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Les mages ou la recherche de Dieu

 

Matthieu 2.1-12

 

prédication

pasteur René Lamey 

 

12 janvier 2016

 Je vous propose aujourd’hui de rester dans le temps de l’épiphanie et de relire, peut-être pour la Nième fois ce récit bien connu, trop ( ? ) bien connu de la venue des mages auprès de l’enfant Jésus. On le connait si bien, ce récit, qu’on ne voit plus ce qu’il pourrait encore nous apprendre. Tant et si bien que, pour apprendre quelque chose de ce texte, il faut peut-être commencer par désapprendre ! C’est-à-dire mettre de côté, ne fut-ce que le temps de cette prédication, tout ce que la Tradition chrétienne a rajouté, c’est-à-dire le nombre de mages, leurs noms, leur race, leurs aventures, la galette, la fève, etc, etc. Tout cela est peut-être intéressant, ça nourrit notre imagination, mais, au fond, ce n’est pas si important. Même chose pour l’étoile, elle fait partie du décor, mais il n’est pas nécessaire de scruter le ciel antique pour voir si elle a bien traversé la voute céleste ou non.

Ce qui compte, ce n’est pas le comment (comment les mages ont découvert l’étoile, comment ils se sont mis en route, comment ils sont venus à Jérusalem) ; ce qui est primordial, c’est le pourquoi ! Quelqu’un a dit : « Quand on possède le ‘pourquoi’ de sa vie, on s’accommode à peu près de tous ses ‘comment’ » (Nietzsche)

Pourquoi ce récit au début de l’évangile ? Pourquoi ces mages ? Qu’est-ce que la communauté chrétienne primitive a voulu nous dire en nous livrant cette histoire ? Quel est le sens profond de cette quête ? Puisque, au fond, c’est bien une quête, une recherche qui est mise en scène : « Où est le Roi des Juifs qui devait naître ? » demandent sans cesse les mages.

De quelle quête est-il question ici ?

Voici des hommes qui ont une grande connaissance : les mages sont des experts du ciel, c’est-à-dire des astres, ce sont des astronomes aguerris ; à cette époque, qui dit astronome dit aussi astrologue ; ces deux domaines, étrangers l’un à l’autre aujourd’hui, furent liés pendant de longs siècles. Astrologue, ce qui signifie aussi connaissance des croyances, des coutumes religieuses en vogue de leur temps.

On prêtait aux mages une grande sagesse : à force de scruter l’infini du ciel, on finit par prendre du recul, par devenir un peu philosophe. Mais aussi : lever continuellement le nez vers le ciel conduit inévitablement à se poser un jour la question de Dieu. C’est précisément la vraie question que pose le récit des mages : où est Dieu ? Comment le connaître ? Comment le rencontrer ? Comment l’expérimenter ?

Où se trouve Dieu ? C’est aussi une question actuelle. Chaque religion la pose. Chacune essaie d’y répondre. Ce qui complique la tâche du chercheur de Dieu.

Où trouver Dieu ? Ce récit ne fait pas que poser la question, il donne aussi une réponse, une réponse originale et pertinente, comme nous le verrons plus loin.


Matthieu 2.1-12
1 Jésus était né à Bethléhem en Judée, sous le règne du roi Hérode. Or, des mages venant de l’Orient arrivèrent à Jérusalem. 2 Ils demandaient : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile, et nous sommes venus lui rendre hommage.
3 Quand le roi Hérode apprit la nouvelle, il en fut profondément troublé, et tout Jérusalem avec lui. 4 Il convoqua tous les chefs des prêtres et les spécialistes de la Loi que comptait son peuple et il leur demanda où devait naître le Messie. A Bethléhem en Judée, lui répondirent-ils, car voici ce que le prophète a écrit : 6 Et toi, Bethléhem, village de Judée, tu n’es certes pas le plus insignifiant des chefs-lieux de Juda,car c’est de toi que sortira le chef qui, comme un berger, conduira Israël mon peuple.
7 Là-dessus, Hérode fit appeler secrètement les mages et se fit préciser à quel moment l’étoile leur était apparue. 8 Puis il les envoya à Bethléhem en disant :
—Allez là-bas et renseignez-vous avec précision sur cet enfant ; puis, quand vous l’aurez trouvé, venez me le faire savoir, pour que j’aille, moi aussi, lui rendre hommage.
9 Quand le roi leur eut donné ces instructions, les mages se mirent en route. Et voici : l’étoile qu’ils avaient vu se lever les précédait. Elle parvint au-dessus de l’endroit où se trouvait le petit enfant. Et là, elle s’arrêta. 10 En revoyant l’étoile, les mages furent remplis de joie. 11 Ils entrèrent dans la maison, virent l’enfant avec Marie, sa mère et, tombant à genoux, ils lui rendirent hommage. Puis ils ouvrirent leurs coffrets et lui offrirent en cadeau de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
12 Cependant, Dieu les avertit par un rêve de ne pas retourner auprès d’Hérode. Ils regagnèrent donc leur pays par un autre chemin.

