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Connaissance de la Bible
La femme adultère
Gilles Castelnau
Jean 8. 2-10
Dès le matin, Jésus alla de nouveau dans le temple, et tout le peuple vint à lui. S'étant assis, il les enseignait.
Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus :
- Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes. Et toi, que dis-tu ?
Ils disaient cela pour l'éprouver, afin de pouvoir l'accuser.
Mais Jésus, s'étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l'interroger, il se releva et leur dit : - Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.
Et s'étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre.
Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu'aux derniers et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s'étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit : - Femme, où sont ceux qui t'accusaient ? Personne ne t'a-t-il condamnée ?
Elle répondit :
- Non, Seigneur.
Et Jésus lui dit :
- Je ne te condamne pas non plus. Va, et ne pèche plus.
18 mars 2010
L’existence même de ce récit révèle une préoccupation importante de la première Église. En effet il ne figure pas dans les deux grands manuscrits conservés l’un au Vatican et l’autre à Londres et sur lesquels on fonde habituellement le texte biblique. Dans les autres manuscrits où il figure il n’est pas toujours situé à la même place. Certains manuscrits le placent ailleurs dans l’évangile de Jean et certains même dans l’évangile de Luc :
Ignorent ce récit les manuscrits considérés comme les plus importants :
. les papyrus Bodmer 66 et 75 copiés au 3e siècle
. le manuscrit Sinaïticus, copié au 4e siècle, découvert par Tischendorf, en 1859, au monastère Sainte-Catherine au Sinaï, déposé à la British Library à Londres, près de Saint-Pancras
. le manuscrit Vaticanus, copié au 4e siècle, déposé à la bibliothèque du Vatican
. le manuscrit Alexandrinus, copié au 5e siècle, déposé à la British Library à Londres, près de Saint-Pancras
. Le Codex Ephraemi Rescriptus copié au 5e siècle, déposé à la Bibliothèqe Nationale de Paris.
Le récit est inclus dans les manuscrits suivants :dans
.
le codex de Bèze, copié au 5e siècle, sauvé de l’incendie de la bibliothèqe de Lyon par le réformateur Théodore de Bèze et déposé par ses soins à la bibliothèque de Cambridge.
.
la traduction latine Brixianus du 6e siècle l’inclut en Jean 21.25
. une autre en Luc 21.38
. le manuscrit 225, de l’an 1192, l’inclut en Jean 7.36
. le Manuscrit 1333 du 12e siècle l’inclut en Luc 24.53
Cela montre un embarras très net et donc un intérêt particulier pur ce récit étrange. Ce qui est notamment surprenant - et qui me semble justement important – est que Jésus, au lieu de rassembler des foules autour de son enseignement (comme dans le Sermon sur la Montagne), fait au contraire le vide autour de lui
v.2 : dès le matin, il alla de nouveau dans le temple, et tout le peuple vint à lui. S'étant assis, il les enseignait.
v.9 : ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu'aux derniers et Jésus resta seul avec la femme
Jésus fait le vide dans le temple par sa parole :
Que celui qui est sans péché jette la première pierre.
Ils sont tous partis a commencer par les plus âgés. Les plus âgés étaient peut-être, dans l'esprit du rédacteur, ceux qui avaient le plus commis de péché ou les plus raisonnables ?
Pourquoi sont-ils tous partis ? Était-ce l'Évangile de l'amour habituellement prêché par Jésus qui les rebutait ? Au contraire ! Jésus en cette occasion n’a pas enseigné la grâce mais la loi la plus stricte :
Que celui qui est sans péché jette la pierre
Cela signifie :
Allez-y, lapidez-la ! Appliquez donc la Loi, mais appliquez-la rigoureusement : Après elle ce sera le tour des autres pécheurs naturellement.
Les autres femmes qui ont trompé leur mari et les autres maris qui ont trompé leur femme sont tous partis sur la pointe des pieds et le temple est resté vide. Personne n’a voulu suivre la stricte loi de Moïse. Tout le monde a préféré la grâce. Pour la femme comme pour eux : « Aimer son prochain comme soi-même » !
Au temps de Jésus et sous l’Empire romain on ne lapidait pas les femmes adultères et l’antique loi de Moïse condamnant à mort les adultères, les blasphémateurs, les homosexuels et ceux qui maudissaient leur père ou leur mère n’était pas appliquée, à supposer qu’elle l’ait jamais été. Mais les Pharisiens et les juifs intégristes promouvaient un rigorisme absolu et une conception moraliste stricte de Dieu.
Lorsque Jésus eut menacé de faire appliquer la loi divine d’une manière parfaitement inhumaine, tout le monde s’est enfui, rapporte l’histoire en abandonnant le temple aux sinistres Pharisiens. Et le peuple était dehors, peuple de la grâce réuni dans la rue.
Moi aussi j’aurais abandonné le temple, devenu maudit, je serais sorti dans la rue où je pense, Dieu lui-même devait se trouver réfugié !
Un internaute demandait sur Yahoo :
Est-ce que Dieu croit en un homme mauvais ?
Est-ce que Dieu croit en un homme dont l'œuvre n'a pas été bonne dans toute sa vie ?
Est-ce que Dieu croit en un homme, malgré sa méchanceté ?
Va t-il le "laisser tomber" ?
Si des Pharisiens répondaient :
oui, Dieu et nous laissons tomber les coupables !
le message de l’Évangile nous obligerait à sortir pour respirer au grand air le souffle de la grâce !
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