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revisité

 

 

Bruno Gaudelet

pasteur de l'Église réformée de Neuilly sur Seine

 

Ed. Olivétan
368 pages - 25 €

 

recension Gilles Castelnau

 

25 février 2016

Le pasteur Bruno Gaudelet, docteur en philosophie de la faculté de philosophie de l’Institut catholique de Toulouse, est un puits de science. Son livre d’analyse du symbole des apôtres intéressera autant les catholiques que les protestants et ne choquera personne.

Il analyse l’une après l’autre chaque affirmation du symbole, chaque mot en les replaçant dans le contexte théologique et culturel qui les a vus naître.

Il ne critique pas le déroulement du symbole, il ne mentionne pas les autres affirmations de foi qui ont été éliminées au profit celles qui ont été choisies, il ne discute pas la raison qui a poussé les théologiens de l’époque à énoncer le texte tel qu’il est. Il admet, en bon théologien œcuménique, comme un donné irrécusable la rédaction telle qu’elle est de ce texte que les Églises catholique, orthodoxes et protestantes reconnaissent toutes comme leur dénominateur commun.

De nos jours, le libre marché des options religieuses permet à chacun d’élaborer à sa manière sa propre spiritualité sans trop se préoccuper de s’enraciner dans une tradition reconnue ni de dialoguer dans la relation fraternelle des cercles œcuméniques d’autrefois. On recherche désormais par delà les frontières des autres religions et en s’ouvrant aux quatre horizons intellectuels, les affirmations qui permettront de définir – même maladroitement et au moins provisoirement – les éléments de foi dont on sent bien qu’on a besoin

Par son choix du Symbole des apôtres, pris mot à mot et analysé avec science et sérieux, Bruno Gaudelet fait œuvre de réenracinement œcuménique dans une tradition universelle et bimillénaire.

Son exigence intellectuelle, sa grande connaissance de l’histoire des dogmes et aussi de l’exégèse biblique ne permettent pas au lecteur de son livre une approche facile et superficielle du Credo. Bien au contraire, en s’arrêtant à chaque mot pour en étudier le sens et les divers usages qui ont pu en être fait par les diverses tendances du passé, en refusant tout fondamentalisme, toute lecture littérale banalisée, il nous invite à une compréhension intelligente et critique de tout le sens qui est ainsi véhiculé par les antiques formules, sans que l’on soit le moins du monde obligé de renoncer à l’intelligence et à l’esprit critique.

Le volume est gros, les réflexions nombreuses, mais on n’est pas obligé de le lire du début jusqu’à la fin. La table des matières est extrêmement détaillée et permet au lecteur de sauter d’une page à l’autre selon sa curiosité et ses questionnements.

En voici quelques passages qui permettront à chacun de s’en faire une idée et... d’acquérir le livre pour prolonger sa lecture.

 

.

 

page 7

Introduction

[...]
Il faut cependant reconnaître que s'il est devenu commun, presque classique, de renouveler l'intelligence de la foi en regard des connaissances nouvelles en tous domaines, notamment en exégèse, les repositionnements de la théologie restent largement à la seule portée des spécialistes et d'un rang ténu de fidèles férus de théologie. Dans un livre récent, l'exégète Daniel Marguerat remarque tristement que les ministres des cultes dérogent le plus souvent à la transmission des savoirs de l'exégèse moderne :
« Comment se fait-il, écrit-il, que n'importe quelle théorie sur Jésus, surtout la plus farfelue, se transforme presque à coup sûr en coup médiatique ? J'incrimine l'ignorance du public, à commencer par celui des Églises. Le plus sûr allié des manipulateurs d'opinion est le non-savoir sur la recherche du Jésus de l'histoire. J'invoque donc la responsabilité des formateurs en Église : il y a un savoir à communiquer, une intelligence à transmettre, une attention à éveiller, pour éviter que la foi dégénère en naïveté et la conviction en obscurantisme. Force est de constater que, jusqu'ici, les agents de pastorale ont - partiellement du moins - failli à leur tâche de formation. Il est urgent qu'ils surmontent leurs appréhensions et prennent leur place dans le débat sur le Jésus de l'histoire ; il serait paradoxal que les croyants en soient, par dédain, les seuls absents. »

