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L’Espérance


Un don gratuit de Dieu

 

Michel Barlow

 

Édition Cabédita

96 pages - 16 €


recension Gilles Castelnau



19 avril 2016

Michel Barlow est un homme de culture mais sa longue carrière d’enseignant lui a appris d’une part à être clair et à écrire de manière souriante et sans jargon incompréhensible ou phrases interminables et d’autre part à comprendre l’état d’esprit de ses étudiants issus de milieux très divers.

C’est cette ouverture d’esprit qui caractérise ce livre. L’Espérance n’y est pas comprise comme une vertu réservée aux chrétiens les plus fidèles et les plus fervents, mais comme un idéal proposé à tous.

« L’homme est une espérance de Dieu », disait le pasteur Charles Wagner et Michel Barlow reprend cette phrase à son compte. Ce n’est pas l’homme qui se tourne vers Dieu pour puiser en lui son espérance, c’est Dieu qui, dans sa pure grâce, est en permanence tourné vers l’homme pour lui renouveler la promesse d’un avenir vivant.
Et Dieu étant le Père de tous, ne fait pas de discriminations selon les religions et les philosophies.

Voici quelques passages de cet intéressant livre.

 

.

 

page 24

L'espérance concrète
« rien n'est plus réaliste que d'espérer »

Les objectifs ou l'espérance comme tremplin de l'action

[...]
La plupart des enseignants (hélas !) se donnent des projets. Ils voient clairement le point de départ de leur action, mais l'avenir demeure dans un flou qu'ils imaginent artistique : « J'irai le plus loin possible dans la présentation du programme officiel ; j'essayerai de mon mieux de faire assimiler son contenu aux élèves... Advienne que pourra. » La pédagogie par objectifs se construit au contraire de rançon rétroactive, en partant du point d'aboutissement espéré et en construisant un chemin réaliste pour y parvenir : « A la fin de l'année (du trimestre, de l'heure...), l'élève devra être capable de telle ou telle performance (au sens anglo-saxon du mot : action très concrètement décrite et si possible quantifiée). Cela étant, quelle trajectoire de formation sera la plus efficace pour y parvenir : quelle(s) méthode(s), quel(s) moyen(s) matériels, humains, intellectuels mettre en œuvre ?
[...]

Rien n'est plus réaliste que d'espérer

« Faut pas rêver ! » est un des refrains les plus tonitruants d'aujourd'hui : c'est l'hymne national du réalisme à tout crin, le chant de ralliement de ceux à qui « on ne la fait pas ». Pour les gens sérieux, objectifs, productifs, l'important, ce sont les résultats concrets, quantifiés : le rendement des capitaux investis, la performance des machines, etc.. « Laissons rêver, disent-ils, les songe-creux, les idéalistes généreux, les mystiques. Leurs belles pensées flottent quelques pieds au-dessus du sol et n'y retombent jamais. purs esprits, ils sculptent en imagination de grandioses cathédrales de nuages, mais qui ne disposent pas de parachute pour atterrir.

Et pourtant, par-delà les slogans et les partis pris, la pratique sociale, politique, industrielle nous démontre chaque jour qu'une forme d'espérance concrète articule l'utopie et le réel le plus concret, l'imagination et la ferme volonté. Le rêve n'est pas l'antithèse de l'action - notamment dans sa dimension créatrice de nouveautés - mais son préalable. Nombre de nos institutions sociales, nombre d'inventions technologiques ou de trouvailles artistiques ont d'abord été des rêves totalement utopiques, avant de devenir réalité. Espérances folles au départ que les congés payés, la sécurité sociale, l'énergie atomique, la relativité, la perspective italienne, la polyphonie...

« Rien n'est plus réaliste que de rêver » : tel était le refrain que je servais jusqu'à satiété. à mes étudiants - aussi bien les futurs ingénieurs en génie mécanique de l'Université Lyon 1, que les futurs enseignants de l'Institut supérieur de pédagogie à Paris. Rien n'est plus réaliste que de rêver, rien n'est plus réaliste que d'espérer concrètement, pour qui veut changer le monde.

