Spiritualité
Pour le renouvellement
de nos
Églises
Gretta Vosper
pasteur de l'Église
réformée unie de West Hill, Toronto, Canada
Éditorial du numéro 1
du Journal of the Canadian
Centre for Progressive Christianity.
Avril 2005
Traduction Gilles
Castelnau
[...]
Les prédicateurs utilisent
fréquemment comme des
métaphores les mots tels que « résurrection », « salut », « Ascension », « naissance virginale », « Fils
unique du Père » ou « seigneurie du
Christ ». Et si on leur
demande d'en préciser le sens, ils n'osent pas répondre
qu'on ne doit pas les prendre à la lettre. Ils
considèrent qu'une métaphore est une sorte de langage
codé naturellement utilisé dans les offices religieux
et destiné seulement à créer une ambiance de
mystère.
Depuis plusieurs décennies, nous
avons pu éviter les tempêtes théologiques du
grand large en demeurant prudemment, avec notre langage
équivoque, dans les eaux calmes du port.
Nous avons, bien sûr,
évité une interprétation trop littérale
des textes bibliques en introduisant graduellement dans le
vocabulaire religieux de l'Église de nouvelles
définitions. Mais nous n'avons fait que contourner la
difficulté et notre message est devenu presque
incompréhensible pour beaucoup de ceux qui viennent à
l'église et pour presque tous ceux qui n'y viennent
pas.
Par exemple, seuls ceux qui seront venus
à l'église le jour de l'Ascension où nous
aurons, bien entendu, expliqué le nouveau sens que nous
donnons désormais à ce mot, le comprendront lorsqu'ils
l'entendront prononcer à nouveau. Mais les autres en resteront
à l'image d'un Jésus navigant dans le ciel entre les
nuages et s'imagineront que nous y croyons vraiment. Maintenir une
équivoque théologique, comme nous le faisons trop
systématiquement, nuit sérieusement à la
crédibilité de notre prédication, sauf
peut-être aux yeux des fidèles les plus
traditionalistes.
Voici des questions que nous pourrions
soulever, pour commencer, dans nos
groupes de réflexion et dans nos différents
conseils.
- Si nous croyons que
nous avons tous accès au divin (quelle que soit la
manière dont nous comprenons ce mot) ne devrions-nous pas
réfléchir à l'utilisation de nos vêtements
et de nos gestes liturgiques qui suggèrent que certains y ont
plus accès que les autres ?
- Si nous croyons que
le divin, que nous nommons généralement Dieu, est
partout et toujours autour de nous et en nous, pourquoi
continuons-nous à l'invoquer, à lui demander de nous
écouter, de nous répondre et d'intervenir pour
nous ? N'y a-t-il pas d'autres manières d'exprimer notre
foi en sa présence et en sa disponibilité ?
- Si nous croyons que
nous sommes créés beaux et saints et que le divin
demeure en nous, avons-nous besoin d'être purifiés du
péché originel par le baptême ? Est-il
même nécessaire que nous en soyons sauvés ?
Et sinon, pourquoi continuer à en parler ?
- Si la présence dans le monde du mal et de la souffrance contredit l'idée
que Dieu est juste et bon, pourquoi continuer à prier Dieu
comme s'il dirigeait toute chose ? Quel nouveau langage
devrions-nous trouver et quelle style de prière
proposer ?
- Si nous ne croyons pas que le christianisme a le monopole de la
vérité, ne devrions-nous pas éliminer ou
modifier les cantiques et les prières qui semblent le
prétendre ? Ne devrions-nous pas corriger tout ce qui
contredit notre théologie et notre spiritualité ?
L'honnêteté et la clarté ne sont-elles pas plus
importantes que nos traditions ?
- Si la Bible a été écrite par des hommes qui rendaient compte
de leur expérience de Dieu avec les conceptions et les
préjugés de leur époque, pourquoi fonder sur
elle toute notre vie cultuelle ? Ne pourrions-nous pas utiliser
dans le culte d'autres lectures d'où émanerait
également profondeur et sagesse ? Ne pourrions-nous pas
prêcher aussi sur ces textes, surtout lorsque la lecture du
jour présente un Dieu injuste et une morale
obsolète ?
- Si Jésus, qui est au centre des
évangiles et que nous nommons
le Seigneur de l'Église, n'est pas le seul Fils de Dieu,
pourquoi ses paroles seraient-elles plus importantes que celles
d'Emmanuel Kant, du Mahatma Gandhi ou de Martin Luther King ?
Qu'a-t-il lui de plus que les autres penseurs de notre monde ?
N'est-ce pas prendre une attitude infantile et irresponsable que de
lui attribuer la place suprême à la droite du
Père ?
- Si la mort de Jésus sur la
croix n'est pas le sacrifice qui
sauve, quel est le sens de la sainte cène-eucharistie ?
Pourrait-on imaginer d'autres symboles d'où émanerait
une force semblable ou doit-on y renoncer ?
[...]
C'est le propre d'une Église
institutionnalisée d'accorder
une valeur ultime et absolue aux dogmes et aux rites. Il nous faut
maintenant y renoncer et nous impliquer de manière plus
responsable et plus profonde avec nous-mêmes, avec les autres,
avec le monde et avec le divin.
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