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Dieu

pour Henri Persoz

 

 

 

Laurent Gagnebin

Témoignage à l'occasion du culte d'action de grâce
célébré  le 8 février après la mort d'Henri Persoz,
ingénieur, exégète, témoin d'un protestantisme libéral,
membre du comité de rédaction d' Evangile et liberté

 

 

4 avril 2020

C’est Henri Persoz qui m’a demandé d’intervenir aujourd’hui, et, à bien des égards, les mots qui sont les miens sont en fait surtout, et d’abord, les siens.
Il voulait, lui, le représentant d’un protestantisme libéral, militer pour un christianisme qu’il appelait « raisonnable ». Le mot est un peu ambigu ; « raisonnable » n’est pas à entendre comme un enfant turbulent auquel on dit « mais enfin, sois raisonnable ». Il ne voulait pas spécialement d’un christianisme « enfant sage » ; raisonnable, cela voulait dire pour lui un christianisme conforme à la raison, conforme aux exigences de la raison.

Alors certains vont penser : c’est réducteur par rapport à l’amplitude du christianisme, c’est l’enfermer dans one logique impitoyable, mais la raison telle que l’entendait Henri était celle dont se réclamaient les encyclopédistes au 18e siècle, le siècle des Lumières ; c’était une instance universelle qui, loin de marquer une fermeture, voulait au contraire manifester une ouverture en dépassant les cadres ecclésiaux et les doctrines.

Alors je lui disais : « en fait, tu veux un christianisme crédible » ; il disait « oui et non ; oui bien sûr un christianisme crédible ; mais non parce que dans « crédible » il y a encore « credo », il y a encore « croyance » et cela pour lui limitait les horizons du christianisme.

D’ailleurs, il a manifesté ce dépassement du christianisme vers d’autres religions en s’intéressant plus particulièrement au judaïsme et à l’islam.
Et, chose que l’on ne sait peut-être pas toujours, il aurait voulu que dans le protestantisme on réhabilitât la figure de Thomas d’Aquin, le penseur, le philosophe du 13e siècle, contre lequel s’étaient battus les Réformateurs en dénonçant la scolastique.

Il disait : « non, il faut retrouver Thomas d’Aquin, ce penseur du 13e siècle, parce que lui, déjà, de manière assez extraordinaire, a voulu réconcilier le christianisme et la science, la foi et la raison, et aussi la théologie et la philosophie. »

Alors on sait bien qu’Henri a été surtout un exégète, c’est-à-dire un analyste des textes bibliques. Pendant des années et des années, dans le journal Evangile et liberté, le journal du protestantisme libéral, il a été responsable de la rubrique consacrée au commentaire biblique. C’est lui qui l’avait initiée, il y a plusieurs dizaines d’années, et c’était là pour lui une œuvre décisive de sa vie.

Alors, christianisme raisonnable ? Oui, dans le cadre aussi de l’exégèse biblique parce qu’il militait pour une exégèse historique, qui remette les textes en perspective, dans leurs contextes multiples, et cela dans une perspective critique.
Il faut voir là un grand souci, pour Henri Persoz, d’honnêteté intellectuelle. Il y avait chez lui cette honnêteté intellectuelle qui n’est pas seulement celle du scientifique qu’il a été, on vient de le rappeler, mais aussi celle du théologien, puisqu’il avait fait des études de théologie, qui l’ont conduit à un mémoire de maîtrise consacré à l’apôtre Paul, et qui a été publié, ce qui est tout de même assez rare.

Et Henri a publié cinq livres ; le dernier vient de paraître, et comporte dans son titre les mots Eloge des hérésies. Il voulait non pas tant faire une œuvre d’historien mais surtout une œuvre d’apologète chrétien pour montrer que, dans ces hérésies, il y avait pour nous beaucoup du contenu des évangiles à retrouver.

Alors la Bible, « Parole de Dieu ? ». « Pas du tout » pour lui, pas le moins du monde, quand on relit toutes les pages de la Bible avec souvent l’image d’un Dieu vengeur et sanguinaire, on a envie de dire : « pauvre Bible, et pauvre Dieu ».
La Bible était pour Henri Persoz l’expression de la quête spirituelle des hommes à la recherche de la divinité et cela à travers des textes faillibles et parfois très lourdement humains. A la question « la Bible est-elle la Parole de Dieu ? » Henri Persoz répondait dans le dernier texte de lui paru dans Evangile et liberté en octobre 2019 : « si c’était le cas, la Bible serait d’un tout autre niveau. »

