Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Libre opinion

 

Billet d’humeur d’un écologue

Jean-Claude Lacaze


13 janvier 2016

S’ouvrir à l’écologie (1), un enjeu vital pour les Eglises chrétiennes.
« La religion qu’on appelle le christianisme est mourante, elle est la victime d’une vue considérablement agrandie de l’Univers par la science actuelle. » (2)

Aujourd’hui en Europe, le déclin du christianisme s’accélère. Le paradoxe du christianisme en France, religieusement minoritaire est qu’il est culturellement majoritaire. (3)

Aux chrétiens cultuels (pratique régulière du culte), s’ajoutent à présent, pour une bonne part, les chrétiens culturels. Ils ne fréquent guère les Eglises, ou seulement pour des cérémonies exceptionnelles. Les chrétiens culturels ne croient pas en Dieu ou sont dubitatifs. Ils occultent la « vie éternelle », quête égoïste du « salut », non-sens écologique.

Toutefois ils se revendiquent comme chrétiens. Ils restent souvent attachés à la notion de transmission de la foi et des valeurs chrétiennes, ils pensent qu’il est important de ne pas oublier nos racines religieuses. Les Evangiles - les récits de la vie de Jésus et ses paroles - constituent pour eux une véritable nourriture spirituelle. Le christianisme est pour eux un message qui a percuté l’histoire, des valeurs pour donner un sens à leur vie et des orientations pour la conduire. De nombreux intellectuels athées, (ils désapprouvent l’institution-Eglise à laquelle ils reprochent ses dogmes et sa doctrine) saluent le message « pionnier » de Jésus qui à travers les évangiles prône l’amour du prochain, le don de soi, certains de ces penseurs font même de cet amour, une condition de survie pour l’humanité.

La Révélation ne suffit pas à l’homme du XXIe siècle, qui rejette le « surnaturel » et préfère le « concret », la science à la Révélation. Il veut être habité par une vision cohérente du monde, par la raison, avoir un support scientifique à sa croyance.

Plusieurs philosophes prenant acte du déclin de l’institution ecclésiale dans les démocraties modernes, comme de l’irréversibilité de la sécularisation s’interrogent sur l’avenir possible du christianisme. Ainsi Luc Ferry propose une morale humaniste post-religieuse soucieuse de garder l’essentiel du christianisme et son idéal chrétien particulièrement précieux, de s’approprier le contenu (l’humanisme) du christianisme sans s’attacher à la forme religieuse.

Aujourd’hui l’urgence est de préparer l’avenir de ceux que nous aimons le plus, c’est-à-dire des générations futures. » L’écologie, et c’est son principal point fort, porte ainsi au cœur du débat public la question de cet avenir. Elle nous invite à sortir du « court-termisme » propre au capitalisme mondialisé et aux démocraties d’opinion. » (4)

Malheureusement, « Le christianisme qui nous a façonnés est une religion totalement ouverte sur l’humain, avec ces valeurs cardinales que sont la charité et l’amour, mais fermée à la nature et au monde animal. » (5) Il génère un humanisme anthropocentriste radical, qui met l’homme au centre de l’univers, avec un objectif conquérir la nature et la dominer.

En 1967, l’historien américain et théologien protestant Lynn White (6) a accusé le judéo-christianisme d’être en bonne partie responsable de la dégradation de l’environnement. Pour lui le christianisme est la religion la plus anthropocentrique que le monde ait jamais connue. Ramenant tout à l’homme il a oublié la nature !

Pour White « Recourir à toujours plus de sciences et de technique ne nous fera pas sortir de la crise écologique actuelle, à moins que nous ne nous dotions d’une autre religion ou que nous repensions l’ancienne.

 

Le christianisme peut-il se refonder ?

Le catholicisme plombé par les dogmes accumulés au cours des siècles, par le refus de toute réforme, présente un blocage écologique majeur. L’Eglise ne s’intéresse qu’à l’homme, et ne saisit pas que lorsque les lois de la nature sont négligées, la situation matérielle des populations humaines se dégradant, le sociétal, le social comme le message évangélique sont difficiles à mettre en œuvre. (7)

Le succès médiatique et diplomatique de l’encyclique du pape François sur l’écologie (mai 2015) (8) pourrait donner le change. En fait la parole du pape n’engage que lui et ne reflète en rien l’attitude attentiste traditionnelle de l’institution-Eglise sur la question de l’environnement. Le pape, monarque absolu d’une organisation idéologique ne peut pas refonder la spiritualité et l’idéologie de cette organisation, mais il peut lancer un ballon d’essai, agir par la bande… une pratique dont il a le secret.

