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Religion Is Not About God

 

(La religion ne s’occupe pas de Dieu)

 

Loyal Rue

393 pages (en anglais) : $17.08

 

recension par B. T. Newberg

 

Voir aussi sur ce site :

Dominic Kirkham De la théologie naturelle à une théologie de la nature
Michael Barret Le naturalisme religieux

 

 19 août 2014

« Si la religion ne s’occupe pas de Dieu, alors de quoi au monde s’occupe-t-elle ? » demande Loyal Rue au début de son livre révolutionnaire La religion ne s’occupe pas de Dieu. Et il répond : « Elle s’occupe de nous ».
De fait, la religion s’occupe de notre intégration au monde :
« Elle influence nos esprits afin que nos pensées et nos actions s’orientent dans le bon sens, tant sur le plan individuel que sur le plan collectif. Les religions sont comme l’archet d’un violon. Elles jouent sur les cordes de notre nature humaine afin de produire d’harmonieuses relations avec notre environnement social et matériel. »

 

La sélection de groupe

Le rôle joué par les religions est un sujet brûlant. La « sélection de groupe » désigne la capacité des divers groupes de s’organiser dans un but commun. Ceux qui y parviennent améliorent la capacité de reproduction de leurs participants et surclassent ceux qui ne le font pas.
On a pu penser que la « sélection de groupe » était en réaliité rare et même impossible dans la mesure où les individus voient toujours leur propre avantage sont donc tentés de « contourner les règles de la vie collective ». On a pu dire qu’il était illusoire d’espérer parvenir à un niveau satisfaisant d’harmonie collective. On peut néanmoins penser aujourd'hui que la culture humaine prouve au contraire qu’elle est parvenue à un bon niveau de « sélection de groupe » et que ce sont les religions qui en sont proablement la cause.

En créant une « alliance d’intérêts communs » entre les individus et les groupes, les religions apportent de la vie à la société et suffisamment d’harmonie pour que la « sélection de groupe » fonctionne.
Évidemment, les religions n’ont pas toujours cet impact positif. Il arrive que l’une d’entre elles amène un peuple à sortir de ses limites et celui-ci en pâtira forcément. Rue craint d’ailleurs que ce soit le cas ici et là dans le monde actuel. Mais si les religions ne contribuent pas à créer les conditions indispensables à une vie stable, elles ne pourront pas subsister et l’humanité ellemême en sera affectée.

 

L’épopée de l’évolution

Rue prend au sérieux la pensée naturaliste. (Voir sur ce site : Michael Barrett  Le naturalisme religieux)
Il consacre les 160 premières pages de son livre à une description détaillée de l’histoire de l’évolution, du big bang initial à l’histoire humaine contemporaine. Il y insère fondamentalement la religion dans notre système naturel avec des arguments à la fois scientifiques et affectifs. Il dépeint, de manière magnifique, l’humanité comme constituée d’entités naturelles émergeant du cosmos en une évolution incessante : « nous sommes nés des étoiles et formés de la terre ».

Il insiste particulièrement sur l’évolution de la conduite humaine. Il constate des défauts fondamentaux et il parle de « moralité intuitive », mais ces défauts peuvent être aggravés – et c’est presque toujours le cas – par de mauvaises influences culturelles. La culture peut améliorer la conduite des hommes mais elle est aussi parfois responsable de leur mauvaise conduite. La fonction de la religion est de réorienter notre conduite au-delà de la « moralité intuitive » vers une pratique positive des valeurs sociales afin que s’établisse l’harmonie du groupe.

 

Estime de soi et hiérarchie des idéaux

Il est fondamental d’avoir de l’estime de soi et les religions le savent bien, qui valorisent certaines conduites et en condamnent d’autres. Elles influencent ainsi la « hiérarchie de nos idéaux », la liste de nos priorités et sont l’archet qui joue ainsi sur les cordes de la nature humaine. Leur rôle est d‘orienter la hiérarchie de nos idéaux en direction du social, des valeurs d’association. Lorsqu’elles y manquent un « débordement » de la moralité intuitive peut survenir, mais si elles réussissent, l’humanité y gagne en coopération et en solidarité.

 

Épanouissement personnel et intégration dans la société

Rue pense qu’au plus haut niveau de généralité nos besoins fondamentaux peuvent être regroupés en deux catégorie :
« Notre objectif général est de parvenir à un épanouissement personnel et à notre intégration dans la société. C’est-à-dire de développer d’une part une personnalité solide et saine et d’autre part de nous organiser collectivement en groupes sociaux harmonieux et coopératifs. Nous développons notre épanouissement et notre capacité de reproduction en mettant en œuvre simultanément ces deux buts. »

Ils ne s’accordent pourtant pas facilement entre eux. On a dit que les individus étaient évidemment tentés de « contourner les règles de la vie collective », de recevoir plus du groupe qu’ils ne lui donnent et de courir après des avantages à court terme. Pour s’en préserver, la société doit user de contrainte extérieure (par exemple la menace de la police) ou de s’adresser à la motivation intérieure de ses citoyens, ce qui est évidemment plus efficace.
Les religions s’efforcent d’influencer dans le bon sens notre motivation intérieure en proposant une certaine hiérarchie de nos idéaux : elles donnent une bonne note à l’estime que l’on a de soi lorsqu’on a coopéré avec le système et une mauvaise lorsqu’on a « contourné les règles de la vie collective »

 

Deux buts conjoints intégrés par un mythe dans une métaphore fondamentale

Les deux buts que sont l’épanouissement personnel et le désir d’une intégration dans la société sont distincts mais peuvent être intégrés l’un à l’autre, dit Rue, dans la combinaison d’un texte unique et contraignant décrivant la nature des choses (cosmologie) et prescrivant la conduite qui convient (morale). Lorsque ces deux lignes fusionnent ainsi, la seconde s’imprègne de la force de la première, « le réel devient sacré et le sacré réel ».

