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La foi et le Dieu impossible

 

Faith and the Impossible God

 

 

Philip Knight

 

 

22 octobre 2013

Si on prend conscience de ce qu’entraîne l’affirmation de la transcendance de Dieu on comprend qu’on ne peut rien écrire ni rien dire de Dieu. On peut tout au plus dire quelque chose de l’histoire que les hommes ont vécue avec Dieu, rappeler certains moments dans l’histoire où Dieu s’est fait humain. Des moments où Dieu nous a rencontrés dans notre fragilité et notre ignorance et nous a laissés en rendre compte comme nous avons pu.

La seule différence entre ceux qui disent parler objectivement de Dieu et ceux qui disent en parler métaphoriquement, guidés par leur expérience spirituelle, est que les premiers ne se rendent pas compte qu’ils font en réalité exactement comme les seconds. Autrement dit qu'on ne peut pas distinguer notre expérience spirituelle d'une connaissance qui serait objective de Dieu.

Néanmoins, lorsqu’on affirme qu’il est impossible de dire quoi que ce soit de Dieu qui soit objectif, on est précisément en train de dire la seule chose objective qu’il soit possible de dire de Dieu. L’impossibilité est littéralement la forme que Dieu a pour nous.

Comme le dit le philosophe et théologien irlandais Peter Rollins (How Not to Speak of God, 2006) : « avec Dieu on apprend toujours à ne rien dire de lui ».

Etty Hillesum (jeune hollandaise morte à 29 ans à Auschwitz) écrit de même : « Le mot "Dieu" me semble parfois vraiment fruste, il n’est après tout qu’une métaphore, une approche de notre grande et constante aventure intérieure. Je pense même ne pas avoir besoin du mot "‘Dieu’" et de sa sonorité brutale » (Les Écrits d'Etty Hillesum - Journaux et Lettres, 1941-1943)

Ceci fait écho à Maître Eckhart le mystique de Strasbourg  : « Dieu me libère de Dieu » dont Rollins note qu'il fait ainsi « prendre conscience du fait que le Dieu que nous prions est plus grand, meilleur et différent de ce que nous pensons de lui ».

L’idée qu’on ne peut jamais rien dire d’objectivement vrai de Dieu peut être effrayante pour certains dans la mesure où, comme le dit Rollins, « quand on parle de Dieu, ce n’est jamais de lui qu’on parle mais seulement de la compréhension que nous avons de lui ».

Et immédiatement surgit le doute : Comment savons-nous que notre compréhension de Dieu a une certaine réalité ou n’est-elle qu’imagination ? Comme le dit encore Rollins : « si l’on ne peut vraiment saisir Dieu, comment peut-on être sûr que c’est bien Dieu qui nous saisit ? » Évidemment on ne peut pas en être sûr. C’est justement là que se trouve l’acte de foi. On n’a pas la foi lorsqu’on est sûr. La foi est plus proche du doute que de la certitude.

Dans ses récentes émissions de radio, l’évêque d’Édimbourg Richard Holloway, a clairement souligné que dans la relation de mutuelle dépendance de la foi et du doute, il n’était pas contradictoire de penser Dieu comme un Dieu impossible et que la présence de Dieu ne peut nous apparaître que dans le sentiment de son absence.

Paul Tillich, dans sa Théologie de la culture s’élève contre l’idée même « d’existence de Dieu » en la qualifiant de « semi-blasphématoire » et ne veut plus que nous en parlions : « on ne peut concevoir une vraie religion sans un peu d’athéisme ». Dire d’une chose qu’elle « existe » la limite dans le temps et dans l’espace, la considère comme finie et dépendante pour son existence même de quelque chose qui la précède. C’est en faire un objet de manipulation que l’on peut dissoudre, éroder et briser, dont on peut analyser les constituants, la structure atomique dont on peut expliquer l’origine et la cause efficiente. Personne n’oserait dire cela de Dieu.

Tillich écrit : « Si vous commencez en effet par vous demander si Dieu existe ou n’existe pas, vous ne parviendrez jamais à l’atteindre. Et si vous affirmez qu’il existe, il est encore plus difficile de l’atteindre que si vous affirmez qu’il n’existe pas. Un Dieu dont on peut prouver l’existence ou la non-existence devient une chose parmi d’autres dans un univers de choses qui existent. Il est tout aussi légitime de se demander alors si cette chose existe que de répondre qu’elle n’existe pas. Il est regrettable de constater par ailleurs que les hommes de science croient avoir réfuté la religion lorsqu’ils ont pu, à juste titre, établir que l’argument selon lequel un tel être existe n’est fondé sur aucun évidence. En réalité, il n’ont pas seulement réfuté la religion, mais il lui ont rendu un très grand service. Ils ont obligé la religion à reconsidérer et à exprimer à nouveau le sens de ce formidable mot : "Dieu". » (Théologie de la Culture page 13 de l’édition française)

 

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Le théologien John D. Caputo, (professeur à l’université de Syracuse, USA, partisan de la philosophie de Jacques Derrida) dit que la foi religieuse n’est rien d’autre que la passion de ce qu’il appelle « les incognitos de l’impossible », qui incluent l’impossibilité de la « justice », du « don », du « pardon » et de l’ « hospitalité ». (What would Jesus Deconstruct? page 58).

