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Spiritualité

 

John S. Spong

 

La prière

 

Traduction Gilles Castelnau

 

1er décembre 2012

Question

Que dire de la prière aujourd'hui ?

 

 

Réponse

Je n’aime pas employer le mot de « prière » car il est habituellement compris comme l’attitude de celui qui apporte une demande au Dieu théiste qui est dans le ciel. C’est un mot qui a fait faillite et qui ne peut plus être sauvé.

Par contre je pense que la prière est communion avec le divin, le sacré, le transcendant, la puissance de vie, le Fondement de l’Être et peut-être la source de l’amour.

Je n’entre pas en communion avec Dieu pour obtenir une faveur divine ou pour me lancer dans une de ces flatteries religieuses qu’on appelle « louange » ou « adoration ».

Je découvre Dieu en moi et je m’ouvre à sa présence. Je ne sépare pas la prière de la vie. Elle n’est pas quelque chose que l’on fait, elle est une manière d’être.

Je vais au culte le dimanche et je suis la liturgie. Je crois que sa raison d’être est de nous ouvrir collectivement à la présence du sacré. Je ressent les aspects médiévaux de la liturgie qu’on m’impose ainsi comme la musique de plain chant ou les psalmodies des moines qui créent une ambiance sacrée. Mais en ce qui me concerne ce ne sont que de vaines paroles qui ne créent rien du tout.

Voilà. La prière se vit plus qu’elle ne s’explique. Je ne saurais en dire davantage.

 

 

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29 mai 2009

Question
« Un Dieu qui sauverait la vie d’un enfant atteint d’un cancer en réponse aux prières de ses parents et qui laisserait mourir celui pour lequel on n’a pas tant prié, serait un Dieu monstre ». J’admets tout à fait cette idée. Mais elle me pose question en ce qui concerne la prière de demande.

 

 

Réponse
On peut parler de Dieu jusqu’à plus soif mais cela ne sert à rien aussi longtemps qu’on n’a pas traduit sa conception de Dieu en prière. Notre manière de prier révèle notre conception de Dieu. Parler de la prière revient à définir qui est le Dieu que l’on prie. En d’autres termes, il faut répondre à la question : « qui écoute nos prières ? »

La plupart des gens ont une conception de Dieu très traditionnelle. Dieu serait un être personnel bénéficiant de pouvoirs surnaturels et qui demeure « au ciel » quelque part en dehors du monde.
Cette idée de Dieu est très ancienne mais l’avancement des connaissances scientifiques la rendent non crédible. Il n’y a pas de déité surnaturelle protectrice, dans le cosmos, qui tiendrait les registres divins de notre conduite et serait prêt à intervenir à tout moment dans notre histoire des hommes en réponse à nos prières. Pour beaucoup de gens, la prière ressemble aux lettres que des adultes écriraient au Père Noël.

Prendre conscience de ce problème que pose désormais la prière amène - si l’on ne veut pas devenir tout simplement athée - à remettre en question notre conception de Dieu : Par exemple, au lieu de concevoir Dieu comme une personne surnaturelle ne convient-il pas de le penser comme une force présente en moi et rejaillissant à travers moi. Car dans ce cas la prière se fait méditative et la prière de demande appel à l’action.

Et la vie spirituelle n’est plus l’attitude enfantine quêtant l’approbation d’un Père tout-puissant mais elle se devient exploration des profondeurs de notre cœur et découverte du mystère de Dieu. Elle nous fait progresser dans l’union avec la source de la vie et de l’amour. Elle nous fait découvrir ce que Paul Tillich appelle le Fondement de l’Être.

 

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24 novembre 2009

Question

Le Dieu que je prie est Esprit, l’Esprit dans lequel « nous avons la vie, le mouvement et l’être (Actes 17.28) ». L’Esprit anime toute vie. Il donne la vie mais permet aussi la mort qui ouvre le passage au pur Esprit. L’Esprit n’est pas tout-puissant, il est plutôt un guide, une voie qui nous dirige. L’Esprit ne contrôle pas les forces de la nature, l’eau, le vent, etc.

 

 

Réponse

La prière, du moins telle que nous la comprenons traditionnellement, dépend de la manière dont nous comprenons Dieu. Le Dieu auquel la plupart des gens adressent leurs prière est un être au pouvoir surnaturel, localisé quelque part à l’extérieur de notre monde auquel on demande d’intervenir ici-bas de manière miraculeuse afin d’y faire régner sa volonté ou d’exaucer nos prières.

