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La transcendance

 

qu’en est-il dans les diverses religions ?

 

Sylvie Queval

professeur de philosophie

 

13 novembre 2016

Préalables


- Les propos qui suivent relèvent de l’histoire des religions, discipline qui a pour objet d’étude les différentes religions, qu’elle examine sans parti-pris ni préférence. L’appartenance religieuse de l’historien des religions ne doit pas intervenir dans son travail.

- Le mot   transcendance » désigne une relation d’extériorité entre une cause et son effet, la cause appartient à un registre extérieur à celui de son effet. Une cause transcendante n’est pas de la même nature que l’effet qu’elle produit.

Par opposition, l’immanence désigne la présence d’une réalité à l’intérieur d’une autre. On parle, par exemple, d’une « sanction immanente » quand une action entraîne un effet fâcheux par lui-même sans que personne n’intervienne du dehors pour la punir. Ou encore, le développement d’un bourgeon, en fleur puis fruit est un développement immanent. Le fruit est en germe dans la fleur.

Contrairement à la production immanente, l’artisan est transcendant à son œuvre.

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Le domaine propre où l’on parle de transcendance est celui de la religion et les monothéismes sont, par excellence, les religions de la transcendance : leur dieu est antérieur et extérieur au monde qu’il crée. Il est supposé libre de ne pas l’avoir créé.

Mon propos est, dans un premier temps, de préciser ce qu’il en est de la transcendance dans les monothéismes pour interroger ensuite les autres formes religieuses.

 

1

Monothéismes et transcendance


Un être transcendant serait, d’après la définition, un être au-delà (trans) de tous les êtres, extérieur à eux. C’est le caractère que les monothéismes, dans leurs formes traditionnelles, accordent à leur dieu. Ils parlent d’un être parfait, absolu, omniscient, omnipotent... Ce dieu créateur préexiste au monde qu’il crée et il demeure hors de lui.

Il faut pourtant noter qu’au sein des monothéismes, cette transcendance du dieu n’est pas toujours le dernier mot. Judaïsme et islam vont plus loin que le christianisme dans l’affirmation de la transcendance divine.

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Le dieu des juifs et des musulmans est infiniment plus distant du monde que celui des chrétiens qui est, certes, extérieur au monde mais vient aussi l’habiter.

C’est l’extériorité absolue de YWHW qui interdit qu’on le nomme, aucun mot n’est approprié pour dire ce qui n’est pas de ce monde. Quand Moïse interroge son dieu, dans l’épisode du buisson ardent (Ex. 3, 13-14), ce dernier répond « èhiè asher èhiè » (« je serai qui je serai »), façon de refuser de répondre. Quant au tétragramme, il ne peut être prononcé et on lit « adonaï » (seigneur) quand il apparaît dans le texte.

Allah a, lui, beaucoup de noms, 99 sont connus mais il y en a d’autres qui sont inconnus. Pas de nom ou beaucoup de noms, cela revient toujours à signifier que le dieu excède le langage.

Le refus absolu des images par le Judaïsme et l’Islam s’explique aussi par cette impossibilité de se représenter le dieu pour un homme.

YWHW et Allah communiquent avec les hommes par la voix des prophètes sur qui « descendent » leurs paroles. Le judaïsme va le plus loin dans l’extériorité de dieu puisque la torah est la parole entendue par Moïse ; filtrée donc par un homme, elle n’est pas le verbe divin à l’état pur et cela explique qu’elle doit être sans cesse commentée et interprétée (le talmud) sans qu’aucun commentaire ne parvienne jamais à en épuiser le sens.

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Le dogme chrétien de l’incarnation (qui scandalise juifs et musulmans) ébrèche la transcendance divine puisque

- le dieu se fait homme « né d’une femme » (Paul)

- Jésus n’est pas un prophète mais il est « dieu incarné » en théologie traditionnelle (catholique, orthodoxe ou protestante)

- Le dieu du christianisme vient en personne dans le monde. Ce dieu incarné vit une vie humaine et meurt réellement sur une croix.

Les trois monothéismes ne se situent donc pas pareillement à l’égard de la transcendance, ils s’échelonnent du plus de transcendance au moins.

Le judaïsme a toujours eu peur de l’immanence, le récit du veau d’or en atteste : alors que Moïse est sur la montagne pour recevoir la parole de celui qui n’a pas même de nom, Aaron construit un veau d’or au peuple qui demande « un dieu qui lui ressemble ».

Ce récit dit parfaitement la tension entre transcendance et immanence : le mouvement monothéiste tend vers toujours plus d’extériorité du dieu mais doit lutter contre un courant immanentiste qui veut un dieu semblable aux hommes. On va retrouver cette tension dans les polythéismes.

 

2

Polythéismes et transcendance


Le dogme de l’incarnation montre déjà qu’un dieu peut être immanent. Les polythéismes offrent de nombreux exemples de tels dieux mais il faut distinguer ceux qui sont totalement immanents et ceux qui sont et immanents et transcendants.


Des religions sans transcendance : animismes

Les cas les plus simples à comprendre sont ceux des religions animistes (Chamanisme ou Shintoïsme par exemple). Ces religions divinisent certains éléments naturels, des montagnes, des rivières, l’orage, certains animaux... ) et les dotent d’une âme avec laquelle le prêtre peut entrer en relation. Ici, les dieux sont totalement inclus dans le monde qui est sans au-delà. Les dieux habitent le monde et seulement le monde.

Ces cultes relèvent le plus souvent de la magie : des rituels sont censés permettre d’obtenir par les gestes et paroles appropriés, les effets demandés. Si les dieux sont dans le monde alors ils sont sensibles aux procédés du monde. La distance entre l’humain et le divin est ici très réduite.

