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« Le temps de la Bible »

 

 

Pierre Bordreuil et Françoise Briquel-Chatonnet

 

éd. Fayard 2000

461 pages

 

Recension Gilles Castelnau

 

19 janvier 2010

Pierre Bordreuil et Françoise Briquel-Chatonnet sont directeurs de recherche au CNRS, travaillent à l'Institut d'études sémitiques du Collège de France.
Pierre Bordreuil, de culture réformée languedocienne, est chargé de cours à l'Institut catholique de Paris où il enseigne l'initiation à la langue et la civilisation d'Ougarit. Françoise Briquel-Chatonnet, de culture catholique lyonnaise, est chargée de cours de syriaque et d'épigraphie phénicienne à l'École normale supérieure et de cours d'épigraphie à l'École du Louvre.

Leur ouvrage est de la même veine que « La Bible dévoilée » de Israël Finkelstei,n archéologue israélien et Asher Silberman

En voici des passages.

 

Préface

Pendant des siècles, les récits bibliques ont été pris au pied de la lettre : des générations de rabbins et d'exégètes chrétiens ont essayé de résoudre les contradictions des textes, pour reconstruire l'histoire du peuple d'Israël. Cette « histoire sainte » a été remise en cause par les découvertes archéologiques et épigraphiques qui se sont multipliées au Proche-Orient depuis un siècle et demi. Dès lors, on a commencé à confronter le récit biblique aux résultats de ces découvertes, à chercher des rapprochements.
Peu à peu, grâce à une meilleure connaissance du « monde de la Bible », on a pu percevoir quand les rédacteurs du texte biblique avaient donné leur propre interprétation des événements. On a aussi découvert qu'Israël, à l'échelle du monde de l'époque, était une entité secondaire et que par bien des traits de sa culture, il ne se distinguait pas des peuples qui l'environnaient.

Tout le Proche-Orient est très influencé par l'Égypte, suzeraine de la région depuis au moins le milieu du IIe millénaire avant JC. On peut citer à l'appui l'histoire de Joseph. Fils de Jacob, vendu par ses frères, il devient vice-roi d'Égypte dans le récit de la Genèse. Si Joseph avait accumulé autant de fonctions dans l'Empire égyptien, il devrait en rester des traces en Égypte. Or il est absolument inconnu ! Parce que c'est en fait une belle création littéraire montrant combien, au Ve siècle avant J-C, on était sensible à ce qui venait d'Égypte. Tout ce que nous pouvons dire de Joseph, comme d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, c'est que la Bible en parle. L'historien dit alors qu'il n'y a qu'un seul témoignage : le texte biblique.

De même, si l'on admet, comme la tradition le propose, que les Hébreux aient quitté l'Égypte sous Ramsès II, c'est-à-dire au XIIIe siècle avant JC, l'historien pose la question : où pouvaient-ils aller hors d'Égypte, alors que ce pays - on le sait grâce à une stèle découverte il y a quelques années - contrôlait tout le Proche-Orient jusqu'à Damas, jusqu'à Sidon au Liban ? Dire que les Hébreux ont fui hors d'Égypte aurait eu autant de sens que de fuir le régime soviétique au temps du bloc communiste en se réfugiant à Varsovie !

Enfin, ni Moïse ni l'Exode ne sont mentionnés par des sources extérieures au texte biblique et surtout ce que l'on connaît de l'histoire de la région empêche d'envisager un tel épisode dans ce contexte.

En fait, les historiens peuvent reconstituer l'histoire de la région dans laquelle s'enracinent les textes bibliques entre la fin du IVe et le début du IIIe millénaire avant JC. Mais on ne trouve aucune correspondance entre des connaissances historiques et les événements et les personnages mentionnés dans la Bible avant le IXe siècle, où règne le roi Achab. A partir de là seulement, on peut commencer à faire de l'histoire.

Ainsi David et Salomon, qui sont antérieurs au IXe siècle ne sont mentionnés nulle part en dehors des récits bibliques. On peut simplement supposer, à partir des deux livres des Rois que le règne de David aurait pu se situer vers l'an 1000 et celui de son fils Salomon au Xe siècle, mais aucun document écrit ne les mentionne.

