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La Grande Faille

 

The Great Divide



 

 

Scott Peck

psychologue américain

 

 

26 janvier 2010

Je vais survoler à grands traits la question de la grande division entre les croyants pré-modernes et les modernes, les traditionnels et les libéraux, ceux qui admettent l’intervention du surnaturel dans le monde et ceux qui pensent en termes scientifiques, ceux qui vivent dans l’église officielle et ceux qui ont une conception sécularisée de la vie. Cette opposition ne sépare pas que les chrétiens, elle traverse tous les aspects de la vie.

Le théologien Lloyd Geering écrit : « Depuis deux siècles, une nouvelle vision du monde prend forme, la pensée profane, séculière. Elle est l’ennemie de toutes les religions du monde, elle ébranle les conceptions traditionnelles et elle est susceptible d’entrainer l’adhésion de tous ». Et pourtant les religions continuent leurs polémiques et aussi leurs conflits internes. On se traite de tous les noms, on répète les idées reçues, on se demande dans quelle mesure les autres se conforment à notre idéologie personnelle. Mais on ne recherche pas l’origine profonde de ces batailles idéologiques, qui ne sont d’ailleurs ne sont jamais ni gagnées ni perdues. Serait-il possible que les deux côtés se bloquent ainsi parce qu’ils ne voient tout simplement plus les vraies raisons de dispute ?

 

Avant la Grande Faille

Jusque vers la fin du 15e siècle en Europe et probablement partout dans le monde, on attendait de l’ « autorité » qu’elle dise ce qu’était la vérité. Dans une société radicalement hiérarchisée, l’autorité la plus grande était celle de la personne du plus haut rang. Un philosophe avait du crédit mais le pape davantage. Les paroles d’un apôtre étaient vraies mais celles de Jésus, le Fils de Dieu, étaient suprêmement vraies. Comme on pensait que dans son immobilité, la société ne changeait pas, on considérait que le passé était l’âge d’or de la vérité.

Le philosophe et théologien Ernst Troeltsch a écrit : « Les chrétiens [...] se tournaient vers le passé pour justifier une institution capable de diriger et d’accomplir la mission du christianisme. Ils voyaient dans la hiérarchie des évêques, des prêtres et des diacres une Église structurée capable d’expliquer le présent du monde à la lumière du passé. »

Ce respect et cette dépendance à l’égard du passé était une reprise de l’attitude des Romains qui pensaient que la société du passé était absolument supérieure à la leur. Ils disaient que leurs ancêtres avaient accompli des prouesses beaucoup plus grandes que les leurs et l’aspect mythologique de ce passé ne diminuait en rien sa valeur. La vérité absolue était celle qui était admise dans le passé. Le théologien Dennis Nineham disait que les vérités du passé étaient considérées comme des « faits établis ».

 

Les débuts de la Grande Faille

A la fin du XVe siècle, au XVIe et au XVIIe siècles, lors de la Renaissance et au siècle des Lumières on commença à penser différemment. Les hommes de lois commencèrent à « interpréter » eux-mêmes les textes législatifs et non plus à s’appuyer sur les autorités anciennes. Le même mouvement s’ensuivit pour la chimie, l’astronomie et même la théologie. La « vérité » commença dès lors à se modifier. On se mit à analyser et à décrire les choses telles qu’elles sont et non plus telles que l’autorité le dit. Cette nouvelle manière de pensée se fit sentir dès la fin du XVIIe siècle ; elle engloba tous les aspects de la vie et mit des siècles à atteindre son plein développement.

Plus qu’une simple révision ou réforme, ce fut une véritable révolution, une manière absolument nouvelle de penser le monde. [...] Karen Armstrong décrit ainsi le nouveau regard porté sur le monde : « Ce sont les enfants du Logos qui regardent vers l’avant, qui tendent toujours vers plus de connaissances, qui accroissent leurs compétences et le contrôle qu’ils exercent sur leur environnement ».

L’islam, par contre, développe une culture conservatrice qui, au lieu de rechercher le progrès redoute une régression de l’âge d’or du passé. Rien n’est plus en décalage par rapport à l’avancée et à l’esprit iconoclaste de l’occident moderne. C’est ainsi que fut scellé le sort de l’empire ottoman, de l’Iran et de l’Inde, malgré l’action des fondamentalistes intégristes.

 

La Grande Faille s’élargit

La Grande Faille n’a cessé de l’élargir et de s’approfondir depuis le 17e siècle jusqu’à nos jours. Elle traverse désormais toute la surface du globe. Thomas Kuhn, le philosophe américain décrit l’opposition entre la modernité et l’âge pré-moderne en disant qu'autrefois, la vérité incontestable émanait de l’autorité et celle-ci se trouvait toujours dans le passé. Du côté moderne de la Grande Faille, la vérité est déterminée par la raison. On se pense capable de progresser vers la vérité. La « méthode scientifique » est une manière de le faire. Ses résultats - toujours susceptible d’être révisés - peuvent être considérés comme « vrais » par tous ceux qui acceptent la méthode scientifique. Et celle-ci peut être utilisée dans pratiquement toutes les matières. Le monde pré-moderne était fondé sur des assises immuables.

