La paix de l'esprit
la
menoukha
Gilles
Castelnau
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I Rois 8.54-57
Salomon se leva de devant l'autel de
l'Eternel, où il était agenouillé, les mains
étendues vers le ciel.
Debout, il bénit à haute voix toute
l'assemblée d'Israël, en disant :
Béni soit l'Eternel, qui a donné du repos (la
menoukha) à son peuple d'Israël, selon
toutes ses promesses ! De toutes les bonnes
paroles qu'il avait prononcées par Moïse, son
serviteur, aucune n'est restée sans effet.
Que l'Eternel, notre Dieu, soit avec nous,
comme il a été avec nos pères ; qu'il ne nous
abandonne pas et ne nous délaisse pas.
Hébreux 4.10
Celui qui entre dans le repos de Dieu se
repose de ses œuvres comme Dieu des siennes.
Matthieu
14.22-33. Jésus obligea les
disciples à monter dans la barque et à
passer avant lui de l'autre côté, pendant
qu'il renverrait la foule. Quand il l'eut
renvoyée, il monta sur la montagne, pour
prier à l'écart ; et, comme le soir
était venu, il était là seul.
La barque, déjà au milieu de la mer, était
battue par les flots car le vent était
contraire.
A la quatrième veille de la nuit, Jésus alla
vers eux, marchant sur la mer.
Quand les disciples le virent marcher sur la
mer, ils furent troublés, et
dirent :
- C'est un fantôme !
Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des
cris.
Jésus leur dit aussitôt :
- Rassurez-vous, c'est moi ;
n'ayez pas peur !
Pierre lui répondit :
- Seigneur, si c'est toi, ordonne que
j'aille vers toi sur les eaux.
Et il dit :
- Viens !
Pierre sortit de la barque, et marcha sur
les eaux, pour aller vers Jésus.
Mais voyant que le vent était fort, il eut
peur et, comme il s’enfonçait, il
s'écria :
- Seigneur, sauve-moi !
Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit,
et lui dit :
- Homme de peu de foi, pourquoi
as-tu douté ?
Et ils montèrent dans la barque, et le vent
cessa.
Ceux qui étaient dans la barque se
prosternèrent devant Jésus, et
dirent :
- Tu es véritablement le Fils de Dieu.
L'auteur du Livre des Rois
qui raconte la Dédicace du Temple qui a
eu lieu plusieurs siècles auparavant, met dans
la bouche du roi Salomon une parole solennelle.
Tout Israël, nous dit le récit, est rassemblé
sur l’esplanade du Temple et, debout, le roi
bénit Dieu et le peuple. Il n’a qu’une parole
pour le peuple :
Béni soit l'Éternel, qui a
donné du repos à son peuple
d'Israël.
Et si c’était aujourd'hui, qu’aimerions-nous
entendre ?
La fin du coronavirus et de tous les virus
La fin des cancers, du sida, des rhumatismes
Une bonne mise en pratique du Brexit, (surtout
pour les anglais !
La fin des guerres, et évidemment en Ukraine
La fin du racisme, de l’homophobie
...
Quelle est la première
chose que Dieu pourrait exiger de
nous ?
Une vie plus saine, davantage en famille,
que nous arrêtions de fumer, que nous fassions
un peu plus de sport
que nous soyons plus ouverts, plus accueillants,
que nous lisons davantage la Bible, que nous
allions régulièremnet au temple,
que nous comblions le déficit de notre paroisse
que nous nous impliquions davantage dans du
bénévolat
...
Mais Salomon ne parle pas au peuple dans une
telle optique. Il ne parle pas au futur mais au
passé :
Béni soit l'Eternel, qui
a donné du repos à son
peuple d'Israël
Le mot qu’il emploie en hébreu est menoukha.
C’est la paix intérieur, ne pas avoir peur,
ne pas être angoissé, ne pas se sentir
impuissant, dominé par forces menaçantes,
destructrices.
C’est le don de la menoukha,
de la force et de la paix intérieure qui permet
d'affronter nos préoccupations, notre stress,
les petits chefs de bureau, les adolescents
agaçants, les parents qui ne comprennent rien,
l'examen qui se rapproche, les problèmes
financiers, l’orientation, l’inquiétude.
Les forces obscures qui menacent sourdement. Le
« repos » qu'est la menoukha ne se
trouve pas dans un petit séjour sur le sable
blanc et les cocotiers de la Martinique ou dans
une maison de week-end à 2 heures de Paris. Elle
est ici et maintenant. Elle n'est pas à espérer
demain, elle « a été donnée »
Paul ne disait pas autre chose : Celui qui peut par la
puissance qui agit en nous faire infiniment
au-delà de ce que nous demandons ou pensons, à
lui soit la gloire. (Eph 3.20)
Et l'évangéliste Marc (qui sera suivi par
Matthieu et Luc) illustre ce langage théologique
abstrait en élaborant à la manière des maschals
juifs ce récit pédagique de Jésus marchant sur
l'eau dans la trempête. Il était, comme tous les
Juifs de son temps, imprégné de la crainte de la
mer et de ses dangers. Toute la tradition
d'Israël montre bien cette peur :
Psaume 74.13-14 :
Tu as fendu (fracassé) la mer
(Yam) par ta puissance,
Tu as brisé les têtes des monstres (taninim)
sur les eaux ;
Tu as écrasé la tête du Léviathan,
La mer, croyait-on, contenait des monstres
inquiétants et était, de plus, animée par le
Dieu Yam, dont la présence explique la force
extraordinaire et même surnaturelle des vagues
et des tempêtes. C’est d’ailleurs, en hébreu, le
même mot Yam qui désigne la mer et son Dieu.