Alors Dieu ? Dans le même article, Henri Persoz affirme que Dieu n’est pas un être tout-puissant qui surplomberait notre terre, mais que Dieu est « une force intérieure qui nous oriente vers le bien ». Cette magnifique compréhension de Dieu - que tant de personnes ici présentes ce matin sont, j’en suis sûr, prêtes à faire leur -, Henri Persoz me l’a encore dite sur son lit d’hôpital, il y a quelques jours de cela. Dans cette citation, ce « vers le bien » me paraît décisif, parce qu’il met en évidence cette volonté d’Henri Persoz de vivre un christianisme pratique et social. Il parlait peu de ce dernier, ne s’en glorifiait pas, parce qu’il a toujours été un homme réservé et pudique. D’après l’évangile de Jean (13,35), Jésus déclare : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples. » C’est à l’amour, déclare Jésus, et non pas à des doctrines ou des dogmes, à des liturgies, des rites et des cultes.

Je voudrais maintenant et pour conclure vous citer un extrait de la « Lettre à Christophe de Beaumont » publiée par Jean-Jacques Rousseau en 1763. Dans ce texte (un texte très fort et magnifique écrit par Rousseau), il répond à l’archevêque de Paris qui avait condamné ses ouvrages. Pourquoi je cite ce passage ? Parce qu’Henri Persoz l’avait lui-même utilisé en guise de confession de foi à l’occasion d’un culte qu’il présidait ici, au Foyer de l’Ame. Henri Persoz a d’ailleurs prêché plus de 50 fois au Foyer de l’Ame. Ce texte de Rousseau représente à bien des égards ce qu’Henri Persoz aurait dit et écrit s’il avait rédigé une confession de foi. Les mots de Rousseau devinrent ce dimanche-là les siens. C’est ainsi que nous pouvons par conséquent les entendre aujourd’hui.

« Monseigneur, je suis chrétien, et sincèrement chrétien, selon la doctrine de l’Evangile. Je suis chrétien, non comme un disciple des Prêtres, mais comme un disciple de Jésus-Christ. Mon Maître a peu subtilisé sur le dogme, et beaucoup insisté sur les devoirs ; il prescrivait moins d’articles de foi que de bonnes œuvres ; il n’ordonnait de croire que ce qui était nécessaire pour être bon ; quand il résumait la Loi et les Prophètes, c’était bien plus dans des actes de vertu que dans des formules de croyance, [Matth. VII.12] et il m’a dit par lui-même et par ses apôtres, que celui qui aime son frère a accompli la Loi. [Galat. V.14.]
Moi, de mon côté, très convaincu des vérités essentielles au christianisme, lesquelles servent de fondement à toute bonne morale, cherchant au surplus à nourrir mon cœur de  l’esprit de l’Evangile sans tourmenter ma raison de ce qui m’y paraît obscur, enfin persuadé que quiconque aime Dieu par-dessus toute chose, et son prochain comme soi-même, est un vrai chrétien, je m’efforce de l’être, laissant à part toutes ces subtilités de doctrine, tous ces importants galimatias dont les pharisiens embrouillent nos devoirs et offusquent notre foi, et mettant, avec Saint Paul, la foi même au-dessous de la charité. [1 Cor. XIII. 2.13.]
Heureux d’être né dans la religion la plus raisonnable et la plus sainte qui soit sur la terre, je reste inviolablement attaché au culte de mes Pères : comme eux je prends l’Ecriture et la raison pour les uniques règles de ma croyance ; comme eux je récuse l’autorité des hommes, & n’entends me soumettre à leurs formules qu’autant que j’en aperçois la vérité ; comme eux je me réunis de cœur avec les vrais serviteurs de Jésus-Christ et les vrais adorateurs de Dieu, pour lui offrir, dans la communion des fidèles, les hommages de son Eglise. Il m’est consolant et doux d’être compté parmi ses membres, de participer au culte public qu’ils rendent à la Divinité, et de me dire au milieu d’eux ; je suis avec mes frères ».
(d’après la Collection complète des œuvres de Jean-Jacques Rousseau. Genève. 1780 – 1789)

Il est certain que la réflexion théologique d’Henri Persoz est fidèlement représentée par ces mots de Rousseau selon lesquels il prend la Bible et la raison « pour uniques règles » de sa croyance. C’est bien en effet cette exigence d’une théologie éclairée par la raison et d’une grande fidélité à l’exégèse biblique historico-critique qui marque l’œuvre et la pensée d’Henri Persoz.

 

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