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L’Apocalypse de Jean


Une autopsie du mal

 

Jacques Descreux

 

Édition Cabédita

96 pages - 16 €


recension Gilles Castelnau


20 avril 2016

Jacques Descreux est prêtre du diocèse de Dijon et il enseigne le Nouveau Testament à l’Université catholique de Lyon. Sa lecture historico-critique du livre de l’Apocalypse est excellente. Elle évite au lecteur peu informé de se perdre dans les spéculations aberrantes des milieux ésotériques ou de calculer – vainement ! – la date du Retour du Christ et de la fin catastrophique du monde.

Dans un langage facile et agréable à lire, il réussit à nous faire participer aux visions fantastiques et « apocalyptiques » de ce livre étrange. Le lecteur participe ainsi à l’angoisse et à la souffrance des chrétiens du premier siècle en butte à la persécution en même temps qu’à la certitude de la présence apaisante et puissante du Christ à la fois victime et vainqueur.

En voici trois passages.

 

.


page 8

Procès de Dieu, procès de l'homme

[...]
La foi en Dieu étant sauve, la prégnance du mal implique, à leur sens, des puissances surnaturelles. Plus que jamais, l'intervention de Dieu est requise pour mettre fin à la détresse présente. Selon cette perspective, ce n'est que dans un au-delà que triomphe la justice de Dieu, que cet au-delà soit conçu comme un monde céleste en vis-à-vis du monde terrestre ou comme un monde futur devant remplacer le monde présent. Cet au-delà où les justes vivent en paix tandis que les méchants sont châtiés échappe à la perception ordinaire. Il ne peut être connu que par une révélation, en grec une « apocalypse », d'où l'emploi du qualificatif « apocalyptique » pour désigner les conceptions que nous venons d'esquisser. La pensée apocalyptique permet de confesser Dieu sans occulter la présence du mal, de vivre l'affrontement au mal sans perdre I'espérance de Dieu.

Les apocalypses ont fleuri du IIIe s. av. J.-C. au IIIe s. ap. I.-C. dans des cercles juifs, chrétiens ou gnostiques. Elles se présentent généralement comme la relation, par une figure révérée du passé, d'une révélation dont elle a bénéficié soit par des visions, soit par la rencontre d'un personnage surnaturel, soit en recevant un écrit céleste, soit en voyageant dans les contrées extra-mondaines. Le dévoilement d'un monde transcendant en regard du monde présent scelle l'écart entre l'harmonie divine et le désordre mondain, entre les aspirations des hommes et leurs réalisations, entre ce qui devrait être et ce qui est. Seul un recours aux images est apte à suggérer l'étrangeté de l'au-delà. C'est pourquoi ces récits fourmillent d'images déroutantes, massivement empruntées au répertoire des traditions juives devenues souvent peu familières à nos contemporains.

L’Apocalypse de Jean, qui clôt le Nouveau Testament, fait partie de ce type d'écrits.

 


page 41

Du nouveau dans le drame

[...]
La condition humaine après Pâques

La victoire dans la mort du Christ et des martyrs a-t-elle des répercussions sur la condition humaine après Pâques ? Quelque chose a-t-il changé pour les hommes engagés dans l'histoire ? Qu'advient-il de la femme après l'intronisation de l'enfant et l'expulsion du dragon hors du ciel ? Par deux fois, le récit l'exprime :

Alors la femme s'enfuit au désert, où elle a là une place préparée loin de Dieu, pour qu'elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours (12,6).
Quand le dragon se vit précipité sur la terre il poursuivit la femme qui avait mis au monde l'enfant mâle. Mais les deux ailes du grand aigle furent données à la femme pour qu'elle s'envole au désert, au lieu qui lui est réservé pour y être nourrie, loin du serpent, un temps, des temps et la moitié d'un temps (12,13 -14).

La vie au désert symbolise ici la condition de l'humanité croyante après Pâques. Elle rappelle la condition d'Israël entre la libération d'Egypte et l'entrée dans la Terre promise. Les deux ailes du grand aigle qui sauvent la femme font directement allusion à la sortie d'Egypte. En Ex 19,4 Dieu dit : Vous avez vu vous-mêmes ce que j'ai fait à l'Egypte, comment je vous ai portés sur des ailes d'aigle et vous ai fait arriver jusqu'à moi (voir aussi Dt 32,11).
[...]


Et Dieu ?

Il nous faut revenir à la question laissée en suspens de la responsabilité de Dieu dans le drame du mal. Les atrocités du XXe siècle, depuis les millions de morts de la Première Guerre mondiale jusqu'au génocide rwandais, ont instruit le procès de Dieu. Nombreux sont ceux pour qui la prégnance du mal constitue une objection indépassable à la foi en un Dieu bon et tout-puissant.

Le récit d'Ap 1,2 prend acte de l'omniprésence du mal. Le dragon sature le récit de sa présence. Il prend les initiatives et mène l'action, tandis que la femme et l'enfant sont passifs. Quant à Dieu, il semble absent de la scène.