Si cette définition de Dieu change, la conception correspondante de la prière évoluera parallèlement.
La question fondamentale est donc la manière dont nous comprenons Dieu et non la question de la prière qui en découle.
La formulation de votre question montre que vous avez dépassé l’ancienne définition de Dieu, que vous en avez une nouvelle et que vous cherchez à en tenir compte dans votre manière de prier. Vous avez bien raison et je vous encourage à progresser dans cette voie.
Je pense que le « théisme » (Dieu serait un être surnaturel venant à notre aide de l’extérieur) est en train de disparaître. Mais Dieu est toujours vivant ! Je m’efforce de penser au delà du théisme mais non au delà de Dieu !

C’est ma préoccupation, le sujet de mes livres et de mes articles depuis bien des années.

 

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8 août 2010

La manière dont on comprend la prière dépend de l’idée qu’on se fait de Dieu.

La plupart des gens pensent que Dieu est une présence extérieure, surnaturelle, et qu’il peut contournant les lois de l’univers pour venir à notre aide selon sa volonté divine.
Évidemment ce Dieu-Père nous maintient perpétuellement dans un état infantilisant. C’est aussi un Dieu qui se conduit de façon immorale dans la mesure où il peut influer sur le cours des événements et ne le fait que rarement. Il aurait pu stopper des tragédies comme l’holocauste, l’épidémie de peste noire, la dévastation des cyclones et des tsunamis et qu non seulement ne le fait pas mais qui, de plus est considéré comme utilisant les maladies pour punir les pécheurs.
Une telle définition de Dieu entraîne la vision d’un monde chaotique dirigé par une Divinité capricieuse et pas forcément aimante.

Je pense qu’un tel Dieu a disparu à la lumière de la nouvelle compréhension de l’univers et de son fonctionnement qu’ont apportée Galilée, Newton, Pasteur et bien d’autres. Je ne peux pas croire en un Dieu qui arrêterait la fuite de pétrole du golf du Mexique en exaucement de nos prières.

Certains pensent que reconnaître ces choses signifierait la fin de la religion : s’il n’y a pas de divinité surnaturelle capable de venir nous aider, pourquoi se préoccuper de religion ?
Mais il me semble qu’il faut plutôt trouver une nouvelle manière de penser à Dieu et de comprendre la prière.

Pour faire court je dirai que la prière est une manière d’être et non quelque chose qu’il faut faire.
La prière c’est l’état de conscience qui canalise la présence de Dieu irrigant notre humanité, c'est l’ouverture de notre vie à une profondeur de présence, à une force transcendante que l’on appelle Dieu.
La prière de demande est une manière de partager l’amour et la vie des autres.
L’intercession est la volonté d’être impliqué dans la construction d’un monde de justice dans lequel tous les hommes pourront vivre, aimer et s’épanouir  pleinement.
La prière de louange est la prise de conscience du changement que Dieu apporte dans nos vies.
La méditation et la contemplation sont les voies d’une croissance spirituelle, d’une conscience accrue de la présence de Dieu et de son œuvre en nous et par nous.

Vision magnifique et qui aide à vivre.

 

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9 février 2010

Question

J’ai une problème avec la prière. Durant tant d’années j’ai commencé mes prières en disant « Dieu miséricordieux, aie pitié de moi ». On m’a tellement appris à être culpabilisée et à me sentir indigne que j’ai de la peine à prier de manière positive.

 

 

Réponse

Beaucoup ont fait la même expérience que vous. Mais regardez à quelle conception de Dieu cela vous a menée. Vous le considérez comme un Père puissant demeurant au ciel et cette idée provoque naturellement en vous crainte et sentiment d’indignité. Vous dites vous-même que vous vous sentez incapable de satisfaire à ce que vous pensez être ses exigences. Sans doute parce qu’on a vous a répété que Dieu est un juge qui sonde nos cœurs, pénètre nos désirs et connaît tous nos secrets : qui n’en serait effrayé et ne se sentirait coupable devant une autorité qui nous connaîtrait si bien ?