L’Eglise romaine reste étrangère à l’écologie et aux sciences de la nature, elle s’interdit ainsi tout renouveau. Rappelons qu’au siècle dernier le père Teilhard de Chardin grand savant jésuite, qui fut tout à la fois géologue, paléontologue, philosophe, théologien, avait développé une éco-spiritualité à l’échelle du monde contemporain. Dans un texte prémonitoire rédigé en 1937, il écrivait, à juste raison, que le christianisme pour se maintenir devait intégrer l’évolution dans la religion, L’Eglise tournera le dos à Teilhard, il sera interdit d’enseignement et exilé…(9)

Les rares tentatives au sein de la communauté chrétienne pour promouvoir un christianisme écologique n’ont recueilli que peu d’échos. (10) Il est vrai que les tenants d’un christianisme écologique version romaine voudraient que l’Eglise change (s’écologise), mais souhaiteraient aussi qu’on ne s’attaque pas à la doctrine, aux rites, aux sacrements…Il s’agit évidemment d’une mission impossible !

 

Qu’en est-il du protestantisme ?

Michael Dowd, pasteur américain, avocat d’un christianisme cosmique évolutionniste propose une refondation du religieux dans un sens écologique, évolutionniste, cosmique. Il est l’auteur du bestseller « Thank God for the Evolution. » (11) Pour lui, « Dieu est une personnification et non une personne ». L’Ultime n’a, en soi, aucun trait de caractère ni aucune personnalité qu’elle qu’elle soit en dehors de eux que nous projetons nous-mêmes sur lui. Bref Dieu n’est pas une personne mais « une force évolutive universelle qui maintient le monde. » (12)

« Un tel changement de l’image centrale de la tradition abrahamique sera considérée à l’avenir comme un considérable renouveau théologique. Ce changement – et ses conséquences logiques – permettra de réconcilier la science et la religion (…) en « naturalisant » la religion, en la rendant « réaliste »

Un tel changement oblige à un sérieux renouvellement de notre réflexion sur la « volonté de Dieu », l’ « orientation donnée par Dieu » en ne la cherchant plus dans les anciens textes mais dans l’approfondissement de la tradition scientifique globale. Autrement dit : les faits sont la langue maternelle de Dieu. Ne nous y trompons pas : il y a un seul Dieu – et un seul – auquel nous devons être soumis et dont nous subissons la colère. Que nous nommions cette Réalité « « Abba », «Allah », « Seigneur », « Nature » ou autrement, nous devons prendre au sérieux les avertissements prophétiques des scientifiques concernant le réchauffement climatique et la santé globale du monde et de la vie sur Terre. Comme tout ce qui vit sous le soleil, les religions doivent évoluer ou disparaître. « Etre fidèle à Dieu » veut dire vivre en bonne relation avec notre planète dans toute sa gloire, ses diverses espèces et ses cultures. Honorer notre Nature personnelle et celle du monde, et revenir vers la Réalité. » (13) Pour Dowd la religion et la science ne s’excluent pas, cette dernière est le langage de Dieu. Son christianisme est teinté d’un panthéisme rationnel, d’un matérialisme évolutionniste. Pour lui l’écologie est la nouvelle théologie.

En France, Théodore Monod (1902-2000) qui s’inscrit dans le courant du libéralisme protestant, va proposer un retour au christianisme épuré des origines et élargir le commandement d’amour chrétien à tous les vivants ouvrant ainsi la voie au christianisme à venir, à une théologie de la nature. Pour lui Jésus est l’homme le plus proche de Dieu ou encore son principal prophète, mais il n’est pas Dieu pour autant ; homme exceptionnel Jésus a engagé un programme résumé par le Sermon sur la Montagne (Matthieu, 5-7) base de sa loi d’amour. Les béatitudes (Matthieu 5 1-12) prologue du Sermon constituent son horizon spirituel. C’est ce programme, qui fonde aussi bien l’espérance, la spiritualité que les choix et les refus de Théodore Monod. Un programme qu’il considérait d’ailleurs volontiers comme utopique en ce sens que, pour lui, l’histoire du christianisme ne fait que commencer. Il allait même jusqu’à dire malicieusement « on n’a pas encore essayé le christianisme. Il est grand temps de commencer... »