Quant à l'attribution des livres des Proverbes et de certains Psaumes à David ou à Salomon ? Ce n'était qu'une manière dans tout le Proche-Orient et pas seulement pour la Bible, de donner du prestige à des écrits en les attribuant à des personnages célèbres.

 

La maison de David

Des archéologues ont découvert il y a quelques années une importante inscription araméenne mentionnant la maison de David. C'était dans les fouilles israéliennes du Tell Dan, en Galilée, à l'extrémité nord d'Israël, dans la région proche du Liban. La Bible mentionne d'ailleurs ces frontières, de Dan à Béersheba. Cette inscription, « Beit Daouid » a suscité bien sûr de nombreux articles et commentaires. Ce n'est pas David lui-même qui est mentionné, mais sa descendance - les textes bibliques comme les inscriptions assyriennes utilisent le terme de maison pour désigner aussi bien une maison ordinaire, le palais d'un roi ou sa descendance.

De la stèle de pierre brisée, on a pu récupérer des fragments, dont un, magnifiquement gravé, par un roi araméen ennemi, sans doute de Damas, qui se vante d'avoir combattu, vaincu et détruit la maison de David et Israël. A quelle bataille précise fait-il allusion ? On ne sait. Mais au IXe siècle, des guerres entre les royaumes d'Israël et de Juda et le royaume de Damas ont été remportées par ce dernier et la Samarie envahie (Ier Livre des Rois). Il y a là une correspondance entre le texte biblique et l'histoire des archéologues et historiens. A partir du IXe siècle, on peut commencer à faire de l'histoire, c'est-à-dire à confronter les documents.

 

« Je suis Yahweh ton Dieu »

Adam, Noé, Abraham, Moïse... Dieu fait alliance avec ces ancêtres mythiques autour desquels les rédacteurs bibliques ont construit un héritage commun : celui d'Israël, un peuple uni par le culte d'un même Dieu et habitant la même terre, le pays de Canaan, que Dieu leur a donné. Quel Dieu ? Pourquoi Yahweh plutôt que Baal ? On sait que Baal n'est pas un nom divin mais le titre de « maître » donné à un Dieu.

Sous le nom de Baal, des Dieux différents pouvaient être vénérés en divers lieux. C'est ainsi qu'il y avait le Baal de Tyr, celui de Sidon, sous sa forme féminine la Baalat... D'où le pluriel, les Baals, employé pour nommer ces divinités. En fait, sous le pluralisme apparent des divinités et des manières de prier Baal selon les lieux, l'attitude de foi et de piété des dévots reste fondamentalement la même : une participation émotionnelle et passionnée aux forces de la nature. Le culte de Baal nous est connu par les textes ougaritiques :

Ougarit était une cité de la côte syrienne, face à l'île de Chypre, qui a connu son apogée au XIIIe siècle av. JC, donc bien avant l'émergence d'Israël (la première mention historique du peuple d'Israël date du IXe siècle). Il y a 70 ans, des archéologues y ont trouvé de manière fortuite des textes religieux, littéraires et administratifs, écrits dans le plus ancien alphabet connu. Baal, nommé aussi Haddou, est le Dieu de l'orage, particulièrement important pour une civilisation d'agriculteurs : il assure la fertilité des champs, la fécondité des troupeaux et protège les marins des tempêtes. A Baal, on adresse cette prière :

Si un puissant ennemi attaque votre porte
un vaillant vos murailles
vous lèverez les yeux vers Baal.
Ô Baal, puisses-tu éloigner le puissant de notre porte
le vaillant de nos murailles.
Un taureau, ô Baal nous te consacrerons,
le vœu à Baal nous acquitterons
un bovidé mâle à Baal nous consacrerons.
Alors Baal prêtera l'oreille à votre prière
il éloignera le puissant de votre porte,
le vaillant de vos murailles.

Des prières ritualisées, qui s'insèrent dans un contrat entre l'homme et son Dieu : si l'homme accomplit bien certains rites, en échange la divinité lui assurera sa protection. Un échange qui permet de faire pression sur la divinité, ce qui est impensable dans la Bible. En fait la mythologie d'Ougarit est dominée par la figure de deux Dieux : Baal, le Dieu jeune et actif, représenté par un taureau avec l'idée de vigueur et de puissance qui y est attachée. Et El, le père des Dieux, dont le nom devait se prononcer Illou.