 

page 41

La vérité est toujours triangulaire

Triangulation théologique :
la tolérance est la charité de la foi

[...]
Au plan humain comme au plan religieux, foi, espérance et charité forment système et s'altèrent si on les dissocie. Lorsque la foi disparaît, l'espérance devient un vague opium du peuple et la charité se dissout dans un humanitarisme douceâtre.
Lorsque la foi n'est plus équilibrée par la charité et l'espérance, elle devient un fanatisme prêt à toutes les violences - et la tolérance n'est autre que la charité et l'espérance de la foi ! Dans tous les domaines, la foi, l'espérance et la charité, dans leurs interactions et leur équilibration mutuelle, appellent un dynamisme de l'action. Seul l'agir concret permet au croyant de vérifier qu'il est en même temps et conjointement un espérant et un aimant, sans se payer de mots ! (Et c'est en ce sens, et en ce sens seulement, qu'on peut qualifier la foi, l'espérance et la charité de vertus, c'est-à-dire d'élans vers des réalisations pratiques.)
On peut dire aussi que, dans tous les domaines, la conjonction de la foi, de l'espérance et de la charité constitue une source de bénédictions, c'est-à-dire des paroles et des attitudes qui ouvrent à autrui comme à soi-même un avenir heureux.
[...]

 

 

page 52

Crore, espérer, aimer ne se conjuguent qu'au passif

[...]
La foi n'est décidément pas ce qu'on en dit...

[...]
Quand le croyant est pleinement sincère avec son vécu, il doit convenir que celui-ci ne peut s'exprimer qu'à la voix passive. La foi ne peut, en toute sincérité, affirmer : « Dieu existe » ou « Dieu est ceci ou cela ». Encore une fois, pour affirmer péremptoirement « Dieu est Amour, Dieu est Vérité, Dieu est toute Bonté », il faudrait être un super-Dieu capable de juger celui-ci d'en haut. La seule chose dont le croyant puisse parler en vérité, c'est la certitude (ou l'incertitude) plantée en lui d'être appelé, interpellé, aimé par un mystérieux Quelqu'un. Au cœur de la foi, il y a donc non une idée, encore moins une certitude rationnelle, mais seulement le sentiment intensément vécu d'avoir un interlocuteur.

De même, quand le croyant est pleinement sincère avec son vécu, il ne peut affirmer que Dieu le bénit, le regarde avec tendresse, qu'Il ne cesse de le créer et de le recréer... Bref que Dieu est Amour (et qu'importe, après tout, si, pour dire tout cela, il habille son sentiment de ses souvenirs ou de ses rêves d'enfant heureux, dont toutes les virtualités se trouvaient multipliées, enchantées parce qu'il se sentait aimé !). L’expérience religieuse consiste à sentir que Quelqu'un nous aime et qu'en nous aimant inconditionnellement, il épanouit notre vie dans toutes ses dimensions ; il nous ouvre un avenir positif pour aujourd'hui comme pour la suite de nos jours. On peut appeler cela l'espérance.
[...]

 

Le christianisme tourneboule
[...]
Les ministres de toutes les confessions chrétiennes sont confrontés, un jour ou l'autre, à des manifestations du « christianisme populaire » qu'on ferait mieux de qualifier de magique, car il représente une perversion marchande du sentiment religieux. Confronté à telle ou telle épreuve - maladie d'un proche, échéance professionnelle ou scolaire angoissante, etc. - certains fidèles envisagent d'offrir à Dieu un sacrifice pour se prémunir contre le pire : c'est juré, ils ne fumeront jamais plus ; ils feront un don mirobolant à telle œuvre caritative... à condition, bien sûr, que leur prière soit exaucée ! Il est bien difficile alors, au prêtre ou au pasteur, de dissuader ses interlocuteurs de prononcer de tels vœux en forme d'ultimatums, car c'est la conception même de Dieu qui est ici en question. Le Dieu chrétien n'est pas un Père Noël distributeur de bienfaits, ou ce dieu de Platon, montreur de marionnettes qui, à la prière des croyants, tire les ficelles des événements pour les rendre conformes à leurs attentes !

