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Les Églises traditionnelles

ont-elles un avenir ?

 

 

Do Oldline Churches Have a Future ?

 

John B. Cobb

 


14 février 2010

La question de l'avenir de l'Église se pose en Californie, comme ailleurs : l'assistance au culte diminue et la moyenne d'âge se fait élevée alors que la population globale augmente, au contraire et rajeunit.
Ce mouvement n'est peut-être pas grave ; peut-être s'agit-il d'une simple mutation du protestantisme. Peut-être d'ailleurs, nous inquiétons-nous plus de notre propre survie que de l'œuvre de Dieu dans le monde.
Mais la disparition de nos Églises historiques serait regrettable dans la mesure où la fonction qu'elles ont traditionnellement remplie ne peut actuellement être assumée par aucune autre Église : Notre prédication de l'Évangile a toujours été en prise avec les principaux mouvement d'idées du monde, les grandes questions des 19e et 20e siècles et nous en avons tenu compte pour nous réformer régulièrement.
Nous sommes entrés fraternellement en dialogue œcuménique avec les autres Églises chrétiennes et même les autres religions ; nous avons reconnu leur valeur spirituelle.
Un tel héritage ne se retrouve guère dans les Églises évangéliques qui semblent actuellement avoir le vent en poupe et il risque de disparaître, si nos Églises disparaissent.

Les Églises ont perdu leur rôle moteur au cœur de la société et elles subissent une avalanche de reproches : pour ne parler que du dernier demi-siècle, on pointe du doigt avec une certaine justesse, leur responsabilité dans l'Holocauste, leur participation à l'oppression coloniale, leur arrogance envers les autres spiritualités, leur silence à l'égard des diverses pollutions, des mauvais traitements envers les animaux, l'oppression des femmes et des minorités, la répression de la sexualité, la persécution des homosexuels, etc.
Les Églises historiques en sont naturellement conscientes et, sur plusieurs points, elles ont entrepris un mea culpa, une certaine réorientation de leur manière d'être et de leur prédication. Il faudrait, bien entendu, pour que cette réorientation devienne une réalité aussi bien dans leur vie réelle que dans leur prédication, que les fidèles soient capables, dans leur majorité, d'assumer ces critiques et d'y faire face. Mais c'est d'autant plus loin d'être le cas que leur niveau théologique a tendance à baisser dangereusement.
Le paroissien moyen demande bien plus à se sentir rassurés et réconfortés devant les défis du monde actuel qu'armé à les affronter courageusement.
Les Églises qui, naguère encore, étaient jusque dans les villages, des lieux de réflexion et de culture, se trouvent désormais marginalisées dans la vie intellectuelle et spirituelle du pays et, d'ailleurs, marginalisent elles-mêmes leurs membres. C'est désormais vers d'autres sources de réflexion que l'on se tourne pour penser les grandes questions d'aujourd'hui.

Prenons par exemple la question du salut des non-chrétiens et notamment des juifs. Tout le monde est d'accord pour déplorer les déviations théologiques qui ont entraîné l'antisémitisme et l'Holocauste, on ne parle plus de « peuple déicide » et personne n'oserait plus organiser de mission pour de convertir les juifs.
On continue pourtant à affirmer couramment dans les Églises qu'il n'y a de salut qu'en Jésus-Christ seul ; rares sont les prédications qui expliquent que l'on peut recevoir Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur sans exclure pour autant les Juifs de l'Alliance de Dieu.
La plupart des fidèles en demeurent à une conception très restrictive du salut, tout à fait en contradiction avec leur conception personnelles de la vie courante, où ils ne croient pas un seul instant que leurs amis juifs ou incroyants soient effectivement promis à l'enfer !
C'est un exemple de l'incapacité des Églises historiques à prononcer une parole forte permettant à leurs fidèles d'intéresser leur entourage et leurs enfants, alors qu'ils ne sont pas eux-mêmes véritablement convaincus. Au lieu de leur parler des variantes liturgiques, du choix des cantiques ou des confessions de foi, les pasteurs ne devraient-ils pas provoquer des débats sur des sujets touchant à la vie quotidienne et aux grands sujets discutés dans les médias ?

