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Le « naturalisme religieux »

 

 

What does ‘religious naturalism’ mean?

 

 

Michael Barrett

Oxford

 

Voir
Dominic Kirkham De la théologie naturelle à une théologie de la nature
Loyal Rue
La religion ne s'occupe pas de Dieu


 

 11 août 2014
[...]
Le mot « religieux » ne désigne pas ici une foi particulière, une philosophie ou un certain système culturel. Il suggère une expérience affective émotionnelle  ou une sensation spirituelle d’émerveillement, de respect, de recueillement, de révérence engendrée par la nature.
Le « naturalisme » est une vision du monde et des relations de l’homme avec la nature sans qu’il soit question de dieux, d’esprits, d’âmes ou de miracles,  de forces ou de lois surnaturelles.  C’est une vision de la nature,  du monde, de la vie, de toute la biodiversité  et par extension de la société humaine et de sa culture.
Le « naturalisme religieux » est une manière de penser, de sentir, de vivre que partagent des philosophes, des scientifiques et des théologiens qui ressentent à la lumière de la science moderne, l’impression prenante d’être « reliés » au monde naturel et d’en être dépendants.

 

L'arrière plan du naturalisme religieux

Parmi les grands penseurs du naturalisme religieux, depuis Aristote jusqu’à Whitehead, le nom le plus souvent cité est celui de Baruch Spinoza. Sa formule célèbre « Deus sive natura »  (Dieu c’est à dire la nature) résume bien sa conception d’un Dieu qui n’est pas distinct du monde, qui lui est identique.

Le théologien américain Emerson est lui aussi fréquemment mentionné comme précurseur du naturalisme religieux moderne. Certaines de ses conceptions,  comme la notion d’une « âme universelle » à l’intérieur de la vie ou derrière elle, en font de lui un exceptionnel représentant. « Si quelqu’un, écrit-il, construisait un meilleur attrape-souris, tout le monde construirait une avenue menant jusqu’à lui. » Mais si, comme je le crois, le naturalisme religieux est justement un exemple de cet excellent « attrape-souris », comment se fait-il qu’il n’y ait pas plus de monde décidé à construire cette avenue menant chez lui ? Et pourquoi le naturalisme religieux n’est-il pas plus connu ?

Henry Nelson Wieman, professeur de philosophie de la religion à l’Université de Chicago dans les années 1930 a adopté une « position religieuse disant que Dieu n’est pas surnaturel. » Influencée par le philosophe britannique Alfred North Whitehead, sa conception de Dieu était celle du process qui, comme il le disait, « transforme les hommes comme ils ne pourraient jamais se transformer eux-mêmes. »

Un autre théologien du process, Bernard Meland, également de l’Université de Chicago dans les années 1930, écrivit un important livre, A Search for Reality in Religion (Recherche de la réalité en religion) : « nous avons besoin de ressentir dans tout notre être que nous faisons partie des forces de la terre, y compris en ce qui concerne notre conduite spirituelle. Nous sommes la conscience que l’univers a de lui-même. »
[...]

La religion ne s'occupe pas de Dieu

En 2005, dans son livre Religion is not about God (La Religion ne s'occupe pas de Dieu), Loyal Rue, professeur de philosophie et de religion au Collège Luther (Iowa), observe que les êtres humains entendent principalement optimiser leurs capacités de reproduction en améliorant leur état de santé ainsi que leur cohésion sociale. Les religions ne sont en fait que des traditions culturelles destinées à alimenter les systèmes cognitifs  et émotionnels  qui permettent  bien-être personnel et communautaire.
Loyal Rue est ainsi un représentant classique du naturalisme religieux qui rejette toute explication surnaturelle et ne reconnaît aucun phénomènes religieux extraordinaire qui révèlerait l’existence de Dieu. Il pense que la religion ne fait pas connaître la réalité divine mais dit, à sa manière, « comment va le monde » et « quelles sont les choses qui comptent ».
Les religions disent « comment va le monde » en élaborant des mythes cosmologiques qui décrivent l’origine de l’univers et l’émergence de l’humanité.
Elles codifient « les choses qui comptent » dans des textes comme les Dix commandements,  le Sermon sur la Montagne et les textes sacrés de l’islam, du bouddhisme ou du confucianisme.
[...]
Loyal Rue s’inquiète de l’avenir de la religion alors que l’humanité affronte les défis les plus inquiétants qu’elle ait jamais connus : l’augmentation exponentielle de la population mondiale et de la consommation  de biens matériels menacent aussi bien l’existence de la nature que celle de la société.  L’humanité perd son harmonie avec la réalité du monde et ses traditions religieuses sont désormais incapables de lui tracer la voie.

