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La pauvreté en Grande Bretagne

 

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L’Église anglicane et les pauvres


Claudine Castelnau

 

5 décembre 2016

L'association Shelter écrit : Cette année 120 000 enfants dans tout le Royaume UNi se réveilleront le matin de Noël sans avoir logement sûr et permanent. Vous ne les verrez pas dormir sur les bancs ou se réfugier dans les entrées des magasins : ils se cachent pour dormir dans des logmeents d'urgence ou des hôtels temporaires. Imaginez-les passant Noël avec leurs parents serrés dans une pièce unique. Pas de place pour un arbre de Noël, pas d'endroit pour jouer, pas de repas de Noël ils ont à partager une cuisine et une salle de bain avec d'autres familles. Ils ont aussi des chances de tomber malades parce qu'ils vivent dans des conditions d'humidité et de moisissure malsaines.

Philip North, évêque anglican de Burnley en Angleterre, est monté au créneau dans un article paru dans The Guardian le 2 décembre. Une fois encore, on s’étonne de la liberté de ton des évêques anglicans pour critiquer les injustices sociales et bousculer leurs fidèles et condamner le Brexit. Le temps est loin où l’on disait de l’Eglise d’Angleterre qu’elle était « le Parti conservateur en prière ».

L’évêque Philip North, critique clairement son Eglise, la Church of England, pour avoir, dit-il, adopté une « culture de classe moyenne » et oublié les voix marginalisées des travailleurs et des pauvres qui ont voté pour le Brexit. L’Eglise anglicane, accuse cet évêque, a un programme dont les pauvres sont absents. Elle ne s’intéresse plus qu’aux intellectuels, aux élites et elle est tellement déconnectée des classes pauvres qu’elle n’entend plus ce qu’elles disent.

La situation ne changera, selon lui, que lorsque l’Eglise aura repensé son ministère dans les zones urbaines [où sont majoritairement les pauvres] en y mettant ses meilleurs éléments dans les paroisses pauvres et les quartiers abandonnés.

L’intervention de l’évêque de Burnely, une région du nord de l’Angleterre qui a voté majoritairement pour le Brexit, vient au moment où l’archevêque de Cantorbéry, Justin Welby, a appelé son pays à résister au repliement sur soi et à repenser « ce que signifie être une nation ».

Et l’évêque de Burnley ajoute que l’Eglise doit laisser les voix des dépossédés et des oubliés s’exprimer : « Ce n’est pas à ceux qui ont le pouvoir à parler à leur place. Et ce qu’ils diront risque de ne pas toujours nous plaire [...] Il nous faut trouver un nouveau récit national, patriotique mais aussi tolérant et inclusif. Et il doit proposer un nouveau départ pour la dignité du travail et la justice au travail. Or, nous n’entendons que rarement un sermon parlant du travail. Il est vital de cesser de condamner ceux qui ont utilisé leur droit démocratique pour dire leur frustration profonde et leur abandon par les institutions [en votant pour le Brexit] au profit d’une classe moyenne qui ne comprend pas et a une fausse idée de leurs aspirations profondes. »

L’évêque met ainsi le doigt sur l’obsession de son Eglise pour la sexualité [plus précisément l’homosexualité chez ses prêtres] un exemple à ses yeux de préoccupation de la classe moyenne. « En se focalisant sur un sujet, nous risquons de ne pas entendre les autres cris de douleur. »

 

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5  juillet 2016

Ce que la classe populaire a exprimé

 

Philip North

évêque de Burnley, diocese de Blackburn

traductions Gilles Castelnau

« Marcher vers un contrat zéro-heure »
affiches : « votez sortie de l'EU »
par un artiste réputé du Nord

 

Church Times  hebdomadaire de l'Église d'Angleterre  1er juillet 2016

Quand je me suis couché, le soir du référendum, la radio disait que la participation avait été élevée dans les grandes cités populaires et j’ai compris que c’en était fini pour nous de l’Europe.

Ceux d’entre nous qui sont dans le Nord savent que l’on n’y aime guère l’Union Européenne et que c’est spécialement le cas dans les zones défavorisées. Si les gens des cités étaient nombreux à sortir de chez eux pour aller voter, il était clair que le résultat serait le « out ».

