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Christ, l’humanité universelle

 

Jésus ne se prit sans doute pas pour Dieu,
Ce n’est pas une raison pour abandonner l’idée du « Christ de la foi »

 

Christ the Universal Humanity

 

Dinah Livingstone

Rédactrice de la revue de Sea of Faith - Royaume Uni

 

 

30 juillet 2013

Plusieurs livres sont parus récemment – souvent inspirés par le Jesus Seminar - affirmant que Jésus était un sage, un maître de morale, une magnifique personnalité éthique, qui disait des paroles saisissante et des paraboles aux récits très vivants.  Ces livres disent que la déification de l’homme Jésus ainsi devenu le « Christ de la foi » n’était qu’un ajout ultérieur tout à fait regrettable, un abandon de la pureté originelle de son message.
Cela me donne à penser. Je pense que le cœur de l’enseignement de Jésus était la venue du Royaume de Dieu, société heureuse et bonne nouvelle pour les pauvres et les opprimés.
Plutôt qu’un sage je vois Jésus comme un prophète dans la ligne de ceux de l’Ancien Testament. Peut-être même « un prophète et plus qu’un prophète ». D’ailleurs dans l’Évangile de Luc, il ouvre son ministère dans la synagogue de Nazareth en citant le prophète Ésaïe :

« L'Esprit du Seigneur est sur moi,
il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ;

Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé,
Pour proclamer aux captifs la délivrance,
Et aux aveugles le recouvrement de la vue »
Pour renvoyer libres les opprimés » Luc 3.18

Jésus continue en disant : « Aujourd’hui cette parole est accomplie ». Il dit qu’il vient d’inaugurer ce règne de justice et de paix si longtemps attendu. Le Royaume est annoncé et va prochainement être instauré. Ce type de société, si du moins nous acceptons d’y adhérer, exige que nous nous conduisions les uns avec les autres de la nouvelle manière révélée avec force dans le Sermon sur la Montagne. Le Royaume vient en premier, puis le comportement généreux qu’il exige surgit de sa venue.
La première Béatitude est : « Bienheureux sont les pauvres car le Royaume est à eux ». Et la plupart des paraboles sont des « paraboles du Royaume ». Jésus était plus intéressé par la venue de ce nouveau monde que par un développement spirituel personnel. Le cœur du salut est la « koinonia » - la fraternité – plutôt que la « gnosis » – la connaissance -, bien que la demande de l'aveugle de Jéricho « Seigneur, que je puisse voir » est aussi importante.
« Cherchez premièrement le Royaume de Dieu... et toutes ces choses vous seront données par dessus » (Mt 6.33).
Jésus se sentait très proche de Dieu son Père et il pensait avoir lui-même un rôle spécial dans l’inauguration du Royaume de Dieu.
Les fidèles présents dans la synagogue de Nazareth lorsqu’il proclama « Aujourd’hui cette Écriture est accomplie » reconnurent bien le sens de cette affirmation au point qu’ils s’efforcèrent de le jeter du haut de la falaise.

Jésus ne se prit sans doute pas pour Dieu, ce n’est pas une raison pour abandonner l’idée du « Christ de la foi », du poème du Christ cosmique, qui est une vision de l’humanité accomplissant ses potentialités. Si l’on comprend les êtres divins comme des métaphores, comme des récits poétiques créés par l’imagination humaine, si l’on pense que le nom divin JE SUIS (probablement une forme archaïque du verbe être) pourrait être traduit par JE VEUX ÊTRE, alors, comme le poète catholique Sebastien Barker me le disait : « Dieu a mieux à faire que de seulement exister » !
Lorsque Jésus est mort sur la croix, il a quitté la réalité historique et a pénétré l’univers du mythe. Il fut vu (ophthe en grec) par certains de ses disciples. Son exaltation au titre de Christ a très rapidement commencé. Ainsi l’hymne que cite Paul aux Philippiens date probablement d’avant la rédaction de cette épître :

« Jésus-Christ, existant en forme de Dieu, n'a pas regardé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu, mais s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et ayant paru comme un simple homme, il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix.
C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. » (Ph 2:6-11)

C’est cette figure de héro épique qui s’est ensuite développée jusqu’au concile de Chalcédoine en l’an 451 où il est déclaré  pleinement homme et pleinement Dieu :

