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Parabole du riche

et du pauvre Lazare

 

Luc 16.19-30

 

prédication

pasteur René Lamey 

 

31 mai 2016

Richesse et pauvreté se côtoient dans la Bible. Cela nous montre déjà que la Bible n’est pas déconnectée de la vie quotidienne et des problèmes du monde.
Riches et pauvres se côtoient aussi. Mais pas toujours dans le sens voulu. Témoin cette parabole.


Luc 16.19-30
Il y avait un homme riche, toujours vêtu d’habits coûteux et raffinés. Sa vie n’était chaque jour que festins et plaisirs. 20 Un pauvre, nommé Lazare, se tenait couché devant le portail de sa villa, le corps couvert de plaies purulentes.
Il aurait bien voulu calmer sa faim avec les miettes qui tombaient de la table du riche. Les chiens mêmes venaient lécher ses plaies.
Le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut à son tour, et on l’enterra. 23 Du séjour des morts, où il souffrait cruellement, il leva les yeux et aperçut, très loin, Abraham, et Lazare à côté de lui.
Alors il s’écria :
- Abraham, mon père, aie pitié de moi ! Envoie donc Lazare, qu’il trempe le bout de son doigt dans l’eau et me rafraîchisse la langue, car je souffre horriblement dans ces flammes.
Mais Abraham lui répondit :
- Mon fils, souviens-toi de combien de bonnes choses tu as joui pendant ta vie, tandis que Lazare n’a connu que des malheurs. A présent, ici, c’est lui qui est consolé, tandis que toi, tu es dans les tourments.
De plus, il y a maintenant un immense abîme entre nous et vous et, même si on le voulait, on ne pourrait ni le franchir pour aller d’ici vers vous, ni le traverser pour venir de chez vous ici.
- Dans ce cas, dit alors le riche, je t’en conjure, père, envoie au moins Lazare dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères ; qu’il les avertisse pour qu’ils n’aboutissent pas, eux aussi, dans ce lieu de tourments.
- Tes frères ont les écrits de Moïse et des prophètes, lui répondit Abraham ; qu’ils les écoutent !
- Non, père Abraham, reprit l’autre. Mais si quelqu’un revient du séjour des morts et va les trouver, ils changeront.
Mais Abraham répliqua :
- S’ils n’écoutent ni Moïse ni les prophètes, ils ne se laisseront pas davantage convaincre par un mort revenant à la vie !

Deux remarques préliminaires pour qu’on ne se trompe pas d’objectif :

a) Interpréter une parabole requiert de la réflexion. Il ne s’agit pas de tirer des conclusions hâtives et erronées à partir de cette histoire, comme par exemple :
- tous les riches sont maudits / tous les pauvres sont bénis.
- tous les riches vont en enfer / tous les pauvres vont au paradis.

Cette parabole n’est pas là non plus pour nous renseigner sur l’au-delà ; on se trompe quand on veut faire une doctrine sur l’enfer ou le paradis à partir de ce récit. C’est un récit, une histoire fictive : l’enfer et le paradis ne sont, ici, que des éléments de l’histoire, des éléments impressionnants certes, mais ce n’est que du décor ; l’enfer, ici, c’est une image, une condition, un état.

La signification de la parabole est ailleurs. Cette signification semble d’ailleurs assez évidente lorsqu’on prend du recul et que l’on considère l’ensemble du ch. 16. qui traite, devenez de quoi, de la richesse – et plus précisément de la façon dont on gère cette richesse. La parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare est en quelque sorte une conclusion illustrée de ce ch. 16.

b) Deuxième remarque introductive. Loin de moi de vouloir faire une prédication moralisante et culpabilisante. C’est le risque, la tentation de cette parabole : fustiger les riches et caresser les pauvres. Dénoncer la richesse des uns et compatir à la détresse des autres. Les choses sont certainement plus nuancées que cela. Il y a des riches honnêtes et des pauvres qui trichent ; il y a bien sûr des riches qui s’enrichissent sur le dos squelettique des pauvres. Ça, on le sait, et une prédication d’un pasteur inconnu n’y changera pas grand-chose.

La parabole nous invite à balayer devant notre propre porte, c’est le cas de le dire, quoique : il ne s’agit justement pas de balayer le pauvre de devant notre porte : allez, du balai, va mendier ailleurs !

1) C’est vrai, quoi, ce Lazare, il est incroyablement passif ! Ce type est tout simplement assis devant la porte de l’homme riche. Il attend tout bonnement que d’autres prennent son destin en main. Rester assis là ne suffit pas. Il faut avoir un peu de volonté, que diable ! Il devrait chercher du travail, se botter les fesses, sortir les mains de ses poches et faire des efforts.

On en connaît des gens comme ça. Aucune initiative personnelle, jamais prêt à se salir les mains, ils traînent, critiquent la société, et quand on leur trouve du travail, ils n’y vont même pas, ou ils arrivent en retard, ou ils restent deux-trois jours, et puis après, on ne les voit plus.

Mais qui dit que Lazare était un de ces parasites ? Il voulait peut-être travailler, mais ne trouvait rien, peut-être à cause de sa maladie, ou à cause de son âge.

Même aujourd’hui, il n’est finalement pas si facile de trouver du travail pour une certaine catégorie de personnes, même si elles se décarcassent.

Peut-être même qu’il travaillait, ce pauvre Lazare. Mais ce qu’il gagnait ne lui suffisait pas pour payer son loyer et faire vivre la famille ; ils sont des centaines de milliers en France vivre en-dessous du seuil de la pauvreté, même en ayant un travail régulier.