L’ironie est tragique. L’histoire montre que lorsque la situation économique est incertaine ou en récession, ce sont les pauvres qui en souffrent le plus et c’était effectivement ce que disaient ceux qui s’efforçaient de prévoir ce que pourrait être le Brexit. Ce sont toujours les travailleurs les moins payés et les plus endettés qui sont les plus vulnérables et qui ont le plus à craindre dans les périodes d’austérité.

Il est facile de critiquer ceux qui ont choisi un vote qui devait apparemment rendre leur propre vie plus dure. Il semble naturel d’accuser les électeurs des classes populaires qui ont voté « out », d’ignorance, d’incompréhension et de xénophobie. Mais ce ne serait ni honnête ni juste. Si nous écoutons la voix des pauvres qui se sont exprimés dans ce référendum, ce n’est pas leur ignorance qui nous frappera mais leur désespoir.

 

Ce désespoir est celui de voir une nation dont ils sont extrêmement fiers leur être retirée. Ils se sentent abandonnés par l’élite de la capitale qui qualifie de racisme leur préoccupation de voir changer la population de leur quartier. Ils se sentent méconnus des politiciens dont l’action les a soumis depuis des années à une implacable austérité. Ils se sentent ignorés des grandes entreprises qui ont remplacé la sécurité que donne un emploi par des contrats zéro-heure, des activités ennuyeuses et peu gratifiantes et, dans de beaucoup trop nombreux cas, l’humiliation de dépendre de la banque alimentaire.

On serait fiers de pouvoir dire que l’Église s’est toujours élevée contre cette situation. Mais malheureusement notre négligence et notre passivité n’ont fait qu’y collaborer. Le déclin de l’Église dans les grandes cités populaires a été quatre fois  plus rapide qu’au niveau national et notre réaction n’a été que de nous en désinvestir. Notre Église dépense pour son ministère sur le plan national 8 £ par fidèle et seulement 5 £ dans les cités.

En 2012, le Synode général approuva à l’unanimité moins seulement eux voix une hausse des frais pour les mariages et enterrements qui rendit ceux-ci hors de prix pour les plus pauvres. Les prêtres ne sont pas non plus encouragés à accepter des postes dans les quartiers défavorisés.

Nous aimons employer un langage favorable aux pauvres et nous sommes fiers de notre prétendue « parole prophétique », alors qu’en réalité nous nous détournons de ceux dont nous disons être les représentant en fermant leurs églises et en supprimant leurs postes de prêtres.

 

Ce que la classe populaire a exprimé en votant le Brexit est la colère de se sentir oubliée et marginalisée et une haine intense de tout ce qui ressemble à une institution de l’État.

Il faut remarquer que cette colère a été intelligemment exploitée et avec beaucoup de cynisme par la campagne en faveur du Brexit. On a fait croire aux travailleurs que l’Union européenne allait leur enlever une Grande Bretagne qu’ils craignaient justement de perdre alors que ce n’était pas vrai.

Des politiciens intelligents et « bien informés » leur ont promis que 350 millions de £ « perdus » chaque semaine pour l’Union européenne seraient désormais investis dans le Service de santé britannique, ce qui était absolument faux.
Ils ont promis que l’immigration serait interrompue, tout en sachant que ce n’était pas d’Europe que venaient la plupart des immigrés et que d’ailleurs l’impact de l’immigration sur l’économie britannique est globalement bénéficiaire.

Ils ont dit que l’on pouvait « reprendre le contrôle de notre pays », alors qu’ils savaient que dans la situation hautement complexe qui est la nôtre, la souveraineté de l’État est considérablement réduite.
Espérons que les politiciens qui ont pris ces engagements tiendront leurs responsabilités en paroles et en actes.

 

Ce vote n’était pas motivé par la recherche de l’intérêt général mais reflétait les décennies de luttes internes du parti Conservateur. On peut maintenant redouter le clivage de la société britannique, dans la mesure où les pro-européens du Sud et de la classe moyenne ne pardonneront pas le Brexit voté dans le Nord et par les travailleurs.

Cette opposition pourrait être profondément dommageable pour notre vie nationale, notamment lorsque les conséquences économiques du Brexit se feront sentir.

Il faut que l’Église s’investisse désormais dans l’œuvre de guérison dont le pays a besoin et cela doit se faire prioritairement dans les zones les plus défavorisées.

Il nous faut être davantage présents dans toutes les communautés, y compris dans celles que nous avons abandonnées. Il nous faut susciter une nouvelle génération de prêtres et de responsables qui accepteront de s’engager pour une partie de leur vie dans l’action en faveur des cités et des régions les plus pauvres, en relation avec leurs collègues des autres Églises.

