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La Bible et l'invention de l’histoire

 

Histoire ancienne d'Israël

 

 

Mario Liverani

Traduit de l'italien par Viviane Dutaut

Préface de Jean-Louis Ska

 

Gallimard, 620 pages, 9,98 €

 

 

25 octobre 2011

Mario Liverani enseigne l’histoire de l’Orient ancien à l’université La Sapienza à Rome. Sa conception de l’histoire ancienne d'Israël qu’il expose dans ce livre (paru en 2003) rejoint parfaitement celle d’autres savants recensés sur ce site :

Le Temps de la Bible, Pierre Bordreuil (protestant) et Françoise Briquel-Chatonnet (catholique), chercheurs français au CNRS, paru en 2000

La Bible dévoilée Israël Finkelstein chercheur israélien, parue en 2001.

Introduction à l'Ancien Testament Thomas Römer, professeur au Collège de France : paru en 2009

 

Au lieu d'utiliser les fouilles archéologiques pour justifier la véracité des récits bibliques, ces biblistes élaborent premièrement la suite des événements anciens tels que l'archéologie la suggère et la confrontent dans un deuxième temps aux textes bibliques qu'ils s'efforcent alors de dater et d'expliquer.
Il en résulte d'une part un sentiment de soulagement dans la mesure où la vérité historique est effectivement respectée. D'autre part les récits bibliques prennent un grand relief et leur intelligence spirituelle est remarquablement mise en lumière.

Il faut reconnaître que le gros livre (620 pages !) du professeur Mario Liverani a tendance à étouffer le lecteur non prévenu sous la multitude de renseignements et d’explications qu’il donne, ce qui en rend la lecture fatigante. La clarté d’Israël Finkelstein est indépassable.
Cet ouvrage est néanmoins important, ajoutant le témoignage d’un savant catholique italien à celui du professeur au Collège de France, de l’Israélien et des deux chercheurs français, le protestant et la catholique.

En effet les biblistes conservateurs, juifs, catholiques, protestants et évangéliques voient leur conviction de la « vérité historique » de la Bible voler en éclat à la lecture de quatre livres dont les arguments et les preuves qu’ils donnent sont incontournables.

Voici quelques passages de « La Bible et l’invention de l’histoire ».

.

 

Préface de Jean-Louis Ska
professeur d’Ancien Testament à l’Institut biblique pontifical

page 14

C'est bien pourquoi de nombreuses « histoires d'Israël » traditionnelles souffrent ou ont souffert d'un grave défaut. Elles partaient en effet d'un présupposé plus ou moins conscient à propos de la « vérité » des récits bibliques, identifiant, au moins en partie cette « vérité » avec la « vérité historique ».
Bien des histoires d'Israël, pour cette raison, ont cherché à prouver l'historicité des grands personnages et des grands événements de l'Ancien et du Nouveau Testament. Dans ce cas le texte biblique est le plus souvent paraphrasé sans être soumis à un examen rigoureux.
De plus, bien peu d'effort est fait pour se demander quelle est l'intention des textes ou quel est leur genre littéraire.
Les textes sont pris au pied de la lettre, ou du moins comme des récits qui contiennent immanquablement des données objectives que le chercheur peut dégager assez facilement.
La documentation fournie par les archéologues et les épigraphes est interrogée dans l'unique but de confirmer la « véracité » des textes bibliques ou, plus simplement encore, pour l'illustrer.
Enfin, l'insistance sur le particularisme, voire le caractère unique des Écritures, empêche de voir les convergences et similitudes avec d'autres cultures du Proche-Orient ancien.
[…]

page 16

Mario Liverani divise son étude en deux parties principales qu'il intitule « histoire normale » et « histoire inventée ». Pour simplifier les choses, je dirais que la première partie présente les résultats de I’ historien tandis que la seconde veut montrer comment les écrivains bibliques ont cherché à construire l'histoire d'Israël. L'intention est assez claire : montrer la distance qui sépare l'historiographie biblique (ou les « histoires d'Israël » classiques) de l'histoire écrite par un chercheur contemporain. Pour être plus précis, la seconde partie entend relire les récits bibliques dans le contexte de leur composition littéraire, celui de l'époque perse (au moins pour la majorité d'entre eux), et montrer qu'ils répondent avant tout aux préoccupations de cette période. Il est donc assez vain de leur demander des informations sur les époques, parfois très reculées, qu'ils entendent décrire.
Par exemple, il n'est pas opportun de chercher dans les récits de l'exode des indications sur l'itinéraire suivi par un groupe d'esclaves ayant fui leurs gardes-chiourmes par une nuit de printemps à l'époque de Ramsès II ou de Merenptah, son fils et successeur. Bon nombre de ces récits en disent davantage sur le « nouvel exode », c'est-à-dire sur le retour de l'exil.

 

 

Introduction de Mario Liverani

page 22

Ces deux derniers siècles ont vu la critique biblique démanteler tout d'abord l'historicité de la Création et du Déluge, puis celle des Patriarches, puis (toujours dans l'ordre chronologique), celle de l'Exode et de la Conquête, de Moïse et de Josué, des Juges et de la « Ligue des douze tribus ». Mais on s'arrêtait au royaume uni de David et de Salomon, qui jouissait, lui, du droit à l'historicité, une historicité substantielle.
On avait bien pris conscience que les éléments fondateurs que constituaient la Conquête et la Loi étaient en fait des projections dans un passé lointain de réalités postérieures à l'exil de Babylone, afin de permettre aux exilés de retour de justifier l'unité nationale et religieuse et la possession de la terre. Cette découverte réclamait sans doute une certaine réécriture de l'histoire d'Israël, mais n'entamait aucunement la conviction qu'il y avait eu réellement, sous David et Salomon, un état d'Israël uni et même puissant, qu'il y avait eu réellement un « premier Temple ». Et que, par conséquent, les exilés entendaient reconstruire une réalité ethnique, politique et religieuse qui avait déjà existé dans le passé.

