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Théologie radicale

et 
littérature de sagesse


Dieu est amour, Dieu est mort

 


God is Love, God is Dead: Radical Theology as Wisdom Literature

 

 

Trevor Greenfield

University College Chichester, Angleterre

Quodlibet Journal

 

24 novembre 2014

J’entends ici promouvoir l’idée que la « théologie radicale » de Sea of Faith est une forme moderne de la littérature de sagesse et je contredis par conséquent la conception habituelle du christianisme comme tradition prophétique.
On peut penser, en effet, que la théologie radicale fait partie de la « contre culture de sagesse » qui a enrichi le christianisme et l’a réformé depuis toujours en promouvant l’expérience humaine plutôt que la tradition cultuelle. Ce dualisme les oblige plus que la tradition cultuelle seule à approfondir la connaissance de Dieu et plus que l’expérience seule le désespoir humain et l’éloignement de Dieu. La littérature de la sagesse parle des relations de Dieu avec l’individu plutôt qu’avec la nation et se trouve dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament.

La littérature de sagesse s’efforçait de vivre la vie du monde et lui donner du sens autrement qu’en se soumettant à la pensée dominante propagée par la liturgie du culte, par le Temple et les prophètes. On la trouve principalement dans Job, les Proverbes, l’Ecclésiaste et un peu partout ailleurs dans la Bible. Elle prend habituellement la forme des « dires » de sages parlant de la vie. Ce sont des réflexions centrées sur le monde, provenant de l’observation des choses et suggérant que l’enseignement en question conduit à l’accomplissement et à la prospérité. La sagesse a été personnalisée sous le nom de Sophia (sagesse). Elle est considérée comme étant impliquée dans la création, première-née de Dieu mais sans être dépendante de lui. Ses maximes sont souvent exprimées de manière poétique plutôt que théologique. Dans cet article, le terme de théologie radicale désigne une manière de penser et d’écrire qui s’oppose globalement à l’orthodoxie doctrinale. Une des principales thèses de la théologie radicale est celle de la « mort de Dieu », quelle que soit la manière dont elle est exprimée. William Hamilton (Altizer, T., Hamilton, W. 1968, Radical Theology and the Death of God, London: Pelican.) en relève en effet plus de dix compréhensions différentes, qu’il classe en deux groupes : celui qui parle de l’humanité et celui qui parle de Dieu. Cette distinction est la marque d’une crise dans la relation de l’Église avec une société devenue sécularisée et l’abandon historique de la notion de transcendance de la divinité. Par delà leurs divergences, les deux groupes se retrouvent sur la question de l’absence de Dieu.

Dans l’Ancien Testament et au-delà, la littérature de sagesse montre des femmes et des hommes qui s’interrogent sur Dieu, attitude qui n’avait guère sa place dans le cadre du culte où un certain consensus était attendu. Elle ne recherche pas d’accord sur la doctrine ou sur le culte mais sur l’importance de réfléchir à la vie du monde.

Contrairement à la vie du culte, la pensée de la sagesse est résolument individualiste. Les écrits de sagesse émanent de la réflexion personnelle sur la vie du monde d’un maître qui la transmet à ses disciples. On peut remarquer que d’une part cette sagesse était une attitude intellectuelle réservée à ceux qui étaient suffisamment instruits et d’esprit assez ouvert pour affronter les exigences de l’institution. D’autre part la sagesse émanait d’une réflexion existentielle et pratique qui lui fournissait des réponses plus authentiques aux problèmes de la vie réelle que les affirmations raides du code doctrinal sacerdotal. On remarque ainsi que le langage liturgique est souvent exclamatif. Par exemple l’expression récurrente : « Écoute Israël ! » est un commandement indiscutable : si l’on souhaite demeurer membre de la communauté, il faut admettre une certaine théologie de l’Alliance et lui obéir.

Par contre la littérature de sagesse ne fonctionne pas de manière exclamative mais narrative et par aphorismes et ne s’adresse pas à la communauté dans son ensemble mais à des individus réfléchissant personnellement.

Prenons l’exemple de la phrase « Dieu est amour ». C’est une affirmation subjective qui place celui qui l’accepte sur le terrain de l’expérience et constitue donc la communauté à laquelle elle s’adresse de manière bien différente de ce que ferait une affirmation liturgique. Cela ne récuse en rien l’importance ou la signification de la liturgie, mais situe son autorité à une autre origine.

A l’époque préexilique les sages avaient déjà une vision spirituelle universaliste mais ne récusaient en rien la compréhension théologique traditionnelle de leur peuple structuré en familles, clans et tribus. Certes le Temple et son culte ne contrôlaient en rien, n’autorisaient ni n’interdisaient rien de la liberté d’élaboration de la sagesse mais celle-ci s’élaborait simplement dans les limites de la société connue à l’époque. Par contre lors de l’Exil, les symboles traditionnels de l’autorité qu’étaient le Temple et la monarchie ayant disparu, la vision universaliste des sages prit une place prépondérante dans la vie religieuse d’Israël et devint la préoccupation de chaque juif. C’est ainsi que la sagesse évita au judaïsme de la diaspora de s’enfermer dans une seule forme purement socioreligieuse qui n’aurait rien d’autre à offrir que le seul souvenir d’un ancien âge d’or désormais disparu. Cette sagesse d’autrefois présente des ressemblances avec la théologie radicale d’aujourd’hui.