 

page 55

Je crois en Jésus-Christ (1)
du Jésus de l’Histoire au Christ de la foi

 

Le Christ de la foi

Envoi
La distinction entre le Jésus historique et le Christ de la foi pascale n'aboutit à l'exclusion de l'un ou de l'autre que si l'on oppose radicalement la foi prêchée par le prophète galiléen et la foi prêchée par ses disciples et leurs successeurs. Il est vrai que la foi « de Jésus » est celle du monothéisme juif où Dieu est au centre, tandis que la foi postpascale des premiers chrétiens inclut progressivement à la foi monothéiste, la foi « en » Jésus. Avec la fondation de l'Église, Jésus est passé du statut de « proclamateur » de l'Evangile, à celui de « proclamé ».

Certes, le mouvement chrétien des deux premiers siècles ne délaissera à aucun moment la foi monothéiste, et ce malgré l'inclinaison surprenante que prirent parfois les disputes et les hérésies christologiques qui menacèrent la cohésion des Églises chrétiennes. La théologie dite « orthodoxe » qui finit par s'imposer au concile de Nicée de 325 - conformément à la volonté de l'empereur Constantin - estompa assurément de plus en plus la stature historique du rabbi de Nazareth sous les couches successives de la dévotion au Christ divinisé. Mais la mémoire du Jésus historique a perduré à travers les siècles grâce aux Evangiles.

 

 

page 70

Je crois en Jésus-Christ (2)
Je crois que Jésus est Christ


Comment le titre « messie » ou « christ »
est-il devenu une catégorie théologique
pour présenter le Christ de la foi ?

Né en terre juive, le mouvement de Jésus s'est peu à peu déraciné de son terreau juif d'origine pour évangéliser le monde gréco-romain et adapter son message aux préoccupations et aux catégories de la pensée helléniste. Ce faisant, il a relu, réorienté, réinterprété les matériaux (langages, figures, paradigmes, symboles, usages, modes de pensée, etc.) que le Premier Testament et la religion juive lui fournissaient. Au fil du temps, c'est tout un univers de créations originales qui est advenu par la fusion et la réinterprétation de différents matériaux en provenance du monde juif et du monde gréco- romain.

Or c'est dans cette dynamique que le titre « Christ » est devenu une catégorie clef pour exprimer la foi dans le vivant de Pâques. Le titre « messie » (christ) attribué aux rois, aux prêtres et aux prophètes dans le Premier Testament, constituait pour les premiers chrétiens, qui étaient juifs, un langage disponible pour dire l'œuvre spirituelle reconnue au Ressuscité assis à la droite de Dieu. L'onction messianique représentant en effet, dans le Premier Testament, l'investiture aux fonctions royale, sacerdotale et prophétique. Les titres « messie » ou « christ », permettaient dès lors aux chrétiens d'affirmer la royauté du christ glorifié, son office sacerdotal et son office prophétique, soit trois fonctions structurantes en Israël, réorientées en terrain chrétien pour caractériser l'œuvre du Ressuscité depuis Pâques.

 

 

page 89

Conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie


Cet article du Credo renvoie aux récits de l'Annonciation chez Matthieu et Luc, mais également au premier chapitre du quatrième Evangile qui évoque l'Incarnation du Verbe (Logo) de Dieu. « Conception miraculeuse », « naissance virginale » et « Incarnation du Verbe de Dieu » constituent en effet des doctrines liées entre elles au sein du christianisme primitif. Certes, l'Incarnation du Verbe n'implique pas obligatoirement la conception miraculeuse ou la naissance virginale. On voit bien d'ailleurs que le Prologue de Jean laisse complètement de côté l'idée de conception miraculeuse, comme celle de naissance virginale.

