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Les malheurs des temps

 


Sylvie Queval

professeur de philosophie

 

prédication

 

13 novembre 2016


Luc 21, 5-19

Comme quelques-uns parlaient des belles pierres et des offrandes qui faisaient l'ornement du temple, Jésus dit :
-  Les jours viendront où, de ce que vous voyez, il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée.
Ils lui demandèrent :
-  Maître, quand donc cela arrivera-t-il, et à quel signe connaîtra-t-on que ces choses vont arriver ?
Jésus répondit :
-  Prenez garde que vous ne soyez séduits. Car plusieurs viendront en mon nom, disant : C'est moi, et le temps approche. Ne les suivez pas. Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne soyez pas effrayés, car il faut que ces choses arrivent premièrement. Mais ce ne sera pas encore la fin.
Alors il leur dit :
-  Une nation s'élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume ; il y aura de grands tremblements de terre, et, en divers lieux, des pestes et des famines ; il y aura des phénomènes terribles, et de grands signes dans le ciel. Mais, avant tout cela, on mettra la main sur vous, et l'on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous mènera devant des rois et devant des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous arrivera pour que vous serviez de témoignage.
Mettez-vous donc dans l'esprit de ne pas préméditer votre défense ; car je vous donnerai une bouche et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront résister ou contredire.
Vous serez livrés même par vos parents, par vos frères, par vos proches et par vos amis, et ils feront mourir plusieurs d'entre vous. Vous serez haïs de tous, à cause de mon nom.
Mais il ne se perdra pas un cheveu de votre tête ; par votre persévérance vous sauverez vos âmes.

 

Sans vouloir choquer qui que ce soit, je dois avouer qu’il y a des textes bibliques que je n’aime pas. Ils sont plutôt rares dans les Evangiles, pourtant celui que nous venons de relire, en est un. Quatorze versets emplis de bruits de guerre, d’images d’épidémies et de famines, de promesses de trahison et de persécution... Est-ce qu’il ne nous suffit pas d’ouvrir nos postes de radio et de télévision ? Faut-il encore que nous soyons, le dimanche matin, assaillis par ces horreurs ? Nous venons au culte pour trouver la paix, pour nous ressourcer et faire une pause. Quelle bonne nouvelle nous apporte donc ce catalogue de désastres ?

Je ne pouvais pas m’engager dans la méditation de ce texte sans faire place à quelque chose qui ressemble à de la mauvaise humeur. Cette mauvaise humeur naît du fait d’être mise face à ce qui n’est que la description, somme toute fidèle, de notre monde contemporain. Mauvaise humeur de constater que rien n’a changé.
Environ 80 générations nous séparent de la rédaction de l’évangile de Luc et nous ne pouvons que confirmer, depuis notre lointain avenir, que les malheurs décrits dans nos versets ont été et sont encore, tout ce qu’il y a de véridiques. Les guerres n’ont – de fait - jamais cessé et les persécutions pour raison religieuse sont encore monnaie courante. Tout continue comme toujours. Rien de nouveau sous le soleil !

Alors que nous dit ce texte ? De quel message est-il porteur ? Peut-on malgré tout y déceler une bonne nouvelle ?

 

.

 

Le contexte des paroles de Jésus est une conversation à propos du temple de Jérusalem. Quelques personnes s’émerveillent de sa beauté. On sait par le Talmud de Babylone que les rabbins avaient coutume de dire : « celui qui n'a pas vu le Temple d'Hérode n'a jamais vu de bel édifice. »  Au début de notre texte, le climat est donc à la réjouissance.
Cette tonalité positive est bien vite détruite par l’annonce de la prochaine destruction de ce bâtiment magnifique.

Un court rappel historique est prudent pour que nous nous représentions bien comment les auditeurs-lecteurs du récit de Luc pouvaient l’entendre. Ceci peut nous aider à saisir mieux comment nous pouvons, nous a fortiori, le recevoir.