Si nos dirigeants ne peuvent offrir qu’austérité, abandon, exploitation cynique, il est vital que l’Église fasse entendre sa voix et sa parole d’espérance plus fort et plus clairement que jamais.

 

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La faim au Royaume Uni

 

Claudine Castelnau

26 avril 2016

Frank Field est député travailliste britannique et anglican pratiquant, il est membre du Synode général de l’Eglise d’Angleterre et engagé depuis toujours dans les questions sociales et la question de la pauvreté entre autres. Avec un groupe de députés travaillistes et conservateurs de la Chambre des Communes et de la Chambre des Lords il a crée en 2013 le All-Party Parliamentary Group on Hunger and Poverty, pour tenter de cerner la question de la pauvreté de la faim, de la malnutrition et ses conséquences particulièrement graves pour les enfants au Royaume-Uni.

Ce mois-ci, ce groupe a publié un rapport qui traduit ses recherches et ses réflexions pour essayer de mesurer le nombre de familles dans le pays qui sont vulnérables et menacése par la faim. Avec des questions, que j’extraie du rapport, comme :

Pouquoi tant de gens ont-ils faim en Grande-Bretagne ?
Les signes notoires de malnutrition, de faim, d’anémie, d’obésité, chez les enfants en particulier.
Combien d’enfants arrivent-ils à l’école affamés ?
Et comment les familles se débrouillent-elles en l’absence de repas gratuits à l’école ou durant le week-end ou les vacances ?
Ce repas gratuit à l’école est-il le seul repas de la journée ?
La faim est-elle la partie visible d’une situation beaucoup plus grave d’abandon de ces enfants ?
Comment aider ces familles en diminuant la pression financière exercée sur elles ?

Le Groupe pose aussi la question :

Pourquoi est-ce le cinqième rapport que le Groupe publie ?
Pourquoi le Groupe même existe-t-il encore ? Pourquoi dans ce pays qui a une tradition de générosité envers ses voisins en difficulté à travers de nombreux bénévoles et d’associations charitables une solution politique n’a t-elle toujours pas été trouvée ?

Lors de la publication du dernier rapport du Groupe de parlementaires sur la faim, le constat est posé : Pour trop d’enfants « la faim est le plus constant des compagnons. »

Le rapport d’avril, cité par l’hebdomadaire anglican Church Times constate qu’en 2015, 6367 enfants de 5 ans sont entrés à l’école en classe préparatoire en sous-poids, une augmentation de 16 % par rapport à 2012. Et 502 643 enfants de moins de 5 ans étaient anémiés, en augmentation de 46 % par rapport à la décennie précédente.
De même chez les femmes enceintes le taux d’anémie avait atteint un niveau inégalé depuis 20 ans.
Les chiffres cités par le groupe interparlementaire sont fournis par les écoles, les diocèses anglicans, les charities, entre autres.

Le 7 avril dernier, Le Monde publiait un article intitulé : « Malgré la reprise économique, le Royaume-Uni touché par la faim ». on y racontait les « food banks », l’équivalent de nos banques alimentaires, qui reçoivent les « victimes urbaines de la faim », ceux qui travaillent mais ne gagnent pas assez comme ce jeune homme qui travaille dans la grande distribution et a signé un « contrat zéro heure », une merveille de la société libérale toujours en quête d’ajustement. Ce contrat « impose une flexibilité extrême au salarié : l’entreprise décide du nombre d’heures que doit travailler le salarié et seules les heres effectuées sont rémunérées. Certains mois, Patrick n’a rien touché. Alors la banque alimentaire est devenue une nécessité. »

 

 

Autre article toujours dans Le Monde qui cite une association caritative catholique, le Trussel Trust, qui a lancé au Royaume-Uni un réseau de 420 banques alimentaires fournissant de la nourriture d’urgence.
Entre 2013 et 2014, le nombre de personnes ayant faim et venues demander de l’aide est passé 61 648 à 913 138, soit 15 fois plus en trois ans. Et ce n’est qu’une partie de la réalité, souligne l’association.

