Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

 

Sea of Faith - non-réalisme

 

 

Le Dieu « non-réaliste »

peut-il changer les choses ?

 

Can an ‘Unreal’ God Change Reality?

 

Ray Vincent

pasteur de l’Église baptiste
aumônier à l’Université de Glamorgan (Pays de Galles)

 

 

4 janvier 2014

Dans cet article, Ray Vincent explore la conception « non réaliste » du Dieu de la Bible
et la tradition de résistance plutôt que de soumission
et de justice collective plutôt qu’individuelle.

Ceux d’entre nous qui explorent l’idée non-réaliste de Dieu, sont généralement imprégnés de philosophie grecque et pensent tout naturellement à Dieu comme le créateur de l’univers, le premier Moteur, celui qui est en même temps ici, au-dessus et au-delà de tout ce qui existe, éternel, parfait, impassible, tout-puissant et omniscient. La théologie chrétienne dit encore que Dieu est trinitaire : il y a le Dieu créateur, le Dieu incarné en Jésus-Christ et le Dieu omniprésent dans le Saint Esprit.

Dans la Bible, Dieu est pourtant bien différent : il est présenté comme une personne réelle avec des passions, capable de désir, d’amour tendre et de sautes de colère, qui intervient dans la vie des hommes et change parfois d’avis. Le Dieu de la Bible apparaît plus « primitif » et moins crédible que le Dieu de la théologie classique. Il est manifestement masculin, guère différent des hommes :

Il modèle un homme de ses mains et souffle en lui la vie (Genèse 2.7). Il se promène dans le jardin au frais du soir et appelle Adam pour savoir où il est (Gen 3.8-9). Il coud des vêtements de peau pour couvrir la nudité d’Adam et Ève (Gen 3.21). Il vérifie que Noé, sa famille et les animaux sont convenablement installés dans l’arche et ferme sur eux la porte (Gen 7.16). Lorsque le Déluge est fini, son humeur est adoucie par l’odeur de la viande grillée et il se repent de ce qu’il a fait (Gen 8.21). Il vient rendre visite à Abraham et à Sarah sous la forme de trois hommes, mange et boit avec eux, puis marchande longuement avec Abraham la destruction de Sodome (Gen 18).

Ce Dieu semble imprévisible et incohérent. Il place Adam et Ève dans le jardin d’Eden mais il y met aussi un arbre dont il leur interdit de manger ainsi qu’un autre arbre , l’arbre de vie, dont il ne leur dit rien. C’est après coup qu’il a l’idée qu’ils pourraient y toucher après qu’ils ont mangé du premier (Gen 3.22). Il descend jeter un coup d’œil à la tour de Babel et décide d’en arrêter la construction (Gen 11.5ss). Ce Dieu étrange qui envoie Moïse exiger du pharaon la libération des esclaves hébreux, l’attaque un soir et s’efforce de le tuer (Exode 4.24).

Ceux d’entre nous qui sont « non réalistes » ont des difficultés avec le Dieu de la théologie classique et avec celui des philosophes, mais nous trouvons aussi que le Yahvé biblique et complètement étranger à notre manière de penser et nous fait dépasser les bornes du crédible. Et pourtant il est possible que ce portrait de Yahvé de la Genèse et de l’Exode nous soit plus accessible que la conception classique. Ces récits reflètent la compréhension qu’avaient les auteurs bibliques du monde et de la vie.