Un tel Dieu pourrait être évidemment très utile pour contrôler la conduite des fidèles. Mais dans le Quatrième évangile, Jésus dit qu’il est venu « afin que ses brebis aient la vie, et qu'elles soient dans l'abondance » (Jean 10.10) et vous voyez bien que son but ne sera jamais atteint si l’on pratique une prière basée sur l’idée d’un Dieu culpabilisant et provoquant la crainte.

Au fond, ce que vous cherchez n’est pas tant une prière positive que plutôt une compréhension nouvelle de la vie et de l’influence réelle que Dieu peut y exercer et cela, on ne peut pas l’expliquer en quelques mots.
C’est aussi la raison pour laquelle tant de gens ont de plus en plus de difficultés à participer à la vie de l’Église où ils ressentent plus de culpabilité que de paix, plus de crainte que de confiance et rencontrent plus l’esprit de jugement que l’Esprit de Jésus.

Si dans notre prière nous prenons conscience que Dieu est vie, amour et fondement de notre être, alors voyez comme elle concernera plus notre être profond que nos actions.

 

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26 septembre 2012

Question

J’aimerais avoir votre opinion sur la « prière contemplative ». Je suis loin des prières de demande ou de celles qui cherchent à flatter Dieu dans l’espoir de lui faire changer sa divine pensée. Mais que penser de la contemplation ? L’expérience mystique est-elle une autosuggestion illusoire ou peut-il s’agir d’une authentique communion avec le divin ?

 

 

Réponse

Si nous pouvions oublier l’idée de requête, de demande, la prière deviendrait la prise de conscience de notre relation avec la Réalité ultime, quelle que soit la conception qu’on en ait. Qu’elle soit contemplation ou méditation, elle serait toujours relation.

La relation peut grandir et s’approfondir ; elle peut aussi devenir superficielle et s’effacer. La relation demande du temps pour s’instaurer, de la sensibilité ; il faut s’y intéresser, s’y impliquer, y être attentif.

S’agit-il d’une autosuggestion illusoire et irréelle ? bien sûr c’est toujours possible. D’ailleurs tout n’est-il pas forcément de l’autosuggestion ?

Je n’emploierai pas ce mot. Je témoigne « seulement » de ma relation avec ce que je nomme la Source de la Vie, la Source de l’Amour, le Fondement de l’Être.
Cela signifie que je m’efforce de vivre pleinement, d’aimer vraiment et d’avoir le courage d’être tout ce que je peux. La contemplation n’est donc pas du domaine du « faire » mais de l’ « être ». Je m’efforce de ne pas sombrer dans l’idolâtrie de définir Dieu. Je veux seulement parler de ma relation avec Dieu.

C ‘est ainsi, me semble-t-il, que je vis et que je pénètre dans la réalité de la transcendance.

 

 

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5 août 2003


Dieu est-il une vraie personne avec laquelle nous pouvons communiquer ?

 

Réponse

Pour parler de la prière, il faut d'abord régler un certain nombre de problèmes non résolus qui gênent la réflexion.

Un de ces problèmes apparaît justement dans la manière dont la question est formulée : se demander si « Dieu est une vraie personne » fait penser que Dieu pourrait ressembler à une personne humaine, ce qui n'est évidemment pas le cas.
On dira peut-être alors : « si Dieu n'est pas un Dieu personnel, il n'a, pour moi, aucun intérêt ».
Mais Dieu existe-t-il pour susciter de l'intérêt ?

Il faut aussi réfléchir à la signification de la prière :

- La prière a-t-elle pour but d'amener Dieu à faire notre volonté ?

- La prière amène-t-elle Dieu à faire ce qu'il n'aurait pas fait si nous ne l'avions pas prié ?

- La prière peut-elle faire changer Dieu d'avis ?

- Beaucoup de prières prononcées par beaucoup de gens ont-elle plus de pouvoir qu'une seule prière prononcée par une seule personne ?

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Bien souvent les prières dont parlent les gens ressemblent aux lettres que les enfants envoient au Père Noël : « J'ai été sage, accorde-moi donc ceci et encore cela. » Mais naturellement la prière est bien autre chose !

- - - - La prière consiste à nous placer consciemment en présence de Dieu jusqu'à ce que nous soyons emplis de cette présence.

- La prière consiste à pénétrer dans la vie d'un autre et à permettre au Dieu présent en nous de régénérer la vie de l'autre.