Et l’ONG Oxfam, autre association aidant ceux qui font faim estimait, en 2013, que 2 millions de Britanniques étaient mal nourris et qu’un parent sur six se privait de nourriture pour mieux subvenir aux besoins de sa famille.
« Mais pourquoi le Royaume-Uni se tord-il ainsi de faim ? Comment ce pays qui affiche une insolente reprise économique dans une Europe n'en finissant pas d'être affectée par la crise peut-il porter en son sein des habitants qui ont de plus en plus de mal à se nourrir ? », se demande Le Monde qui répond que « l'invraisemblable augmentation de la pauvreté outre-Manche depuis quelques mois trouve aussi ses origines dans le "Welfare Reform Act 2012", la réforme d'ampleur de la protection sociale initiée par le gouvernement conservateur de David Cameron. »

Un journaliste et économiste qui a travaillé sur la montée de la pauvreté évoque « une politique “punitive” dirigée contre les pauvres, et non contre la pauvreté. » Des allocations réduites, un régime injuste de sanctions draconiennes contre les chômeurs qui ne cherchent pas suffisamment de travail : un million de personnes ont déjà été victimes d’interruption de leurs allocations, interruption qui peut aller jusqu’à trois ans.

Et cet économiste prédisait que si les tories gagnaient les élections en 2015, la pauvreté gagnerait encore du terrain, pari gagné !

Mais l’avenir n’était guère plus rose si les travaillistes gagnaient, leurs propositions n’attaquant le problème de la pauvreté qu’à la marge et eux aussi promettaient l’austérité...

L’Eglise anglicane avec son Church Urban Fund a réalisé avec Poverty in England paper, un état des lieux et des statistiques sur la pauvreté pour chaque diocèse d’Angleterre afin qu’ils sachent mieux dans quel contexte les prêtres et les paroisses travaillent.

 


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Réunir en Angleterre

les familles de réfugiés de Calais

 

Hattie Williams


Church Times  hebdomadaire de l'Église d'Angleterre  11 mars 2016


16 mars 2016

Trente responsables religieux ont publié une déclaration commune demandant aux gouvernements britannique et français d’ « accomplir leur devoir moral et légal » concernant les enfants non accompagnés de Calais.

Les représentants des communautés juive, anglicane, baptiste, méthodiste et musulmane du Royaume Uni ont déclaré qu’abandonner dans le camp des enfants dans une situation dangereuse pour des « raisons administratives » n’était pas admissible : « Ou l’on décide d’abandonner les règlements visant à réunir les familles, ou on les met en œuvre de toute urgence », ont-ils dit.

Il y a actuellement environs 500 enfants à Calais, dont un grand nombre sont en droit de rejoindre leur famille installée au Royaume Uni, ont-ils précisé.

La déclaration, publiée par l’association « Citizens UK », survient après que le Premier ministre (britannique) se soient mis d’accord, la semaine dernière, avec le Président français François Hollande pour que les enfants du camp de Calais qui ont de la famille au Royaume Uni, lui soient « rapidement et efficacement » réunis.

Une des signataires, la doyenne adjointe de l’évêque de Nottingham South, la Rev. Karen Room, a dit que le système « était tout simplement en panne ». Elle a exprimé sa déception du fait que le Gouvernement ait été amené à faire appel (le 22 janvier dernier) de la décision d'un tribunal autorisant l’entrée au Royaume Uni de quatre jeunes adultes désireux de rejoindre leurs familles.

 

 

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Les réfugiés ! rappel d'un certain passé

 

William Whyte

doyen du collège St-John d’Oxford
professeur d’histoire à l’Université d’Oxford


Church Times  hebdomadaire de l'Église d'Angleterre  16 septembre 2015

16 septembre 2015

Ce n’est pas la première fois que des étrangers de religion différente
se réfugient en Grande Bretagne pour fuir la terreur

 

Imaginez la scène : un grand pays - connu pour sa corruption et son gouvernement autoritaire – vit une révolution et une guerre civile. La violence se répand, traverse les frontières et déstabilise toute la région. Des dizaines de milliers de réfugiés sont sans abri. La crise semble sans espoir.

Ce qui et pire est que ces migrants appartiennent à une religion longtemps associée avec le terrorisme et menace l’État britannique. Néanmoins en quelques mois ce ne sont pas seulement des milliers de réfugiés qui arrivent en Grande Bretagne mais le Gouvernement lui-même loge les uns et accueille les autres.