« Notre Seigneur Jésus-Christ un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme (composé) d'une âme raisonnable et d'un corps, consubstantiel au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l'humanité... »

Si l’on admet que les êtres divins sont du domaine de la création poétique, nous sommes ici de fait, entrés dans la mythologie. Mais dans ce mythe du Christ héro épique de la saga humaine, c’est justement l’affirmation tout à fait orthodoxe du « pleinement Dieu et pleinement homme » qui conduit paradoxalement à l’humanisme. La potentialité de l’humain ainsi affirmée est tout ce que l’on peut imaginer pour caractériser un être qui est parfait Amour.
Comme le dit Don Cupitt, Dieu est « l’idée directrice » qui nous permet de nous construire.
L’épique et le mythe sont des éléments de la poésie. Il est vrai que même à Sea of Faith, certains d’entre nous récusent toute expression poétique ou, du moins, s’en méfient.
La tradition protestante a développé un certain littéralisme : quelque chose est vrai ou non. Cette attitude est excellente pour la science. Mais l’existence des êtres surnaturels n’est jamais vérifiable scientifiquement et le littéralisme peut entraîner une diminution de la capacité poétique de l’esprit, une crainte de risquer « la suspension volontaire de notre esprit critique qui caractérise la foi poétique ».
On peut remarquer que les membres du Jesus Seminar engagés dans leur quête pour le Jésus historique (qui ne se terminera peut-être jamais) viennent pour la plupart du protestantisme et reconstruisent en fait un Jésus qui leur ressemble !
Une règle fondamentale de la bonne théologie est d’éviter ce que Karl Rahner appelle « la polémique du ou ceci – ou cela » et de préférer le « ceci et cela » (en ajoutant sans doute ensuite quelques « caveat » : « attention quand même »).
Je pense que nous avons besoin d’une part de la prose et de la rigueur de l’excellente conscience protestante individualiste et personnelle, comme disait Luther : « Je m’en tiens là, je ne puis autrement » et aussi d’autre part au sens catholique de la communauté et du sacrement, du rythme, de la couleur et de la grâce qui ne détruisent pas la nature mais la subliment.

La théologie de l’incarnation nous invite à être à la fois aussi proche que possible de l’homme Jésus dans sa vie terrestre et du Christ épique dans sa fantastique puissance mythologique et poétique. Il importe évidemment d’être conscient du côté où nous nous plaçons. L’évangile du Christ épique, riche et séduisant, est le même évangile que prêchait le Jésus terrestre.
Bien sûr, l’épique et le mythique peuvent être compris de manière très différentes et l’ont effectivement été dans des contextes très négatifs. Mais le mythe en tant que « conte poétique » ne perd en rien la réalité de sa force lorsqu’on prend conscience de ce que les êtres divins qui y sont mentionnés relèvent de la fiction.
Dans la parabole du Jugement de Matthieu 25, Jésus dit bien à ceux qui se sont conduit fraternellement :

« Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ;
prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde.
Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ;
j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ;
j'étais étranger, et vous m'avez recueilli »
(Mt 25.34)


Et lorsque ceux-ci lui demandent :

« Seigneur, quand était-ce ? »

Jésus répond :

« Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites. »


Jésus était certainement « l'un de ces plus petits » mais il est aussi « l’Humanité universelle ».

Paul dit que nous sommes « en Christ » : « Le pain que nous rompons, n'est-il pas la communion au corps de Christ ? Puisqu'il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps ; car nous participons tous à un même pain. »  (1 Cor 10:16-17).

Dans la pensée du Christ épique, le Christ meurt sur la croix, victime des puissantes forces négatives dominant le monde. Il descend au plus profond et remonte, « souverainement élevé ».

Il est le héro éponyme, l’Humanité universelle, une humanité qui s’efforce de vaincre ses aspects négatifs et de devenir membre du Royaume en un règne de justice et de paix, réalisant ainsi ses potentialités les plus élevées.

