nous créons sur terre n'est pas sous l'autorité de Dieu et que Dieu ne va pas intervenir pour le réparer.

Jésus nous a montré ce que nous avons à faire. Comment persuader les conservateurs de notre responsabilité et les convaincre que c'est désormais à nous d'agir

 

Réponse

Ce dont nous avons besoin c'est d'une religion qui ne nous infantilise pas mais nous traite en adultes. Nous avons besoin d'avancer et non pas d'être « born again », nés de manière surnaturelle.

Une religion est infantilisante lorsqu'elle enseigne que nous avons dans le ciel un père prodigieux disposé à s'occuper de nous et que nous devons chercher à lui plaire en nous conduisant de manière appropriée, en disant les prières qui conviennent et en célébrant un culte qui le flatte - avec notamment des cantiques qui lui répètent à quel point il est grand.
Nous avons appris, étant enfants, que la flatterie plaît à ceux qui exercent l'autorité et nous nous imaginons qu'elle fonctionnera aussi avec Celui qui a la plus haute autorité !

C'est pourquoi je prétends que la conception théiste de Dieu doit être abandonnée. Ce n'est pas devenir athée. C'est penser que les anciennes définitions ne fonctionnent plus et doivent être changées.

Je considère que Dieu est vie, amour et être et je lui rends un culte en vivant, en aimant, en étant. Je sers Dieu en participant à construire un monde dans lequel tout le monde puisse vivre, aimer et être.

C'est une mystique sainte et très simple mais elle m'émerveille, car je comprends dès lors que la religion et la vie forment une même source jaillissante et que Dieu est au coeur de toute existence.

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22 mars 2006


Je m'attache à deux éléments fondamentaux.

Le premier est mon identité de chrétien, qui trouve en Jésus la porte ouvrant sur la transcendance et l'émerveillement de Dieu.

Le second est mon appartenance au 21e siècle qui m'empêche de penser comme un chrétien du 1er siècle, au temps où l'on écrivait le Nouveau Testament. Ni comme un chrétien du 4e siècle, au temps où l'on élaborait les credo. Ni comme un chrétien du 13e siècle, au temps où l'on rédigeait les prières liturgiques. Ni comme un chrétien du 16e siècle, au temps de la Réforme. Je suis vraiment du 21e siècle.

Cela signifie que je dois faire entrer mon christianisme dans les structures de pensée qui sont celles du 21e siècle. Et bien des manières de penser du 1er siècle doivent inévitablement être sacrifiées dans la mesure où elles ne sont plus compréhensibles aujourd'hui.

Je fais une différence entre l'expérience que l'on peut avoir de Dieu et la manière dont on la présente. L'expérience elle-même me semble être à la fois réelle et indépendante de l'époque à laquelle elle a été perçue. Mais la manière dont on la présente est évidemment marquée et aussi influencée par la mentalité de son époque. La présentation, puisqu'elle est liée à son temps s'effacera inévitablement.

Je ne trouve pas de preuve dans l'histoire que quelqu'un ait jamais pu être lui-même à l'origine d'une nouvelle religion. Mais il y en a beaucoup qui montrent que les anciens concepts mutent en de nouvelles structures religieuses. Les institutions religieuses tendant toujours à se prémunir contre le changement. Mais cela risque de sonner le glas du Christianisme car sa nature est d'être radicalement inclusif : il ne supporte aucune barrière, aucune limite.

La route qu'il nous ouvre vers le mystère de Dieu ne connaît ni poteau indicateur ni direction obligatoire.

 

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28 avril 2006


Question

 - « il me faudrait plus d'informations sur Dieu ».
J'admets tout à fait la conception de Dieu « en qui nous avons la vie, le mouvement et l'être » Actes 17.28.
Mais que penser du Psaume :
- « Mon Dieu, le rocher où je trouve un abri !
La force qui me sauve, ma haute retraite ! » Psaume 18

 

Réponse

Comment peut-on s'imaginer que le cerveau humain puisse concevoir la nature de Dieu ? Le cerveau d'un cheval pourrait-il concevoir la nature de l'homme ? Le philosophe grec Xénophon a dit fort justement  :
« si les chevaux avaient des Dieu, ceux-ci seraient semblables à des chevaux ».

C'est pourquoi notre langage liturgique ne désigne pas l'être même de Dieu. Le psalmiste utilise évidemment le langage liturgique. Il est l'expression du besoin, du désir humain, de l'amour. Il est poétique, ardent, excessif. Il ne faut pas plus le prendre à la lettre qu'on ne prend à la lettre le langage de l'amour.

Notre plus grand désir à nous les hommes est de savoir que nous ne sommes pas seuls dans un grand univers effrayant.