Sa démarche s’inscrivait dans deux pôles : une poursuite de l’absolu, avoir les Béatitudes (le commandement d’amour) comme horizon en regard de l’autre pôle, la menace qui pèse aujourd’hui sur l’humanité, une menace extrême qui va jusqu’à cette question, titre d’un de ses derniers livres : « Et si l’aventure humaine devait échouer. » (14) La solution est que face à la menace d’un désastre écologique, notre civilisation doit revoir son modèle, repenser sa spiritualité. Le commandement d’amour « révélé » par Jésus doit être notre moteur de civilisation. Sans empathie nous sommes condamnés… Homme de science, très au fait des acquis scientifiques contemporains, comme naturaliste et notamment sous l’angle de l’évolutionnisme, il ne voyait pas en quoi un chrétien serait gêné par la science, par la découverte de l’évolution biologique notamment. Pour lui deux éléments majeurs structurent la pensée moderne : l’unité des choses et l’évolution des choses.

Nous avons découvert que tout bouge, tout évolue, d’où une vision très neuve de l’univers. On ne peut plus croire à la stabilité définitive de toute chose, il n’est plus possible d’accepter la « traditionnite » de l’Eglise officielle. Il va falloir choisir : accepter l’hominisation véritable, c’est-à-dire la sympathie et la pitié pour tous les êtres, le respect de la vie…ou disparaître. L’élargissement du commandement d’amour chrétien à tous les vivants s’impose donc.

 

Quel credo pour demain ?

La conscience écologique et plus globalement la nouvelle vision de l’Univers élargie par la science, génèrent une réforme de notre mode de pensée, de nos spiritualités. Elle nous conduit à marier science et religion. L’altruisme au plus haut degré, spécificité chrétienne, doit englober la nature du fait de la parenté inter-espèces, de cette incroyable unité du vivant que nous révèle la science, un gage d’harmonie entre les constituants de la biosphère. Aussi, le commandement d’amour élargi : « Tu aimeras ta planète comme toi-même » doit être d’urgence ajouté aux dix commandements du décalogue. La conférence de Paris sur le climat (fin 2015), qui a uni tous les pays de la planète dans une même croisade climatique est un immense succès. Toutefois un accord global entre les nations concernées, ne résoudra pas durablement la menace qui pèse sur l’humanité, car si la crise a bien sûr une dimension politique, économique, institutionnelle et technologique, elle a aussi et surtout une dimension spirituelle. Effectivement pour surmonter la crise écologique il va falloir quelque chose d’aussi puissant que l’immense élan de foi qui a fait naître les cathédrales au Moyen Age. Ce quelque chose à présent c‘est accepter Darwin c’est à dire s’ouvrir à l’évolution de l’univers et de la vie ! L’évolutionnisme n’occulte pas le religieux traditionnel mais le transcende. Rappelons que le prophète galiléen il y a 2000 ans, n’était « pas venu abolir mais accomplir » (Matthieu 5, 17)

Aujourd’hui « accomplir » c’est prendre en compte ce que Michael Dowd appelle « la grande histoire » : l’évolution de l’univers, de notre planète, de la vie, de l’homme. Il s’agit d’élargir le message altruiste chrétien, « révélé » par Jésus il y a 2000 ans, à notre maison la Terre et à tous ses habitants : les animaux, les végétaux, l’air, l’eau, la terre. L’objectif est de parvenir à une adéquation entre populations, ressources et environnement ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. La civilisation judéo-chrétienne, moteur de la modernité a oublié la nature. Cette dernière se rappelle à nous avec la crise écologique mondiale qui est aussi une crise morale. Il s’agit maintenant d’élargir le message altruiste chrétien à notre maison la Terre et à tous ses habitants, de construire un christianisme adapté aux nouveaux défis, de cheminer vers une civilisation de l’empathie. (15)

Il va falloir instituer une marche à suivre, des pistes d’action, en premier lieu une alphabétisation aux sciences de l’évolution et de l’écologie. Effectivement le darwinisme qui est pourtant la grande révolution scientifique et intellectuelle de l’occident à propos de la nature est purement et simplement ignoré dans les enseignements philosophiques et théologiques. Que sont pour eux les révolutions darwinienne et écologique ? Comment peuvent-ils alors éveiller la responsabilité des fidèles, des plus jeunes notamment à l’égard de la nature ? Comment leur faire découvrir sa diversité, sa beauté et surtout l’origine fabuleuse de ce patrimoine qui pour se construire, a demandé des millions d’années ?