 

Voilà donc des hommes qui se mettent en chemin. Ils vont à la recherche de Dieu. Ils quittent leurs livres, leurs instruments, leur environnement, ils laissent derrière eux leur savoir et leurs certitudes. Pour trouver Dieu, il faut parfois laisser derrière soi ce qu’on pensait savoir de Dieu et recommencer à zéro. C’est comme en amitié ou dans le couple : on pensait le (la) connaitre, et puis soudain, au détour d’un événement quelconque (‘une étoile dans le ciel’), on se rend compte qu’il (elle) est différent(e) de ce qu’on imaginait ; il faut repartir à zéro : c’est une expérience un peu troublante, mais très enrichissante pour celui ou celle qui a le courage de la vivre.

1. La recherche des mages passe par la capitale d’Israël et plus précisément, le palais et son hôte, le grand roi Hérode. Il est grand, il est roi, il habite un palais doré, mais il ne sait pas où se trouve Dieu. Il s’inquiète, il s’énerve, il tremble, il est troublé, il a peur, il n’a pas la paix de Dieu au fond de lui.

Pour tout lecteur qui voit un peu plus loin que le bout de son nez, Jérusalem, le palais, le roi Hérode, tout cela symbolise le pouvoir, et, en l’occurrence, le pouvoir politique.

Conclusion de la première étape : Dieu ne se trouve pas dans le pouvoir politique. Que le pouvoir politique se croit investi par Dieu est une chose (c’est ce que pensent Hérode et César et tant de tyrans au travers l’Histoire), que le pouvoir politique utilise le nom de Dieu pour renforcer son pouvoir est une autre chose, et pas des plus belles, mais y trouver Dieu, ça, nous disent les mages, non, ce n’est pas possible. En réalité, c’est plutôt l’inverse : à certains égards, le Nouveau Testament nous dit que le monde politique est régi par le mal, la division, le mensonge (= « Je veux lui rendre hommage... ») le conflit, la guerre et la mort ; cf. Matt 2.16 : le massacre des enfants (dans le même chapitre).

2. Après le pouvoir politique, les mages rencontrent le pouvoir religieux = les chefs des prêtres et les interprètes de la Loi ; tout le gratin religieux est convoqué, on appelle les meilleurs, les plus érudits, ceux qui savent ; ils accourent avec les rouleaux de la Torah pleins les bras, avec les anciens parchemins plein les mains. Ils ont la bonne tradition, ils ont les bons textes, les bons rites, le bon culte, les bons chants, ils ont la Bible, ils la connaissent par cœur, mais, problème : ils se savent pas où est Dieu, car Dieu n’est pas dans un livre, même si c’est un livre sacré. Ils citent quelques textes, ils font étalage de leur connaissance en matière de religion, mais, Dieu, non, ils ne l’ont pas trouvé. En revanche, ils ont trouvé une religion, ce qui n’est pas la même chose. Ne confondons pas, ne superposons pas religion et Dieu.

Après l’échec du pouvoir politique, c’est l’échec du pouvoir religieux, représenté par les prêtres et les interprètes de la Loi.

Conclusion de la seconde étape : Dieu ne se trouve pas dans la religion. Mais par rapport au politique, la religion a quelque chose en plus : d’une manière générale, elle pointe vers Dieu (les prêtres donnent une direction : Bethléhem) ; elle dit des choses sur Dieu, mais dire des choses sur Dieu n’est pas Dieu ; méfions-nous des définitions : elles risquent d’enfermer Dieu... Dieu est plus que les plus belles définitions ou les beaux dogmes.

La religion dit des choses sur Dieu, mais elle dit surtout des choses sur l’homme, sur sa recherche de sens, sur son angoisse de vivre et de mourir, sur son besoin de transcendance.
Remarque : ne me faites pas dire ce que je ne veux pas dire : il y a certainement quelque chose de Dieu même dans la politique, même dans la religion. Mais les mages nous disent que ce n’est pas là qu’il faut chercher Dieu en premier.

