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   Le loup se couchera

aux côtés de l'agneau

 

Ésaïe 11

 

 

Gilles Castelnau

 


29 novembre 2009

Un fils sortira de la famille de Jessé
Comme une jeune branche sort d’un vieux tronc.
Une nouvelle branche poussera
à partir de ses racines.
L'Esprit de l'Éternel reposera sur lui :
Il lui donnera la sagesse
et le pouvoir de bien juger
Il rendra leurs droits aux pauvres dans sa justice,
Il sera juste pour ceux, qui, dans le pays, sont sans défense.

Alors le loup se couchera aux côtés de l'agneau,
Et la panthère avec le chevreau ;
Le veau et le jeune lion mangeront ensemble,
Et un petit enfant les conduira.

La vache et l'ourse mangeront dans le même champ
Leurs petits auront le même abri.
Et le lion, comme le bœuf, mangera de la paille.

Le bébé jouera sur le nid du serpent
Et le petit garçon mettra la main dans la cachette de la vipère.

Il n’y aura plus ni mal ni violence
Sur toute la montagne sainte
Car la connaissance de l'Éternel, remplira le pays

comme l’eau remplit les mers.

En ce jour, le fils de Jessé
Sera comme une bannière pour les peuples de la terre ;
Les nations se tourneront vers lui,
Et la gloire sera sa demeure.

Ésaïe 11

.

Je comprends qu’on lise ces textes au moment de NoëlLes évangélistes, en lisant ce texte, ont pensé que Jésus était ce fils de David, de la famille de Jessé qui, par toute son attitude faisait descendre un esprit de paix parmi les hommes, de sorte que ceux qui avaient un esprit de "loup" devenaient doux comme des "agneaux".

« Paix sur la terre parmi les hommes de bonne volonté » disaient les anges !

Dieu insuffle en nous ce souffle de paix et voilà.

Bonne nouvelle pour ceux qui ne savent pas bien entrer dans le jeu des Églises, des institutions ecclésiastiques.
Pour ceux qui ne sont pas
des protestants très pratiquants
des catholiques qui ne vont pas beaucoup communier à la messe et qui ne comprennent pas trop le pape
des juifs qui ne font guère le Kippour ou le Rosh Hachana
des musulmans qui ne vont pas trop prier à la mosquée et qui mangent du porc.
Car ce n’est rien de tout cela que Dieu demande.
Il regarde si on est des « loups » dévoreurs d’agneaux.

.

 

Nous sommes au 8e siècle av. JC. L’inégalité sociale est grave dans le pays. Des riches écrasent les pauvres dans l’insolence de leur luxe et les prophètes (Ésaïe, Michée, Amos, Osée) pensent que leurs cérémonies religieuses ne peuvent qu’offenser le Dieu qui se scandalise de leur attitude socialement immorale.

C’est avec ces quatre prophètes que la Bible commence à être écrite. L’actualisation de leurs textes est possible et heureuse pour nous aujourd’hui. Leur message semble convenir particulièrement à notre époque où l’on conçoit volontiers comme eux, une Présence divine universelle, faisant surgir des réalités nouvelles du « chaos » de notre société.A leur époque où le monothéisme n’était pas clairement affirmé, la doctrine de Dieu était davantage celle d’un champ d’énergie que celle d’un satellite espion !
Pas de dogmes dans les textes religieux de ces prophètes, pas de traditions religieuses obligatoires, pas de rites de purification, pas d’obligations oui d’interdictions alimentaires, vestimentaires ou autres. Pas de Dieu focalisé sur les insuffisances, les « péchés » des hommes. Seule volonté de Dieu : que tout le monde puisse respirer et vivre heureux comme de libres enfants de Dieu.

Le texte du loup cohabitant avec l’agneau souligne cette volonté de fraternité entre hommes – que l’on oublie si souvent au profit d’un désir d’augmentation du niveau de vie !
Le fabuliste Jean de La Fontaine que le roi Louis XIV avait nommé précepteur du jeune Dauphin qui avait alors 7 ans, a écrit pour lui, un poème bien différent de celui d’Ésaïe :

La raison du plus fort est toujours la meilleure, nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un agneau se désaltérait dans le courant d'une onde pure.
Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure, et que la faim en ces lieux attirait.
- Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage, dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
- Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère que je me vas désaltérant dans le courant,

Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle, et je sais que de moi tu médis l'an passé.

- Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?  reprit l'agneau ; je tette encor ma mère
- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
- Je n'en ai point.
- C'est donc quelqu'un des tiens :  Car vous ne m'épargnez guère, vous, vos bergers et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge.

Là-dessus, au fond des forêts le loup l'emporte et puis le mange, sans autre forme de procès.

On est en 1668 à la Cour de Versailles. On peut se demander ce que La Fontaine a pu enseigner, avec cette fable, au jeune dauphin pour le préparer à son métier de roi alors qu’ils avaient tous deux sous les yeux  la vision quotidienne de « loups » dévorant des « agneaux ».

Ésaïe aussi savait parfaitement de quoi il s’agissait, lui qui écrivait :

Malheur à ceux qui prononcent des ordonnances iniques,
Et à ceux qui transcrivent des arrêts injustes,
Pour refuser justice aux pauvres,
Et ravir leur droit aux malheureux de mon peuple,
Pour faire des veuves leur proie,
Et des orphelins leur butin ! Es 10. 1

Je ne sais pas si La Fontaine a enseigné au Dauphin que le loup (son père !) mériterait d’être puni, mais Ésaïe enseigne clairement que Dieu voit avec horreur ce qui se passe en Israël, s’en scandalise et ne manquera d’intervenir un jour pour remettre de l’ordre et ramener dans le pays un esprit d’humanité.

