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John Spong

 

 

Sauver la Bible du fondamentalisme


Un évêque repense le sens des Écritures

 

 

John Shelby Spong

 

Ed. Karthala

288 pages - 19 €

 

Gilles Castelnau

 

Michel Leconte, recension du chapitre 8

 

11 septembre 2016

Les livres de John Spong que les éditions Karthala ont fait traduire et ont publié (avec succès) étaient la traduction en français d’ouvrages récents de l’évêque. Elles nous donnent cette fois un livre déjà ancien, paru aux États-Unis en 1991. C’est en effet une excellente initiative dans la mesure où John Spong commence véritablement avec ce livre son travail d’initiation populaire à la connaissance de la Bible, qu’il juge acquise dans ses ouvrages suivants.

Sauver la Bible du fondamentalisme prend en effet ses lecteurs au niveau zéro de l’approche historique et critique de la Bible. En bon évêque, préoccupé de la lecture de la Bible par les fidèles de son diocèse, John Spong a pris conscience que ceux-ci, qui fréquentaient pour certains régulièrement les cultes du dimanche, n’y avaient néanmoins acquis aucune notion de la manière dont la Bible a été rédigée par ses auteurs.
Ils lisaient les récits bibliques au premier degré, comme les livres d’histoire qu’on leur donnait au collège. Ils croyaient qu’il fallait admettre à la lettre leur vérité historique, géographiques, cosmologique et ne se rendaient pas compte de l’effort spirituel que leurs auteurs avaient accompli pour exprimer leur prise de conscience de la présence de Dieu dans leur cœur. Ceux-ci devaient le faire évidemment avec les mots, les conceptions, les mythes, les connaissances « scientifiques » de la culture de leur époque, en rapport et en opposition avec les religions des peuples voisins.

En 1991, John Spong ne connaissait naturellement pas encore les récents développements de la science biblique : il enseigne dans ce livre des théories parfaitement modernes alors et obsolètes aujourd’hui.  Ainsi dans ses pages 61ss, il décrit comme on le faisait alors, les quatre rédacteurs du Pentateuque : le Yahviste (10e siècle av. J-C, sous Salomon), l’Élohiste (8e siècle en Israël du Nord), le Deutéronomiste et l’auteur sacerdotal.
Pierre Bordreuil, Thomas Römer, Israël Finkelstein, entre autres, nous ont fait comprendre que cette rédaction yahviste n’était pas possible au 10e siècle et devait être reportée avec le Deutonomiste pendant l’Exil à Babylone du 6e siècle et que l’Élohiste n’avait sans doute jamais existé.
Il n’en demeure pas moins que les lecteurs ignorants de ces choses ne pourront manquer d’être intéressés par ces hypothèses tout à fait plausibles qui ouvrent à une lecture intelligentes de la Bible.

Dans ce but John Spong relit toute la Bible, du début à la fin, en faisant remarquer au passage les affirmations impossibles ou contradictoires qui émaillent le texte. Il ne s’agit évidemment en rien de discréditer l’ensemble comme le font un peu trop facilement les polémistes athées, mais de montrer que, loin d’avoir été dictés du ciel, ces textes ont été élaborés avec précision et passion par les saints auteurs désireux de partager leur expérience spirituelle avec leurs lecteurs (nous).

Spong survole ainsi la Loi, les Prophètes et les Écrits de l’Ancien Testament. Puis les Épîtres de Paul, les 4 Évangiles l’un après l’autre. Il ajoute un excursus sur « Noël et Pâques, absurdité littérale et vérité ultime » et une page sous le titre : « Qui est le Christ pour nous ».

Nul doute que les lecteurs intéressés par la Bible et qui sont pourtant demeurés loin de ces choses, liront ce livre avec surprise, soulagement et... enthousiasme.

En voici des passages :

.

