Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Libre opinion

 


Dans la jungle des régions


En matière de migrants,
la solidarité régionale, ça n’existe pas.
Les Américains ont une expression :
« not in my backyard »

 

Sylvie Kauffmann


Le Monde

17 septembre 2016

 

 

19 septembre 2016

Neuf mille, oui, 9 000 ! Vous avez bien lu. Le gouvernement français prétend trouver d'autorité, sur les 672 000 km2 du territoire d'un pays qui compte 67 millions d'habitants, 9 000 places d'accueil pour des réfugiés et migrants. Dans sa folle démesure, ce chiffre a lancé certains présidents de région sur le. sentier de l'insurrection. « C'est de la folie ! », a protesté l' un. « Irresponsable », s'est indigné un autre. « On ne se laissera pas faire ! », a juré le premier, se voyant déjà à la tête de jacqueries modernes face à la tyrannie de l'État : « Partout où les préfets chercheront à passer en force, on sera aux côtés des élus, des habitants ! »

Remettons les choses en perspective, L'auteur de ces appels à la résistance populaire, Laurent Wauquiez, est le président d'une région, la région Auvergne-Rhône- Alpes, qui abrite huit millions d'habitants. Selon le plan gouvernemental cette région doit avoir trouvé 1784 places d'accueil pour des migrants d'ici à la fin de l'année. On voit l'ampleur du défi. Son collègue de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Christian Estrosi, est monté au créneau avec la même vigueur, accusant l'État de jouer les « apprentis sorciers ». Bruno Retailleau, président de la région Pays de la Loire, a dénoncé des « mesures irresponsables ». Un peu plus subtils mais tout aussi négatifs, Valérie Pécresse, qui dirige la région Ile-de-France, et Hervé Morin, à la tête de la région Normandie, ont eux aussi pris position contre ce plan.

« Responsabilité de politiques »

Peu importe, visiblement, que ce plan vise à vider la jungle de Calais (région Nord-Pas-de-Calais) en répartissant ailleurs, le plus humainement et le plus légalement possible, les 10 000 occupants de cet immense bidonville : on a beau être de la même famille politique - Les Républicains, à l'exception de M. Morin, centriste -, en matière de migrants, la solidarité régionale, ça n'existe pas. Les Américains ont un acronyme éloquent pour cette attitude : Nimby, not in my backyard, « pas dans mon jardin ». Chez nous, on peut, sans rougir, à la fois dénoncer la persistance de ce campement de la honte dans la région d'un autre, faire comme si la construction d'un mur de 4 m de haut entre la France et le Royaume-Uni n'avait aucune valeur symbolique, et refuser la moindre ébauche de solution au nom du principe Nimby.

Espérons que ni Giusi Nicolini ni Enzo Bianco, ni Yiannis Boutaris ne liront ces réactions. Giusi NicoIini est la maire de Lampedusa. En 2015, sa petite île italienne de 6000 habitants a accueilli 20 000 migrants que la mer a déposés là. Pas 1784 pour 8 millions d'habitants, non : 20 000 migrants pour 6 000 habitants. Elle a fait face, courageusement, appelant sans relâche à une solidarité européenne qui ne venait pas.

Enzo Bianco est le maire de Catane, en Sicile. Comme ceux de Lampedusa, ses cimetières débordent, nourris par les naufrages de la Méditerranée. Mais Enzo Bianco accueille aussi les vivants, dignement. Yiannis Boutaris est le maire de Thessalonique, la deuxième ville de Grèce, un pays qui a affronté en même temps qu'une crise économique majeure l'arrivée de centaines de milliers de migrants sur ses rivages. Malgré des difficultés considérables, M. Boutaris, comme bien d'autres élus locaux grecs, n'a cessé de tenir un discours d’ouverture. « La réponse de nos citoyens n'est pas encore à la mesure du défi, regrettait-il récemment. Notre responsabilité de politiques est de leur expliquer que les réfugiés sont des gens comme nous. »

D'autres élus, heureusement, ont compris que cette vague migratoire sans précédent depuis la seconde guerre mondiale mettait en jeu leur « responsabilité de politiques ». Une trentaine de maires de grandes villes européennes, dont la maire de Paris, Anne Hidalgo, la maire de Madrid, Manuela Carmena, et celle de Barcelone, Ada Colau, doivent se réunir au Vatican le 10 décembre à l’invitation du pape François, très en pointe sur la question des réfugiés. La présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay, a promis aux communes volontaires une aide de 1000 euros pour chaque place d'accueil nouvellement créée.

Ces élus-là sont aussi des politiques, comme MM. Wauquiez et Estrosi. Ils font un calcul différent : l'expérience de plusieurs communes en France, ces deux dernières années, prouve que, passées les premières appréhensions des habitants auxquels on annonce l’ouverture d'un centre de transit, une fois surmontés les affrontements entre « pour » et « contre » dans les réunions publiques, la cohabitation s'installe et débouche parfois sur de la solidarité – pour peu que les élus fassent preuve de leadership et de responsabilité.

L'argument de l' « appel d'air » mis en avant par ceux qui refusent d'installer des structures d'accueil ne tient pas face à un phénomène dont plus personne ne peut nier ni l'ampleur ni la durée. Les pays riches ne sont d'ailleurs pas les plus exposés : selon un rapport de la Banque mondiale publié le 15 septembre, ce sont les pays en développement, puisqu'ils accueillent 95 % des gens fuyant une dizaine de conflits. Quelque 65 millions de personnes dans le monde – 1 % de la population mondiale - sont déracinées contre leur gré, dont 24 millions échouent comme réfugiés ou demandeurs d'asile dans d'autres pays que le leur. La Syrie, dont 25 % de la population a fui, bat tous les records.

Qui sont les pays les plus affectés par l'afflux de personnes déplacées ? La Turquie, le Liban, la Jordanie, le Pakistan, l'Iran, l'Éthiopie, le Kenya. Même en cherchant bien, vous ne dénicherez ni la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, ni la région Auvergne-Rhône-Alpes dans ce terrible palmarès. Alors, 9 000 places, ça devrait pouvoir se trouver.

 


Retour vers "libres opinions"
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.