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La Bible

De l’Ancien au Nouveau Testament, parcourir les textes et leur histoire

 

Christiane Dieterlé
Charles-Daniel Maire
Alain Massini

 

Éd. Olivétan
96 pages.  14 €

 

recension Gilles Castelnau

 

10 mai 2009

Ce petit livre est une présentation de la Bible à l’intention de ceux qui l’ignorent complètement et qu’elle introduira à une lecture intelligente.
Après une brève introduction destinée à replacer les textes bibliques dans leur contecte historique et géographique, l’ouvrage suit, non pas l’ordre chronologique supposé de la rédaction et de la publication des textes mais s’en tient à l’ordre traditionnel de la Bible hébraïque :
La Loi : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome
Les prophètes : livres dits « historiques » et livres prophétiques
Les écrits : psaumes etc.
Une présentation des textes intertestamentaires.
Le Nouveau Testament, en suivant, là encore non pas l’ordre chronologique de pubication des livres mais la présentation habituelle : les évangiles d’abord, puis les Actres des Apôtres, les épitres et enfin l’Apocalypse.

Ce livre est clair et facile à lire. Voici, par exemple, un passage de l’introduction :

Page 11

Les événements marquants
Quelques événements ont marqué l'histoire de l'Antiquité. Ils permettent de situer l'histoire du peuple d'Israël.
Le premier événement que l'on peut situer dans l'histoire est la sortie d'Égypte ; l’Exode a pu avoir lieu au 13e s.. av. J.-C., mais d'autres dates ont aussi été avancées.
Puis c'est l'instauration de la royauté qui, avec David et Salomon, vers 1 000 av.J.-C., fait d'Israël un État uni et indépendant qui a sa terre, son roi et son temple. Cet âge d'or ne dure que peu de temps puisque, à la mort de Salomon (vers 925 av. J.-C.), le royaume se déchire en deux. L'unité perdue, il sera plus difficile de résister aux puissances conquérantes. Les royaumes divisés survivront deux siècles pour le Nord, connu sous le nom de royaume d'Israël, et un peu plus de trois pour le Sud, connu sous le nom de royaume de Juda.

Les puissances dominantes
Lors de la chute de Jérusalem (587 av. J.-C.), il y a longtemps que l'Égypte n'est plus une « grande puissance". L'Assyrie avec Ninive a dominé la scène internationale depuis le 8e s. av. J.-C. La chute de Ninive (612 av. J.-C.) marque la fin d'une époque et celle d'un ennemi héréditaire pour les royaumes
d'Israël et de Juda. C'est elle qui a rayé Samarie et le royaume du Nord de la carte (722 av. J.-C.), mais l'Assyrie tombe à son tour sous la domination mésopotamienne ; Babylone devient alors la capitale de la Mésopotamie. Son roi Nabuchodonosor en a fait l'une des sept merveilles du monde; c'est lui qui
détruit Jérusalem. Pour les rescapés, les nobles et les élites, c'est l'Exil. Ces « grandes puissances" se succèdent et se renversent ; elles sont représentées sur la partie supérieure du panorama (voir pages suivantes).
Peu après, Babylone succombe à son tour et ce sont les Perses qui dominent en attendant que les Grecs d'Alexandre le Grand étendent leur hégémonie.
La domination perse constitue l'arrière-plan d'un grand nombre d'écrits de l'Ancien Testament, car l'activité littéraire se développe beaucoup durant la période de l'Exil et à l'époque post-exilique ; éloignés de la terre des ancêtres, les exilés cultivent leur mémoire. On retiendra surtout le nom de l'empereur perse Cyrus, rendu célèbre par l'édit qu'il promulgua en 538 av. J.-C. et qui permit aux juifs, comme d'ailleurs aux autres peuples captifs, de retourner dans leur pays.

La domination grecque constitue l'arrière-plan de plusieurs des livres dits deutérocanoniques, celui des Maccabées en particulier, et, selon certains, de livres canoniques. Cette période est marquée par Antiochus Épiphane qui profane le Temple de Jérusalem en faisant cesser les sacrifices au Dieu des juifs et en instaurant un culte à des divinités grecques.

La domination romaine fait la transition entre les écrits de l'Ancien et ceux du Nouveau Testament. La Palestine a été conquise par Pompée en 63 av. J.-C. En 37 av. J.-C, un allié des Romains, Hérode dit le Grand qui n'était pas juif d'origine, devient roi de Judée. Grand constructeur, mais cruel et intrigant, il tire un énorme profit personnel de la présence romaine.
C'est sous cette domination que surgit Jésus-Christ. Tout le monde le sait: c'est à partir de sa naissance que l'on calcule les années. Mais la décision de fixer cette date comme point de départ n'a été prise qu'au 6e s. ap. J.-C. Le moine qui fit le calcul s'est trompé ! Hérode le Grand est mort en 4 av. J.- C. C'est pourquoi la naissance de Jésus est fixée ci-dessus à 4 av. J.-C. En réa­lité, il a dû s'écouler au moins un an entre cette naissance de Jésus et la mort d'Hérode. On peut donc supposer que Jésus est né entre 5 et 7 ans "avant Jésus-Christ".