3. Il faut aller plus loin. Quitter les hautes sphères politiques et religieuses (et peut-être universitaires), quitter les foules de la capitale, quitter son bruit, son incessante et entêtante activité, et se rendre dans le désert, s’arrêter dans un petit village inconnu, frapper à la porte d’une humble maison, rencontrer une femme et son enfant.

Que se passe-t-il dans la tête et le cœur des mages ? Ils se mettent à genoux, ils ouvrent leurs trésors, en un mot : ils trouvent Dieu, ils font l’expérience de Dieu.

Ils ne sont pas au Temple, ce n’est pas dimanche, il n’y a aucun signe religieux : pourtant, Dieu est là. C’est la pointe du récit. L’achèvement de la quête. Ils ont trouvé Dieu.

Maintenant, question difficile : qu’est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce que cela nous dit sur la quête de Dieu, et sur le fait de trouver Dieu à cet endroit précis, dans ces circonstances-là ? Autrement dit : où Dieu se  trouve-t-il ? Si ce n’est pas dans la politique, ni dans la religion, où Le trouve-t-on ? Comment Le trouve-t-on ?

Que veut nous dire le récit des mages ?

En bien voilà mes réponses, inspirées de la rencontre sobrement décrite par Matthieu :
Si vous cherchez Dieu, vous aurez beaucoup de chances de le trouver :
- pas nécessairement dans un Temple ou une chapelle (mais pourquoi pas, certains L’ont trouvé là !)
- pas nécessairement dans un livre, fut-ce la Bible (mais pourquoi pas, d’autres L’ont rencontré là !)
- pas nécessairement chez le prêtre, le pasteur, le rabbin ou l’imam (mais pourquoi pas, d’autres L’ont croisé là !)
- en tous cas, peut-être ailleurs que vous ne le pensiez, autrement que vous ne l’imaginiez.
Dieu habite :
- à l’écart du bruit
- dans la simplicité
- dans la rencontre avec l’autre
- dans la relation à l’autre
- dans la vie, dans la nature
- dans la joie
- dans le quotidien : petite histoire : « Montre-moi où est Dieu, demande le disciple à son maître. As-tu déjeuné ? répond le maître. Oui. Alors va laver les plats, car Dieu passe entre les marmites. » (= dans le service)
- dans l’amour ou dans l’amitié
- dans la main tendue, dans le don, dans la générosité, dans la bienveillance
- dans le visage d’une mère
- dans les yeux d’un enfant
- et plus précisément, dans Celui que Matthieu désigne comme étant le Fils de Dieu, Jésus, en qui Dieu habite pleinement, en qui Dieu a toute sa place…
Et peut-être plus secrètement, plus mystérieusement, sans que cela n’efface le reste,
- l’endroit le plus sûr où trouver Dieu c’est cette ‘maison’, c’est-à-dire votre cœur, là au plus profond de ses recoins, dans ce sanctuaire intime où vous n’avez jamais osé mettre les pieds, là, furtivement, doucement, tout au fond de vous-mêmes, là, certainement, Dieu vous attend, comme un ami, comme un frère, comme un père, comme une mère, comme un soleil, comme une douce brise de printemps, comme un amour longtemps oublié et soudain révélé.

Je ne puis en dire plus. La rencontre avec Dieu est un mystère que chacun découvrira à sa manière et en son temps. Peut-être au terme d’un long voyage, d’une longue quête, un voyage et une quête sur le « chemin des mages ».

Et ensuite ? La rencontre avec Dieu ou avec le Christ, nous conduira peut-être sur d’autres chemins, vers d’autres personnes, vers d’autres expériences de vie, vers des bouleversements de pensée ou d’attitudes envers les autres, envers la nature, envers soi...

La rencontre avec Dieu, qui peut prendre tous les chemins que j’ai décrit il y a quelques instants (et mêmes d’autres !), ne laisse pas indifférent. Elle relativise certaines choses de notre vie (les mages ont oublié le protocole royal), elle dégage l’essentiel, elle pointe vers ce qui est vrai, juste et bon. Peut-être vous conduira-t-elle sur de nouveaux sentiers, qui sait ?

Laissez-vous entrainer par les mages dans la quête de Dieu, et puissiez-vous, avec eux, Le rencontrer au détour d’une étoile... Amen !

 


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