 

page 23

L'effort de sauvetage

Les relations entre l'Église et la communauté scientifique ont connu des tensions pendant des centaines d'années. Galilée fut excommunié pour avoir suggéré que la Terre n'était pas le centre du monde créé. Isaac Newton, avec son univers mécanique, était en désaccord avec ceux qui croyaient à l'intervention divine. Des gens comme l'évêque Samuel Wilberforce et les créationnistes, ses héritiers, se sont rendus célèbres en tentant de neutraliser l'influence de Charles Darwin. Ces tensions ont eu pour conséquence une approche de moins en moins intellectuelle du christianisme de la part de chrétiens conservateurs, cantonnés dans une interprétation littérale des textes, et ont incité une foule d'hommes et de femmes modernes à quitter le sein de l'Église pour la « cité séculière », car l'environnement mythologique de l'histoire chrétienne n'avait plus pour eux aucune signification.

La Bible est surtout fragilisée. Si les seules personnes qui parlent d'elle sont les fondamentalistes et leurs cousins, qui se crispent dès que les « traditions de l'Église» sont contestées par des idées nouvelles, de moins en moins de gens prendront au sérieux un livre et une Église qui sont manifestement dépassés.

Dans les Églises du courant principal, où les ministres du culte sont toujours obligatoirement instruits, on s'aperçoit que la plupart d'entre elles ont tout simplement mis la Bible de côté. Les pratiquants sont en moyenne, disons-le carrément, d'une grande ignorance en ce qui concerne les Écritures.
[...]
Les pratiquants n'ont tout simplement pas été tenus au courant du travail de recherche entrepris depuis deux siècles. C'est ainsi que les Églises du courant principal laissent les prédicateurs manipuler les téléspectateurs, la plupart du temps à leur seul bénéfice, en faisant les déclarations les plus absurdes sur la Bible sans avoir à en rendre compte au nom de la vérité.

C'est pour toutes ces raisons que j'ai jugé indispensable de faire entendre une autre voix dans l'arène publique. Mon but dans ce livre est d'abord de sauver la Bible de l'emprise de ceux qui en font une vérité littérale, puis d'embrasser toute l'histoire sacrée à un niveau intellectuel et esthétique auquel le littéralisme, à ma connaissance, n'est jamais parvenu. J'espère amener les gens à apprécier la « parole vivante de Dieu » qui reste bien souvent tapie ou dissimulée sous les mots.

 

 

page 46

Les récits de la Genèse et la science
[...]

La chaîne himalayenne culmine à plus de 8800 mètres avec l'Everest. Pour que l'histoire du Déluge soit vraie, il faudrait que les eaux, pour recouvrir la terre, aient atteint une profondeur de plus de 8 000 mètres. Comme la Terre est ronde et non plate, les eaux ne pouvaient pas ensuite simplement déborder par les côtés et laisser émerger les terres. Si les glaces des pôles avaient fondu, les villes des zones littorales pouvaient avoir été submergées, mais une profondeur de huit mille mètres d'eau sur toute la Terre dépasse notre imagination. Cela représente une quantité que les sols ne pourraient absorber. Un déluge universel qui aurait recouvert toute la Terre de huit mille mètres d'eau ne peut pas être une réalité de l'histoire de l'humanité. Il n'existe que dans les mythes.

 

page 116

Ce que Paul a écrit lui-même 
[...]


Paul est l'un des premiers (peut-être le premier) à avoir vu la révélation chrétienne prendre forme. Il a pris la plume à une époque où il n'existait encore aucun évangile susceptible d'enrichir ses souvenirs ou de lui fournir des images. Ses épîtres ont été rédigées durant la période orale de l'histoire chrétienne, alors qu'il n'existait pas une source unique du kerygma (faits relatés par les premiers chrétiens) faisant autorité. Comme je l'ai mentionné au chapitre 6, la source Q et divers morceaux du récit de la passion ont pu avoir une forme écrite avant que Paul ne prenne la plume. Mais nous ne pouvons pas en être certains. De même que nous n'avons aucun moyen de savoir si Paul a eu accès à de tels documents. Ces faits soulèvent un problème d'interprétation pour tous ceux qui s'intéressent à ses écrits. Nos esprits ont été formés et informés par le contenu des évangiles de telle sorte que nous n'avons pas conscience du fait que nous lisons Paul le plus souvent à travers le filtre des évangiles. Nous devons nous mettre dans la tête qu'aucun de ses premiers lecteurs ne le lisait de cette manière, car aucun évangile n'existait encore.