Il ne s’agit pas de la Syrie et ce n’est pas actuellement. Ce n’est pas même de l’histoire récente, mais c’est de l’histoire. C’est précisément ce qui s’est passé lors de la Révolution française. Et il est intéressant car la comparaison avec notre réaction à la crise syrienne donne à penser.

Comme l’attaque du régime syrien d’Assad, celle du gouvernement français par les Révolutionnaires a été approuvée par de nombreux Britanniques. La France, après tout, était en guerre avec la Grande Bretagne depuis au moins 100 ans.
Comme l’a bien dit l’historienne Linda Colley, l’identité nationale britannique était, au 18e siècle, comme l’image négative de la France : les Britanniques étaient protestants et les Français catholiques. Les Britanniques vivaient dans un pays libre et les Français étaient soumis à un gouvernement à l’autoritaire arbitraire. Les Britanniques étaient riches et les Français étaient pauvres, écrasés par une aristocratie avide, une monarchie écrasante et une Église grippe-sou.
Avec la Révolution, la France semblait se libérer et se rapprocher du système britannique.

Mais tout ceci changea lorsque la Révolution devint plus violente et notamment lorsqu’elle s’attaqua à l’Église. La saisie par l’État des bien de l’Église en 1789, l’abolition des ordres religieux en 1790, l’exigence du serment de loyauté du clergé au nouveau régime en 1791, le meurtre d’au moins 200 prêtres à Verdun en 1792, tout ceci fit que la Révolution ressembla de plus en plus à une attaque de la religion. Loin d’être les représentants d’un État corrompu et d’une religion corrompue, les migrants fuyant la Révolution furent dès lors considérés comme des victimes et des frères chrétiens.

Ce nouveau visage des immigrés français apparut dès l’instant où ils posèrent le pied sur le sol britannique. En septembre 1792, la détresse, la pauvreté et la faim de tant d’arrivants français poussèrent les dockers de Douvres à se cotiser pour les aider. Des familles se souvinrent plus tard du courage avec lequel des marins risquèrent leur vie dans les tempêtes d’automne pour sauver des réfugiés dont les embarcations se trouvaient en difficulté. En 1794 le Gouvernement britannique se trouva lui-même impliqué et dégagea des milliers de livres sterlings pour des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants.

Le plus remarquable fut l’accueil favorable réservé aux prêtres et aux évêques catholiques qui s’étaient refusés au serment de loyauté. En septembre 1792, le membre du Parlement John Wilmot organisa le Comité de soutien aux émigrants du clergé français et en décembre il avait déjà récolté plus de 19 000 £. L’argent ne manquait pas et les Presses de l’Université d’Oxford purent éditer 2000 exemplaires de la Vulgate destinés au culte et à la prière des prêtres catholiques.

Pourtant, avec 7000 prêtres français arrivés en Angleterre et dans les Iles de la Manche en janvier 1793, il était évident que ce soutien ne suffirait pas. Le Trésor public intervint alors et ce furent bientôt près de 6000 prêtres qui purent recevoir une aide de l’état.

Naturellement ce revirement soudain ne fut pas accepté par tous. Une femme anglaise, par exemple, interpella un groupe de prêtres catholiques français avec la question : « qu’avez-vous fait de vos femmes ? »

Une certaine hostilité se manifesta ainsi parfois. En un étrange écho à une de nos parole du 21e siècle, le duc de Buckingham se plaignit de ce que ces prêtres formaient « un essaim s’abattant dans les rues de Londres ».
« On ne peut plus marcher cent yards dans la rue... sans croiser deux ou trois prêtres français », écrivait un journal populaire en 1792.

Le Gouvernement n’était pas seulement généreux. Il était aussi méfiant. En 1793, le Code des Étrangers qui entendait réguler l’immigration obligea tous les immigrés à solliciter une autorisation s’ils volaient se déplacer de quelques milles. Il s’agissait, comme certains critiques l’ont remarqué, d’une forme d’assignation à résidence.
Il y eut pire encore : de nouveaux pouvoirs furent accordés à l’Administration pour emprisonner, déporter ou, dans les cas extrêmes condamner à la pendaison tout « étranger » considéré comme dangereux sans qu’un jugement soit nécessaire.