 

Quand il n’y a plus Dieu, tout est sacré

Chet Raymo, professeur émérite au Stonehill College (Massachusetts), titrait son livre paru en 2008 When God is Gone Everything is Holy : the Making of a Religious Naturalist. (Quand il n’y a plus Dieu, tout est sacré : le naturalisme religieux).
Le naturalisme religieux se situe pour lui « entre la connaissance scientifique et le mystère, entre le profane et le sacré ».
Le scientifique et le mystique cherchent pareillement  l’essence secrète du monde tout en sachant tous deux qu’elle demeurera toujours partiellement inconnue.
Il dit que l’on peut avoir à la fois un sens du sacré et reconnaître la science. Le but de la science est, en effet, de connaître le monde, même si la nature ne peut être  que partiellement connue. Le but de la religion est de « célébrer le mystère de la vie dans l’univers ».
Raymo fait remarquer que le fait de « croire » est tout autre chose que « croire en » quelque chose. Se disant lui-même catholique agnostique, Raymo rejette le surnaturel enseigné par l’Église mais valorise certains aspects de sa tradition sacramentelle. Il fait remarquer que cette position n’est pas nouvelle, qu’elle a trop souvent été condamnée par l’Église comme hérétique et se recommande de Maître Eckhart comme le patron du naturalisme religieux.

 

Les profondeurs sacrées de la Nature

Ursula Goodenough, professeur de biologie à l’Université de Washington est aussi l’une des théologiennes  les plus connues du naturalisme religieux, notamment avec son livre de 1998 The Sacred Depths of Nature (les profondeurs sacrées de la Nature). Elle se dit « religieuse non-théiste ».
Elle écrit en tant que biologiste sur les origines et l’évolution de la vie sur la terre, sur le développement et le fonctionnement des organismes vivants. Mais elle décrit aussi de manière poétique et sensible la prise de conscience, les émotions, la valeur et le sens de la vie, les sensations religieuses d’émerveillement, de respect et de révérence pour la Nature qu’elle rencontre  dans ses recherches scientifique.
Elle dit comme Loyal Rue que toutes les religions expriment à leur manière « comment va le monde » et « quelles sont les choses qui comptent ». Elle pense qu’en unissant la cosmologie et l’éthique, le rôle des religions est de nous convaincre d’une attitude éthique.
[...]


Redéfinir le sacré

La plupart des penseurs  du naturalisme religieux se refusent à associer le sacré avec le surnaturel, non seulement parce qu’ils trouvent celui-ci non crédible mais aussi parce qu’il divise les hommes. Il y a pourtant un indéniable besoin humain de redéfinir le sacré.
Dans son livre Re-inventing the Sacred  (réinventer le sacré), Stuart Kauffman, directeur de l’Institut for Biocomplexity à l’Université Calgary, redéfinit le sacré en termes de créativité. Il dit que les lois de la nature seule ne peuvent pas décrire l’évolution des systèmes complexes de la vie du monde, encore moins ceux de la vie humaine, de son organisation et de ses valeurs. Il prend le mot « Dieu » comme le symbole imaginé pour décrire la « créativité radicale » qui a été pendant quatre milliards d’années la caractéristique  de la vie de l’univers, de la biosphère terrestre  et maintenant de la vie humaine.
C’est cette  créativité, complémentaire des lois de la nature et n’impliquant aucun surnaturel qui mérite notre émerveillement, notre respect et notre révérence et qui peut nous tenir lieu de sacré.