Toutes les personnes pauvres en France et dans le monde ne peuvent pas être considérées comme seules responsables de leur pauvreté.

Mais on s’éloigne de la parabole si on met l’accent sur Lazare. Est-il vraiment le personnage principal de cette histoire ? La parabole ne porte-t-elle pas plutôt sur l’homme riche ?

2) Nous ne savons pas comment s’appelle cet homme. C’est le seul personnage de l’histoire qui ne porte pas de nom. Un Monsieur X à qui je pourrais donner n’importe quel nom.

Et puis, si vous possédez un compte en banque, si vous avez un peu d’argent dans votre portefeuille et un peu de monnaie dans une tirelire, vous faites partie des 8% des personnes aisées de ce monde.

De ce point de vue, je suis riche moi aussi. Plus que riche. J’ai un toit au-dessus de ma tête, je porte des vêtements confortables, je mange à ma faim, et pratiquement tous jours, je jette un bol de déchets de cuisine et de restes de repas dans ma poubelle.

Et si vous le faites aussi, c’est que l’homme riche porte peut-être votre nom. Ou si c’est une femme, et elle s’appelle alors comme vous, madame.

Il y a bien sûr plus riche que soi, et on y pense tous les jours avec envie, mais il y a aussi plus pauvre que soi, mais à ça, on y pense pas trop...

3) Restons donc avec l’homme riche, puisqu’il est le personnage central de la parabole, puisque, ne portant pas de nom, il porte alors le nôtre. C’est une technique littéraire souvent utilisée dans les paraboles : les auditeurs sont invités à s’identifier avec le personnage qui ne porte pas de nom.

Prenons un peu de recul. Quelle erreur l’homme riche a-t-il commis pour se retrouver en pareil enfer ? (Ici pointe déjà l’enseignement de la parabole).

a) L’erreur (la faute) du riche, c’est une erreur de perspective ; pour l’homme riche, la vie se résume à deux pensées : - moi d’abord ; et : moi ensuite ! Il n’a jeté aucun regard sur Lazare. Il n’a eu aucun intérêt pour lui. Pas d’hospitalité – ce qui est une règle sacrée en ces contrées – pas d’accueil, pas de partage, pas de miettes, aucune parole, aucun geste, aucun sourire. Tout pour moi, et rien pour les autres. Les services sociaux n’ont qu’à s’occuper de lui. Moi, je m’occupe de moi, j’ai bossé dur : il est juste que je profite de mes richesses ; les autres n’ont qu’à m’imiter, et s’ils n’y arrivent pas, c’est que ce sont des paresseux !

L’homme riche, à l’instar de nombreuses multinationales, est complètement indifférent au sort de celui qui est couché devant sa porte. Aujourd’hui, ce sont des peuples entiers qui sont couchés devant les portes des pays riches…
L’enfer, ici, c’est l’indifférence aux autres, et notamment envers ceux qui ont moins que moi, moins de chance que moi, moins de santé que moi, moins de possibilités que moi.

4) L’enseignement principal de cette parabole découle tout naturellement de tout cela.

La richesse implique des responsabilités. L’homme riche l’a oublié. Il n’a pas prêté assez d’attention à la parole de la loi et des prophètes. Maintenant, il est trop tard. Pour lui. Mais pas pour ses frères. Mais pas pour nous.

Parce qu’il y a les paroles de la Loi et de prophètes (par exemple) :

Deutéronome 15.11 
Il y aura toujours des pauvres dans le pays : c’est pourquoi, je t’ordonne d’ouvrir toute grande ta main à ton compatriote, au malheureux et au pauvre dans ton pays.

Proverbes 14.31
Opprimer le pauvre, c’est outrager son Créateur, mais avoir de la compassion pour les indigents, c’est l’honorer.

Lévitique 25.35
Si ton prochain qui vit près de toi s’appauvrit et tombe dans la misère, tu lui viendras en aide, même s’il est étranger ou immigré, afin qu’il survive à côté de toi.

Ce sont des paroles qui responsabilisent. Ce sont des paroles qui invitent à l’action, au partage, au don.
Dieu a choisi le peuple d’Israël parce qu’il était opprimé et pauvre. Quand les rois d’Israël se sont mis à se comporter comme les anciens pharaons (on oublie vite le passé), les prophètes n’ont eu de cesse de dénoncer la cupidité des riches et leur attitude scandaleuse envers les pauvres de la nation.

Jésus, rempli du même esprit de justice, rempli de la même compassion de Dieu, a mis le pauvre, le souffrant, l’abandonné au cœur de son ministère.

Ne l’oublions pas. Tout homme, toute femme, toute organisation, toute église, qui se réclame de Jésus est invité à faire le même choix, à prendre le même chemin.

Ne laissons pas les Lazare dormir devant notre porte. Même s’il n’est pas possible de les accueillir tous chez soi, on peut au moins leur donner un oreiller.

On peut au moins ne pas les ignorer, ne pas les juger, ni les condamner.

A chacun de voir ce qu’il peut faire pour alléger la souffrance, quelle action entreprendre, quelle œuvre, quelle association soutenir.

Pour Lazare, pour tous les Lazare de tous le temps, l’enfer est sur terre. Il ne tient qu’à nous, à nos petits gestes, d’y mettre un peu de paradis.

C’est ainsi que nous honorerons notre nom de chrétien.

« Car, dit Jésus, chaque fois que vous avez fait cela à l’un de ces petits qui souffrent, c’est à moi que vous l’avez fait. »

 Amen !

 

 


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