Dans toutes les langues sémitiques, se retrouve cette racine El pour le nom de Dieu (Elohim en hébreu, Allah en arabe) dont l'étymologie signifie peut-être Celui qui est premier. Ce Dieu El n'est jamais montré en action, il trône, c'est lui qu'on interroge, à qui l'on demande conseil. On retrouve en Yahweh ces deux aspects de la divinité, El et Baal. Le titre de « Chevaucheur de nuées », attribué à Yahweh (Psaume 68. 34) est un titre de Baal.
Et le texte d'Exode 15. 3 représente Yahweh en guerrier : « Yahweh est un guerrier, Yahweh est son nom », alors que toute l'iconographie du Baal d'Ougarit le représente brandissant une arme.
Quant à El le Dieu sage, on le retrouve dans Daniel 7. 9 :

L'ancien des jours s'assit.
Son vêtement était blanc comme la neige
et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine pure ;
son trône était comme des flammes de feu,
mille milliers le servaient »

Il y avait donc une confusion possible entre Baal et Yahweh et les textes bibliques ont pour but de fixer la vénération du peuple d'Israël sur Yahweh en le détournant de Baal. Yahweh est investit de toutes les fonctions divines, il est capable de répondre à toutes les attentes du peuple : il assure la fécondité, il fait pleuvoir et le pays est prospère, il marche à la tête des armées et donne la victoire au peuple.
Cela ne signifie pas que les autres Dieux n'existent pas, mais ils ne sont pas les Dieux d'Israël. D'ailleurs si le livre d'Osée parle d'Israël comme d'une femme infidèle, parce qu'il s'est tourné vers d'autres Dieux, c'est bien que ces Dieux existent. Or, seul Yahweh doit être vénéré. Lorsque les gens partaient en voyage, ils gardaient le culte de Baal de leur lieu d'origine. On a par exemple découvert il y a quelques années, un œuf d'autruche portant une inscription le dédiant au « Baal de Byblos ».
Le décor peint et la formulation de la dédicace font supposer que cet objet a été envoyé de la Méditerranée occidentale, peut-être de Carthage, où un personnage sans doute originaire de Byblos, envoie l'offrande au Baal de son lieu de naissance.

 

Yahweh

La naissance d'Israël se situe au début du XIIe siècle, période cruciale de l'histoire de toute la Méditerranée orientale qui voit de profonds bouleversements. Israël naît dans ce monde en bouleversement où se mêlent avec les envahisseurs, des populations venues d'outre-Jourdain, des Sémites nomadisant sur les marches du delta du Nil, les habitants des cités cananéennes déstabilisées par l'invasion. L'unité de cette nouvelle entité se crée autour du culte commun, celui de Yahweh où se fondent les conceptions religieuses apportées par chacun.
Yahweh, c'est le Dieu dont les Juifs s'interdisent de prononcer le nom de peur de le « prononcer en vain ». On a de bonnes raisons de penser que ce nom divin devait se prononcer Yahou ou Yahvô. Des textes provenant de la colonie militaire juive d'Eléphantine, en Haute-Egypte, le suggèrent, en donnant la prononciation Yahou. Ensuite, on a trouvé il y a une trentaine d'années dans le temple égyptien de Soleb, au Soudan, des textes mentionnant un Dieu Yahweh. Enfin, le récit de la vision d'Esaïe 6 mentionne la louange des séraphins en une succession de mots hébreu tous à sonorités en ô...

Yahweh est le Dieu des Hébreux, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu des Pères du peuple d'Israël. A cette époque, chaque groupe ethnique avait son Dieu protecteur. Alors que les Baals sont des dieux révérés en un lieu, comme par exemple le Baal de Tyr, celui de Sidon, Yahweh est le Dieu de ceux qui se reconnaissent dans le même ancêtre Abraham. Cette différence entre le Dieu du lieu et le Dieu du groupe se remarque dans le récit de la rencontre d'Abraham représentant de Yahvé avec Melchisédek représentant le Dieu vénéré à Salem (Jérusalem) est caractéristique à cet égard.
Melchisédek, roi de Salem, était sacrificateur du Dieu Très-Haut (El Elyôn). Il fit apporter du pain et du vin, bénit Abram et dit : « Béni soit Abram par le Dieu Très-Haut, maître du ciel et de la terre ! Béni soit le Dieu Très-Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains ! » Et Abram lui donna la dîme de tout. Genèse 14. 18.
Ce texte établit le lien entre deux divinités d'époque patriarcale, le Dieu du clan d'Abraham et le Dieu de Jérusalem qui donnent désormais forme à la figure unique de Yahweh. Yahweh est héritier à la fois du Dieu du clan d'Abraham et du Dieu de Jérusalem dont il hérite le titre El Elyôn, le Très-Haut.

