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Être un croyant du 21e siècle

dans une société laïque


critique vigoureuse du philosophe au discours psychotique

 

Bruno Dal-Palu

psychologue - psychothérapeute - docteur en études psychanalytiques. 

 

article publié dans Paraboles.net
et dans le journal Réforme

 


16 janvier 2016

Dans le débat sur le centenaire de la loi 1905, qui fixe les règles légales de la laïcité en France, on pourrait s’interroger sur la structure psychique de l’iconoclaste qui dans cette affaire écrit : « L’athéisme n’est pas une thérapie mais une santé mentale recouvrée ». Compte tenu du tapage médiatique autour de cet auteur, chacun aura subodoré qu’il s’agit de Michel Onfray dans son Traité d’athéisme (p. 30). Il est singulier de noter en préambule à notre réflexion qu’il s’agit d’un ouvrage préfacé par l’auteur lui-même, dont les quelques lignes de cet article pourraient être la postface d’un lecteur qui n’a pas été séduit par la solide cohérence du propos, mais plutôt inquiété par l’étrange méchanceté du discours envers les intellectuels croyants. Cette « inquiétante étrangeté » m’a rappelé quelque chose soufflée par Freud en son temps, à savoir : « Névrose, psychose ou perversion » ? Je me garderais de faire un diagnostic précis sur la structure psychique de l’auteur ne l’ayant pas comme patient, mais je tenterai une supposition pour éviter d’être sur le même plan que celui-ci, lorsqu’il se permet des interprétations psychologiques outrageantes concernant certains auteurs.

Quel que soit le référentiel diagnostic on peut en effet légitimement s’interroger sur le trouble de la personnalité du quidam qui se dit philosophe, et considère qu’avant lui toute l’ humanité qui a cru dans le divin était un ensemble d’imbéciles naïfs souffrant d’une « pathologie psychique » et qu’en prophète de l’athéologie, il prédit de manière contradictoire que le « dernier dieu disparaîtra avec le dernier homme » et qu’une « ère post-chrétienne va prendre la suite, inévitablement ». On peut également s’inquiéter lorsqu’il déclare : « Mon athéisme s’active quand la croyance privée devient affaire publique et qu’au nom d’une pathologie mentale personnelle on organise aussi pour autrui le monde en conséquence » (p.29). De qui parle-il ? Mais, outre cette projection, je m’inquiète qu’un homme aussi érudit que lui ne sache raisonner qu’à partir de la lettre imprimée, ce qui l’a conduit à conclure que la Bible se fonde sur la haine de l’intelligence, puisque selon lui : « La Genèse enseigne déjà cette détestation du savoir : car ne l’oublions pas, le péché originel, la faute impardonnable transmise de génération en génération c’est d’avoir goûté au fruit de l’arbre de la connaissance». (p.173).

Comment un philosophe qui se prétend d’une intelligence si supérieure peut-il entretenir une telle confusion entre le texte et l’interprétation du texte et prendre un texte « religieux » pour un texte scientifique sans s’apercevoir qu’il est aussi hors de propos de reprocher à un texte religieux de ne pas parler le langage de la science qu’il le serait à un texte poétique de ne pas être cartésien. De deux choses l’une,  soit il ne s’agit que d’un « rat de bibliothèque », c’est-à-dire d’un rigoureux collectionneur de textes dont le sens lui échappe, auquel cas, il serait pardonnable, à condition qu’il renonce à sa prétention philosophique, soit il s’agit d’un philosophe au discours aussi psychotique qu’Althusser qu’il semble admirer et dont il imite la dialectique. Car, en dehors de cette hypothèse, comment comprendre qu’il confonde la spiritualité qui est une aspiration à la transcendance et la religion qui relève de l’immanence des dogmes et des rituels sans supposer que sa structure de son discours lui interdit l’accès à cette subtilité ?

D’autant que, dans cet ouvrage à prétention philosophique, cet athée militant parsème son texte d’indices inquiétants pour sa santé mentale dont il affirme pourtant être pourvu. Pour commencer soulignons, comme premier exemple, le fait qu’il qualifie de « Délire d’un hystérique » (p.165) les propos de Paul de Tarse appelé par beaucoup St Paul, en ajoutant qu’il « crée le monde à son image. Et cette image est déplorable : fanatique, changeant d’objet – les chrétiens puis les païens, un autre signe d’hystérie… -malade, misogyne, masochiste…(p.166) (…) Tout sauf le registre sexuel… Or, l’hystérie suppose un potentiel libidinal affaibli, voir nul (p.167) (…) A partir de sa physiologie délabrée, Paul milite pour un monde qui lui ressemble. Sa haine de soi se transforme en une vigoureuse haine du monde et de ce qui fait son intérêt. (p.169). Incapable d’accéder aux femmes ? Il les déteste…Impuissant ? Il les méprise. Excellente occasion de recycler la misogynie du monothéisme juif– dont héritent le christianisme et l’islam. (…) Deux millénaires de punitions infligées aux femmes uniquement pour expier la névrose d’un avorton ! (p. 171) ».