On ne peut pas non plus dire que la conception miraculeuse et la naissance virginale impliquent nécessairement l'Incarnation du Verbe. En effet, dans l'Antiquité, judaïsme compris, la conception miraculeuse pouvait simplement signifier l'origine surnaturelle et divine d'un messager de Dieu, sans qu'il soit question d'incarnation divine (1). Si la conception miraculeuse de Jésus et la doctrine de l'Incarnation se sont liées au sein du christianisme primitif, c'est parce que la première semble être, pour Luc et pour Matthieu, une façon narrative de dire la seconde, et ce même si les auteurs de Luc et de Matthieu ne partageaient pas une doctrine aussi explicite que celle développée par Jean. Si cette lecture est exacte, il faut supposer que la croyance en l'Incarnation était déjà présente avant la rédaction du quatrième Evangile.

C'est ce qui semble ressortir des épîtres de Paul rédigées entre les années 45 et 60. Comment et pourquoi cette croyance en l'Incarnation du Verbe est-elle née dans le milieu chrétien et qu'implique-t-elle exactement pour nous aujourd'hui ? En effet, si les modernes ne peuvent plus adhérer naïvement à ces doctrines chrétiennes imprégnées du miraculeux de la pensée mythique antique, ils ont le devoir d'essayer de comprendre comment et pourquoi elles ont été forgées et surtout ce qu'elles visaient vraiment. Ce n'est qu'au prix de ce détour - parfois fastidieux nous le verrons - dans les allées de la théologie classique, qu'on évite les caricatures qui dénaturent, et qu'on se donne une chance de traduire en langage moderne ce que pointait le mythe.

_________________

(1) Les naissances d'Isaac, conçu dans le sein d'une femme âgé de 90 ans (Gn 21), de Moïse suscité et protégé par Dieu (Ex 2), de Samson, de Samuel ou même de Jean-Baptiste, tous trois nés en dépit de la stérilité de leur mère (Jg 13, I Sa 1, Lc 1), comportent toutes une dimension miraculeuse et une origine divine.

 

 

 

page 206

Je crois en l’Eprit-Saint
Trinité et données bibliques


L’avènement de la modernité
et les théologies protestantes

Avec la venue de la modernité, les théologiens ont peu à peu pris conscience que l'interprétation dogmatique traditionnelle ne respectait pas toujours les intentions propres des récits bibliques ou les contextes dans lesquels ils avaient été donnés. Le temps où la théologie pouvait se passer des méthodes critiques et scientifiques pour établir ce que les textes disaient vraiment au moyen de l'étude minutieuse des milieux de production, des genres littéraires et des contextes impliqués, était révolu. Il résulta de cette approche et de ses découvertes bouleversantes une totale remise en question de la doctrine de l'inspiration verbale et littérale des Ecritures.

La méthode historique et critique ne fut toutefois nullement limitée à la Bible : elle devint au contraire de façon concomitante la règle pour l'étude de la dogmatique chrétienne. Or, la redécouverte de la distance qui séparait le Jésus historique du Christ de la foi, jointe à une meilleure et plus vaste connaissance des milieux chrétiens primitifs ainsi qu'à l'analyse méticuleuse de l'histoire des dogmes et de leur développement, entraînèrent un véritable séisme pour la théologie traditionnelle fondée sur l'herméneutique de l'analogie de la foi.

Pratiquant, à l'instar des Pères de l'Église, l'herméneutique de l'analogie de la foi, les réformateurs n'avaient aucune difficulté à ratifier la théologie élaborée par les quatre grands conciles œcuméniques. Notre situation exégétique n'est plus la même, nous ne pouvons plus lire la Bible en balayant d'un revers de la main les apports considérables de l'exégèse critique et historique, ni faire concorder coûte que coûte ses récits avec des doctrines déclarées orthodoxes par des institutions postérieures et parfaitement datées sur les plans exégétique, théologique et philosophique. L'herméneutique moderne exige que nous ne fassions plus parler les textes pour défendre des doctrines, mais que nous laissions les textes nous parler. Qu'importent s'ils diffèrent et ne sont pas d'accord entre eux.

 


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