Pourtant, à bien y regarder, ce constat relève d'une illusion. Sur la toile de fond céleste, à la sonnerie de la dernière trompette, une apparition a immédiatement précédé celle de la femme et du dragon :

Et le temple de Dieu dans le ciel s'ouvrit, et l'arche de l'alliance apparut dans son temple. Alors il y eut des éclairs, des voix, des tonnerres, un tremblement de terre et une forte grêle (11,19).

Dans le livre de l'Exode, Moïse reçoit l'ordre de construire d'après un modèle céleste la tente de la rencontre, c'est-à-dire le sanctuaire mobile dans lequel Dieu se rendra présent à son peuple dans son itinérance au désert (Ex 25,9). L’idée d'un temple céleste idéal, dont la tente de la rencontre puis le temple de Jérusalem seraient les copies terrestres, traverse la tradition juive et chrétienne. Le temple céleste de l'Apocalypse, comme la tente de la rencontre, abrite une arche d'alliance, symbole de la présence de Dieu à son peuple. Les signes cosmiques qui accompagnent son apparition, éclairs, voix, tonnerres, tremblement de terre et grêle, sont le rappel de la manifestation de Dieu à Moïse au Sinaï lors de la conclusion de l'alliance (Ex 19,16-19). Ils accompagnent traditionnellement les théophanies. La présence de Dieu, comme un Dieu engagé vis-à-vis des siens, est ainsi signifiée au seuil de l'épisode par l'apparition de l'arche.

Dans la suite du récit, on devine l'agir divin derrière les formules passives : c'est Dieu qui arrache l'enfant à l'appétit du dragon (12,5), qui donne à la femme les ailes de l'aigle pour fuir (12,14), qui lui prépare un refuge au désert et l'y nourrit (12,6.14). Quand il est dit que Michaël et ses anges eurent à combattre contre le dragon (12,7), sans doute obéissent-ils à Dieu dont ils sont les serviteurs. En définitive, Dieu agit en sous-main et décide du cours des événements. Au terme, son dessein de vie pour la femme et l'enfant prévaut sur le dessein de mort du dragon. Au-delà d'un mal partout visible et d'un Dieu perçu comme absent, l'Apocalypse affirme que le cours de l'histoire obéit en réalité au dessein de salut de Dieu.

 


page 80

Délivrance

[...]
La manifestation du Christ

La séquence finale débute avec l'ouverture du ciel : Dieu va se révéler pleinement au monde (19,11). Le ciel ne s'était que partiellement ouvert en 11,19 pour l'intronisation pascale du Christ. celle-ci était figurée par l'enlèvement près du trône de Dieu de l'enfant à qui était promis de mener paître toutes les nations avec une verge de fer (12,5). Le porteur de cette promesse reparaît (19,15) ; c'est maintenant un cavalier coiffé de nombreux diadèmes, emblèmes de royauté, et portant les titres superlatifs de Roi des rois et Seigneur des seigneurs (19,12.16). L’Apocalypse attend une venue du Christ au terme de l'histoire qui rendra effectif dans le monde le règne inauguré à Pâques. Cette venue, que l'on appelle la parousie, marquera l'irruption du salut déclinée dans les épisodes suivants. L’espérance chrétienne lui est accrochée, comme l'atteste la dernière prière de l'Apocalypse : Viens Seigneur Jésus ! (22,20)

Dans l'Antiquité, il revient au souverain de rendre la justice. Telle est la première mission assignée au cavalier : Il juge et combat avec justice (19,11). La justice implique la mise hors d'état de nuire des puissances qui font le mal. Face au cavalier se trouve leur coalition : la bête, les rois de la terre et leurs armées rassemblés pour combattre (19,19). On l'a dit, des traditions juives attendaient une coalition des rois de la terre contre le messie au temps eschatologique. La venue du cavalier sonne l'heure de la bataille.

Dans ce passage, il est question de chevaux – dans l'Antiquité, ils servaient pour le transport et la guerre -, de sang, d'armées, de glaive acéré, de combat. Le Christ vient-il s'imposer par la force ? Ne sortira-t-on pas de la domination des violents? En fait, aucune bataille n'est rapportée. Le manteau trempé du sang des ennemis que porte le cavalier (19,13) est un attribut de Dieu lorsqu'il vient juger en Es 63,1-3. Il signale que le cavalier exécute la justice divine. Les armées célestes qui le suivent sur des chevaux blancs sont vêtues d'un lin blanc et pur (19,14) bien peu adapté au combat, mais pleinement signifiant dans une procession liturgique. Le glaive qui sort de la bouche du cavalier (19,15) figure sa parole, selon une image d'Es 49,2. Le combat ne se tient pas sur le terrain militaire, mais idéologique. Le faux prophète, promoteur d'une idéologie mensongère, est réduit à l’impuissance (19,20) face à celui qui se nomme Fidèle et véritable et parole de Dieu (19,11.13) ; par sa parole acérée, le cavalier élimine les alliés du faux prophète (19,21). Sa justice est la victoire sans violence de la vérité qu'il personnifie sur le mensonge.

 


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