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Qui attendons-nous ?

 

  Matthieu XI, 2-11

 

prédication

Sylvie Queval

 

18 décembre 2016

Matthieu 11.2-11
2 Jean, ayant entendu parler dans sa prison des œuvres du Christ, lui fit dire par ses disciples :
3 Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?
4 Jésus leur répondit : Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez :
5 les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres.
6 Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute !
7 Comme ils s'en allaient, Jésus se mit à dire à la foule, au sujet de Jean : Qu'êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ?
8 Mais, qu'êtes-vous allés voir ? un homme vêtu d'habits précieux ? Voici, ceux qui portent des habits précieux sont dans les maisons des rois.
9 Qu'êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu'un prophète.
10 Car c'est celui dont il est écrit :
Voici, j'envoie mon messager devant ta face,
Pour préparer ton chemin devant toi.
11 Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste. Cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui.

 

« Qui attendons-nous ? Qui est donc ce Jésus dont nous célèbrerons la venue dans quelques jours ? »

C’est la question que se pose Jean du fond de sa prison.
Pourtant, il le connaît bien ce Jésus, c’est son cousin et, d’après Luc, c’est dès avant leur naissance, ces deux-là se sont reconnus : Jean aurait tressailli dans le ventre de sa mère lors de sa rencontre avec Marie, elle-même enceinte de Jésus. Et puis, il y a eu le baptême dans le Jourdain et Matthieu le raconte comme Luc. Et voilà que Jean, mis en prison par Hérode, se met à douter : « Es-tu celui dont nous savons qu’il doit venir ? » Es-tu celui que les prophètes ont annoncé, celui qui nous délivrera des oppresseurs ? Es-tu ce sauveur qui fera le tri des bons et des méchants, punira les méchants ?
Ce doute est troublant mais aussi déculpabilisant car, si Jean doute, alors a fortiori nous pouvons, nous, nous sentir décomplexés de nous poser des questions sur ce Jésus qu’on dit Christ.

Jean a certes des circonstances atténuantes, il sait sa mort prochaine, Hérode n’est pas homme à grâcier. L’urgence de savoir s’impose pour lui. Il serait temps que Jésus se manifeste, qu’il use de son pouvoir, renverse Hérode, chasse les Romains, restitue Israël dans sa souveraineté et, par là-même, délivre Jean de sa prison.
La question que pose Jean à Jésus par le truchement de ses amis est celle que nous devons nous-aussi nous poser en cet Avent 2016. Oh ! Nous savons bien que Jésus n’est pas l’homme des insurrections et des renversements de régime. Trop de dictateurs imposent encore un régime de terreur à leurs peuples de par le monde. L’actualité nous en apporte, hélas, la preuve chaque jour.
Mais, alors, qui nous apprêtons-nous à fêter en ce nouveau Noël ? Quel est ce messie qui n’arrache pas Jean à sa prison et n’empêche pas les Romains d’oppresser Israël ? Qui est ce roi pour qui nous avons allumé trois bougies ? Oui qui attendons-nous en cet Avent 2016 ?

 

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Notre passage biblique attache deux courts épisodes. Dans le premier, Jésus répond à l’inquiétude de Jean (v. 4-6) puis, dans le second, il commente sa réponse pour la foule qui l’entoure (v. 7-11).
Jésus répond à Jean
(Mat. 11, 4-6)
Jean avait « entendu parler des œuvres de Jésus » et c’est bien de ces œuvres que Jésus parle en réponse. La réponse de Jésus ne porte pas sur son enseignement mais sur son action car son action est le plus éloquent de ses enseignements.
Les disciples de Jean sont invités à témoigner de leurs observations (V.4) à rapporter ce qu’ils voient et entendent, Jean aura à en déduire la réponse à son doute. Lui qui rêvait de certitude, le voilà renvoyé à un exercice d’interprétation. Pauvre Jean !

La réponse énumère donc les actions accomplies par Jésus en une sorte de crescendo des bénéficiaires de ces actions : les aveugles, les boiteux, les lépreux, les sourds, les morts, les pauvres. Ce sont les paroles prophétiques d’Esaïe que Jésus cite ici, c’est aux Ecritures qu’il renvoie son cousin. Jésus accomplit bien ce que le prophète avait annoncé.

Il est à noter que l’énumération rapportée par Matthieu omet de mentionner les prisonniers et s’ouvre sur une mention universaliste : « Heureux celui qui n’abandonnera pas la foi en moi ».
Pauvre Jean vraiment, lui qui est en prison ! Il ne risque pas de prendre à la lettre l’annonce que Jésus aurait pu emprunter à Esaïe de la libération des prisonniers. Non, parmi les malheurs de la condition humaine, Jésus ne cite pas l’emprisonnement.