 Nous avons besoin de penser que nous avons un protecteur qui n'est pas faible comme nous.

Mais fonder sa vie sur une telle conviction implique forcément dépendance et infantilisation.

Il faut prier comme si tout dépend de Dieu et vivre comme si tout dépend de nous,

car nous vivons en Dieu et Dieu vit en nous.

 

 

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15 mars 2010

Question

Si on n’accepte plus le théisme, ne devrions-nous pas abandonner également le mot « Dieu » à cause de tous les malentendus qu’il entraîne, parce qu’il est constamment mal compris et parce qu’il nous ramène sans cesse aux anciennes conceptions. Comment pourrait-on dire ? Vie ? Énergie ? Amour ? Aucun de ces mot ne convient mais il faudrait quand même trouver une appellation pour l’Éternel.

 

Réponse

Il y a une différence entre faire l’expérience de la présence de Dieu et rendre compte de cette expérience. La religion s’efforce de supprimer cette différence. Le théisme est une manière humaine de rendre compte de l’expérience de la présence de Dieu, il n’est pas Dieu. Cette expérience peut être réalité ou illusion. La manière d’en rendre compte ne sera pas éternelle et ne peut pas l’être.

Notre personnalité est caractéristique de notre être et nous ne pouvons jamais en être quitte. Elle influence toutes nos déclarations, y compris ce que nous disons de Dieu. Nous ne pouvons pas pénétrer l’être de Dieu, d’un mammifère, d’un reptile, d’un poisson ou d’un insecte. Nous les comprenons à l’image de notre propre être. Il en est ainsi pour toutes les créatures. Xénophane disait au 3e siècle av. JC : « Si les chevaux avaient des Dieux, ceux-ci auraient l’air de chevaux .

L’idée de Dieu n’a cessé d’évoluer depuis qu’il y a des hommes. Dans l’animisme, qui semble être la religion la plus ancienne, Dieu est défini comme l’ensemble des multiples esprits d’un monde animé par les esprits. Ces esprits animaient tout ce qu’on voyait : le soleil tournait dans le ciel, la lune aussi, les fleurs fleurissaient, les arbres portaient des fruits. L’animisme veut nous aider à être en relation avec ces esprits et à gagner leur faveur.
Lorsque notre humanité s’est organisée en communautés agricoles, nous avons tout naturellement conçu Dieu comme garant de la fertilité.
Lorsque nous nous sommes organisés en tribus puis en états-nations, Dieu est devenu divinité tribale.
Dans le cas des Dieux de l’Olympe, l’animisme et les divinités tribales ont fusionné en une assemblée de Dieux hiérarchisés sous la haute autorité de Jupiter-Zeus qui conservaient néanmoins leurs fonctions animistes et leurs rôles d’esprit, comme par exemple Neptune ou Cupidon.
Nous avons finalement atteint le concept de monothéisme et le concept de Dieu unique s’est fait de plus en plus flou et mystérieux.

Dans les siècles passés, les définitions données à Dieu ont donc pris naissance, se sont développées pour être finalement abandonnées et c’est encore le cas aujourd'hui. Nos connaissances du monde s’approfondissent et notre conception de Dieu évolue évidemment en même temps. Le Dieu qui tournait dans le ciel sur le char du soleil a été abandonné lorsque notre connaissance du soleil s’est précisée.
Que peut-on donc faire ? Le plus simple est d’adapter le sens du mot « Dieu ». Dans les Écritures hébraïques, Dieu a été identifié au vent et au souffle. Puis ces concepts ont évolué jusqu’à recevoir le nom d’esprit. Dieu a été identifié à l’amour, au créateur de la vie puis dans la personne du Christ en « amour incarné ».
Il a aussi été identifié par la métaphore du « rocher » et a évolué jusqu’à devenir le Fondement de l’Être que nous identifions avec l’ancien terme patriarcal de « Père ».

Je ne vois pas comment nous pourrions aujourd’hui redéfinir Dieu, que nous l’appelions Dieu, le Saint, le Sens de la Transcendance ou encore autrement. Mais nous pouvons prendre conscience de sa présence qui, elle, est tout à fait réelle. Et je ne vois pas comment nous pourrions la nommer autrement que « Dieu ». Les siècles passés nous ont bien montré que ce mot « Dieu » n’a pas un sens immuable et définitif. Il vit et évolue sans cesse.
N’en ayons pas peur et laissons ce processus se poursuivre.

 

 

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10 septembre 2009

Question

Pourriez-vous dire laquelle de vos « croyances » a la plus évolué ou grandi durant les dix dernières années ?