Les textes bibliques considèrent évident que tout ce qui arrivait était la volonté de Dieu. Même le livre de Ruth, qui est probablement relativement récents dans la Bible, montre Noémie revenant à Bethléem après la mort de son mari et de ses deux fils et disant : « ne m’appelez plus Noémie (agréable), appelez-moi Mara (amère) car le Très-Haut a été amer avec moi ». Rien dans le texte n’explique d’ailleurs cette situation : ainsi va la vie ou, comme Noémie le dit, c’est ainsi que Dieu se conduit parfois. Cette conduite absurde, contingente, imprévisible de Dieu correspond à la conception de l’auteur biblique. Et un tel Dieu pourrait, en effet, représenter une image plus juste de notre expérience de la vie que les traditions théologiques les plus classiques. Il est vrai que le monde – ou la vie, peu importe le vocabulaire que l ‘on choisit – est vraiment spécial, imprévisible et absurde. Le monde peut nous être parfois merveilleusement bienveillant et éveiller en nous un sentiment de reconnaissance et de bénédiction et soudain, sans raison apparente, nous frapper cruellement. Il peut nous être d’abord favorable puis se retourner subitement contre nous. La vie ne manifeste aucun signe d’un plan logique. Le Dieu imprévisible de la Bible représente peut-être plus justement la réalité de l’existence que le Dieu du catéchisme traditionnel.

La théologie non-réaliste affirme que si Dieu n’existe pas, l’idée de Dieu est néanmoins essentielle à la pensée humaine et ceci s’applique non seulement à l’idée philosophique de la Divinité universelle mais également et peut-être plus adéquatement encore, à la conception personnelle et apparemment plus « primitive » du Dieu de la Bible.

Ce n’est bien entendu pas tout ce que l’on peut dire du Dieu de la Bible. Si c’était le cas, la religion biblique ne serait guère différente des nombreux paganismes et des mythologies. Elle serait même plus inhumaine dans la mesure où le polythéisme propose toujours la possibilité de faire appel d’un Dieu auprès d’un autre. S’il n’y a qu’un Dieu on est totalement à sa merci et on n’y peut rien. Mais dans la Bible il y a toujours la possibilité de faire appel à Dieu lui-même au nom de sa justice qui est constamment réaffirmée.

Certains personnages de la Bible n’ont pas peur de discuter avec Dieu, de lui faire des reproches et de l’accuser d’injustice.

- Abraham, par exemple, marchandant avec Dieu à propos du destin de Sodome s’écrie : « Celui qui juge toute la terre n'exercera-t-il pas la justice ? » (Gen 18.25)

- Moïse, exaspéré par le mécontement persistant du peuple interpelle Dieu : « Pourquoi affliges-tu ton serviteur [...] Plutôt que de me traiter ainsi, tue-moi, je te prie, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, et que je ne voie pas mon malheur. » (Nombres 11.11-15)

- Le prophète Jérémie compare Dieu à « une source trompeuse, une eau dont on n'est pas sûr » (Jér 15.18)

- Job s’en prend amèrement à Dieu : « Te paraît-il bien de maltraiter, de repousser l'ouvrage de tes mains et de faire briller ta faveur sur les méchants ? » (Job 10.3)

- Les Psaumes posent fréquemment des questions comme :
« Pourquoi, ô Eternel, te tiens-tu éloigné ? »
« Pourquoi te caches-tu au temps de la détresse «
(Ps 10.1)
« Jusqu'à quand, Eternel, m'oublieras-tu sans cesse ? » (Ps 13.1)

Ce Dieu semblable aux hommes se laisse fléchir et on peut le faire changer d’avis. Après avoir décidé de détruire les Israélites, il se laisse persuader par Moïse de changer d’avis :
« L'Eternel se repentit du mal qu'il avait déclaré vouloir faire à son peuple. » (Exode 32.14)

Comme il le fait aussi, au grand dam de Jonas en réponse à la repentance de Ninive :
« Dieu vit qu'ils agissaient ainsi et qu'ils revenaient de leur mauvaise voie. Alors Dieu se repentit du mal qu'il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas. » (Jonas 3.10).

