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Discours aux étudiants

en théologie de Harvard


suivi de

le dernier repas


Ralph Waldo Emerson

 

.


préface

 

Raphaël Picon



Édition Cécile Defaut

140 pages.  14 €

 

.

 

recension Gilles Castelnau

 

15 décembre 2011

Ralph Waldo Emerson (1803-1882), le prédicateur prestigieux du protestantisme libéral américain livre tout le fond de sa pensée dans un discours à ses étudiants et dans un autre article explique ses réticences à l’égard de la sainte cène. Le professeur Raphaël Picon qui a traduit ces deux textes en fait une présentation fouillée.

Voici des passages de ces trois textes qui ont pour but d’inciter le lecteur à acquérir cet intéressant petit livre.

 

 

Préface

Raphaël Picon

 

page 46

La théorie de la compensation - celle de l'équilibre des polarités et de l'intégration dans l'acte même de toutes ses conséquences -, induit l'idée largement défendue par Emerson que l'univers dans sa globalité se trouve représenté dans chacune de ses particules. Chaque parcelle de l'univers est non seulement un reflet des lois générales qui en régissent l'ensemble, mais un microcosme de celui-ci.
« Chaque composante de la nature contient tous les pouvoirs de la nature. Chaque chose est faite de la même chose cachée. »
Il en va de même des « traits moraux qui, tous, sont englobés dans tout acte vertueux et dans toute pensée » Cette loi de la compensation et des correspondances qu'elle implique structure chez Emerson cette philosophie de l'ordinaire que le penseur développe sous la forme d'une pensée du prochain, de ce qui rend proche. Parce que l'infiniment petit est le reflet de l'infiniment grand, parce que « chaque pas vers le bas est un pas vers le haut », nul besoin de chercher ailleurs ce qui est toujours déjà donné à celui qui sait voir.
« Ce qui est proche explique ce qui est éloigné ; une goutte d'eau représente l'océan ; une feuille révèle l'État, un homme révèle le tout ».
De même que la confiance en soi est, chez Emerson, « aversion de la conformité », le proche, le quotidien, l'ordinaire, est aversion du lointain (« le voyage est le paradis des sots ! »).
« Inutile de demander à Calvin ou à Swedenborg, à Moïse ou au prophète, les dangers que nous courons, ou ce que Dieu fera. Dieu est en vous. Tant que Dieu est extérieur à l'âme, il ne saurait y avoir pour l'âme ni sécurité ni sérénité, incertaine qu'elle est de ce qui peut arriver. »
C'est parce que Dieu est en l'homme, que l'homme est un tout.

 

page 52

Il ne s'agit pas ici pour Emerson de contester une erreur, un manquement ou une faiblesse du christianisme historique. C'est le christianisme historique lui-même qui est une erreur. Le christianisme qui est âme vibrante du Dieu de la nature et de la vie ne saurait être chose patrimoniale, enseignée dans les seules chaires d'église, prisonnière d'un seul livre, fût-il la Bible. Pour pallier ces défauts, la prédication peut et doit apporter un remède, non pour corriger ou réformer le christianisme historique, mais pour sauver le christianisme même, le préserver de n'être qu'historique.
Le prédicateur doit donc se placer à contre-courant de ce christianisme institué, rompre avec lui et, à travers cette rupture et cette dissidence, faire émerger le christianisme dans sa vérité propre : un christianisme de l'âme et non de la personne, du Dieu vivant et non du Dieu passé, du Jésus humain et, à ce titre, porteur d'infini, et non d'un Jésus divinisé et vénéré comme une figure d'antan. Irréductible à ce qui l'institue à travers ses dogmes ou ses Eglises, ce christianisme non-historique sera toujours dissident, et par là même toujours à retrouver, toujours à re-prêcher.

 

 

 

Discours aux étudiants en théologie de Harvard

 

Ralph Waldo Emerson

 

page 77


Dans l'âme de l'homme réside une justice dont les rétributions sont instantanées et sans appel. Celui qui commet une bonne action en est instantanément ennobli. Celui qui commet une mauvaise action s'en trouve, par son action même, diminué. Celui qui rejette l'impureté se place, de ce fait, dans la pureté. Si un homme a le cœur pur, alors, dans cette mesure, il est Dieu ; la sécurité de Dieu, l'immortalité de Dieu, la majesté de Dieu entrent en cet homme avec la justice. Si un homme dissimule et déçoit, il se déçoit lui-même et renonce à être en relation avec son propre être. En présence de la bonté absolue, l'homme adore dans une humilité totale.
Chaque pas vers le bas est un pas vers le haut. L'homme qui renonce à lui-même, advient à lui-même.