C’est cela un prophète :
Non pas quelqu’un qui a la vision surnaturelle d’un Destin d’un avenir inconnu, non pas quelqu’un qui lit dans les astres et connaît les horoscopes, mais quelqu’un qui a pris conscience que la présence divine est une force de vie pour tout le monde et que les loups ne doivent pas manger les agneaux (tout au moins les loups de Jérusalem ou de la cour de Versailles ou aujourd’hui de Région Parisienne et de France, et des multi nationales !)

Ésaïe s'adresse à la Samarie du VIIIe siècle av. J.-C ; il annonce la venue qui ne saurait manquer d'un roi sauveur, issu évidemment de la famille de royale de David :

Un fils sortira de la famille de Jessé (le grand père du roi David)
Comme une jeune branche sort d’un vieux tronc.
Une nouvelle branche poussera.

Les prophètes ne sont pas ceux qui révéleraient un avenir décidé à l'avance. Dieu ne fixe pas un destin immuable comme on le dit dans l'Islam ou dans certains horoscopes. Rien n'est « écrit ». Un prophète est un homme qui est sensible à la présence divine, qui sait en rendre compte, et dont les paroles sont écoutées, reçues, mises par écrit et transmises.
En tous cas, il ne faisait pas allusion à Jésus-Christ qui ne devait naître que huit cents ans plus ; mais évidemment ses paroles ont repris vie lorsque les évangélistes ont voulu rendre compte du ministère du Christ, comme elles ont rempli d'espérance bien d'autres générations de croyants jusqu'à notre propre époque.

 

L'actualisation de ces textes est possible et heureuse pour nous aujourd'hui. Leur message semble convenir particulièrement à notre époque où l'on conçoit volontiers, comme eux, une Présence divine universelle, faisant surgir des réalités nouvelles et inattendues du chaos ; dynamisme cosmique qui n'est pas lié, comme dans les théologies des VIIe et VIe siècles à un peuple particulier (ou une Église), à sa fidélité, à un système dogmatique élaboré.
A cette époque où le monothéisme n'est pas encore clairement affirmé, la doctrine de Dieu est, alors, davantage celle d'un champ d'énergie dynamique que celle d'un satellite espion...

Amos 8. 4
Écoutez ceci, vous qui dévorez l'indigent, et qui ruinez les malheureux du pays !
Vous dites : Quand la nouvelle lune sera-t-elle passée, afin que nous vendions du blé ?
Quand finira le sabbat, afin que nous ouvrions les greniers ?
Nous diminuerons la mesure, nous augmenterons le prix, nous falsifierons les balances

Puis nous achèterons les misérables pour de l'argent, et le pauvre pour une paire de sandales.
Nous vendrons même la criblure du blé.
L'Éternel l'a juré par la gloire de Jacob :
Je n'oublierai jamais aucune de leurs oeuvres. La terre n'en frémit-elle pas ?

 

Essayons de nous projeter au 8e siècle avant JC.  Les textes bibliques sont des machines à remonter le temps. En ce temps-là, où la Bible n’était pas encore écrite, on ne parlait, semble-t-il de rien d’autre que de ce grand désir de justice sociale que la foi en Dieu suscitait : Dans ses longs chapitres, Ésaïe – non plus que Michée, Osée et Amos, ne parlent jamais de dogmes :
Ni de la Trinité, ni de croire au sacrifice rédempteur apporté par un Fils de Dieu à venir, ni de la valeur du célibat, de la chasteté. Il ne fulminait pas contre l’homosexualité, le divorce ou le contrôle des naissances.
Il n’obligeait pas à croire en un Dieu unique, à valoriser particulièrement Dix commandements.
Il ne mentionnait jamais Adam et Ève et leur « péché originel », les patriarches Abraham, Isaac et Jacob, la sortie d'Égypte avec Moïse, le don de la Loi au Sinaï. Il ne disait pas de respecter le sabbat, la circoncision ou la nourriture cachère.
Ils ne parlait pas d’une récompenser dans l’au-delà accordée aux loups qui s’abstiendraient de dévorer les brebis ni non plus de punition dans le feu éternel menaçant les loups dévoreurs. Ils disait seulement que Dieu voulait la fraternité entre les hommes et qu’un jour viendrait où un meilleur roi rétablirait la justice et la paix :

Lorsqu’on couronnait un nouveau roi, au palais de Jérusalem, on lisait le Psaume 72 en espérant que ce serait sous son règne que la volonté de Dieu s’accomplirait pour le bonheur de tous :

O Dieu, donne tes jugements au roi,
Et ta justice à ce fils du roi !

Il jugera ton peuple avec justice,
Et tes malheureux avec équité.

Il fera droit aux malheureux du peuple,
Il sauvera les enfants du pauvre,

Et il écrasera l'oppresseur.
il délivrera le pauvre qui crie,
Et le malheureux qui n'a point d'aide.
 Il aura pitié du misérable et de l'indigent,
Et il sauvera la vie des pauvres ;

Il les affranchira de l'oppression et de la violence,
Et leur sang aura du prix à ses yeux.

 

On dit parfois que le Dieu de l’Ancien Testament est méchant, susceptible, inhumain, à l’image des hommes névrosés.
Ces textes le montrent plutôt chaleureux à l’égard des hommes, passionné par la vie qu’il fait monter en eux et très hostile à tous les « loups » dévorant les « agneaux ».
Un Dieu pas du tout intéressé par les dogmes, les règles ecclésiastiques, les règles de vie mais un Dieu de la vie des hommes.

Ésaïe nous montre que

là où il y a respect de Dieu, il y a respect de la vie de nos contemporains.
là où il y a respect de la vie de nos contemporains, il y a respect de Dieu.

 

 

 

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