Le prophète Osée montre Dieu déchiré par des émotions contradictoires :
« Mon cœur s'agite au dedans de moi,
Toutes mes compassions sont émues.
Je n'agirai pas selon mon ardente colère »
(Osée 11.8-9)

La prière est presque toujours décrite dans la Bible comme capable de faire une différence. Jésus la compare à celui qui réveille au milieu de la nuit un voisin réticent pour lui demander du pain (Luc 11.5-8) ou à une veuve faisant appel à un juge insensible (Luc 18.1-8). Ces deux paraboles ne réduisent pas la prière à une formule magique immédiatement efficace : elles reconnaissent que la prière n’obtient pas toujours ce qu’elle demande et suggèrent que Jésus dit : « Si Dieu ne répond pas à votre prière, harcelez-le jusqu’à ce qu’il le fasse ». La conviction tenace que la foi peut radicalement changer le monde en dépit des apparences est comprise dans la prière universelle du christianisme : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

Les penseurs « non-réalistes » ont parfois tendance à se tourner vers les spiritualités bouddhistes ou taoïstes et à rejeter l’idée traditionnelle de la foi chrétienne de relation personnelle avec Dieu. Pourtant on ne peut nier que de nombreux changements positifs dans l’histoire du monde ont été produits par le dynamisme de la spiritualité issue de la Bible qui induit l’esprit de résistance plutôt que celui de soumission, le dualisme plutôt que l’unité, la prière plutôt que la méditation, la justice sociale plutôt que l’approfondissement personnel. Une spiritualité qui, plutôt que qu’une acceptation sereine des choses telles qu’elles sont, affronte et défie la réalité et réussit à la changer.

La pensée biblique n’oppose pas le monde tel qu’il apparaît et le monde tel qu’il est, mais le monde tel qu’il est et le monde tel qu’on le voudrait. Cette tradition « prophétique » a débordé la seule pensée religieuse pour irriguer la pensée occidentale tout entière. Il est désormais courant d’y opposer la « justice » et l’« injustice » de la vie. Il n’est pas logique, s’il n’y a pas de Dieu, de porter un jugement moral sur la vie du monde. Et pourtant il y a bien une tendance, même parmi les incroyants à penser la vie du monde comme s’il s’agissait d’une personne. C’est dans la culture chrétienne d’Europe que le marxisme a pris naissance et il y a en lui quelque chose de la tradition biblique prophétique.

La formule marxiste selon laquelle « les philosophes n’ont fait qu’expliquer le monde alors qu’il s’agit de le changer » est une expression non-religieuse de la différence entre la spiritualité mystique et la spiritualité prophétique.
Mao Tse-toung eut, dans un discours adressé au Parti Communiste chinois en 1945, une réflexion qui ressemblait beaucoup à la parole de Jésus concernant la foi qui peut éloigner les montagnes : « si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d'ici là, et elle se transporterait ; rien ne vous serait impossible. » (Matthieu 17.20).

Il se réferrait à l’ancienne légende chinoise d’un vieil homme dont la maison était à l’ombre de deux grandes montagnes qui lui obstruaient la lumère du soleil. L’homme, avec l’aide de ses deux fils, entreprit de piocher les montagnes à l’aide de leurs seules houes. Aux moqueurs il répondit : « lorsque je serai mort, mes fils continueront, après eux leurs fils, puis leurs petits-fils et leurs descendants. Les montagnes sont très hautes mais elles ne pourront pas grandir davantage et chaque coup de nos houes les diminueront un peu. »
Ils ont ainsi continué à creuser jusqu’à ce que Dieu, sensible à leur courage, leur envoya deux anges qui transportèrent les montagnes plus loin.

Et Mao continua : « Aujourd’hui les deux montagnes qui dominent le peuple chinois sont l’impérialisme et le féodalisme. Le Parti Communiste chinois a depuis longtemps décidé de les éradiquer. Nous devons persévérer, y travailler incessamment et nous finirons par toucher le cœur de Dieu. Car notre Dieu n’est autre que les masses populaires de Chine. Si elles se lèvent et piochent ensemble et avec nous, comment ces deux montagnes ne seraient-elles pas anéanties ? »

Ne serait-il pas temps pour les théologiens d’explorer davantage de manière « non-réaliste » l’action, la manière d’être, les réponses du Dieu de la Bible et d’y découvrir la pensée théologique qui pourra changer le monde.

             

 Traduction Gilles Castelnau

 


Retour

Retour vers "Sea of Faith"
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.