Si St Paul n’est qu’un pauvre névrosé, que penser de ce philosophe qui ne peut entendre un texte à partir de la place d’où il s’énonce ? D’autant que, fait inquiétant, il titre un paragraphe de son pamphlet : La contextualisation, une sophisterie. (p.207) et il poursuit en écrivant : « Je tiens pour l’impitoyable lecture historique des trois livres prétendus sacrés…Les Fables juives sur Canaan, les prophéties génocidaires mosaïques, la perspective d’un décalogue communautaire, la loi du talion, le fouet contre les marchands du Temple… (…) Ces trois livres servent le plus souvent qu’à leur tour la pulsion de mort consubstantielle à la névrose de la religion d’un seul Dieu » (p.209). Manifestement, il n’accède ni à la métaphore, ni aux paraboles qu’il lit au premier degré, et s’offusque que les textes sacrés soient « un tissu de contradictions » (p.159). Peuchère, mes patients psychotiques ont fait la même observation, cela pose question, surtout lorsqu’il s’enquière de savoir le niveau culturel de Paul et qu’il affirme :  « Rien ou si peu. (…) Son style lourd, emprunté, compliqué… » (p.173). Alors que ce Paul de Tarse n’était ni plus ni moins que l’élève d’un des plus grands rabbins et kabbalistes de sa génération : le rabbin Gamaliel. Or, si après vérification clinique, notre hypothèse se fait thèse, la charité judéo-chrétienne voire islamique, nous obligerait encore à lui pardonner pour ses propos incendiaires, voire insultants, qui ne seraient alors que l’expression d’une souffrance et d’une impossibilité d’appréhender la complexité de la réalité notamment dans sa dimension symbolique. Dès lors, il nous paraît plus aisé d’accepter qu’il ne puisse pas accéder à la pensée complexe et paradoxale paulinienne, d’autant qu’ayant pour projet d’être « un hédoniste éthique », il lui serait alors très difficile d’adhérer à cette évidence : « Tout m’est permis, mais tout ne m’est pas utile, tout m’est permis, mais je ne laisserai pas asservir par quoi que se soit » (1, Cor, 6,12).

Mais le pardon n’exclue pas la vigilance quant à la dangerosité de sa croisade et de ses mots d’ordre d’athéiste militant résumé dans cette déclaration : « Dépassons la laïcité encore trop empreinte de ce qu’elle prétend combattre ». Car, selon lui : « en mettant à égalité toutes les religions et leur négation, comme y invite la laïcité qui triomphe aujourd’hui, on avalise le relativisme : égalité  entre pensée magique et la pensée rationnelle, entre la fable, le mythe et le discours argumenté, entre le discours thaumaturgique et la pensée scientifique… (p.260) ». Il est clair que de tel propos ont quelques relents abolitionnistes dans le débat sur la loi de 1905, dans le sens d’une éradication du religieux, d’ailleurs il ajoute : « Or tous les discours ne se valent pas   : ceux de la névrose, de l’hystérie et du mysticisme procèdent d’un autre monde que celui du positiviste (…) »(p.261). Voilà une surprenante traduction française d’un vieil argumentaire qui avait déjà eu court dans certaines « républiques » dites démocratiques, à l’Est d’un mur que de vrais démocrates ont eu tant de mal à détruire. Et il conclut :  Doit-on rester neutre ? Je ne crois pas » (p.261). 

Ce sera le seul point que je partage avec ce livre, puisqu’en effet, on ne peut rester neutre devant de tels propos. Si l’on peut apprécier le pédagogue qui va souvent chercher des textes inédits, pour faire comprendre aux auditeurs d’un public populaire l’intérêt de la philosophie, il nous faut dénoncer le caractère totalitaire d’une telle argumentation fondée sur une apparente cohérence. Nous n’avons pas à faire plus de concession au sectarisme athée qu’au sectarisme religieux, ce sont deux logiques rougies par le sang d’innocents. C’est pourquoi il ne faut pas être dupe d’une « déconstruction » simpliste en rappelant à chaque lecteur qu’il n’y a rien de plus cohérent qu’un délire (notamment paranoïaque) qui du point du vue du discours psychotique qui l’énonce n’a de cesse de se moquer de la réalité complexe qui est ipso facto hors sens pour lui, ce qui ne veut pas dire qu’il énonce le bon sens.

 


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