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La violence et Dieu


Pourquoi tant de cruauté dans la Bible ?

 


Enzo Bianchi

prieur de la Communauté de Bose (Italie)

Éd. Cabédita

96 pages - 14, 50 €


recension Gilles Castelnau

 

 

29 décembre 2016

Sans être prêtre, Enzo Bianchi (il est né en 1943) a fondé en Italie une communauté monastique œcuménique qui rayonne sur plusieurs villes d'Italie. Il a exercé des responsabilités importantes dans le cadre de l’Église catholique et publié de nombreux livres de spiritualité.
Celui-ci est un ouvrage marqué par la prière monastique quotidienne et sa méditation systématique des Psaumes de la Bible. Il réfléchit et il nous fait penser à la violence qui émaille tous ces textes.
Loin de la contourner ou de l’ignorer, il veut au contraire l’assumer dans la volonté fondamentale de s’impliquer dans la lutte et la souffrance de tous les malheurs du monde.
Il y a sans doute des contradictions internes à cette pensée ; c’est probablement inévitable et d’ailleurs sans importance : ce livre respire la communion vivante avec Dieu qu’évidemment aucune doctrine logique et rigoureuse ne peut prétendre exprimer de façon absolue.

En voici quelques extraits significatifs.

 

 

page 11

Le problème

Mais nous sommes chrétiens...

La prière qui renonce aux déprécations est une prière peu biblique et plutôt idéologique, donc hypocrite, éloignée de la liberté de parole dans le rapport avec Dieu : vers Dieu on crie, on hurle dans les moments d'angoisse, de désespoir, de violence subie (Jésus lui-même crie sur la croix !). Et « les Psaumes nous montrent que nous pouvons crier à Dieu toute notre souffrance, sans aucune autocensure ». Y renoncer produit une prière éloignée de l'histoire et du mal réel qui la traverse, des impies et des méchants bien réels, que leur fureur rend arrogants et tout-puissants au cours de l'histoire. Il faut se demander ici : croit-on que la prière est une puissance qui agit dans l'histoire, une force à opposer au pouvoir excessif du mal et de ceux qui le commettent ? C'est une prière éloignée des opprimés, des pauvres, de ceux qui n'ont pas de moyens, que « dévorent » quotidiennement les riches, les injustes et les oppresseurs (voir Ps 14,4 ; 53,5) ; elle est éloignée d’une réelle intercession en faveur des opprimés : prier contre l'oppresseur, c'est prier avec l'opprimé, c'est invoquer et annoncer le jugement de Dieu dans l'histoire et sur l'histoire.

 

page 14

Imprécations dans le psautier

Mais c'est là le cri de ceux qui sont persécutés, violés, raillés par leurs bourreaux ; un cri qui monte de l'histoire et arrive jusqu'à nos jours : n'en a-t-il pas été ainsi sous le nazisme, le stalinisme, ou plus récemment en ex-Yougoslavie, au Rwanda, ou lors des guerres du Golfe ?

 

page 24

Le combat entre le bien et le mal

Combattre le mal

Les psaumes imprécatoires font entrer ce combat dans notre prière et nous révèlent qu'il est constitutif de la vie chrétienne : c'est le combat contre Satan, l'adversaire, le diable, l'ennemi, l'accusateur, le séducteur de toute la terre, le prince de ce monde, celui qui est homicide dès le commencement, le menteur et le père du mensonge (pour reprendre les noms que le Nouveau Testament donne au Malin, et qui correspondent à ses différentes opérations et manifestations).

 

page 26

Demander à Dieu de faire justice

Face au mal qui est à l'œuvre dans l'histoire, les « prières contre », les invectives contenues dans les psaumes de supplication sont un instrument de prière des pauvres, des opprimés, des justes persécutés : ils interviennent par leur cri, étant donné que, dans l'histoire, aucun autre espace ne leur est offert ! La prière est une composante efficace de l'histoire, et par ces expressions, l'orant porte un jugement sur le mal, le discerne, le condamne, et demande à Dieu d'intervenir pour rendre justice et punir le malfaiteur.

[...]

Les psaumes imprécatoires contestent de fait la loi du talion et consacrent le refus de la réaction violente, l'abstention de la justice par soi-même, en remettant au Seigneur la punition du mal, la vengeance, le jugement dernier !

En même temps, le psalmiste, le juste, l'homme de prière apprend, à travers de tels psaumes, à discerner que, dans la vie et dans l'histoire, il existe une « justice immanente » en raison de laquelle le mal se retourne contre celui qui l'a commis. Cet enseignement de la sagesse vétérotestamentaire (voir Ps 73) est particulièrement mis en évidence dans les psaumes imprécatoires.

 

page 29

Un examen de conscience

Les passages imprécatoires des psaumes et des cantiques bibliques, s'ils sont lus en vérité, ne nous conduisent pas à nous scandaliser, mais nous impartissent par contre une importante leçon : ces orants manifestent une grande patience. Ils ne se rendent pas justice d'eux-mêmes, ils ne recourent pas aux instruments de guerre ; au contraire, ils mettent un frein à l'instinct de violence qui les habite et ils se fient uniquement à Dieu :

Aux uns, les chars ; aux autres, les chevaux ;
à nous, le nom de notre Dieu : le Seigneur.
Eux ils plient et s'effondrent ;
nous, debout, nous résistons (Ps 20,8-9).

[...]