Voici un exemple de ce que pense Caputo : « La loi est l’instrument de la justice. La seule manière de faire régner la justice sur cette Terre est d’appliquer la loi. Mais la loi est aussi un compromis d’intérêts opposés et n’est jamais la véritable incarnation de la justice. La justice est toujours première, c’est elle qui, d’un lieu inconnu, appelle la loi à la réaliser. Il est impossible de savoir ce qu’est cette impossible justice car lorsqu’on s’efforce de la réaliser, tout ce qu’on obtient est un discours sur la loi qui n’est jamais à la hauteur de ce qu’on pense être la justice. La loi s’efforce d’accomplir la justice mais la justice transcende la loi. Le désir que nous avons de la justice est supérieur à celui que nous avons pour la loi mais nous ne pouvons saisir que la loi. Néanmoins notre désir de la justice évite à la loi de se scléroser et nous conduit au contraire à l’améliorer sans que nous parvenions jamais à sa complète plénitude.
Prendre conscience qu’il est impossible de réaliser parfaitement la justice nous incite pourtant à la mettre en œuvre et certainement pas à y renoncer comme à une tâche utopique. »

Caputo prend un autre exemple : le don gratuit est impossible dans la mesure où la seule joie d’avoir donné sans attendre de retour est déjà une récompense. Et justement, le fait que nous puissions lutter pour l’inaccessible justice et l’impossible don gratuit, rend possible leur concrétisation dans la loi humaine et le don toute amoindris soient-ils.

Comme la justice et le don, le pardon et l’hospitalité, qui sont au-delà de ce qui existe, nous appellent à œuvrer pour ce qui pourrait être et qui est, aujourd’hui encore, impossible.

C’est ainsi que la justice, le don, le pardon et l’hospitalité qui sont du domaine de l’impossible peuvent être pensés comme possibles.

En ce qui concerne le pardon, Caputo s’exprime ainsi : « La seule chose qui peut véritablement être pardonnée est l’impardonnable. Le véritable pardon n’est possible que lorsqu’il est impossible. L’excès inexplicable de pardon se ressent lorsqu’on pardonne justement ceux qui n’ont pas de regret, ne se repentent pas et n’ont pas l’intention de s’amender. Le véritable pardon est donné sans condition, exactement comme Jésus a lui-même dit des soldats romains : "Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font" ».

Et Caputo continue : « La foi est la plus nécessaire lorsqu’elle semble impossible, lorsque le doute semble la seule attitude logique. La foi n'existe que dans son opposition à toutes les raisons qui lui sont contrraires » 

C'et ainsi que l'on peut comprendre que c’est précisément l’impossibilité de l’existence de Dieu qui rend possible la foi en lui – qui n’est donc pas une certitude.

L’espérance est la plus nécessaire lorsque toute espérance semble impossible, lorsque la chute dans le désespoir semble inévitable mais lorsque pourtant l’espérance demeure vivante.

C’est ainsi que l'on peut comprendre que c’est précisément de l’impossibilité même du Royaume de Dieu sur terre que peut jaillir l’espérance de sa venue.

En présence de l’impossible, la foi résiste et l’espérance jaillit. L’amour est le plus nécessaire lorsqu’il s'offre à celui qu’il est impossible d’aimer. C’est l’impossibilité d’aimer qui rend possible le don vraiment gratuit.

Caputo pense que ces situations impossibles apparaissent le plus clairement dans l’attitude d’icône vivante du Dieu impossible que décrivent les évangiles et notamment les récits de la passion de Jésus.

Le mot « Dieu », conclut Caputo, signifie que l’impossible est possible : « L’impossible est là où nous cherchons Dieu ». Don Cupitt l’approuve totalement : « Dans la vision actuelle du monde, "l’impossible" me semble correspondre approximativement à ce qu’on appelait naguère le "surnaturel" ».

Sans l’impossible il ne pourrait y avoir ni foi, ni espérance, ni amour : pas de don ni de pardon, pas d’hospitalité ni de désir de justice. L’impossibilité de Dieu est littéralement la grâce qui rend possible ces dons surgis on ne sait d’où. « Tout est possible à Dieu », dit Jésus dans Matthieu 19.26. Et ceci inclut l’impossible pardon, l’impossible hospitalité, l’impossible désir de justice.

             

 Traduction Gilles Castelnau

 


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