 

page 83

Jésus-Christ appartenait à la vraie race des prophètes. Il a vu de ses yeux grands ouverts le mystère de l'âme. Porté par sa grande harmonie et ravi par sa beauté, il a vécu dans ce mystère et son être y siégea. Seul de toute l'histoire, il a apprécié à sa juste valeur la grandeur de l'homme. Un seul homme a dit vrai à propos de ce qui est en vous et en moi. Il a vu que Dieu s'incarne en l'homme et ne cesse de recommencer à prendre possession de son monde.
Il a dit, dans la jubilation de cette sublime émotion : « Je suis divin. A travers moi, Dieu agit ; à travers moi, il parle. Voudriez-vous voir Dieu, regardez-moi ; ou regarde-toi, quand toi aussi tu penses comme je pense maintenant. »
Mais de quelle déformation ont pâti sa mémoire et sa doctrine, de son temps, sitôt après lui et dans les siècles suivants !

 

page 85

Hardiment, par le geste, par le cœur et par la vie, il déclara qu'il était Dieu. Ainsi est-il à mon sens, la seule âme dans l'histoire qui a su apprécier l'homme à sa juste valeur.

[…]

La manière dont son nom est entouré d'expressions qui jadis suscitèrent admiration et amour, mais sont maintenant pétrifiées en des titres officiels, tue toute sympathie généreuse et toute affection. Tous ceux qui m'entendent ressentent que le langage décrivant le Christ en Europe et en Amérique n'est pas, pour un cœur bon et noble, celui de l'amitié et de l'enthousiasme, mais qu'il est un langage convenu et formel, le dépeignant sous les traits d'un demi-dieu, comme les Orientaux ou les Grecs décriraient Osiris ou Apollon.

 

page 91

Le grand et perpétuel office du prédicateur n'est pas assumé. Prêcher consiste à appliquer l'expression du sentiment moral à tous les devoirs de la vie. Dites-moi dans combien d'Églises, par combien de prophètes, l'homme est rendu sensible au fait qu'il est une âme infinie ; que la terre et les cieux pénètrent dans son esprit ; qu'il boit pour toujours l'âme de Dieu ?
Dites-moi où se fait actuellement entendre la persuasion dont la mélodie, dans son authenticité, met mon cœur en paradis, et affirme ainsi que son origine est dans les cieux ?
Où entendrai-je des mots comme ceux qui dans les temps plus anciens ont incité des hommes à tout quitter, - père et mère, maison et pays, femme et enfant ? Où entendrai-je prononcer ces lois augustes de l'être moral, jusqu'à en remplir mes oreilles et à me donner le sentiment d'être ennobli sous l'effet de mes meilleures actions et passions ?
Le test de la vraie foi devrait à coup sûr être celui de son pouvoir de charmer et de régenter l'âme, comme les lois de la nature contrôlent l'activité des mains, - de la régenter de telle manière que nous trouvions plaisir et honneur dans cette obéissance. La foi devrait s'unir à la lumière du soleil, à son lever et à son coucher, au vol des nuages, au chant des oiseaux et au parfum des fleurs.

 

page 92

J'ai entendu une fois un prédicateur qui me donnait fortement envie de me dire à moi-même : je n'irai plus jamais à l'église ! Les hommes vont me disais-je, là où ils ont l'habitude d'aller, sinon aucune âme n'y serait entrée cet après-midi-là. Une tempête de neige s'abattait tout autour de nous.
La tempête était bien réelle, mais le prédicateur n'était que spectral ; et l'œil était frappé de ce triste contraste entre lui et, à travers la fenêtre, juste derrière lui, le beau météore de neige. Il avait vécu en vain. Il ne prononça aucun mot qui donnât à penser qu'il ait jamais ri ou pleuré, qu'il ait été marié ou amoureux, qu'il ait été objet d'éloge, de tromperie ou de peine.
Aucun de nous n'aurait pu affirmer qu'il ait jamais vécu ou agi. Le grand secret de sa profession, qui est de convertir la vie en vérité, il ne l'avait pas appris. De toute son expérience, pas un seul fait n'était passé dans sa doctrine. Cet homme avait labouré et planté, parlé, acheté et vendu ; il avait lu des livres, il avait mangé et bu ; sa tête lui faisait mal, son cœur palpitait, il souriait et souffrait, et pourtant il n’y avait dans tout son discours pas un soupçon, pas une allusion au fait qu'il ait jamais réellement vécu.