 

 

Réponse

Mes croyances sont toutes interdépendantes et il m’et difficile de répondre à votre question.
Je dirais comme un vieil évêque : « plus je vieillis, plus je suis croyant et moins j’ai de croyances ».

Pour essayer néanmoins de vous répondre, je dirais que c’est la manière dont je conçois Dieu qui a le plus changé.
Dieu ne m’apparaît plus comme une personne, un être, une entité. Il est plutôt une présence en laquelle, comme disait saint Paul, « nous avons la vie, le mouvement, et l'être » (Actes 17.28).
Le « vieil homme dans le ciel » a été la première image que l’on m’a donnée. Puis le « juge céleste » qui garde le registre de toutes nos fautes. Et enfin la « figure paternelle » qui demande mon adoration et dont je dois implorer la pitié.
Cette envahissante divinité céleste, extérieure au monde, a vu son image pâlir et de nouvelles conceptions ont surgi dans ma conscience.

Mais au fur et à mesure que ces anciens clichés jaunissaient, l’intensité de la présence de Dieu en moi demeurait forte et même se renforçait. Aujourd’hui je suis intoxiqué par Dieu, mais par un Dieu que je ne comprends plus de la même manière ni aussi précisément.
J’ai de la peine à trouver des mots assez forts pour exprimer ma foi en Dieu. Il est pour moi l’expérience de la transcendance, la source de la vie, la source de l’amour, le fondement de tout être.
Un expérience est évidemment bien différente d’un être que l’on peut décrire et définir de l’extérieur et qui pourrait rester extérieur. Dieu, pour  moi, représente la transcendance de toutes les limites, toutes les frontières humaines. Dieu, pour moi, est un appel à vivre pleinement, à aimer à cœur perdu et à vivre toutes mes possibilités.

Quant à Jésus, il est au cœur de mon expérience de Dieu. Il n’est pas celui qui aurait été envoyé pour mon sauveur, mon rédempteur, mon libérateur. Il n’est pas une déité cachée sous l’apparence d’un être humain, l’identité secrète de Dieu comme Clark Kent l’est pour Superman. Il est plutôt une présence de Dieu qui coule à travers moi et me permet d’être ouvert à la vie, l’amour et à l’être.

Je pense que je suis un mystique à cause de la manière dont je pense Dieu : j’ai dépassé tout langage, je suis devant un mystère dans un émerveillement respectueux. Il n’en était pas ainsi il y a dix ans.

 

 

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14 avril 2003

On a pu dire « Quand je parle à Dieu, c'est la prière. Quand Dieu me parle, c'est de la paranoïa »
. C'est une phrase amère, mais elle est un peu vraie.
J'entends parfois dire par quelqu'un que Dieu lui a parlé. Et cela me rend toujours nerveux. On se souvient, aux États-Unis, d'un homme qui se faisait appeler « Fils de Sam » et qui prétendait que Dieu lui parlait par l'intermédiaire de son chien et lui avait dit d'aller à New-York tuer des femmes.
Plus récemment, des terroristes impliqués dans l'attentat du11 septembre contre le World Trade Center ont aussi affirmé que Dieu leur en avait donné l'ordre. Ce genre de piété est bien trop subjectif.

Par contre si on conçoit Dieu comme la Vie, l'Amour et l'Être, toute action qui promeut la vie, approfondit l'amour et affermit l'être peut être considérée comme notre réponse à l'appel de Dieu.

 

 

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20 octobre 2009

Question

Plus nous nous efforçons de définir Dieu, plus nous risquons de nous tromper.
Nous ne devons pas essayer de comprendre mais accepter le fait que nous ne comprendrons jamais en cette vie. La Bible est une belle histoire et j’aime mon éducation épiscopalienne mais je ne prends pas tout dans la Bible et dans la liturgie comme « évangile ». A 76 ans, j’en suis là.

 

Réponse

Comme vous avez raison ! Et quel dommage que dans votre « éducation épiscopalienne » on ne vous ai pas dit cela il y a 76 ans – car les pasteurs le savaient depuis bien plus longtemps encore.

Dieu dépasse toute compréhension que les hommes peuvent avoir de lui. Aucune Bible, aucun credo, aucune doctrine, aucun dogme ne peut vraiment le définir.
Il est lamentable que dans les religions, tant de gens ne reconnaissent pas cette simple réalité, alors que dans le monde profane ce point est acquis depuis longtemps.

La vie chrétienne est comme un chemin conduisant au mystère de Dieu ; plus nous le suivons et plus nous nous rendons compte que l’on y dépasse toutes les frontières des systèmes religieux, y compris celui du christianisme.

 

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