 

Un certain recul

Il est de bon ton de retourner les responsabilités et d'attribuer au contraire le déclin de l'Église à ceux qui, en son sein, s'efforcent de la ranimer de l'adapter à la pensée et à la sensibilité d'aujourd'hui et que l'on accuse d'être déstabilisants. On évoque les temps heureux de naguère où l'on ne se préoccupait pas encore du salut des incroyants et des juifs, où l'on ne s'embarrassait pas du politiquement correct, où l'on n'était pas obligé de tenir compte des minorités sexuelles et de tendre la main aux homosexuels. On est fatigué de ces problèmes, on ne souhaite pas en rencontrer de nouveaux, on refuse toute nouvelle ouverture.
Une telle attitude est désastreuse car elle signifie l'abandon de ce qui est l'essence même de notre protestantisme et qui est le point fort des Églises historiques qu'il importe à tout prix de préserver. La recherche de fidélité dont nous parlons n'est en rien la poursuite insignifiante d'une vaine mode ; elle est au contraire l'indispensable effort d'adaptation de la prédication à un monde en évolution. Une réflexion théologique sérieuse est plus que jamais nécessaire ; sa faiblesse actuelle est catastrophique.

 

Les Églises historiques ont-elles donc un avenir ?

Si, pour survivre, elles cherchent à imiter les communautés évangéliques qui leur semblent mieux réussir, si elles renoncent au rôle historique que nous venons de rappeler, elles survivront peut-être, mais ce sera au prix de leur identité. Elles auront perdu leur capacité de répondre au stress, au vide intérieur de nos contemporains qu'elles abandonneront à leur solitude et à leur besoin de spiritualité.
Les communautés évangéliques, pentecôtistes ou autres fondamentalistes, ne se préoccupent pas des grandes questions générales et de notre responsabilité à l'égard d'un monde qu'elles considèrent comme pécheur et perdu ; elles se bornent à structurer des communautés de soutien fraternel mutuel et à véhiculer des affirmations simples et catégoriques sur des points de morale individuelle.
Les Églises historiques ont toujours voulu aller plus loin, élargir l'horizon de la pensée, apprendre aux hommes à identifier leur bien propre au bien commun, aimer leur prochain comme eux-mêmes, souhaiter que vienne le Règne de Dieu, que Sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel, et comprendre qu'ils trouveraient ainsi leur identité la plus authentique.
Il est dans la droite ligne de l'Évangile de Jésus-Christ tel que nous le comprenons, de travailler, au-delà de notre seul intérêt personnel, à la sauvegarde de la création, à la justice sociale et contre les grandes pauvretés. En d'autres termes, de toujours voir notre intérêt personnel en accord avec le bien commun de l'humanité et de la création.
La foi n'est pas que sincérité du cœur et prière personnelle ; elle implique engagement intellectuel et collaboration avec les autres hommes de bonne volonté.
Tel a toujours été l'enseignement des Églises historiques et c'est ainsi qu'il faut les restaurer.
Mais comment s'étonner de leur déclin si elles négligent leur vocation, oublient trop systématiquement les grandes interrogations de notre monde et ignorent les préoccupations de nos concitoyens ?
Nos enfants mêmes regardent désormais ailleurs et ne savent plus intégrer l'Évangile de Jésus-Christ dans leurs questions les plus importantes.

 

Action et réflexion

 

La tâche des Églises est avant tout théologique, la tendance actuelle est à un certain anti-intellectualisme valorisant l'action plus que la réflexion abstraite. Mais en fait, il est évident que toute action dépend d'une réflexion ; la preuve en est que les plus grands malheurs ont été causés, dans le passé, par des idéaux dévoyés.
Ainsi, saint Bernard de Clairvaux a été le théoricien de la croisade contre les musulmans de Terre sainte qui a entraîné d'immenses souffrances aussi bien pour les croisés que pour leurs victimes, alors que sa foi et sa sincérité étaient indiscutables.