De même, le texte de Genèse 17. 1 où Yahweh déclare : « Je suis El Shaddaï », attribue à Yahweh un titre qui était sans doute celui d'un Dieu vénéré sur cette montagne... Tout l'effort des prophètes a consisté à éviter que le peuple attribue à Baal la gloire et les bienfaits qui sont ceux de Yahweh seul. La scène de confrontation finale entre Elie, le prophète du Seigneur - son nom signifie Yahweh est mon Dieu - et les 450 prophètes de Baal, loin d'être la marque d'une barbarie primitive est au contraire un bon exemple d'un affrontement symbolique rituel entre le Baal, divinité de la fertilité naturelle et Yahweh, Dieu de la présence parmi les hommes. Le Livre des Rois le situe sur le mont Carmel - un lieu connu de vénération d'un Baal, Dieu de l'orage. Alors que Baal est précisément révéré comme dispensateur de la pluie, la sécheresse écrase pourtant Israël, jusqu'à ce que ses prêtres ayant été mis à mort, Yahweh envoie alors la pluie bienfaisante : Elie a su mettre sa foi en lui.

L'élaboration de toutes ces traditions par les auteurs de la Genèse - rédigée pendant l'Exil à Babylone au VIe siècle av. J-C. ou un peu après - manifeste leur volonté de présenter leur foi de manière unifiée et de donner une définition en même temps religieuse et ethnique de la communauté juive et de son histoire mythique. L'idée d'universalité de Dieu naît progressivement à la suite de l'Exil à Babylone. Aussi longtemps qu'Israël a été indépendant, Yahweh a été son Dieu et le roi était le premier prêtre. Ce rôle est mis en évidence lors de la dédicace du Temple où le roi Salomon exerce lui-même la fonction sacerdotale en offrant le sacrifice.

Lorsque Cyrus, roi de Perse, met fin à l'Exil des Hébreux qu'il renvoie en Palestine, il donne lui-même l'exemple d'universalité. Son empire est multi-ethnique et Perses, Mésopotamiens, tous les peuples du Levant, une bonne partie de l'Asie mineure, la Grèce du Nord et tout l'Iran cohabitent. De même les différents cultes sont tous également protégés par l'empereur - Cyrus ne se contentera pas d'autoriser la reconstruction du Temple de Jérusalem, mais il ira jusqu'à participer à son financement... L'empire s'étend, aux yeux de ses sujets, presque aux dimensions de l'univers et cette étendue suggérait l'idée que Dieu pouvait aussi être le Dieu de l'univers, qu'il n'était plus le Dieu national, celui qui marche à la tête de son peuple pour le mener à la victoire. Vous tous, peuples, battez des mains, acclamez Dieu par des cris de joie, car Yahweh est un grand roi sur toute la terre. Psaume 47.

 

Le veau d'or

Après la sortie d'Égypte, alors que le peuple hébreu est dans le désert, il se fabrique un veau d'or et proclame : « Voici tes Dieux qui t'ont fait sortir du pays d'Égypte » Exode 32. 4 Le terme de veau est évidemment péjoratif, il s'agit en fait d'un jeune taureau capable de procréer et l'on fait remonter le culte du taureau à la période néolithique. Plusieurs autres exemples de taureaux divins nous sont connus, comme le culte d'Apis en Égypte. Dans la cité d'Ougarit on nomme parfois Baal Iglu, qui signifie taureau et c'est précisemment ce nom, « éguel » en hébreu, que l'Exode utilise pour désigner le veau d'or.