Néanmoins, l’attitude générale des Britanniques est admirablement symbolisée par l’anecdote suivante. Dans le Somerset, une controverse surgit dans une église à propos de l’éventualité d’organiser une collecte destinée aux prêtres français.
Plusieurs s’y opposaient, mais une femme se leva alors et déclara : « Il est vrai qu’ils sont nos ennemis ( 1 ) mais ils sont pauvres, ils ont faim et ils sont dans un pays étranger. Et pour cela je passerai moi-même le plateau de la collecte. »

Près de 1000 de ces prêtres sont morts en Angleterre. A l’abbaye de Dorchester, par exemple, il y a la plaque d’un archidiacre breton qui fut « Bien accueilli par la Nation anglaise ».

Mais la plupart de ces immigrés retournèrent en France en 1801 lorsque Napoléon signa le Concordat avec le Vatican et il n’en restait plus en 1815 que 350.

Plus tard, William Wordsworth a rappelé ce moment dans un poème sur « Le clergé français immigré » :

Ils vinrent
Et tant que la tempête fait rage
Sur la terre qu’ils ont quittée
Notre sol accorde à leur foi
Un lieu de repos paisible et sans danger

Il est difficile de ne pas se demander où se trouve de nos jours un tel esprit.

__________________________

( 1 ) Note de G.C. Ce terme d'« ennemi » n'est sans doute pas à prendre seulement dans le sens des guerres entre la France et la Grande-Bratagne mais désigne les persécutions de l'Église catholique française contre les protestants.
Certes à cette date l'Édit de Tolérance (1787) avait accordé un état civil aux protestants et les violences étaient de fait calmées depuis plusieurs années : les deux derniers galériens protestants Antoine Raille, soixante-dix-sept ans, et Paul Achard, soixante-quatre ans avaient été libérés en 1775 après 30 ans de galères et les prisonnières de la terrible Tlour de Constance à Aigues-Mortes étaient sorties en 1769-70. Mais dans le Nord, en Brie, en Picardie, en Normandie, les Églises ont été persécutées jusqu'à la signature de l'édit de Tolérance.

Les prêtres catholiques qui trouvaient refuge dans la Grande-Bretagne protestante avaient évidemment connu ces horreurs et y avaient peut-être participé pour les plus âgés d'entre eux. C'est ainsi que la généreuse paroissienne les traitait d'« ennemis ».

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Les évêques anglicans

et la « jungle » de Calais

 

Madeleine Davies

Church Times  hebdomadaire de l'Église d'Angleterre,  7 août 2015

voir aussi
Rev. Giles Fraser, Service orthodoxe dans la « jungle » de Calais

12 août 2015

Des évêques de l’Église d’Angleterre ont exhorté le gouvernement à montrer davantage de compassion aux immigrés cherchant asile en Grande Bretagne. Les évêques l’accusent de se soustraire à sa responsabilité morale et de pratiquer une rhétorique « non constructive ».

Ils ont réagi lorsque le Premier ministre a parlé d’un « essaim de gens traversant la Méditerranée à la recherche d’une meilleure vie en Grande Bretagne. » Ces paroles ont été dites jeudi de la semaine dernière après plusieurs jours de conflit entre la police française et des immigrants essayant de pénétrer dans le Royaume Uni dans des trains et des camions traversant le tunnel. Des centaines d’entre eux s’efforçaient désespérément d’entrer en foule dans le tunnel malgré les forces de sécurité.

Une déclaration de l’évêque de Douvres, le Très Rev. Trevor Willmott a fait, dimanche, la première page de l’Observer. Il critique l’intervention « inutile » de M. Cameron et attire l’attention sur la situation « de plus en plus dure du monde où nous avons besoin de redécouvrir ce que cela signifie d’être humain. »

L’évêque de Norwich, le Très Rev. Graham James, voit une relation entre la politique étrangère du Royaume Uni et la crise globale d’immigration :
« Beaucoup de ceux qui sont à Calais ne sont pas de simples immigrés économiques à la recherche d’une vie plus facile, a-t-il déclaré mardi.
Nombreux sont ceux qui viennent de pays où nous sommes intervenus ces dernières années pour les libérer de régimes dictatoriaux. Mais d’autres régimes dictatoriaux leur ont succédé, souvent intolérants à l’égard des chrétiens et des autres minorités.
Nous sommes responsables moralement des conséquences humaines de ce que nous avons fait et il ne semble pas que nous soyons à la hauteur de ce défi. »

[...]

Remarque de Gilles Castelnau

Je pense qu'à la lecture de ces lignes, certains penseront que les évêques anglais ont bien raison : l'Angleterre se conduit mal, comme toujours.