Israël et le temps
Certains peuples se représentent le temps comme un cycle et les événements qui le jalonnent comme un éternel retour au temps mythique. Par contre, la conception du temps qui se dégage de l'Ancien Testament peut être repré­sentée par une ligne qui part de la création et se déroule avec l'histoire. C'est pourquoi le peuple d'Israël fait remonter son origine à des ancêtres auxquels il est relié par des généalogies; celles-ci occupent une place non négligeable dans la Bible. Les chrétiens reprendront cette conception du temps, ce qui a fait dire que "le christianisme est une religion de l'histoire" (Georges Duby).

 

Les auteurs pratiquent la lecture historique et critique classique. Il faut néanmoins que le lecteur prenne conscience de leur parti pris théologique qui les empêche de mettre à la portée de tous les connaissances actuelles. Il est clair qu’ils souhaitent vendre ce livre dans les milieux évangéliques et fondamentalistes qui, on le sait, se refusent à toute réflexion critique.
Ils écrivent par exemple :

« Le premier événement que l'on peut situer dans l'histoire est la sortie d'Égypte ; l’Exode a pu avoir lieu au 13e s. av. J.C »

Et pourtant les connaissances archéologiques et historiques des dix dernières années ont établi que les récits de la sortie d’Égypte avec Moïse n’étaient fondés sur aucun document historique contemporain et les historiens ne peuvent donc rien en dire ! On ne peut donc pas les « situer dans l’histoire » et encore moins en proposer une datation. Il nous semble qu’énoncer la vérité des choses aurait été de meilleure venue.

Dans l’introduction aux évangiles synoptiques, les auteurs présentent parfaitement le problème que posent les ressemblances et les différences que l’on constate entre ces évangiles.
Mais ils s’arrêtent au moment de dire que « les passages qui se trouvent seulement dans Matthieu et dans Luc » proviennent sans doute d’une Source que l’on nomme « Source Q » depuis près d’un siècle !

Et encore la présentation des auteurs des évangiles suggère honnêtement que ces textes ne sont évidemment pas des comptes-rendus notés directement par des témoins oculaires des événements mais ne dit pas qu’ils ont été rédigés plusieurs décennies après le ministère de Jésus et n’en donne pas les dates qui sont pourtant bien connues ni les lieux possibles de leur publication : par exemple le second évangile a sans doute été publié à Rome vers l’an 70.

Voici néanmoins une excellente présentation du livre de l’Apocalypse :

Page 89

Le livre de l'Apocalypse a été rédigé à la fin du 1er s. dans un temps de per­sécution et d'oppression sous le règne de l'empereur Domitien. Il encou­rage à résister et à vivre l'espérance. Le mot apocalypse, qui a donné le titre à l'ouvrage, vient d'un verbe grec qui signifie "retirer le voile". Cependant il ne s'agit pas d'abord d'une révélation sur la fin des temps, mais de la révélation de Jésus-Christ.
L'auteur, qui se nomme lui-même Jean et dit être exilé pour sa foi sur l'Île de Patmos, a recours au genre littéraire traditionnel du monde juif pour les temps de crise : le genre apocalyptique qui a succédé au genre prophétique. Ce genre littéraire est bien connu dans l'Ancien Testament. Il trouve son ori­gine dans les livres des prophètes Ézéchiel et Daniel; il se développera dans des écrits qui n'ont pas été retenus dans le canon de l'Écriture, comme par ex. l'Apocalypse d'Adam et Ève ou le Testament des douze patriarches... Ces textes qui jouent sur les symboles entendent décrire ce que sera l'accomplis­sement des temps et la victoire finale du Seigneur sur les forces du mal. Ils invitent donc à la patience et à la persévérance dans la foi. Ce genre apparaît aussi dans les évangiles synoptiques qui ont chacun une petite apocalypse (Mt 24.4-44; Me 13.5-37 et Le 21.7-36) et dans les lettres de Paul (1 Co 15.12-58; 1 Th 4.13 - 5.11 ; 2 Th 2.1-12).
L'auteur de l'Apocalypse travaille dans cette même veine. Il s'inspire des visions d'Ézéchiel et de Daniel. Il intègre aussi des éléments liturgiques du culte de l'Église primitive: ce n'est pas pour rien que la vision inaugurale (Ap 1.95) se passe le jour du Seigneur, donc un dimanche. Il entend signifier par là que le culte de la communauté est déjà l'anticipation de la fin ou la manifes­tation du règne de Dieu déjà à l'œuvre dans le monde et l'histoire. […]

 

La frilosité générale de cet ouvrage devant la réalité des connaissances actuelles, provoquée par l’évident parti pris théologique de donner des gages aux milieux fondamentalistes est tout à fait regrettable.

Quelques éléments de bibliographie auraient été évidemment les bienvenus afin d’inciter les lecteurs à progresser davantage dans leur compréhension des mécanismes de rédaction de la Bible. Ainsi l’incontournable « la Bible dévoilée » des deux archéologues juifs Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman. ou La Première histoire d’Israël » de Thomas Römer, professeur au Collège de France et à la faculté de théologie de Lausanne.

 

 

 

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