Il est vrai que « L’acquisition de connaissances scientifiques est généralement plus difficile que celle de représentations religieuses. » (16) S’ouvrir à la science, au réel, aux faits, c’est aborder un texte sacré, non comme un monument qu’on visite à genoux, face contre terre, qu’on lit en boucle et qu’on finit par idolâtrer, mais comme l’aboutissement d’une histoire et le commencement d’une autre.

Nous avons proposés (17) d’autres pistes d’action qu’il conviendra de diversifier et de développer inlassablement pour sortir du moyen âge : Réorienter le concept de développement durable/réconcilier la science et les textes sacrés/repenser morale sexuelle et contraception/construire une sobriété heureuse./privilégier le végétarisme/développer l’agro-écologie/réclamer une éthique envers les animaux/instituer un culte à dimension évolutionniste et cosmique

Si le christianisme romain bloqué par ses dogmes, sa doctrine et sa politique institutionnelle a perdu toute crédibilité pour intervenir sur la cause environnementale, le protestantisme libéral ne pourrait-il, sur les pas de Théodore Monod et de Michael Dowd, assurer cette transition spirituelle à la fois écologique et évolutionniste ? Il y a là un champ missionnaire immense. Une chose est certaine, sans mobilisation autour d’un thème fort, d’une mission, de défis à relever, il n’y aura pas de renouveau.

 

_________________________

 

NOTES

1. Ecologue : Les chercheurs en écologie ou écologues ont choisi ce qualificatif après avoir abandonné celui d’écologistes réservé aux verts, aux politiques…

2. John Shelby Spong, Jésus pour le XXIe siècle, Karthala, 2014, p. 309.

3. Jean-Claude Lacaze, Le christianisme à l’ère écologique « Tu aimeras ta planète comme toi-même », L’Harmattan, 2013, p. 59.

4. Luc Ferry, De l’amour. Une philosophie pour le XXIe siècle, Odile Jacob, 2012, pp. 98-99, 239.

5. Edgar Morin, L’an I de l’ère écologique et dialogue avec Nicolas Hulot, Tallandier, 2007, p. 105.

6. Lynn White historien des sciences et des techniques médiévales a soutenu la thèse de la responsabilité du christianisme dans la dévastation de la nature par la techno science occidentale avec l’article The historical roots of our ecological crisis, Science, 1967, pp. 1203-1207.

7. Les lois qui gouvernent l’univers (la terre, la vie, l’homme…) ne peuvent être violées sans dommage pour l’humanité. Ainsi, du fait du non-respect des lois de l’écologie, la surpopulation et son cortège de milliards de pauvres, empêche tout progrès éthique de la société. Elle génère l’obscurantisme et le fanatisme, les médias l’illustrent chaque jour abondamment !

8. Pape François, Loué sois-tu ! Sur la sauvegarde de la maison commune, Lettre encyclique Laudato si, 24 mai 2015, Pierre Téqui, 2015.

9. Pierre Teilhard de Chardin, L’énergie humaine, Seuil, 1962, p. 208 (Teilhard est brièvement cité dans l’encyclique p. 48)

10. Hélène et Jean Bastaire, Pour une écologie chrétienne, Cerf, 2004.

11. Michael Dowd, Thank God for Evolution, A Plume book, 2008.

12. Jean Onimus, Ce que Jésus a vraiment dit, 2005 (manuscrit en ligne, p. 73) et Wikipédia.

13. Michael Dowd, « Dieu n’est pas une personne », Protestants dans la Ville (14 octobre 2015), traduction Gilles Castelnau.

14. Théodore Monod, Et si l’aventure humaine devait échouer, Grasset, 2003, pp. 16-17.

15. Jean-Claude Lacaze, 2013, op. cit.

16. Pascal Boyer, Et l’homme créa les dieux, Folio essais, Gallimard, 2003, pp. 468-469.

17. Jean-Claude Lacaze, 2013, op. cit. p. 72.


 


Retour vers "libres opinions"
Vos commentaires et réactions

 

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.