De même, tout au long du 20e siècle, le nationalisme a entraîné les guerres mondiales et leurs conséquences désastreuses. De nos jours, l'idéologie de la mondialisation et du libéralisme économique, considérée par certains comme le salut du monde, présentée comme la solution au drame de la misère et du sous-développement, provoque en réalité les malheurs nouveaux que l'on connaît. La question de l'homosexualité divise actuellement les Églises et malheureusement sans doute de façon durable. La sincérité des deux camps ne saurait être mise en cause. Les uns sont convaincus que l'homosexualité s'oppose à la volonté de Dieu révélée dans la Bible. Les autres estiment que l'amour du Christ implique l'accueil fraternel des exclus de la société, sans qu'on ait le droit d'exiger d'eux, et pour toute leur vie, une abstinence sexuelle totale.

 

Réflexion théologique

La seule manière de surmonter de tels problèmes serait de les porter dans une réflexion théologique commune, dans une atmosphère de fidélité qui exclurait toute tentation d'auto-justification et toute utilisation polémique de textes bibliques pour légitimer les positions préalables des uns et des autres. Nous en sommes évidemment bien loin.
Et pourtant le protestantisme s'est fondé précisément sur la réflexion théologique des pasteurs et des laïcs suppléant à l'autorité du magistère de l'Église et notamment sur l'ouverture à tous de l'étude biblique.
Mais il faut bien constater que depuis un demi-siècle, les fidèles, qui sont parfaitement capables d'une réflexion théologique sérieuse, en sont dépossédés par la professionnalisation du travail théologique et religieux ; ils sont ainsi laissés dans l'ignorance de la manière dont se posent les grandes questions et leurs opinions sont souvent mal fondées, discutables et tout à fait insuffisantes.
Il ne s'agit pas seulement de penser la question de Dieu, du Christ et de l'Église, qui sont évidemment des sujets fondamentaux. Les questions d'éthique comme les droits de l'homme, la recherche biologique, le droit à l'avortement, la sauvegarde de la création, la paix, et la coopération se posent également de façon tout à fait urgentes. Ainsi, d'ailleurs, que les grandes questions d'économie politique concernant la mondialisation.
Ces questions concernent les Églises au même titre que Dieu, le Christ et l'Église. De plus, sur ces sujets, les laïcs sont souvent mieux informés que les théologiens professionnels.

 

Une réflexion chrétienne

Pour qu'une réflexion sur un sujet psychologique, sociologique, politique ou économique soit réellement chrétienne, il ne suffit pas que son auteur le soit lui-même ; encore faut-il qu'il ait délibérément placé sa réflexion sous le regard du Christ. Cela ne signifie naturellement pas manipuler les faits pour les accorder à sa pensée chrétienne.
Cela suppose, bien au contraire un raisonnement critique, une recherche d'objectivité, une prise en compte particulièrement précise de l'existence et des besoins du groupe humain considéré.
Cela implique aussi de confronter systématiquement à la pensée biblique les questions posées et les réponses envisagées.

 

Comment débuter

La réflexion théologique peut commencer par les questions auxquelles on est le plus sensible :
Que penser du judaïsme ? du bouddhisme ?
Comment se fait-il que les personnes les plus fidèles, les croyants les plus sincères soient parfois aussi les plus éprouvés ? Quelle sont la signification et l'efficacité de la prière ?
Quel est le sort des défunts ?
Il n'est pas nécessaire d'avoir tout lu sur un sujet pour réfléchir aux diverses opinions qu'on lui apporte et rechercher l'éclairage que la Bible lui donne.
Il n'est pas nécessaire d'être un grand savant pour avoir une attitude résolument théologique.
On a néanmoins toujours besoin de la présence des autres, dont les questions et les opinion approfondissent la réflexion et évitent les options douteuses.
Ceci n'exclut pas la lecture des ouvrages théologiques qui situent les questions, exposent les réponses qui ont précédemment été apportées, et ouvrent de nouvelles voies.

 

L'avenir de l'Église

Le renouveau théologique ne remédiera pas immédiatement au déclin de l'Église ; il peut même provoquer le départ de certains des membres les plus traditionnels. Mais à long terme et même à relativement court terme, il pourrait susciter un noyau de fidèles dynamiques, qui insuffleraient à l'Église une nouvelle vigueur, une santé intellectuelle et revaloriseraient les anciennes traditions. Ils interrompraient le déclin de l'Église, lui feraient retrouver sa croissance  D; ils lui rendraient son avenir.

 

 

Traduction Gilles Castelnau

 

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