Des dieux immanents transcendants

Plus complexes sont les cas de l’hindouisme et du sikhisme (et d’autres religions probablement). On parle de panenthéismes pour désigner les religions dont les dieux sont à la fois transcendants et immanents.

L’hindouisme compte, dit-on, 330 millions de dieux, c’est incontestablement un polythéisme ! Mais tous ces dieux sont des manifestations différentes d’une seule triade (la trimurti) de trois dieux qui sont les trois aspects de l’univers :

- Brahma (l’ordonnateur-créateur),

- Visnu (le conservateur),

- Shiva (le destructeur-transformateur).

Visnu et Shiva viennent sur terre sous des apparences diverses, des avatars. Rama et Krisna sont les avatars les plus célébrés de Visnu.

Chaque Indien choisit sa divinité, celle à qui il adresse sa dévotion et qu’il considère comme le dieu suprême. Ceci importe peu puisque chaque dieu est l’expression d’un principe unique, le brahman.

Le brahman est un principe divin panenthéiste puisqu'à la fois transcendant et immanent. Il est l'indescriptible, le neutre, l'inépuisable, l'omniscient, l'omniprésent, l'original, l'existence infinie, l'Absolu, l'Éternel, l'Être, et le principe ultime qui est sans commencement et sans fin. En tant que tel, il est transcendant. Il est aussi répandu dans l'univers entier et s’y manifeste de mille façons et, de cette façon est immanent.

Il faut distinguer le panenthéisme du panthéisme : pour le panthéisme, la nature est divine, dieu est la nature ; le panenthéisme ne confond pas dieu et la nature mais dit que dieu circule dans la nature comme le sang dans un organisme vivant.

Qu’on voue un culte à Visnu ou Shiva, à Ganesh ou Krisna, peu importe car c’est toujours le brahman qui est visé au-delà (trans) de ces divinités. L’hindouisme résout ainsi la tension qu’on a rencontrée entre Moïse et Aaron, il offre un dieu à dimension humaine aux besoins humains mais sans être jamais dupe du caractère illusoire de ces formes divines.

 

3

Des religions sans dieu


Il faut ici réserver un point particulier au bouddhisme et au jaïnisme qui sont des religions dérivées de l’hindouisme et qui l’ont, en quelque sorte, poussé à son extrême.

Jina n’est pas plus un dieu que Bouddha, ce sont des sages, des éveillés qui ont eu accès – via une illumination – à la vérité. Et la vérité est que, s’il existe des dieux, ils sont pris comme les hommes et tous les vivants dans le cycle des renaissances (samsara).

L’idée d’un créateur est ridiculisée. Pas de transcendance donc dans ce quasi athéisme (on dit parfois « transthéisme »). Il existe pourtant bien une réalité ultime (c’est pourquoi il s’agit bien de religions et pas de philosophies) qui porte différent noms ; dharma est un des plus courants, le mot désigne

- la loi universelle qui régit les interrelations entre toutes choses,

- leur impermanence et donc leur vacuité ;

-  il désigne par extension l’enseignement de cette loi et le devoir du fidèle qui est de l’accepter.

 


4

Deux besoins et leurs « avatars »


Ces remarques conduisent à penser que toute religion cherche à satisfaire deux besoins humains contradictoires :

1) Besoin de transcendance et de dépassement du donné, quête d’un ultime au-delà du monde accessible à notre perception et même à notre compréhension. Recherche d’un « Tout Autre », principe de ce monde qui n’est pas de ce monde.

2) Besoin de divinités protectrices, accessibles à nos prières et désirs. Recherche de similitude présente en ce monde, au plus près de nous.

Sur un axe qui aurait pour pôles l’autre absolu (la transcendance) et le même absolu (l’immanence), on peut positionner toutes les religions selon qu’elles accordent plus à l’un ou l’autre des besoins. Chaque religion est même sans doute traversée par cette tension et offre différents visages.

Ainsi le christianisme présente :

- un versant qui donne beaucoup à l’immanence avec le catholicisme romain populaire, son culte des saints, sa vénération de la vierge et sa dévotion aux reliques qui sont autant de façons de rapprocher le divin de l’humain. (+ les intentions de prières)

- La réforme du XVIe siècle a renoncé aux images et aux intermédiaires entre dieu et l’homme, laissant chaque croyant seul face au « Tout Autre » ; c’est un effort de redonner force à la transcendance.
La question du salut illustre parfaitement cela : le catholicisme accorde aux œuvres humaines, un poids dans le salut ; le protestantisme pense un salut par la grâce divine seule.

Les religions sont toujours tendues entre deux extrêmes : un ritualisme magique qui prétend avoir prise sur le divin circulant dans le monde, une foi désincarnée qui met une distance infinie entre le monde et le divin et peut s’ouvrir sur le mysticisme.

Si maintenant on croise cet axe transcendance-immanence avec un autre axe, celui qui concerne le nombre de dieux, on obtient un tableau comme celui-ci :

 

pas de dieu

athéisme

1 dieu

monothéisme

2 dieux

dualismes

Beaucoup de dieux

polythéisme

Beaucoup de dieux

polythéisme

dans le monde

immanence

     
Animismes

chamanisme
shintoïsme

hors du monde

transcendance

 
Un dieu créateur transcendant

judaïsme
islam
bahaïsme

Deux dieux transcendants


mazdéîsme
parsisme
 
dans et hors
du monde
 
christianisme
 

Panenthéisme

hindouisme
sikhisme

ni dans
ni hors
du monde
bouddhisme
jaïsme
     

 

 

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