Personnellement je suis heureux quand je lis les réflexions humanistes faites au nom de Dieu. Et j'aimerais que les responsables protestants de France suivent l'exemple de leurs homologues protestants anglais. Et aussi naturellement les catholiques, les évangéliques, les juifs et les musulmans. Il faut répéter que Dieu est miséricordieux et compatissant !

 

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Lettre ouverte

au Premier Ministre du Royaume Uni

 

 

Mike Walsh

pasteur de l’Église réformée unie d’Angleterre

Cette lettre mise sur Facebook le 8 mai a été visionnée plus de 100 000 fois dans les trois premiers jours

15 mai 2015

Monsieur le Premier Ministre,
Je ne sais pas si vous lirez jamais cette lettre mais j’ai des choses à vous dire.
Vous avez gagné les élections, vous avez la majorité à la Chambre des Communes et cela vous donne le sentiment d’avoir le légitime mandat de gouverner. Néanmoins vous devez aussi savoir que vous ne gouvernez pas la majorité du peuple britannique.
Bien que nos opinions politiques soient largement en désaccord sur plusieurs points, je veux bien croire que vous êtes un homme de bien, aussi sûr de votre idéal que je le suis du mien et que vous pensez que votre projet est ce qui est le mieux pour nous tous.
Vous avez dit aujourd'hui que vous vouliez gouverner pour le pays entier et réunir ce qui a été disjoint. J’espère que vous le ferez.

Mais, Monsieur le Premier Ministre, bien que vous puissiez évidemment constater que votre parti n’a pas gagné la confiance de l’Écosse ni de larges parties du Nord de l’Angleterre, je ne suis pas sûr que votre parti ait vraiment compris pourquoi.
Ce n’est pas parce que nous sommes tous des « cinglés de gauchistes », des extrémistes ou des nationalistes. C’est parce que beaucoup d’entre nous sont angoissés.

- Angoissés de ce que votre politique va entraîner pour nos communautés et nos familles.
- Angoissés de ce qui va survenir à notre service de santé et à nos écoles.
- Angoissés de perdre notre logement parce que nous ne pourrons pas payer la nouvelle taxe frappant une pièce de trop. - Angoissés de ne plus pouvoir chauffer notre appartement et de ne plus pouvoir acheter à manger.

Je ne conteste pas que la meilleure manière de résister à la pauvreté soit de travailler, je ne pense pas que l’on devrait recevoir de l’argent sans rien faire ni que les contribuables doivent entretenir indéfiniment les gens qui pourraient travailler. Qui pourrait penser que ce soit honnête et bon ?

Mais il ne semble pas que sur ces sujets, la politique de votre parti désireux de réduire le déficit et d’équilibrer son budget, prenne en compte le coût humain et social de son action.

Le pays n’est pas une entreprise financière, c’est un peuple.

Et vous êtes son Premier Ministre, que nous ayons voté pour vous ou non. Vous avez dit aujourd'hui que vous gouverneriez pour tout le monde et pour unifier le pays. J’espère que vous le ferez.

Mais pour y réussir vous devez en faire votre priorité pour vos premiers 100 jours :
- Passer du temps en Écosse à visiter les ouvriers dont le Contrat de Travail indique un nombre d’heures indéterminé.
- Venez à Manchester et parlez avec les gens qui doivent acquitter une taxe parce que leur logement a une pièce de trop et qui ne savent pas comment se loger autrement.
- Allez à Liverpool et rencontrez les gens qui ont la charge d’un membre handicapé de leur famille et qui ne peuvent pas payer une simple aide.
- Allez à Newcastle et parlez aux mineurs en chômage qui vivent dans la pauvreté à cause de la disparition des charbonnages.
- Passez une semaine ou deux en vivant sur le salaire minimum ou faites-vous volontaire pour une journée dans une banque alimentaire.

Alors, Monsieur le Premier Ministre, vous commencerez peut-être à comprendre le coût de votre politique, vu de l’autre côté.
Vous ne considérerez plus les gens comme ne valant que selon leur seule contribution économique ou comme des prédateurs irresponsables.

Si vous faites cela, alors peut-être pourrez-vous réduire quelques unes des fractures de notre société. Sinon, je ne crois pas que vous puissiez jamais prendre conscience de leur gravité.

Je vous en prie, Monsieur le Premier Ministre, laissez Westminster quelques heures par semaine et battez-vous en notre faveur.

 

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