Qu'on le reconnaisse : souvent, malheureusement, l'invective en est venue à se traduire en des actes concrets d'hostilité et de violence contre les juifs. Bien souvent, il faut l'admettre, les chrétiens ont lancé des croisades, déclenché des persécutions, dressé des bûchers contre des infidèles ou des hérétiques, en se faisant justice d'eux-mêmes contre leurs adversaires ! Et d'autres fois ils ont passé le mal sous silence, ils n’ont pas dénoncé l’injustice et l’oppression, en obéissant à des raisons de commodité et d’opportunité politique et économique ! Et que dire de la théorisation que l’on est parvenu à faire de la « guerre juste » ?

[...]

La guerre sainte

Il y a donc un combat qui perdure au cours de l'histoire du salut et qui ne se terminera qu'à la fin des temps : dans ce combat entre Dieu et son ennemi, le croyant s'insère en combattant la bataille de la foi avec les armes de la prière (voir Ex 17,9-12). Les psaumes imprécatoires rappellent aux chrétiens cette dimension incontournable et essentielle de la vie de foi qu'est le combat, la lutte, tout comme la vie de Jésus a été un combat incessant contre le démon et ses épiphanies dans le péché, dans la mort, dans la maladie. Paul, par des images belliqueuses, exhortera les chrétiens à se revêtir de l'armure de Dieu pour pouvoir résister aux manœuvres du diable, en prenant en main le bouclier de la foi et l'épée de l'Esprit, c'est-à-dire la Parole de Dieu (voir Ep 6,10-18) :

Car ce n'est pas à l'homme que nous sommes affrontés, mais aux autorités, aux pouvoirs, aux dominateurs de ce monde de ténèbres, aux esprits du mal qui sont dans les cieux (Ep 6,12).

 

page 44

« Prière contre »

La cause du psalmiste devient la cause de Dieu

Or, l'Ancien Testament révèle que Dieu assume à tel point la défense du pauvre, du persécuté, de l'étranger, de la veuve, de l'orphelin, que l'on assiste même à l'identification de Dieu avec ces personnes sans dignité : « Quiconque vous touche, touche à la prunelle de mon œil » (Zc 2,12). Pour celles-ci, Dieu se fait go'el, vengeur des abus qu'elles subissent : il se manifeste comme « père des orphelins, défenseur des veuves » (Ps 68,6), comme celui « qui rend justice à l'orphelin et à la veuve, et qui aime l'émigré en lui donnant du pain et un manteau » (Dt 10,18) ; il assume la protection de tous ceux qui sont sans protection, sans défense et menacés.

 

page 51

Percevoir et reconnaître l'ennemi

Si le sens de l'Adversaire disparaît de la prière et de la liturgie, si l'on ne vit pas dans la liturgie ce drame et cette tension qui traversent notre vie quotidienne, alors il sera inévitable que l'on obtienne des liturgies toujours plus édulcorées et fades, éloignées de la vie réelle des croyants, et on ne parviendra plus à reconnaître le bien. La vie chrétienne est une lutte contre Satan.

 

page 65

Réalisation christologique

Dieu parle de paix

Aux croyants il revient de discerner pour évaluer correctement et pour interpréter ces images avec lesquelles les hommes religieux ont parfois cherché à justifi.er la violence qu'ils exerçaient, en l'imputant à Dieu. « Dieu est avec nous » : cela reste une conviction de foi du croyant, mais cela ne peut jamais avoir pour conséquence que Dieu serait donc contre d'autres, et non également avec d'autres !

[…]

L’image définitive de Dieu est le Christ, Serviteur du Seigneur, qui n'exerce pas de violence, qui pardonne à ses bourreaux (voir Lc 23,34), qui intercède pour les pécheurs et offre sa vie jusqu'à la mort violente (voir Is 53,12). Ce n'est pas Dieu qui l'a frappé par des douleurs et l'a anéanti (voir Is 53,10) - comme le comprennent les témoins de cette passion - mais c'est lui, librement et par amour, qui a porté le mal des autres (voir Is 53,12).

[...]

Viens bientôt, Seigneur Jésus !

Tant que nous sommes dans l'histoire et dans la compagnie des hommes, lorsqu'un homme écrase l'innocent, lorsque quelqu'un est injustement condamné, lorsque règne l'arrogance des ennemis qui détruisent l'humanité et la terre, lorsque apparaissent sous nos yeux la shoah ou le goulag ou les victimes des nettoyages ethniques, alors nous ne pouvons pas nous taire, nous ne pouvons pas rester indifférents.
La réaction de l'indignation, qui refuse radicalement l'épiphanie du mal, est nécessaire. Prier les psaumes imprécatoires, c'est exprimer de toute la force que nous avons ce refus du mal qui frappe les autres ou nous, mais qui est également un mal qui nous habite, un mal auquel nous ne sommes pas radicalement étrangers.
Alors notre désir du bien, de la justice, de la paix, notre indignation et notre réaction intérieure doivent s'exprimer devant Dieu, parce que c'est lui qui conditionne toute notre vie, notre vouloir et notre agir ; et c'est à lui que nous avons à demander de faire changer la situation. Pour cette raison nous nous fions à Dieu : car c'est à lui qu'il revient d'intervenir, d'agir.
Si nous étions capables de canaliser et de vaincre le mal tout seuls, nous ne prierions pas. Nous prions parce que seul Dieu peut inspirer des pensées de paix, de bien, de justice aux ennemis. Si nous disons : « Frappe-les, ô Dieu ! », nous savons qu'il peut nous frapper nous aussi, si nous sommes hypocrites en lançant cet appel; et nous savons également que le mal, le péché a été porté par lui à travers l'Agneau qui a pris sur lui les péchés du monde (voir Jn 1,29).

 


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