Le Christ épique est à chercher aujourd’hui, comme il l’a dit, parmi ceux qui ont faim, soif, sont étrangers et parmi ceux qui veulent instaurer le Royaume sur la Terre.
En ce qui concerne l’instauration du Royaume de Dieu, nous savons maintenant qu’aucune intervention cataclysmique n’est intervenue et que c’est à nous d’agir.
Les visées de la théologie de la Libération sont sociales. Le théologien Leonardo Boff a dit, dans une interview sur la démission du pape Benoît XVI, que Ratzinger – premièrement chef de la Congrégation pour la doctrine de la foi (ancienne Inquisition), puis pape sous le nom de Benoît XVI – avait réduit au silence une centaine de théologiens de la Libération, y compris pour un temps, Boff lui-même, un de mes anciens collègues.
Au Salvador, le théologien de la Libération Jon Sobrino, a dit que les Christ se trouvait maintenant dans « le peuple crucifié » - souffrant d’oppression, de faim et d’injustice – et que leur lutte pour une vie meilleure était celle du Christ ressuscitant à nouveau.
Cette idée se retrouve dans le Credo de la messe du Paysan Nicaraguayen :

Je crois en toi, camarade,
Christ humain,
Christ travailleur
Vainqueur de la mort.
Ta terrible souffrance
A formé l’être humain nouveau
créé pour la liberté.
Tu ressuscites à nouveau
Dans chaque bras qui se lève
Pour défendre le peuple
Contre toute domination.
Car tu es celui qui demeure
À la ferme, à l’usine ou à l’école.
Ton combat se poursuit.
Je crois en ta Résurrection.

En Angleterre aussi le gouvernement inflige des souffrances terribles aux pauvres et aux défavorisés plutôt que de faire payer les riches qui, pourraient pourtant le faire et dont certains sont eux-mêmes responsables de la crise économique.
La fracture sociale entre riches et pauvres n’a jamais été aussi large depuis 1930. Le nombre de sans abris augmente, le montant élevé des loyers oblige désormais de nombreuses familles à quitter la ville de Londres. Le marché financier est devenu une idole dont la volonté « divine » ne peut être contredite. Londres pleure ses Londoniens dont la splendide richesse humaine l’a faite ce qu’elle est.

Le Christ épique devenu pleinement humain est un symbole extrêmement riche. Non seulement c’est une manière poétique de représenter l’évangile du Royaume de Dieu que prêchait Jésus et qui est celui de la lutte pour un monde humain de justice et de paix, mais aussi il ouvre de nombreux autres horizons.
Par exemple le Christ est le Verbe incarné ;  l’épître aux Éphésiens dit de lui :

« Étant monté en haut, il a emmené des captifs et il a fait des dons aux hommes.
Or, que signifie : Il est monté, sinon qu'il est aussi descendu dans les régions inférieures de la terre ? »

Un poète, un écrivain se doit de descendre dans « les profondeurs du monde », les bas-fonds de la ville afin de le rappeler à l’existence, de le « ressusciter » de lui rendre forme.
L’Épique est aussi une image puissante de la revendication d’intégrité de la personne défigurée.

Il est fondamental qu’au même titre que la vie et l’enseignement de Jésus, ce Christ épique soit maintenu en vie, présent et actif dans notre culture sociale. Le Christ en tant qu’Humanité universelle représente une vision humaniste superbe capable de nous encourager dans notre lutte pour une vie plus humaine autant dans le monde politique que dans nos vies personnelles. Cette vision a inspiré de magnifiques liturgies avec poésie et musique ce qui correspond en partie à ce que je veux dire par épanouissement du potentiel humain.
Par contre un livre de la collection « Jésus était un sage » que l’on m’a offert récemment contenait une « liturgie jésuique » dont le langage était terne, fade et « politiquement correct ». On n’aurait jamais dit une liturgie mais plutôt le compte-rendu d’un comité local bien-pensant.
Si l’on veut progresser vers l’Humanité, il faut conserver nos trésors liturgiques et les prendre pour ce qu’ils sont, une ressource humaniste remarquable.

Je salue ceux qui continuent à célébrer la liturgie chrétienne, même s’ils ont eu des problèmes avec les autorités, soit parce qu’ils sont des théologiens de la Libération au service de leurs frères et sœurs défavorisés ou parce qu’ils sont des humanistes chrétiens qui ont le courage de dire tranquillement que Dieu et le Christ sont des contes poétiques et que de tels contes sont bien nécessaires.

 

 Traduction Gilles Castelnau

 


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