 

L’épopée de l’évolution

L’évolution peut être le puissant mythe cosmologique qui susciterait  une nouvelle éthique planétaire et nous unirait tous pour affronter l’avenir. L’évolution progresse vers la formation d’une « noosphère » de la même manière que l’émergence de la vie a suscité « une biosphère physique » : une couche de pensée et de sensation couvre la terre comme une enveloppe intelligente. C’est la thèse développée dans les années 1940 par le scientifique prêtre et jésuite Pierre Teilhard de Chardin dans son livre le Phénomène humain. Il proposait ainsi un mythe cosmologique pour le XXe siècle  qui a eu une influence durable sur la plupart des scientifiques théistes et non-théistes.

La formule « l’épopée de l’évolution » a été lancée en 1978 par Edward Wilson, professeur de sociobiologie à Harvard.
Un récit de l’évolution de l’univers en un processus de 14 milliards d’années depuis le big bang jusqu’à la vie humaine et la culture actuelle a ensuite été élaboré en 1992 par Brian Swimme et Thomas Berry dans leur livre The Universe Story (l’Histoire de l’univers).  Swimme, professeur de cosmologie au California Institute of Integral Studies, y apporte son approche scientifique et l’historien Berry sa vision poétique, élaborant ainsi un lien entre les sciences et les humanités. Ils sont convaincus que « le récit de l’univers  présenté avec ses transformations  et une réflexion sur sa signification profonde constituera indubitablement  la trame de l’enseignement du futur. »

 

L'Épopée de l'évolution

L’Épopée de l’évolution est aussi le titre d’un livre de l’astrophysicien Eric Chaisson, directeur du Centre for Innovative Science Education  à l’University Tufts (Massachusetts). Il y analyse l’évolution de la science dans les différentes époques de la vie de l’univers, depuis les particules élémentaires jusqu’aux galaxies, aux étoiles et aux planètes et à la chimie moderne, à la vie et la culture humaine.

Depuis vingt ans, de nombreux ouvrages sur le naturalisme religieux élaborent une nouvelle mythologie fondée scientifiquement et fournissant une base pour les principes éthiques valable à tous les niveaux d’enseignement.

 

Une crise imminente

S’il est vrai, comme le disent les principaux penseurs du naturalisme religieux que la religion réfléchit désormais davantage à la sainteté du monde naturel qu’aux divinités surnaturelles, c’est donc une crise qui se présente à nous et qui va nous obliger à repenser notre religion et son éthique. On peut discuter l’imminence de la crise et sa puissance mais elle se produira sans aucun doute du vivant des enfants nés en 2014.

La science moderne érode les dogmes des religions traditionnelles  et notamment leurs promesses  de paradis et leurs menaces de l’enfer,  et la société actuelle refuse plus en plus leurs principes éthiques. Il semble probable qu’elles seront bien incapables demain d’avoir encore de l’influence sur la vie et la pensée  des gens.

C’est un avenir inquiétant et imprévisible devant lequel se trouve l’humanité et la survie même de la nature est désormais en question.

Avec L’Épopée de l’évolution, notre village global dispose d’une indispensable mythologie alternative, déjà parfaitement disponible avec les outils nécessaires pour la transmettre. Cette philosophie du naturalisme religieux va-t-elle  être « l’excellent attrape souris » dont parlait Emerson ? Il est vrai que peu de gens ont déjà « construit une avenue menant jusqu’à lui » mais le naturalisme religieux, fondé surl’épopée de l’évolution, a de meilleures chances que les autres écoles religieuses  de fournir une vision du monde et un nouveau modèle d’éducation capable de nous aider à affronter la crise qui vient.

 Traduction Gilles Castelnau

 


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