Et le verbe employé par le Psaume ne signifie
pas vraiment « fendre » mais plutôt
« fracasser ».
Tu as fracassé Yam par ta
puissance,
La suite montre qu’il y a aussi des monstres
dont Dieu a brisé la tête :
Tu as brisé les têtes des
monstres sur les eaux
Psaume 89 :
Tu domptes l'orgueil de
Yam
Quand ses flots se soulèvent, tu les
apaises.
Tu écrasas le monstre Rahab (certaines
versions comprennent qu’il pourrait s’agir de
la puissance politique de l’Égypte)
Tu dispersas tes ennemis par la puissance de
ton bras.
Le récit de la Création en Genèse 1, qui a
été écrit plus récemment que ces Psaume anciens,
mentionne aussi des monstres mais l’auteur du
texte les conçoit désormais comme créatures de
Dieu.
Ps 107
Dans leur détresse, ils
crièrent à l'Eternel, et il les délivra de
leurs angoisses;
Il arrêta la tempête, ramena le calme, et les
vagues s'apaisèrent.
De telles conceptions perduraient
sourdement encore au temps de Jésus et
représentaient les puissances angoissantes du
monde. Raconter que Jésus se permettait de
fouler aux pieds en pleine tempête la mer et son
Dieu Yam, montre à l'évidence qu'en fidèle de
l'Eternel, il ne craignait rien. La menoukha
régnait dans son cœur et lui permettait la vie
libre et détendue - malgré tout - des enfants de
Dieu.
Le récit de l'évangéliste Marc que
Matthieu recopie - et auquel il ajoute même
l'épisode de Pierre ! - est
certanement la meilleure manière d'expliquer et
de concrétiser la promesse de PMaul dont le
style est toujours trop théologique et abstrait
pour les lecteurs ordinaires de l'Empire.
.
Pierre, voyant que le
vent était fort, eut peur et comme il
commençait à enfoncer, il s’écria :
- Seigneur sauve-moi !
Et Jésus le lui reproche. Puisque Dieu a donné
la menoukha, le « repos ».
Aussitôt Jésus étendit la
main, le saisit et lui dit :
- homme de peu de foi, pourquoi as-tu
douté ?
Douté de quoi ? non pas de l’existence
d’un Dieu tout-puissant, ni de la divinité de
Jésus, encore moins de la Trinité ou du salut
par la Croix !
Pierre a douté de la menoukha.
Pour être fidèle à Dieu il
ne devait pas crier vers lui de manière
anxieuse mais puiser en son cœur la menoukha et
saisir la main du Christ (la main de Dieu) dans
un esprit apaisé.
Le mot peu de foi (oligo-foi)
employé par Matthieu désigne l’attitude de
solitude, de découragement que l’on a lorsqu’on
oublie la promesse de la présence rassurante de
Dieu.
Ce n’est pas à une chasse aux miracles
surnaturels que nous sommes invités.
Nous avons seulement à marcher vers lui, même
sur l’eau sans en craindre les
« monstres ». Avoir un esprit apaisé
Citons une retranscription de ce texte par le
pasteur Roger Parmentier. Celui-ci exerçait son
ministère dans les années 1960 dans une banlieue
communiste de l’est parisien.
Ce jour-là, vers la fin de l'après-midi, il
leur dit :
- Allons dans les beaux quartiers de
l'ouest, comme on les appelle, et les
banlieues résidentielles.
Il n'en pouvait plus de fatigue et, dans le
métro, ses compagnons protègent son sommeil.
Dans la dernière partie du trajet monte
une bande de néo-fascistes, très excités,
revenant d'une expédition. Sans tarder ils
agressent les camarades, rapidement submergés,
les coups succédant aux accusations
méprisantes et aux injures. Et lui, le bras
replié, continue à dormir.
Ses compagnons finissent par le
réveiller et s'écrient :
- Camarade, ne vois-tu pas qu'ils nous
enfoncent ?
Réveillé, il fait front et en quelques paroles
il impose un grand calme.
Les adversaires sont sidérés.
Mais il dit à ceux de son équipe :
- Pourquoi avez-vous si peur ?
N'avez-vous pas encore cette foi fondée sur la
grande Réalisation en marche ?
Profondément impressionnés, ils murmurent
entre eux :
- Ce frère a un secret en lui !
Nous nous souviendrons de
ne pas nous écrier comme Pierre :
Seigneur, sauve-moi !
Comme si Dieu ne nous avait pas donné la menoukha,
l’apaisement !
Il est d’ailleurs encore écrit
Que Dieu vous donne, selon la
richesse de sa gloire, d'être puissamment
fortifiés par son Esprit dans votre être
intérieur, en sorte que Christ habite
dans vos cœurs par la foi et que vous soyez
enracinés et fondés dans l'amour et que
vous puissiez connaître l'amour du Christ, qui
surpasse toute connaissance. Et que vous
serez remplis de toute la plénitude de Dieu. Ephésiens
3.16-17
Sur l’océan
de la vie, Jésus a dit à ses
disciples :
- « Passons sur l’autre bord ».
Si la mer se déchaîne, si le vent souffle fort,
si la barque t’entraîne, si ton cœur est en
peine, n’aies pas peur :
Il n’a pas dit que tu coulerais, il n’a pas dit
que tu périrais,
il a seulement dit :
- « Passons sur l’autre bord ».
Voilà, ne craignons donc rien.