Le temple que contemplent les personnes mentionnées au début du texte, est le second temple, celui qui avait été reconstruit au retour de la captivité de Babylone autour de 530 av. J.C. Pour un juif pieux, cet édifice représente ce qu’il peut y avoir de plus sacré, c’est là que les fidèles se rendaient en pèlerinage pour célébrer la Pâque en particulier.
Ce second temple sera détruit en 70 après J.C. par Titus après deux ans de siège de Jérusalem.

Dès 66 de notre ère, la révolte gronde, à Jérusalem, contre l’occupation romaine et Rome envoie des renforts de force. Les Juifs ne parviennent pas à faire l’unité entre eux ; ils sont encerclés par les légions romaines qui comptent sur la famine pour venir à bout de la résistance. Flavius Josèphe, un juif romanisé qui assiste au siège, écrit : « ils usèrent du cuir de leurs ceintures et de leurs sandales ; ils grattèrent, pour la mâcher, la peau de leurs boucliers. D'autres se nourrirent de brindilles de vieux foin ». Josèphe cite aussi un cas de cannibalisme où une mère cuit et dévore son bébé. A l’intérieur de la ville assiégée, les luttes intestines continuent et les Zélotes se livrent à de nombreuses exécutions sommaires.

Ce sont ces horreurs dont les auditeurs et lecteurs de Luc ont bien sûr connaissance puisque Luc les rapporte dans les années 80-85, soit une quinzaine d’années après qu’elles se sont produites.

Quand on lit le texte de Luc en parallèle avec les récits de Flavius Josèphe et de quelques autres témoins oculaires, on est frappé des similitudes, de la proximité des faits rapportés. Une proximité qu’on peut comprendre de deux façons :

- Une première lecture, la plus traditionnelle, voit dans cette proximité, la confirmation que Jésus a prophétisé juste, elle prête à Jésus les mots même du récit de Luc et fait de Luc, le greffier fidèle des paroles de Jésus. Oui, le temple a bien été détruit après une accumulation de calamités.

- Une seconde lecture, de type historico-critique, comprend la proximité par le fait que Luc a eu connaissance des témoignages de témoins directs des événements. L’annonce de la destruction du Temple qu’il met dans la bouche de Jésus n’a donc rien de prophétique car il est évidemment aisé d’annoncer ce qui s’est produit hier.

Ces deux lectures posent problème :

- Si Jésus a bien annoncé la destruction du temple, il semble s’être trompé sur l’après. Il a bien décrit les signes annonciateurs mais cette destruction n’a pas signé la fin du monde qui continue d’aller toujours aussi mal. Que vaut alors cette prophétie aujourd’hui ?

- Si Luc prête à Jésus des propos nécessairement vrais puisque passés, quelle valeur accorder à ce témoignage ? Quel enseignement tirer de ce qui devient une pseudo-prophétie ?

Importe-t-il finalement de choisir une lecture ou l’autre ? Dans un cas comme dans l’autre, nous, lecteurs de 2016, nous savons que l’accumulation de malheurs ne veut pas dire fin des temps. Je suis donc plutôt sensible au verset 8 qui nous met en garde contre les faux prophètes « prenez garde à ne pas vous laisser égarer car beaucoup viendront en prenant mon nom et diront : c’est moi, le moment est arrivé ; ne les suivez pas ».
Autant dire que Jésus n’est pas Cassandre, cette prophétesse troyenne, qui n’annonçait que des catastrophes que personne ne voulait croire mais qui se réalisaient toujours.
Non, nous ne sommes pas dans le monde grec des devins. Nous ne devons pas lire ce texte comme un horoscope, rien n’est écrit, l’avenir n’est pas programmé.