Nous considérons aujourd’hui l’univers comme en mouvement permanent. Les humains et la société changent sans cesse. La vérité elle-même évolue constamment et de nouveaux paradigmes sont découverts. L’autorité pré-moderne était fondée en Dieu. C’est-à-dire que la réalité était conçue comme un réseau reliant le monde surnaturel et le monde naturel. Aujourd’hui on pense plutôt que l’univers est la seule réalité qui soit accessible. Les anciens valorisaient la tradition dans la mesure où elle reflétait leur conception d’un ordre stable. Désormais c’est l’idée de progrès qui nous motive.

J. H. Plumb, dans The Death of the Past (la mort du passé) écrivait au début du 20e siècle qu’autrefois « les fondements de la culture étaient stables, alors que nous sommes aujourd’hui essentiellement tournés vers l’avenir. Le monde doit évoluer, la vérité doit être garantie par l’intime conviction de l’esprit humain et non pas le respect à l’égard des autorités du passé ».

 

La Grande Faille aujourd’hui

Il me semble que ces remarques éclairent les débats actuels et, en particulier des questions comme celles-ci :

La Bible est-elle une révélation surnaturelle 
Les miracles sont-ils des interventions contredisant les lois naturelles de l’univers ?
Le péché originel a-t-il corrompu la nature humaine ?
Le mal est-il une fore surnaturelle corrompant et détruisant l’humanité ?
Jésus-Christ est-il à la fois homme et Dieu ?
La Résurrection est-elle un événement historique unique ?

Mais dans ces discussions on néglige trop la réalité de la Grande Faille. Le véritable clivage n’est pas entre les esprits religieux et les non-religieux. La Grande Faille n’est pas encore croyants et incroyants mais entre deux manières opposées de percevoir la réalité. Les « athées » ne disent plus « je ne crois pas » mais « et puis ? ». Ils ne considèrent plus le christianisme traditionnel comme irrationnel mais tout simplement ils n’y comprennent rien. Expliquer le christianisme traditionnel à un athée moderne est comme essayer d’expliquer les couleurs à un aveugle de naissance. Et de même qu’un aveugle n’a que faire des couleurs, de même la plupart des esprits modernes jugent aberrantes les conceptions incluant du surnaturel. Pour eux le passé est source d’information et parfois sujet de nostalgie mais n’a certainement pas d’autorité intrinsèque.

 

Peut-on être à la fois des deux côtés de la Grande Faille ?

Certainement pas. Les deux conceptions du monde sont incompatibles. Il est vrai que certains chrétiens occidentaux, que l’on pourrait appeler les « nouveaux hérétiques », pensent que leur foi peut être exprimée dans un langage compréhensible aux esprits modernes. Ils s’efforcent de leur parler sans les ramener dans le monde pré-moderne. Ils s’appliquent à reformuler chaque aspect de leur foi afin de retrouver de la crédibilité. La foi va au-delà de la raison, disent-ils, mais elle doit absolument demeurer raisonnable. Le christianisme peut toucher les hommes de toutes les cultures et de toutes les époques.

Mais la grande majorité des chrétiens - et les fidèles des autres religions - continuent à penser leur foi dans les traditionnelles structures pré-modernes et certains ultra-conservateurs s’attaquent frontalement aux nouveaux hérétiques et rendent inconfortable leur position dans l’Église officielle.
Je propose de reformuler ainsi les principes de notre foi :

Toute vérité est forcément provisoire et personne ne peut prétendre avoir le monopole de la vérité.
Nous ne pouvons rien connaître d’autre que l’univers que nous voyons.
Nous ne pouvons parler de Dieu (faire de la théologie) qu’avec les images que nous inventons.
Être chrétien n’est pas convertir mais servir et guérir.
Étudier le passé est bien mais l’important est le présent et le futur.
Nous n’avons pas à dominer la planète mais à y vivre en harmonie.
La véritable humanité est le choix, non le conformisme.

Pour nous résumer : une Grande Faille s’est ouverte et sépare deux manières de comprendre le monde. D’un côté ceux qui, tout en vivant enracinés dans la société moderne, continuent à penser immuablement le christianisme dans son aspect pré-moderne et disent que la vieille, très vieille histoire est suffisante. D’un autre côté ceux qui ne sont plus touchés par la foi pré-moderne et qui cherchent à parler de Dieu et de Jésus dans des termes qui s’harmonisent avec le monde actuel. Ils s’efforcent d’écrire l’histoire de manière nouvelle.

 

 Traduction Gilles Castelnau

 

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