[…]

Aussi semblait-il étrange que les gens se rendent à l'église. Il semblait que leur maison devait être bien morne pour lui préférer cette clameur dépourvue de pensée.

 

page 100

Ne sois pas trop inquiet à l'idée de visiter périodiquement et à tour de rôle toutes les familles de ta paroisse. Quand tu rencontreras l'un de ces hommes ou l'une de ces femmes, sois pour eux un homme divin; sois pour eux pensée et vertu ; laisse trouver en toi un ami répondant à leurs timides aspirations ; laisse leurs instincts réprimés se libérer délicatement à ton contact ; laisse leurs doutes savoir que tu as douté, et leur étonnement ressentir que tu as été étonné. En faisant confiance à ton propre cœur, tu auras davantage confiance dans les autres hommes.

 

 

 

Le dernier repas

 

Ralph Waldo Emerson

 

page 108

Pour avoir récemment concentré mon attention sur ce thème, j'en suis arrivé à la conclusion que Jésus, en mangeant la Pâque avec ses disciples, n’a pas eu l'intention d'instituer un rite destiné à être perpétuellement répété et, plus encore, à penser qu'il n'est pas pertinent de célébrer la cène comme nous le faisons. Je vais maintenant tenter d'énoncer clairement mes raisons d'aboutir à ces deux conclusions.

 

page 122

Quand bien même je croirais que le Christ en avait donné la consigne à ses disciples, et qu'il aurait aimé que ce type de commémoration se perpétuât, ce qui peut être agréable pour un esprit oriental, je le ressentirais à l'usage comme désagréable et je ne l'adopterais pas. Je choisirais d'autres voies qui, plus efficaces pour moi, trouveraient mieux l’approbation du Christ. Voilà pourquoi j'ai fait le choix que ma manière à moi de me souvenir de lui serait satisfaisante, frappante, religieuse.
J'entends l'aimer comme un ami glorifié, selon les voies libres de l'amitié et ne lui rendrai pas le moindre signe de respect susceptible de ressembler à celui que les gens rendent à ceux qu'ils craignent.
J'en appelle à une commémoration vraie et utile : la lecture d'un passage de ses discours, une incitation émouvante à œuvrer comme lui, des actions ou célébrations qui tendent à susciter une pensée pure, un flux d'amour, un dessein originel de vertu.

 

page 124

Ce pour quoi Paul a vécu et est mort de manière si glorieuse, ce pour quoi Jésus s'est livré lui-même pour être crucifié, le but qui motivait la centaine de martyrs et de héros qui ont suivi ses pas, ce fut de nous sauver d'une religion purement formelle et de nous enseigner à rechercher notre bien-être dans la formation de l'âme. Le monde entier était plein d'idoles et de rites.
Le judaïsme était une religion formelle. Le paganisme était une religion formelle ; ce n'était que corporel, cela n'avait pas de vie, et le Dieu tout-puissant était heureux de choisir et d'envoyer un homme pour enseigner aux hommes qu'ils doivent le servir avec leur cœur ; que seule est religieuse une vie bonne de part en part ; que les sacrifices n'étaient que fumée et les formes que des ombres.
Cet homme a vécu et est mort fidèle à cet objectif ; et maintenant, devant ses paroles bénies et sa vie, les chrétiens devraient-ils convenir qu'il est de toute importance - que c'est réellement un devoir de le commémorer par un rite particulier, que ce rite leur soit agréable ou non !?

N'est-ce pas là prendre le don de Dieu en vain ? N'est-ce pas faire fausse route ? N'est-ce pas rendre les hommes, nous rendre nous-mêmes oublieux du fait que ce ne sont pas les rites mais les actions, non les noms mais la droiture et l'amour qui sont précieux ; et qu'aux yeux de Dieu la valeur de tout rite n'est jaugée qu'à l'usage que nous en faisons ?

 


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