Un tel récit est un mythe contenant une « métaphore fondamentale ».
Les religions abrahamiques utilisent la métaphore fondamentale « Dieu en tant que personne ». Une ancienne tradition grecque parle de « logos », l’hindouisme et le bouddhisme disent « dharma », la religion chinoise « tao ».

La métaphore fondamentale suscite un certain dynamisme d’organisation. Par exemple dans les mythes juifs-chrétiens-musulmans, qui utilisent la métaphore fondamentale « Dieu en tant que personne », toutes les idées concernant l’origine du monde et comment nous devons nous conduire sont enracinées dans ce qui est présenté comme la volonté créatrice de Dieu. Évidemment une telle présentation incite fortement à la conduite voulue par Dieu, c‘est-à-dire en fait à celle que la religion enseigne.
[...]


Les religions sont-elles les seules à agir ainsi ?

Il est évident que des mouvements profanes et athées peuvent en faire autant. Il n’en demeure pas moins que la religion a joué un rôle fondamental dans l’histoire.

 

Les religions souhaitent m’influencer ? Non merci !

Si la raison d’être des religions est de nous influencer, ne sommes-nous alors que des marionnettes ?
Les scientifiques disent que la conduite humaine est conditionnée par l’interaction des deux processus que sont la biologie et la culture. Nous sommes donc un tissu sans couture de nos gènes et de la culture. Rue dit : « les traditions religieuses fonctionnent comme l’archet d’un violon qui joue sur les cordes de la nature humaine pour produire une harmonie entre les individus et leur environnement social et matériel. »

 

Lorsque les religions échouent

On a dit plus haut que les religions peuvent manquer à leur rôle. Et cela pour deux raisons.
Elles peuvent ne plus s’exprimer de manière crédible de sorte que les gens ne les prennent plus au sérieux. Par exemple une lecture littérale du texte de la création du monde en six jours dans la Genèse n’est plus crédible aujourd’hui pour beaucoup de gens.
Elles peuvent ne plus s’exprimer de manière pertinente sur le plan de éthique. Rue pense notamment que c’est souvent le cas aujourd’hui. Une religion qui n’est plus capable de guider les gens dans leur vie risque fort de les conduire en fait dangereusement proches du bord d’une falaise écologique.

 

Une religion écologique

Le livre de Loyal Rue culmine avec l’idée de « naturalisme religieux », un mythe englobant diverses traditions à la fois religieuses et naturalistes. Cette idée combine la cosmologie et l’évolutionisme de la science contemporaine avec les valeurs écologiques : « Une morale écologique reconnaît une valeur absolue à l’intégrité de la nature en raison du principe que toute vie bonne présuppose la vie et que la vie présuppose l’intégrité de la nature. » Quelle métaphore fondamentale pourrait étayer un tel mythe ? Actuellement aucune. Notre culture n’a pas encore su utiiser les valeurs de la nature sans les fonder sur des réalités surnaturelles.

Pourtant Rue est optimiste. Il croit que nous en arriverons finalement à voir la nature elle-même comme l’objet de notre préoccupation fondamentale. Et c’est là le but du livre. Si le Paganisme Humaniste souhaite collaborer à ce mouvement, il doit pour cela promouvoir les arguments nécessaires sur les plans esthétique, expérimental, rituel et institutionnel :
« Les penseurs naturalistes sont évidemment d’accord pour dire que la réalité est naturelle et que la nature est réelle. Mais ceux d’entre eux qui sont religieux doivent prendre une attitude spécifique face à la Nature. Ils faudra qu’ils manifestent clairement leur révérence, leur respect et leur amour pour la Nature sous ses diverses formes, leur sympathie pour toutes les formes de vie, leur gratitude pour l’origine de la vie, leur dédain pour ceux qui se détournent des valeurs de la nature et leur solidarité avec ceux qui s’attachent à la protection de la vie. »

 

Critique et conclusions

Le livre de Rue est une synthèse visionnaire qui contient certainement de nombreuses affirmations discutables. Certaines disparaîtront d’elles-mêmes mais d’autres porteront du fruit.

- On peut critiquer la manière qu’a Rue de donner un sens personnel au vocabulaire qu’il emploie lorsqu’il parle de sujets qui sont pourtant extérieurs à son propre champ de réflexions. Cela rend difficile la comparaison de ses affirmations avec celles des spécialistes du sujet qu’il traite.

- On peut, d’autre part, se demander si les analyses qu’il fait des grandes religions comme le judaïsme, le christianisme, l’islam, l’hindouisme et le bouddhisme conviendraient également aux autres anciennes religions polythéistes.

- D’une manière générale ce livre est magistral. Il traite plus en ce seul volume des récentes études en matière de biologie et de religion qu’aucun autre ne l’a fait.
Il peut être difficile à lire, mais le résultat en vaut la peine.
Le lecteur y découvre une élégante présentation de la religion comme phénomène naturel.

- Cette vision naturaliste va-t-elle ébranler la religion ?
Rue répond à cette question :
« Tout ce que je peux dire à partir de ma propre expérience est que les pertes existentielles provoquées par le naturalisme religieux sont largement compensées par le sens du mystère et de la sainteté de la nature qu’il révèlent. »


 Traduction Gilles Castelnau

 


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