A Ougarit encore le mot « tho » est également employé pour désigner un taureau adulte ou âgé associé à El, le père des Dieux. Mais dans le récit biblique, la fabrication du taureau par les Israélites n'est pas l'élément le plus choquant, car on pourrrait imaginer qu'il serve de piedestal à Yahweh. Par contre, il faut remarquer que plusieurs Dieux sont mentionnés dans le texte biblique au lieu du Dieu unique : « Voici tes Dieux qui t'ont fait sortir du pays d'Égypte ». (Le verbe hébreu est bien conjugué au pluriel).
La même accusation de polythéisme se retrouve dans 1 Rois 12. 29 où les rédacteurs placent dans la bouche de Jéroboam la phrase d'Aaron : Jéroboam fit deux veaux d'or et dit au peuple : « Israël, voici tes Dieux qui t'ont fait sortir du pays d'Égypte ». Ces deux textes ont dû être rédigés pendant ou après l'Exil à Babylone (VIe siècle av. J.-C.) alors que le risque d'identifier Yahweh à un taureau n'existait plus. D'où l'insistance du texte à souligner l'aspect hérétique de cette représentation idolâtrique.

 

Jérusalem

Les textes les plus anciens qui mentionnent Jérusalem prouvent que la ville a bien plus de 3000 ans ! Certains de ces textes sont égyptiens, du XIXe siècle av JC. Ils sont écrits en hiéroglyphes ou en écriture cursive sur des papyrus. D'autres sont gravés sur des tablettes, en langue akkadienne, la langue de la Mésopotamie, langue internationale à la fin du IIe millénaire et que les rois de Palestine eux-mêmes utilisaient pour écrire au Pharaon. Ce sont des textes magiques dits « d'exécration » servant sans doute à des rituels de malédiction contre les ennemis du Pharaon : notamment les villes voisines de l'Égypte susceptibles de s'opposer à elle, mais aussi Jérusalem, alors qu'on ne mentionne pas encore Israël.

Nous avons aussi toute une correspondance des Pharaons datant du XIVe siècle av. JC. Ils sont alors suzerains de l'actuelle Palestine et les petits rois de toute la côte, Byblos, Meguido, Jérusalem... écrivent au Pharaon comme à leur maître. Par exemple, l'une de ces lettres est un message d'Abdi-Riba, roi d'Urusalim, en akkadien « la ville du dieu Salim » :

Message d'Abdi-Riba ton serviteur.
Je tombe aux pieds de mon Seigneur
sept fois et sept fois...
Vois Jérusalem,
ni mon père, ni ma mère ne me l'ont donnée.
C'est la main, le bras puissant du roi
qui me l'a donnée.

Le Pharaon dont il est question dans ces lettres, trouvées dans les ruines de sa capitale El-Amarna, est bien connu. C'est Aménophis IV (1372-1354), aussi nommé Akhénaton, le Pharaon hérétique qui avait instauré le culte d'Aton, Dieu suprême et unique. D'ailleurs, plus qu'un culte voué à un Dieu unique - son monothéisme doit être énormément relativisé - il serait plus exact de dire qu'il a surtout lutté contre le clergé d'Amon, remplaçant le culte à ce Dieu par celui d'Aton.

Les textes historiques commençant à mentionner le royaume de Juda et sa capitale Jérusalem ne datent que de la fin du VIIIe siècle av JC. Avant, nous n'avons que le texte biblique racontant la conquête de Jérusalem par David devenu souverain d'Israël vers l'an 1000 av. JC. Il dote son royaume d'une nouvelle capitale en s'emparant d'une cité plus ancienne, acte politique s'il en est qui consacre l'existence du nouvel État. Mais aucun texte historique contemporain ne parle de David et Jérusalem existait depuis longtermps, un millénaire au moins.

Le premier texte non biblique établissant une relation avec un récit biblique (2 Rois 20. 20) date de la fin du VIIIe siècle. Il raconte qu'à cette époque, sur ordre du roi Ezéchias, un tunnel a été creusé sous Jérusalem dans le but d'assurer l'approvisionnement en eau de la ville en cas de siège. L'inscription en hébreu est l'une des plus anciennes dans cette langue. Elle commémore le moment où les deux équipes qui creusaient à chaque extrémité font leur jonction :

Terminé est le forage.
Et voici comment se passa le forage.
Lorsqu'il ne resta que trois coudées à abattre,
on entendit la voix de chacun appelant l'autre
car il y avait de l'ardeur au travail,
à l'intérieur du rocher à droite et à gauche.
Au jour du forage,
les mineurs frappèrent l'un à la rencontre de l'autre,
pic contre pic
et allèrent les eaux depuis l'issue jusqu'au réservoir
sur 1200 coudées
et de cent coudées était la hauteur du rocher
au-dessus de la tête des mineurs.