 

page 127


Les opnions et les hypothèses de Paul
[…]

On ne peut lire Paul de manière littérale. Il n'a pas transcrit la parole de Dieu. Ses mots sont ceux d'un être humain singulier, limité, fragile. Mais il a été en contact avec un événement d'une importance considérable, qui a changé sa vie et par contrecoup celle de millions de personnes à travers l'histoire du christianisme. Pouvons-nous nous servir de ses paroles pour appréhender la force de son expérience ? Pouvons-nous vivre nous-mêmes cette expérience, connaître quelque chose de cette force vivifiante? Pouvons-nous traduire cette force en mots et relier ces mots aux hypothèses et aux présupposés sur lesquels repose notre connaissance de la réalité ?

 

page 189

Luc
L'histoire de Jésus du point de vue des Gentils

Dans le canon des Écritures chrétiennes, le troisième évangile ou évangile de Luc constitue une difficulté de taille pour les adeptes d'une lecture littérale de la Bible. Il s'ouvre avec le magnifique et très célèbre passage consacré à l'histoire de la Nativité. Ce récit mérite d'être traité à fond, ce qui sera fait au chapitre 13, mais contentons-nous de dire ici qu'il ne s'accorde pas avec celui de Matthieu. Ces deux histoires de la naissance de Jésus se contredisent et s'excluent mutuellement, comme nous le verrons. Seule l'industrie des cartes de vœux les mêlent de façon acceptable, mais en falsifiant ce qui est facile à comprendre et en supprimant ce qui ne l'est pas.

À l'autre bout de l'évangile de Luc, le récit de la résurrection est lui aussi très éloigné de ceux de Marc et Matthieu sur une série de sujets, et se révèle incompatible avec celui de Jean pour d'autres raisons. Luc situe toutes les apparitions de Jésus dans les environs de Jérusalem et il étale la période pascale sur cinquante jours. Ces questions seront, elles aussi, analysées en détail au chapitre 13.

 

page 249

Qui est le Christ pour nous?

Qui est le Christ pour notre temps ?
Le théologien luthérien Dietrich Bonhoeffer est selon moi le premier à avoir formulé cette interrogation, en 1945, alors qu'il était enfermé dans la prison de Tegel à Berlin, avant d'être exécuté par les nazis au camp de Flossenbürg. Ce penseur visionnaire avait fait de sa cellule une chaire universelle. Pour lui, la question n'était pas : « Qui est le Christ, mais plutôt Qui est le Christ pour nous aujourd'hui ». Bonhoeffer reconnaissait, contrairement à de nombreux hommes d'Église de notre temps, que tout ce que nous disons du Christ est subjectif. Il est insaisissable. Notre esprit ne peut le contenir. Les mots le désignent. Les images établissent un lien avec lui. Mais les mots et les images sont des produits de notre monde, de nos réalités culturelles. Ils ne sont pas objectifs. Ils ne dureront pas toujours.

 

page 253

Interpréter le Christ selon notre expérience
[...]

Partons pour le moment de l'hypothèse que le Christ est un événement non pas du Ier siècle mais du XXIe siècle. Pour être plus précis, imaginons que le Jésus en qui la présence de Dieu a été vécue de manière unique soit né au cours de la dernière décennie du XXe siècle. Dieu étant une vérité et une réalité ultimes j'imagine que vivre sa présence ne peut être différent au Ier siècle et à la fin du XXe. Mais dès que l'on traduit cette expérience en mots et en concepts, le résultat est très divers. Si divers que, pour beaucoup d'entre nous, l'expérience divine ne parait en rien comparable, encore moins identique à ce qu'elle fut pour les premiers chrétiens.

Figer l'interprétation d'une telle expérience dans les mots d'une époque donnée, y compris la nôtre, garantit au final la perte de la vérité qu'elle contient. Autrement dit, les personnes d'une époque donnée ne peuvent pénétrer dans les mots et les concepts d'une autre époque.

 

 


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