- La prière consiste à emplir le monde et notamment ceux que l'on aime de la force de notre énergie créatrice, de notre force vitale, enracinée, bien sûr, dans le dynamisme créateur de Dieu.

- La prière consiste à participer à l'accroissement de la vie, au développement de l'amour, au renforcement de l'être.

- La prière consiste à se regarder soi-même en vérité et sans se laisser duper.

- La prière consiste à communier avec le Dieu qui est au-delà de toutes les images que nous nous faisons de lui, au-delà aussi de l'image d'un Dieu personnel.

- La prière consiste à ouvrir le monde à la réalité du Dieu qui ne cesse d'y infuser la vie, l'amour et l'être.


Ces remarques ne sont que le premier pas de la grande réflexion que la question exige ; mais ce premier pas ne peut être évité ! Et j'invite tout le monde à participer à cette recherche en relation aussi avec tous les voisins et les amis possibles.

 

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8 juillet 2009

Question

Quand je prie, de n’importe quelle façon que ce soit, une énergie se développe en moi qui, j’en suis sûr, s’ajoute à l’ensemble de l’énergie positive du monde. J’ignore jusqu’à quel point cela peut être vrai et même si cette énergie peut faire un bien particulier - en plus d’augmenter l’énergie positive du cosmos.
Puisque je suis fait de « poussière d’étoile », il existe peut-être une connexion avec les autres êtres, puisque nous avons tous le même « fondement d’Être ».
J’ai l’expérience que prier, réciter des prières toutes faites, suivre les prières liturgiques du culte, lire l’Écriture, méditer etc suscite en moi de l’énergie et j’espère que cette énergie ne se perd pas. Je suis heureux de penser à cette énergie.

 

Réponse

Je vous remercie pour cette contribution au débat actuel sur la prière et son efficacité. Votre réflexion rejoint celle de beaucoup de nos contemporains, sensibles au développement de nos connaissances sur le fonctionnement de l’univers et alors que tendent à disparaître les idées traditionnelles sur la prière considérée comme une demande adressée à un être surnaturel d’intervenir de l’extérieur dans notre vie.

On peut dire encore bien d’autres choses de la prière, mais la proposition que vous faites est bien venue dans la réflexion actuelle et je vous en suis reconnaissant.

 

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6 juin 2010

Question

Votre théologie de l‘amour m’intéresse. Vous parlez de Dieu qui aime la création, des hommes qui aiment Dieu et leur prochain. Mais vous dites que Dieu n’est pas un être. Comment alors comment peut-on l’aimer et comment peut-il aimer le monde ? Pour exprimer de l’amour, n’a-t-on pas besoin d’un objet ?

 

Réponse

Les mots dont nous disposons sont des mots humains limités par le temps, l’espace et notre expérience humaine. Et Dieu, quelqu’il soit, est évidemment au-delà de nos limites humaines. Plus nous le définirons de manière précise, moins nous serons exacts.

Mon analogie favorite est celle des chevaux qui ne peuvent échapper aux limites des chevaux. Ils ne peuvent comprendre le monde que d’un pont de vue de cheval. Ils ne comprendront jamais ce qu’est une vie d’homme.
De même les hommes ne peuvent échapper aux limites humaines et ne comprendront jamais ce qu’est la vie de Dieu. Je me suis toujours demandé comment nous pouvions nous efforcer à comprendre ce qui est au-delà de notre compréhension et que nous persécutions ceux qui comprenaient autrement que nous.

La seule chose que nous pouvons dire est ce qu’est pour nous la vie avec Dieu. On peut toujours parler d’une expérience humaine puisqu’elle fait partie des limites de notre connaissance.

Lorsque je dis Dieu, je parle de ce qui m’entraîne au-delà des limites de l’humanité, de ce qui me rend capable de vivre, d’aimer et d’être. Lorsque quelqu’un demanda à l’auteur de la première Épître de Jean de définir Dieu, celui-ci répondit « Dieu est amour ». Il me semble qu’il voulait dire par là que c’est l’amour qui permet la vie.
Les hommes ne peuvent pas créer de l’amour. Avant de donner de l’amour il faut d’abord en recevoir. On ne peut pas conserver l’amour qu’on reçoit. L’amour qu’on ne partage pas disparaît. L’amour est un pouvoir qui nous relie à ce qui est au-delà de nous. L’amour est une puissance qui nous rend capables de franchir les limites de l’humanité et d’atteindre au transcendant. L’amour se manifeste toujours dans la préservation de la vie.

