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« L’ÉVANGILE DE PAUL »


Un homme qui ne s’aimait pas
découvre la grâce de Dieu


 

Michel Leconte


Recension

Sauver la Bible du fondamentalisme
John Shelby Spong
chapitre 8, pages129 à 143

 

Gilles Castelnau : Recension de Sauver la Bible du fondamentalisme

18 septembre 2016

L’hypothèse d’un Paul de Tarse homosexuel luttant contre son désir n’est pas récente. Moi qui ai beaucoup fréquenté, et de près, le clergé catholique dans ma jeunesse, vous ne pouvez pas savoir combien l’hypothèse d’un Paul, homosexuel luttant contre son désir, était souvent évoquée, bien qu’aussitôt déniée « horresco referens ! », dans les commentaires de ses épîtres. L’allusion à ce chapitre du dernier livre de Spong traduit en français dans un post de Facebook a suscité chez beaucoup le même refus indigné face à cette hypothèse quasi blasphématoire envers ce monument du christianisme qu’est devenu Paul dans les Écritures du Nouveau Testament. La sacralisation de Paul et sa lecture fondamentaliste ne sont souvent pas très loin.

Paul, on le sait, était un zélateur de la Loi, « de toutes ses forces, il cherchait la perfection et a échoué » écrit Spong. En voulant rigoureusement se conformer aux prescriptions de la Loi de Moïse, Paul cherche à dompter ses passions, pour ne pas dire ses pulsions. Mais il est incapable de contrôler son esprit et son cœur. Si je fais ce que je ne veux pas faire, alors ce n’est plus moi qui le fais, mais le péché qui m’habite (Rm 7, 18). Ce péché ne peut être pour Paul qu’une force puissante qui le pousse à agir contre sa volonté. Paul se sent coupable, et c’est peu dire qu’il est sous l’emprise d’une véritable haine de soi. Dans l’épître aux Corinthiens, Paul évoque les membres qui ont été mis au service de l’impureté et y compris « ceux que nous tenons pour les moins honorables ». Or, les seuls organes qui ne peuvent pas vraiment être régis par la volonté, ce sont les organes génitaux : la pulsion sexuelle est parfois irrépressible. Ce qu’il veut, il ne parvient pas à le faire, ce qu’il hait, il le fait (Rm 7, 14-15). Qu’est-ce qui tourmente donc Paul pour que son corps doive être traité si durement (1 Co 9, 27) ?

Refuser Dieu, nous dit Paul, c’est souffrir d’une confusion identitaire, et en particulier du point de vue sexuel. Dieu abandonne ceux qui sont dominés par de telles passions (Rm 1, 24-25). Et que produit la chair sinon le libertinage, impureté, débauche, idolâtrie (Ga 5, 19). « Ceux qui sont au Christ (n’ont-ils pas) crucifié la chair avec ses passions et ses désirs » ? Il faut donc faire mourir le corps (Col 3, 5-6). Paul, dit Spong, se sent extrêmement vulnérable, il se juge ignoble et mauvais : « malheureux homme que je suis ! » s’exclame-t-il (Rm 7, 21-24).

Paul est un homme torturé et sa torture est directement proportionnelle à sa passion pour une perfection idéale. C’est pourquoi, son obéissance à la Loi est inflexible : tout ce qui menace la pureté et le pouvoir de la Loi menace le système de contrôle de Paul et met en péril sa fragile tentative de vivre dans la sainteté, sans se laisser emporter par le désir comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu. Mais justement, lorsque le mouvement chrétien apparaît, Paul a le sentiment qu’il va miner la Loi et, par là même, son non moins fragile système de sécurité et de perfection. Paul répond à ce danger par une rage violente, indice de son trouble et de son agitation intérieure : ces « adeptes de la voie » ne cherchent-ils pas à anéantir la Loi sacrée des pères ?