Mais l'intérêt de cette inscription - qui a été déposée au musée d'Istanbul - vient aussi au fait qu'elle a été découverte à Jérusalem même et que le tunnel de Siloé existe toujours. Jérusalem entre dans l'Histoire mais ne cesse pour cela d'alimenter le mythe. Quantités d'événements de la préhistoire sont situés dans la ville : Abel y est assassiné, Noé y construit un autel après le Déluge, Abraham est prêt à y sacrifier son fils Isaac. Sur le mont du Temple, sous le Dôme du Rocher, on montre la pierre où Abraham a failli sacrifier son fils, mais pour les musulmans, le fils de la promesse est Ismaël... On dit aussi qu'Adam demeurait à Jérusalem et qu'il aurait été enterré au lieu où sera plus tard érigée la croix du Christ, nouvel Adam qui apporte le salut au lieu même où est mort le premier Adam. Ainsi, Jérusalem est donc, dès l'origine de l'humanité, le centre du monde.

C'est aussi le lieu où le Messie viendra, passant par la Porte Dorée, fermée en l'attendant. D'où ce désir pour nombre de gens de se faire enterrer à Jérusalem afin d'être lsur place à l'arrivée du Messie.

Enfin, selon la tradition musulmane, c'est de Jérusalem « la mosquée très éloignée » - même si le Coran ne le précise pas - que Mahomet entreprend son voyage nocturne jusqu'au ciel sur sa jument Buraq, à partir du mont du Temple. Le contact de Mahomet avec le divin s'est fait à Jérusalem.

 

La cité de David

David établit sa résidence dans la « cité de David » suivant un usage courant dans l'Orient ancien : « David s'empara de la forteresse de Sion nommée par la suite cité de David » 2 Samuel 5. 7 Les rois égyptiens ou assyriens donnaient volontiers leur nom aux villes qu'ils fondaient. Une ville conquise était souvent rebaptisée d'après le nom de son vainqueur et l'habitude persistera, comme en témoignent les innombrables villes, telle Alexandrie, fondées ou refondées par les monarques héllénistiques.

Roi fondateur de cité, David apparaît aussi comme un roi bâtisseur (cf. 2 Samuel 5. 9) même si ce rôle est surtout assumé par Salomon et le texte biblique nous raconte les relations du roi d'Israël avec Hiram roi de Tyr pour la construction d'un palais ainsi que l'aménagement du site de Jérusalem pour permettre l'érection d'une ville importante. L'installation de l'arche (2 Samuel 6. 12) anticipe la construction du temple et vise à créer un centre religieux légitime dans la nouvelle entité politique, hors des sanctuaires traditionnels tous attachés à une tribu ou un lieu particulier.
L'épisode de la rencontre d'Abraham avec Melchisedek soulignait déjà le caractère saint de Jérusalem, lieu du vrai culte depuis les temps les plus anciens et atténue le fait que Jérusalem est entrée tardivement dans l'histoire du peuple d'Israël.

 

 

Le combat de David et Goliath

La protection divine se manifeste dès le premier exploit de David, quand il affronte le géant Goliath. Cette histoire (1 Samuel 17) met en scène un combat singulier, motif rare dans les récits historiques d'affrontement et de conquête, mais courant dans la littérature épique qui montre volontiers deux parties adverses, en guerre, s'en remettre au sort du combat entre deux champions choisis de chaque côté.
Les combats d'Hector et Pâris d'un côté, Ajax et Ménélas de l'autre, rythment le déroulement de l'Iliade. Sur ce récit épique se greffe à la fois un récit d'initiation et un motif de conte folklorique.

L'initiation, rite pratiqué dans de nombreuses civilisations, est l'épreuve initiale que doit surmonter tout jeune homme pour être admis dans le monde des adultes et participer à la vie sociale et politique de sa communauté. L'adolescent doit quitter son monde, sortir de la ville, de son village, ici de la maison de son père, faire face aux menaces et assurer sa survie par des moyens courants, pour David une simple fronde. L'épreuve se termine par une grande fête, au cours de laquelle le héros est accueilli parmi les hommes, et donc les guerriers, de sa communauté. On pense ici aux épreuves auxquelles étaient soumis !es jeunes Spartiates avant d'être intégrés dans Je corps des citoyens.