Peut-être devrions-nous arrêter de parler d’aimer Dieu ou d’être aimé par Dieu puisque ces expressions suggèrent que Dieu serait un être. Il faudrait peut-être relier toujours notre expérience de l’amour avec l’expérience de Dieu. Cela signifierait que le mot « Dieu » est une élaboration humaine destinée à caractériser notre expérience de la transcendance, et qu’elle nous appelle à nous engager plus profondément dans notre humanité.
Si Dieu est l’amour qui fait vivre, l’amour du prochain consiste à l’aider à vivre son humanité. A partir du moment où l’on dépasse le problème du langage et où l’on ne parle plus de Dieu en soi, mais de notre vie avec lui, on peut reprendre sur cette base l’histoire de Jésus et comprendre ce que Jean disait lui : « qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ». (Jean 10.10)

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9 mai 2003

Question

Si Dieu n'intervient pas, pourquoi la prière d'intercession ?

 

 

Réponse

Mais si Dieu intervient, pourquoi la souffrance ?
Nos prières inciteraient-elles Dieu à faire ce qu'il ne pensait pas faire ?
Si Dieu n'est pas sur le point d'intervenir mais a le pouvoir de le faire, nos prières peuvent-elles le forcer ?

On ne se rend pas toujours compte que ces questions se posent forcément, dès lors qu'on parle d'une divinité qui intervient et fait des miracles. La plupart du temps, on se concentre sans trop y réfléchir, sur l'image d'un Père qui demeure quelque part dans le Ciel et auquel on demande d'exaucer des prières.
Ce qui révèle plutôt de l'immaturité spirituelle que de la foi.

Il est grand temps que nous devenions adultes, que nous prenions conscience de notre responsabilité humaine et que nous arrêtions de traiter Dieu comme une sorte de Père Noël. Et nos interrogations ne seront alors plus les mêmes.
Le Dieu qui intervient en réponse à nos prières est une fiction commode mais indigne de nous. Je suis conscient de ce que mon exigence d'honnêteté peut déstabiliser les gens qui s'attachent plus à la sécurité qu'à la vérité.

Je suis convaincu que la prière d'intercession a parfaitement sa place dans la spiritualité chrétienne, mais ce n'est pas en quelques mots que l'on peut évoquer toutes les erreurs du passé et mettre en garde contre elles, ni présenter les voies nouvelles que le présent ouvre devant nous.

Qu'il me suffise ici de dire que Dieu qui est la Source de notre vie, de notre amour et le fondement de notre être, ne peut agir que dans notre vie, pour notre amour et à travers notre être.
Notre rôle est, grâce à lui et par lui, d'intervenir nous-mêmes partout où nous le pouvons.

Ainsi que notre vie se fera prière. Car la prière chrétienne ne consiste pas à dire : « mon Dieu je te prie d'agir et moi je dors ».


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17 juillet 2006

Question

Vous dites que vous passez du temps à prier. Mais qui priez-vous donc ? Vous parlez du « Fondement de l' Être », mais c'est très impersonnel. Je trouve difficile d'abandonner l'image du « Père » avec laquelle j'ai appris à prier.

Comment un « Fondement de l'Être » s'occuperait-il de moi et des miens ?

Je sais bien, intellectuellement, que Dieu ne peut naturellement pas s'occuper de moi qui suis un être minuscule sur la planète Terre parmi toutes les victimes des tsunamis, des cyclones, des famines, des incendies etc. Et pourtant je veux croire que quelque chose ou quelqu'un le fait. Sinon à quoi servirait-il d'être né, de traverser une misérable vie pour, finalement, mourir et disparaître.

Vous enseignez qu'il faut vivre pleinement. Mais si rien n'a de sens, pourquoi vivre pleinement et pourquoi se préoccuper de quoi que ce soit ?

Une partie de moi - qui est sans doute enfantine - a besoin de quelqu'un qui ait autorité et qui s'occupe de moi et des miens.

 

Réponse

Il est sûr que devant l'immensité de l'univers et toutes les questions qui surgissent du sens de la vie, il est normal que l'on ressente le besoin d'une protection, que l'on s'imagine un Père céleste qui veillerait sur nous de façon surnaturelle et donnerait un sens à notre existence.