Quelles sont ces passions qui consument Paul et qu’il ne peut maîtriser ? Il semble bien, compte tenu de la véhémence surmoïque de Paul, qu’elles soient de nature sexuelle. Mais de quelle sorte de passions sexuelles s’agit-il ? Paul qui n’est pas marié ne préconise-t-il pas le mariage pour ne pas « brûler » ? Alors pourquoi Paul, lorsqu’il est consumé par une pulsion sexuelle incontrôlable, ne suit-il pas son propre conseil ? D’autre part, Paul apparaît essentiellement négatif envers les femmes : « Il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme » écrit-il en 1 Co 7,1. Pourtant, dans le judaïsme de son temps, le mariage, l’amour conjugal ne sont pas considérés comme répréhensibles. La passion sexuelle qu’il condamne doit avoir une autre origine que celle qui réside dans le désir hétérosexuel.

À ce stade de son analyse, tout en soulignant qu’on ne peut pas savoir avec certitude la cause de l’angoisse de Paul, Spong va se demander si Paul ne souffrait pas de désirs homosexuels qu’il condamnait en raison des prescriptions de la Loi et de la culture de son époque. Spong va alors mettre sa théorie à l’épreuve du texte de Paul. Paul ressent donc une culpabilité et une honte immenses, qui le poussent à la haine de soi. Des désirs homosexuels pouvaient provoquer une telle réaction chez un juif de cette époque sinon comment expliquer ses sentiments si négatifs envers lui-même ? La tradition religieuse dans laquelle Paul a grandi considérait les homosexuels comme des êtres aberrant, vicieux, mauvais et dépravés ; s’ils étaient découverts, ils étaient passibles de mort (cf. Lv 18,22 ; 18,24 ; 18,29 ; 20,13). La mort régnait en maître dans le corps de Paul qui vivait sous la menace de la sentence. Ce désir maudit n’est-il pas cette « écharde dans la chair » qu’il évoque en 2 Co 12,7-9 ? Oui, Paul a prié, mais le Seigneur lui a déclaré : « Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. »

À partir de son expérience de conversion, Paul a compris que sa propre impiété avait été remplacée par la justice divine et que cela lui donnait l’espoir de sa résurrection. Mieux, Paul était ressuscité avec le Christ ! « J’ai été saisi moi-même par Jésus Christ » (Ph 3,12). Paul s’était jusque là ressenti comme mauvais, abominable, il luttait désespérément contre lui-même, devenant irréprochable devant la Loi. « Mais rien n’y faisait, son état résistait à tout effort de changement, c’est comme si son corps était possédé par une force contraire. » Mais un jour Paul eut une révélation, c’était comme des écailles qui tombaient de ses yeux : Paul découvrait qu’il était aimé par Jésus, le maudit pendu au bois de la croix. Jésus ouvrait une brèche dans sa personnalité cuirassée, agressive et vindicative. Tout en s’estimant pécheur, Paul « était accepté, bien que se sentant inacceptable. » Paul venait d’apprendre que Dieu est celui qui disculpe, accepte, aime. Même les meurtriers du Christ ne sont pas condamnés et lui ne l’est pas non plus. Jésus, celui qui aime le pécheur, le réprouvé, l’abominable condamné, a été installé à la droite de Dieu. Puisque le Christ aime Paul, Paul peut désormais s’aimer lui-même.

Paul a fait l’expérience de l’Évangile de Jésus le Christ parce qu’il faisait partie des parias. Grâce à cela, Paul est devenu celui qui a donné aux chrétiens la définition de la grâce, l’amour de Dieu, cet amour inconditionnel, qui prenait Paul tel qu’il était. « Finalement, écrit Spong, c’est un homosexuel torturé et rejeté qui est parvenu à comprendre ce que signifiait la résurrection en tant qu’acte de légitimation de la part de Dieu. Dans la vie et l’amour de Jésus, qui à la fois expriment l’amour de Dieu et portent dans l’histoire des hommes la vie de Dieu, le sens ultime de Dieu était révélé. C’est grâce à Paul si nous voyons en Jésus la plénitude de Dieu. »

Vous trouvez scandaleux qu’un homosexuel ait pu élucider pour l’Église la grâce de Dieu ? Mais, répond Spong, n’est-ce pas précisément comme cela que le Dieu de la Bible semble travailler ? Il est tout aussi scandaleux de penser que le Messie devait être crucifié comme un vulgaire criminel maudit par la Loi. Il est tout aussi scandaleux de penser qu’une naissance sans paternité reconnue puisse inaugurer la vie de celui qui nous fit connaître l’amour et la grâce de Dieu.

 


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