Or la critique la plus récente a mis en question le concept même de royaume uni : c'était plonger le récit biblique dans une crise radicale. En niant I’ existence d'un lien entre Israël et Juda, en niant donc I’ existence d'un royaume uni avant I’ Exil, elle a réduit I’ Israël « historique » à l'un de ces nombreux royaumes palestiniens balayés par la conquête assyrienne. La réécriture de l’ histoire d'Israël devient à ce point absolument drastique.

[…]

Nous entendons tenter ici - ne serait-ce qu'au niveau de simple ébauche - une réécriture de l'histoire d'Israël qui tienne compte des résultats de la critique textuelle et littéraire et des apports de l'archéologie et de l'épigraphie, sans craindre de s'éloigner du fil conducteur biblique ni de rester sur un terrain strictement historique. La tentative, si évidente soit-elle, est nouvelle, hérissée de terribles difficultés, et lourde d'implications très sérieuses.

Il en résulte une histoire d'Israël divisée en deux phases distinctes.

La première phase est l'histoire « normale » et plutôt banale de deux royaumes de la région palestinienne, fort semblables à tant d'autres royaumes qui connurent un développement analogue, et finirent tous broyés par la conquête impériale assyrienne d'abord, babylonienne ensuite, avec ses dévastations, ses déportations, ses processus de déculturation. Dans un cas toutefois - et c'est la deuxième phase -, il y eut un événement singulier, dont le terrain fut préparé par un roi de Juda, Josias : celui-ci projeta, dans les quelques décennies qui passèrent entre l'effondrement de l'Assyrie et la conquête des Babyloniens, de réaliser un royaume uni Juda-Israël, et d'étayer sa tentative à la fois sur le plan religieux (monothéisme yahwiste, loi mosaïque) et historiographique.
Après la chute de Jérusalem puis la déportation, le retour assez rapide en Palestine d'exilés juifs non encore assimilés au monde impérial, leur tentative de donner naissance à une cité-temple (Jérusalem) sur le modèle babylonien, et de rassembler autour d'elle une nation (Israël, cette fois, oui, dans le sens le plus large), impliqua la mise en œuvre d'une réécriture immense, bigarrée, de l'histoire précédente (qui, elle, avait été parfaitement « normale ») : il s'agissait d'y inscrire les archétypes fondateurs que l'on prétendait désormais revitaliser - le royaume uni, le monothéisme et le Temple unique, la Loi, la possession du territoire, la guerre sainte, etc, - sous le signe d'une prédestination tout à fait exceptionnelle. Autant l'histoire véritable, mais normale, avait été dépourvue d'un intérêt qui ne fût pas strictement local, autant l'histoire « inventée et exceptionnelle » devint la base pour fonder une nation, Israël, et une religion, le judaïsme, qui devaient influencer par la suite tout le cours de I’ histoire mondiale.

 

 

Le retour de l’Exil à Babylone

page 342

Le fait est que deux siècles plus tard, on s'imagina que Cyrus avait promulgué immédiatement, dès la première année de son règne à Babylone, un édit permettant le retour des exilés et la reconstruction du temple de Yahweh. L'édit en question (dont Esdras 1,2-4 rapporte le texte) est certainement un faux, comme l'indiquent l'analyse de la forme et les anachronismes. De même un second édit du même Cyrus (Esd 6,3-5) aurait été retrouvé dans les archives perses au temps de Darius : il allait jusqu’à fournir les mesures et les détails techniques et financiers du nouveau temple.
Ces édits furent fabriqués en réalité à une époque postérieure, en un moment où ils pouvaient servir à conférer une garantie et un privilège impérial au Temple déjà reconstruit, et à contrer les prétentions du temple rival de Samarie.
Mais le retour en fait n'eut pas lieu à l'époque de Cyrus, et Zacharie, qui prophétise pendant la deuxième année du règne de Darius, en 520, exprime le sentiment diffus d'une attente jusque-là déçue : « Yahweh Sabaot, jusques à quand tarderas-tu à prendre en Jérusalem et les villes de Juda auxquelles tu as fait sentir ta colère depuis soixante-dix ans ? » (Za 1,12).

 

 

Jéricho

page 392

Le cas le plus célèbre est celui de Jéricho et de ses murailles. Dans le livre de Josué, la cité est prise grâce à une cérémonie religieuse plutôt que par les armes : l’arche est portée en procession autour des murs de Jéricho à sept reprises : au septième tour, les murailles s'effondrent d'elles-mêmes au son des trompettes, et la ville est prise. Or les fouilles archéologiques ont montré que les murs de Jéricho étaient bien antérieurs à l'époque de Josué, et que la ville était en fait abandonnée au moment de l'arrivée d'Israël et le restera longtemps encore. Il s'agit donc d'un récit étiologique typique, pour expliquer pourquoi la ville était en ruines depuis si longtemps. « L'explication » est que la ville avait été détruite à l'époque légendaire de la conquête du pays par les armées de Josué, et qu'elle avait même été frappée d'anathème au nom de Yahweh : « Maudit soit I’ homme qui se lèvera pour rebâtir cette ville ! » (Jos 6,26). Les modalités mêmes de la prise de la ville appartiennent visiblement au genre de la saga légendaire et ne conservent aucune mémoire proprement historique.

 


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