Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français


Spiritualité

 

 

Pensée sur le réel

qui échappe à notre saisie


et sur lequel on se cogne

 

 

Bruno Gaudelet

pasteur de l'Église réformée de Neuilly sur Seine

 

26 avril 2017

Nous regardons, non point aux choses visibles,
mais à celles qui sont invisibles ; 
car les choses visibles sont momentanées, 
et les invisibles sont éternelles (2 Co 4.18)

 

I

Complexité du réel


Paul met ici en lumière une question cruciale. Cruciale, car la réponse que l’on donne à cette question oriente tout le sens que l’on donne à l’existence, et même notre manière de vivre, de voir, de sentir. Cette question est celle de notre façon de situer et de penser le réel.

Du point de vue scientifique le réel échappe à nos sens. Nous croyons voir des objets fixes, mais la physique quantique nous révèle que ce que nous voyons appartient dans la réalité subatomique au grand flux de particules où tout est en perpétuel processus.

Du point de vue psychanalytique, le réel c’est ce sur quoi notre désir se cogne ! C’est ce qui résiste à nos projets, à nos déterminations. Ce qui contrarie en permanence notre volonté et nos fantasmes de toute puissance. Le réel c’est ce qui résiste. C’est ce qui me résiste et me rappelle que je ne suis pas le maître des choses, ni même maître de ma vie. Je subis plus les choses que je ne les contrôle. Et je peux même sombrer dans la dépression ou diverses pathologies à vouloir trop contrôler ce que je crois être mon univers.

Du point de vue philosophique le réel, c’est ce qui nous arrive bien sûr, mais c’est surtout ce qui m’oblige sans cesse à réviser l’idée que je m’en fais. En effet, ce que je crois être la réalité n’est en fait que la représentation, l’interprétation que je me fais du réel. En me cognant sur le réel qui résiste à ma capacité de le saisir, de le configurer absolument et une fois pour toute, je me trouve dans l’obligation perpétuelle de réviser ma compréhension, mon interprétation des choses, des évènements et des personnes. 

Du point de vue théologique, enfin, le réel dépasse la saisie humaine car il implique aussi bien la dimension du visible, que celle de l’invisible. Nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles ; car les choses visibles sont momentanées et les invisibles sont éternelles. Le philosophe Emmanuel Kant, nous pourrions tout aussi dire le théologien Emmanuel Kant, distinguait à cet égard, très utilement, entre le phénoménal et le nouménal. Le phénoménal, c’est le monde du visible, du quantifiable, du mesurable. C’est le monde de l‘expérimentation scientifique. Le nouménal, c’est le monde du noûs (νοῦς), c’est-à-dire de la partie supérieure de l’esprit pour les grecs. Le monde de l’esprit ne peut-être être l’objet d’un savoir démontrable, il échappe à la raison pratique et théorique. Cela ne signifie pas pour autant qu’il soit dénué de réalité ou en dehors du réel. Kant y plaçait les arts, la morale, la métaphysique et Dieu. Le beau existe. Il se manifeste au travers des choses et des êtres qui nous semblent belles et beaux. Mais impossible de rationaliser le beau, il échappe à toutes nos rationalisations. Le bien existe pareillement, mais impossible également de le quantifier et de le mettre en équation. Idem pour la pensée de l’être qui occupe la métaphysique et pour Dieu auquel la théologie s’attache. Le monde n’est pas que phénoménal, il est tout aussi nouménal.


 

II

Intégrer les choses invisibles à sa configuration du réel

Que nous apportent ces réflexions et ces distinctions ? Déjà, sur le plan humain, la prise de conscience que le réel nous échappe et que nous n’en avons qu’une perception, qu’une interprétation, qu’une représentation devant toujours être remise sur le métier, nous apprend à relativiser nos certitudes, nos croyances et nos prétentions à la vérité ; ce qui ne manque pas d’être appréciable pour ceux qui vivent ou travaillent avec nous.

Mais surtout la prise de conscience que le réel nous échappe, nous convainc qu’il est enfantin de ne croire que ce que l’on voit. La réalité est plus complexe que ce que nos sens et nos configurations du réel perçoivent. Les choses sont plus compliquées, voire plus alambiquées que ce qu’elles paraissent. Du visible et de l’invisible s’y mêlent. Les choses visibles, nous y compris, sont en perpétuel processus. Elles passent et nous passons avec elles. Fonder sa vie, son existence, sa philosophie, sur les choses visibles qui sont passagères, c’est orienter sa vie dans une philosophie de vie dont l’horizon et le sens dépendent des jouissances et des déboires qui nous tiennent lieu de réel. Fonder sa vie en tenant compte des choses invisibles qui traversent et transcendent les choses visibles, c’est s’ouvrir à la Vie et à la Présence de l’Esprit qui est au cœur du réel qui nous échappe.

 

 

III

La philosophie des choses invisibles

C’est un fait, la réponse que l’on donne à la question du réel oriente tout le sens que l’on donne à l’existence, et même notre façon de vivre, de voir, de sentir. Les narrations et les mythes bibliques sont rédigés pour mettre en scène et illustrer la philosophie de vie qui ne regarde point seulement au choses visibles passagères, mais également aux choses invisibles éternelles.

Ces vénérables textes sont certes écrits dans un style ancien et doivent être transcrits dans nos langages modernes, mais chacun d’eux nous ouvre à l’espérance qu’étant des êtres de terre et d’esprit, notre destin et notre être ne se limitent pas aux choses visibles qui sont passagères et avec lesquelles nous passons.

Voyez Abraham, rassasié de jours, mais heureux jusqu’au bout de cette communion qu’il avait noué avec l’Eternel-Dieu. Voyez Jésus lui-même qui recommande à ses amis d’ouvrir leur cœur à la Présence de l’Esprit divin Consolateur et de ne point vivre de sa seule configuration du réel.

On n’aborde pas l’existence, les difficultés et les joies de l’existence, les projets, les échecs, la vieillesse et la mort, selon la façon dont nous considérons le réel. La philosophie de vie varie considérablement selon que l’on regarde essentiellement aux choses visibles qui sont fluctuantes et passagères, ou que l’on prenne en compte la réalité invisible et éternelle qui traverse et transcende les choses visibles.
 

 

Conclusion

En nous rappelant que nos configurations de la réalité sont des constructions, des interprétations à revivifier constamment, la réflexion sur le réel nous apprend la modestie et l’humilité. Elle nous invite à cheminer avec Dieu, un peu à la façon d’Abraham, à nous laisser vivifier et stimuler par son Esprit consolateur et apaisant et ne pas en rester à une configuration des choses visibles que l’on prendrait à tort pour le réel absolu et définitif.

Ne regardons donc point seulement aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles ; car les choses visibles sont momentanées, et les invisibles sont éternelles. Celles-ci sont, au reste, le sel de l’existence et elles nous ouvrent au sens et à l’espérance.

 


Retour vers Bruno Gaudelet
Retour vers "spiritualité"
Vos commentaires et réactions

 

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.