Comme le note A. Gounelle dans son commentaire du passage, Jésus omet aussi de mentionner tout ce qui concerne la violence de Dieu, sa vengeance et les châtiments promis aux impies. Jésus cite les Ecritures mais effectue des coupures ! A ce point, je cite A.Gounelle car on ne saurait mieux dire :

« Jésus renvoie Jean à l'Écriture, mais à une Écriture lue avec discernement, où l'on ne retient pas tout, où l'on sépare le message essentiel d'éléments accessoires et secondaires. C'est une manière pour Jésus de dire à Jean : "mais si, je remplis bien le programme annoncé; seulement, ce programme, tu l'as mal compris, il diffère de ce que tu crois. Le messie ne vient pas pour cette manifestation de force et de puissance dont tu rêves; sa mission consiste avant tout à soulager les malheureux, à leur ouvrir une vie qui mérite d'être vécue. Regarde bien les textes, tu verras que j'agis comme doit le faire l'envoyé de Dieu". Ainsi, Jésus appelle Jean à une meilleure lecture de l'Écriture, qui derrière la lettre sache en découvrir l'esprit. »

Jésus nous donne une leçon de lecture ! Pouvons-nous faire moins que de l’imiter dans notre façon de lire les Ecritures ? Pouvons-nous négliger cet appel au discernement, cet appel à une lecture en esprit et non littérale ?

C’est la conséquence de cette lecture avisée des prophéties d’Esaïe que nous allons rencontrer dans le second épisode de notre texte.
Jésus parle jean à la foule
Mat. 11, 7-11
Au départ, nous avions Jean se demandant qui est vraiment Jésus.
Nous venons d’entendre Jésus redresser la lecture que faisait Jean des prophéties messianiques.
Maintenant Jésus explique qui est Jean. La question « qui ? » traverse vraiment notre texte.

Jean est, selon Jésus, un prophète et même le plus grand des prophètes. Selon la hiérarchie de l’ancienne alliance, Jean occupe le sommet. Mais, ajoute Jésus, « le plus petit du royaume des cieux est plus grand que lui » (V.11).
Jésus oppose là frontalement deux ordres de réalité, deux « règnes » comme on prendra l’habitude de dire plus tard, le règne de la loi naturelle et le règne de Dieu et de la grâce.

Dans le premier ordre, celui où Jean est le plus grand des prophètes, on attend un messie justicier venant pour restaurer la puissance d’Israël. Les hiérarchies y sont établies sur la force et la puissance.
Rien de tel dans « le royaume des cieux ». Cette expression est propre à Matthieu, elle est l’équivalent chez lui de l’expression « royaume de Dieu » employée par les autres Evangélistes. Matthieu s’adresse, en effet, à des Juifs qui avaient, culturellement, pris l’habitude de s’interdire d’employer le mot « Dieu » et qui le remplaçaient par un mot voisin. Ce royaume des cieux est donc le monde nouveau de Dieu dont nous parle surtout Marc.

Jésus signifie donc que Jean est resté sur le seuil de l’Evangile. Sa lecture littérale des prophéties ne peut le conduire plus loin qu’au sommet de l’ancienne alliance. Elle ne lui permet pas d’apercevoir l’autre règne, celui de la grâce, ce monde nouveau où, je cite le verset 5, « la bonne nouvelle est annoncée aux plus pauvres ».
Il est heureux que l’imaginaire porté par la tradition fasse naître ce messie, roi du monde nouveau, dans une étable avec pour premiers visiteurs des bergers puis, ensuite, des étrangers, des païens, venus de lointains pays, des mages.
Jean attend un roi de gloire, nous attendons un petit enfant sans autre force que l’amour.

 

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Les débats sur la nature de Jésus ont occupé les premiers siècles du Christianisme. On l’a dit « messie », « christ », « fils de Dieu », « sauveur », « seigneur »... Tout cela est exact à condition de savoir le sens qu’on met derrière ces mots qui risquent toujours de nous enfermer dans des dogmes, de nous figer dans des croyances qu’on répète en credo sans jamais se demander ce que cela veut dire.

Comme Jean, dans l’attente de ce nouveau Noël, nous nous demandons qui nous attendons. Comme Jean, nous rêverions d’un Père Noël, super héros venant nous délivrer de tous les fléaux dont nous souffrons. Un roi de gloire qui remettrait à leur place les tyrans en tous genres qui massacrent des peuples ou les oppriment. Comme Jean, nous sommes tentés de douter, de nous dire que ce Jésus n’a finalement pas changé grand-chose.

Saurons-nous écouter les témoins qui nous rapportent les œuvres de ce Jésus ? Saurons-nous entendre que les prophéties sont à prendre avec discernement ? Saurons-nous comprendre que le monde nouveau de Dieu n’est pas une superpuissance ?

En ce troisième dimanche de l’Avent, je nous souhaite d’être ouverts aux témoignages de ceux qui ont expérimenté dans leur vie, ce souffle qui rend la vue et l’audition, qui remet debout et guérit nos maux. Dans deux semaines exactement, nous fêterons Noël, nous célèbrerons ce nouveau règne que représente un bébé impuissant vagissant dans une mangeoire et menacé par les Grands du moment.
N’oublions pas qui nous attendons. N’oublions pas que le messie est venu pour les plus démunis.

 

 

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