Nous avons sans doute une telle image paternelle depuis notre enfance où nos parents nous semblaient invincibles, tout-puissants et capables de résoudre tous les problèmes qui pouvaient nous arriver.

Mais cette conception se heurte à deux difficultés.

Premièrement, cela ne fonctionne pas.

Les tsunamis ravagent le monde, ignorent les malheurs qu'ils provoquent et personne n'est là pour protéger au moins les petits enfants.

Des hommes meurent victimes des guerres en dépit de toutes les prières.

Deuxièmement, ce désir nous maintient dans un état d'irresponsabilité infantile parfaitement illusoire. L'illusion peut être plaisante mais elle n'aide pas à vivre.

 

D'autre part, vous dites que si nous n'avons pas au ciel de parent divin surnaturel il n'y a pas de raison de prier et la vie n'a pas de but. Vous dites aussi que s'il n'y a pas de vie après la mort, il n'y a pas non plus de Dieu.

Au fond vous pensez que si Dieu n'existe pas comme vous le concevez, il n'existe pas du tout !

Je voudrais, à ce propos, citer le philosophe grec Xénophane qui a dit : « Si les chevaux avaient des Dieux, ceux-ci ressembleraient à des chevaux ».

Vous rendez-vous compte à quel point l'image que vous avez de Dieu ressemble à un être humain très grand et tout-puissant ?

Les humains ne pensent évidemment qu'à la manière humaine.

Un cheval ne saura jamais ce que c'est que d'être humain et un humain ne saura jamais ce que c'est que d'être Dieu. Et pourtant les humains passent leur temps à expliquer Dieu à d'autres humains, comment il est et comment il se comporte.

La première chose est de commencer par admettre que nous ne savons pas.

Cela ne signifie pas que les chevaux n'ont pas l'expérience de vivre avec des humains ni que les humains n'ont pas l'expérience de vivre avec Dieu.

Cela signifie que ce n'est pas parce que nous aimerions vivre dans l'illusion que nous devons nous y complaire.

Le cerveau humain est-il l'ultime réalité ? Peut-on avoir le sens de l'altérité ? de la plénitude de la vie ? du pouvoir de l'amour ? du Fondement de l'Être ? Notre conscience peut-elle être élargie ? les frontières dépassées ? L'humanité peut-elle connaître l'inconnaissable ? La sainteté peut-elle pénétrer notre entendement limité ? Serait-ce cela le temps de Dieu ?

On ne peut pas parler de Dieu avec des mots humains. C'est d'ailleurs pourquoi toute voie religieuse devient mystique.

Prier n'est pas écrire une lettre au Père Noël, c'est rejoindre la transcendance. C'est du moins ainsi que je conçois la prière. Fonctionne-t-elle ? Ce n'est pas à moi de le dire.

- qui priez-vous donc ? Vous parlez du « Fondement de l' Être », mais c'est très impersonnel. Je trouve difficile d'abandonner l'image du « Père » avec laquelle j'ai appris à prier.

- Comment un « Fondement de l'Être » s'occuperait-il de moi et des miens ?

- L'amour environne-t-il ceux que vous aimez ? Aide-t-il à guérir ? Accroît-il la puissance vitale ? L'amour est-il la présence de Dieu en nous ?

- Les plantes poussent-elles mieux si on leur parle ?

- L'univers est-il vivant, vibrant de la présence divine ?

- Dieu est-il un être au milieu de tous les autres êtres ou est-il le Fondement de tout ce qui existe ?

- Jésus était-il une incarnation, un Dieu surnaturel venu pour un temps en ce monde ? Ou était-il un homme en qui l'on pouvait discerner la source de la vie et de l'amour, en qui on pouvait reconnaître l'action de Dieu ?

Telles sont les questions que je voudrais poser.

Dieu est, pour moi, tout à fait réel mais indéfinissable. On ne peut pas le définir mais seulement « expérimenter » sa présence. C'est lui qui donne sa profondeur à chaque moment de notre vie et sa signification fondamentale.

Je ne crois pas que l'au-delà donne sa signification à ce qui n'en a pas aujourd'hui. Je crois en la vie après la mort parce que je touche dès maintenant à l'éternité et à la signification.

Et cela me comble.

 


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