- Premièrement l’influence internationale. La sagesse biblique a des antécédents égyptiens et mésopotamiens qui ont influencé la théologie israélite. Il en est de même pour la théologie radicale : la notion de la « mort de Dieu » oblige en effet à repenser le sens du ministère de Jésus, non plus comme sauveur cosmique mais comme maître humain ; sagesse capable d’expliquer, sans référence à Dieu, l’influence d’un homme charismatique. Sur ce point les traditions orientales sont d’une grande aide. La théologie radicale se trouve dans une situation analogue à la littérature biblique de sagesse par le fait qu’elle doit, elle aussi, abandonner son identité provinciale, historique et prophétique (comme sa judéité dans le cas de la sagesse hébraïque) pour entrer dans une sagesse universelle à la manière du bouddhisme.

- Deuxièmement l’individualisme présent de plusieurs manières dans la théologie radicale. Par exemple dans les écrits théologiques qui se présentent presque toujours comme réflexion personnelle et opposés à la doctrine traditionnelle.

Comme la sagesse, la théologie radicale émane d’une compréhension individuelle de la vie du monde mais fondée de nos jours sur les mythes scientifiques modernes athées et non plus, évidemment, sur les mythes cosmologiques déistes des temps bibliques. Certains évoquent la théologie de la « mort de Dieu ». L’absence de toute divinité est aujourd’hui perçue comme un phénomène social où l’homme est devenu adulte et doit désormais se passer de la protection rassurante du « Vieil Homme dans le ciel ». Il n’y a plus d’Au-delà, de Vérité absolue révélée. Aucune Présence surnaturelle à laquelle adresser des prières et une adoration collective.

Ce qui demeure n’est plus une communauté chrétienne mais un ensemble de chrétiens n’ayant en commun qu’un même désir individuel de changement.
[...]

Don Cupitt voit les choses différemment. Tout en maintenant l’idée de la mort du Dieu biblique, il recherche néanmoins à redéfinir le vocabulaire traditionnel. Il dit, par exemple : « Il n’y a pas d’autre Dieu que l’Amour et croire en Dieu est croire en la divinité de l’Amour. Il est clair que croire en quelque chose ne signifie pas que l’on croit que cette chose existe... Le mot Dieu ne désigne pas un être métaphysique particulier, c’est simplement le nom de l’Amour ». (« All you need is love » The Guardian, décembre 1994.)

La théologie radicale fonctionne donc sur le même modèle individuel, non doctrinal et expérimental que la littérature de sagesse.
[...]

Il est évident que les éléments conservateurs de l’ Église n’aiment pas la théologie radicale.
Anthony Freeman, par exemple, a été suspendu de son ministère de prêtre de l’Église anglicane pour avoir nié l’existence objective de Dieu, alors qu’il n’avait jamais dit qu’il ne croyait pas en Dieu. (« God in Us »).

Don Cupitt conserve ses relations avec l’Église mais n’y exerce plus de ministère :
« Quand les gens chantent des cantiques, ils peuvent considérer le christianisme comme une poésie sacrée de l’amour. Mais dans la société c’est le pouvoir qui compte et justement le pouvoir spirituel ne regarde comme orthodoxe que les doctrines qui le soutiennent et le renforce. Le pouvoir a son but en lui-même et a toujours besoin de davantage de puissance. L’Église devient une institution hiérarchique et, comme Voltaire l’a dit, le haut clergé ne déclare orthodoxe que les doctrines où il trouve son propre intérêt ». (« All you need is love »)
Cupitt dit encore : « Les chrétiens radicaux récusent l’ "orthodoxie" dont la vérité est contrôlée par le pouvoir. Ils dénoncent la paresse intellectuelle qu’induisent les déclarations de foi officielles. A notre avis, la vérité religieuse ne peut pas être canonisée par des doctrines officielles ou des formulations toutes faites. » (Magazine de 'Sea of Faith' N° 38, automne 1999.)

Les relations de l’Église et de la théologie radicale sont complexes, mais en résumé on peut dire que l’Écriture et la foi, comme ce fut le cas pour le Temple et le roi dans la théologie israélite, sont de plus en plus remplacées par le mythe moderne de la science, en tous cas dans la mentalité occidentale.
[…]

Il est possible que désormais, de même que la sagesse est entrée dans le canon des Écritures juives, non comme réflexion théologique mais comme poésie inspirée, la théologie radicale pourra de même trouver place dans l’ensemble de la poésie chrétienne. Elle apporterait une réponse à l’anxiété d’un monde où les croyants conservateurs perdent toute assurance.

Il est possible aussi que la théologie radicale transforme la tradition chrétienne historique et prophétique en une vision de sagesse universelle.

Don Cupitt l’a montré, les pensées théologiques considérées un temps comme des déviations et des hérésies deviennent progressivement l’orthodoxie. La théologie radicale est peut-être tout simplement « condamnée » à être désormais la nouvelle forme de l’orthodoxie chrétienne, dans le triomphe de la narratologie sur le dogmatisme et de la sagesse sur l’histoire.


 
Traduction Gilles Castelnau

 


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