Alors à quoi bon cette litanie de catastrophes ? Je note que tous les domaines de l’existence sont concernés, le domaine politique avec les guerres, révolutions et conflits, domaine géologique avec les tremblements de terre, domaine humanitaire avec les famines et épidémies, domaine religieux avec les persécutions, domaine psycho-social avec les trahisons et abandons. C’est le malheur sous toutes ses formes que décline ce texte. C’est la banalité du mal qu’il raconte et cette banalité est mise sous le signe de l’éphémérité : ce qui semble le plus solide, le temple, finit par n’être que ruines.

Le moins qu’on puisse dire est que ce texte est un rappel à l’ordre, nos existences sont fragiles, nos pouvoirs sont limités, nos grandeurs ne durent guère.

Les premiers lecteurs de Luc, de la même façon que nous-mêmes, sont confrontés au drame permanent qu’est l’existence humaine. Ils savent que, puisque le temple a été détruit, alors tout peut être détruit. Rien n’est impérissable.

Mais que faire face à ce constat déplorable ? 15 ans après la destruction du temple, comme 2000 ans après, comment vivre dans ce monde plein de bruits et de fureur ?

.

 

Ce texte aux allures déprimantes contient de petites indications qui sont comme des pépites pour nous aider à vivre dans les malheurs du monde.

Bien informés qu’il ne sert à rien de s’attacher aux pierres des bâtiments, que tout finit par chanceler, nous recevons de Jésus – par le biais de Luc – trois consignes.

Nous venons de rencontrer la première qui nous invite à ne pas croire les charlatans qui annoncent la fin du monde pour demain.

La seconde se trouve aux versets 13, 14 et 15 : faites de ces malheurs, l’occasion d’un témoignage, ne préparez pas de plaidoirie, abandonnez-vous à la confiance. Voilà qui est certes difficile mais sage. Il s’agit de convertir le malheur en chance, en occasion à saisir.

Au fond, Luc nous propose là le mouvement inverse de celui du début du passage : tout a commencé par la réduction du temple magnifique en tas de ruines fumantes et par un renversement complet, il est question maintenant de faire de ces catastrophes, des tests pour notre foi.

Une histoire talmudique m’aide à comprendre cela : on raconte que Rabbi Akiba aurait ri devant les ruines du Temple car il avait compris qu’elles annonçaient une nouvelle manière de vivre sa foi, non plus attachée à un lieu et un édifice périssable mais à la lecture d’un texte qu’on peut emporter avec soi. Ce rabbi a su voir dans le plus grand malheur, une occasion de joie. Vivre encore, vivre malgré les drames, vivre au fond de la détresse, c’est cela la foi et je pense à cette réponse que fit Luther à quelqu’un qui lui demandait ce qu’il ferait s’il savait que la fin du monde est pour demain : « je continuerais de planter mon petit pommier ».

La troisième consigne de notre passage redit d’une autre manière, la seconde. C’est au verset 19 : « c’est par votre résistance (ou patience) que vous posséderez vos vies ». Segond et la TOB disent « persévérance », le mot employé dit plutôt « patience », l’idée est la même. Il s’agit de durer, de continuer envers et contre tout, de ne pas céder au désespoir, de ne pas baisser les bras.

« Résister » était le mot d’ordre des prisonnières de la tour de Constance, il est celui de tous ceux qui ont traversé les pires malheurs et sont parvenus à vivre malgré tout. On parle aujourd’hui de résilience pour désigner cette capacité des vivants à vivre « malgré ».

Elle est là la bonne nouvelle de ce texte si sombre : « pas un cheveu de votre tête ne sera perdu » pour peu que vous transformiez le malheur en occasion de témoignage, témoignage de votre confiance et de votre résistance et ce témoignage prend la forme d’une vie renouvelée.

Tous nos temples sont condamnés à la destruction, comprenons que tout ce qui compte à nos yeux, tout ce qui a valeur sera un jour ruiné comme le fut le temple de Jérusalem.

Plantons encore et toujours, comme Luther nous y invite, « nos petits pommiers ». Planter un arbre, voilà une belle et forte image de la force de la vie qui continue malgré les forces de destruction.

 

 


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