Le récit biblique marque, de la même façon, l'entrée de David dans le groupe des hommes d'Israël. Le motif de conte, dérivé d'un récit mythique, est celui de la menace que fait peser sur le royaume une créature monstrueuse. Le péril ne pourra être conjuré que si un héros est vainqueur d'une épreuve hors du commun, ici le combat contre un géant : la taille de Goliath, près de trois mètres, en fait de toute évidence une créature fantastique. Les contes n'envisagent jamais la possibilité que le roi lui-même ou ses fils s'y soumettent : le roi est trop vieux et n'a qu'une fille, qui transmettra le royaume.
Or, dans la partie centrale de cet épisode, le fils de Saül, Jonathan, n'apparaît pas. L'épreuve semble insurmontable et ceux qui paraissent les plus compétents l'affrontent en premier, mais sans succès : les trois frères aînés de David sont partis à la guerre avant lui et ne se sont pas risqués à se battre contre le géant. Le héros décide alors, de lui-même, de tenter l'épreuve, face à la moquerie de ses frères, et réussit, en employant des moyens différents des autres, à sa mesure, qui semblent bien faibles mais qui prouvent leur efficacité (1 Samuel 17. 43).

Victorieux, le héros coupe la tête de l'être menaçant, monstre, dragon ou géant, et la brandit en trophée. Le prix de cette victoire, comme dans tous les contes, est la main de la fille du roi (1 Samuel 17. 25). Dans cette histoire, David est une figure analogue à celle de Persée délivrant Andromède du dragon. Cependant, le conte a été ici historicisé, intégré dans un récit historique et adapté à un personnage de l'histoire d'Israël : le genre littéraire est celui de l'épopée. Le merveilleux a été gommé et c'est avec une arme normale, banale, même si sa réussite est quasi miraculeuse, que David abat Goliath. David, dans ce premier épisode où il est mis en scène, fait déjà montre de toutes les qualités royales. Il n'apparaît pas comme le mieux placé pour combattre le champion des Philistins et sa candidature est reçue avec mépris quand il la présente. Mais il réussit cependant à gagner la confiance de Saül, en lui racontant les combats contre les fauves, lions et ours, qu'il a dû mener pour protéger les troupeaux de son père (1 Samuel 17. 34-36).

Ce n'est pas tant sa vaillance et sa force qu'il prouve là que le caractère royal qui déjà l'habite. Il se décrit dans la situation du seigneur des fauves, maîtrisant les animaux dressés contre lui sur leurs pattes arrières, dans une scène qui évoque les représentations de chasses royales commandées par le souverain assyrien Assourbanipal, au VIIe siècle, pour les murs de son palais à Ninive, ou les rois figurés, dans la même position, sur de nombreux sceaux cylindres. Dominant la force sauvage des fauves, il récupère pour son propre bénéfice les qualités de force et de vaillance du lion et montre qu'il possède les qualités d'un roi, qui se doit d'être plus fort que le lion (2 Samuel 1. 23). Sargon d'Akkad également se vantait d'être « un lion décharné » auquel nul ennemi ne peut résister.

David est donc apte à combattre les bêtes sauvages, dont Goliath n'est qu'un avatar. De fait, non seulement Saül lui confie la mission de combattre le champion philistin, mais il lui remet aussi ses propres armes et vêtements royaux. Le récit est donc aussi une mise en scène de J'idéologie royale orientale. La victoire de David est finalement due à la présence de Yahweh à ses côtés. Si Goliath maudit David par ses dieux, celui-ci invoque Yahweh qui lui donne la victoire. Yahweh est le dieu d'Israël, le dieu des armées d'Israël (1 Samuel 17. 45-46), et c'est lui qui donne la victoire à son propre peuple. La mort de Goliath est le signe que Yahweh est plus puissant que les divinités tutélaires des Philistins. Mais elle témoigne surtout de la supériorité de la puissance divine sur la puissance humaine, voire surhumaine.

 

Voir aussi

La Bible dévoilée
Israël Finkelstein

Histoire ancienne d'Israël
Mario Liverani

Introduction à l'Ancien Testament
Thomas Römer

 

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