Il faut bien le reconnaître : cette perversion magique peut toucher le cœur même du christianisme. Par exemple, la façon de comprendre la mort du Christ a pu être totalement dévoyée en étant perçue dans la perspective « marchande », pour ne pas dire mercantile du sacrifice païen. Ainsi, Anselme de Canterbury (XIIe s.) construit une ébouriffante théorie de la « satisfaction » - en appliquant sans doute aux relations entre Dieu et les hommes celles du seigneur et de ses vassaux dans la féodalité médiévale. Dans son Cur Deus homo (Pourquoi Dieu [est-il devenu] homme), il explique benoîtement qu'aucun homme, aussi saint eût-il été, n'aurait pu « rembourser » à Dieu, même par le sacrifice de sa vie, la dette colossale contractée par l'humanité à travers ses myriades de péchés. Seul un dieu pouvait satisfaire aux exigences du sacrifice réparateur. D'où l'incarnation et la mort de Jésus, Fils de Dieu, devenu homme pour sauver l’humanité. Autrement dit : Jésus ne naît que pour mourir en sacrifice !
[...]

 

page 82

Conclusion
c'est Dieu qui espère en l'homme

[...]
Puisque, on l'a dit et redit, ce que Dieu fait pour l'homme, ce que Dieu est pour l'homme ne peut se concevoir qu'à la forme passive. Ainsi, lorsqu'on affirme : ce n'est pas l'homme qui croit en Dieu, c'est Dieu qui croit en l'homme ; ce n'est pas l'homme qui espère en Dieu, c'est Dieu qui espère en l'homme ; et bien plus que l'homme n'aime Dieu, c'est Dieu qui aime l'homme, car lui, est générosité absolue et sans partage ! Mais en parlant ainsi, le vécu dont on rend compte, en fait, c'est que le croyant se sent fondamentalement, infiniment aimé.

Quant à la foi et à l'espérance de Dieu en l'homme, l'idée est si inhabituelle qu'il n'existe pas de mots pour l'exprimer. Il faudrait pouvoir dire que le croyant se sent « espéré », « cru » par Dieu.
[…]

Il se sent cru : il a le vif sentiment que quelqu'un - qu'il a du mal à nommer mais qu'il imagine plein d'amour - lui fait infiniment confiance. Il se sent espéré : il a le vif sentiment que quelqu'un - qu'il a du mal à nommer mais qu'il imagine plein d'amour - a pour lui un beau projet, et que ce quelqu'un est convaincu qu'il est capable de l'accomplir - en dépit des apparences les plus décourageantes. Tout simplement, on l'a vu, parce que l'espérance est par nature tissée de foi et d'amour.
[…]

Puisque Dieu est Père, son amour pour les humains ne peut être que tissé d’espérance. Son amour, sa foi en eux leur ouvre un avenir. Tel que le croyant le ressent en lui-même, le Dieu Créateur n'a pas produit un univers immobile, une humanité définitive, mais un monde et son peuplement en évolution, lancé en avant dans l'aventure d'un progrès. Dieu a un rêve d'avenir pour l'homme !

Mais, encore une fois, ce rêve, on ne peut en avoir une idée qu'indirectement, par les effets qu'il induit sur le croyant (l'aimant, l'espérant) : qu'est-ce que ça lui fait de se savoir si fondamentalement aimé, espéré, cru ?
[...]

Le 8 décembre 1948 est sans doute l'une des dates les plus essentielles pour l'humanité: avec la signature de la Déclaration universelle des droits de l'homme aux Nations-Unies, pour la première fois peut-être de l'histoire, les humains explicitent la façon dont ils entendent être respectés, dans tout ce qui fait leur humanité - toute considération de race, de religion, d'état social mis à part.

Bref, le rêve de Dieu sur l'homme, l'espérance de Dieu en l'homme, c'est l'homme lui-même : une humanité en voie de devenir pleinement humaine. L’homme espérance de Dieu, c'est l'homme en marche vers son accomplissement, l'homme en espérance d'être pleinement humanisé, « parvenu à sa taille adulte » (Ephésiens 4, 13) ; l'homme « qui peut se tenir debout devant son Seigneur » (Luc 21.36), quand celui-ci reviendra, « à la plénitude des temps » (Ephésiens 1.10) - non pas l'esclave rampant d'un Dieu tyrannique et qui, comme dit le psaume, « regarde la main de son maître » (Psaume 123) avec inquiétude : de peur d'être battu, sans doute ! Et cet horizon d'humanité, c'est la fierté paternelle du Dieu-Amour, son espérance, son évangile, la bonne nouvelle qui doit être annoncée en son nom, voire criée sur les toits (Luc 12.3) : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. »

 

 

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