Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Libre opinion

 


Le Christ a des amis

ailleurs que dans les Églises

 

pasteur Alain Arnoux

Église protestante unie de Dieulefit

prédication

 

12 octobre 2015

Lectures
Nombres 11 / 24-29
Jacques 3 / 1-12

Marc 9 / 38-50
38 Jean dit à Jésus : Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom  ; et nous l'en avons empêché, parce qu'il ne nous suit pas.
39 Ne l'en empêchez pas, répondit Jésus, car il n'est personne qui, faisant un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler mal de moi.
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous.
41 Et quiconque vous donnera à boire un verre d'eau en mon nom, parce que vous appartenez à Christ, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense.
42 Mais, si quelqu'un scandalisait un de ces petits qui croient, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui mît au cou une grosse meule de moulin, et qu'on le jetât dans la mer.
43 Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la  ; mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie,
44 que d'avoir les deux mains et d'aller dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point.
45 Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le  ; mieux vaut pour toi entrer boiteux dans la vie,
46 que d'avoir les deux pieds et d'être jeté dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point.
47 Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le  ; mieux vaut pour toi entrer dans le royaume de Dieu n'ayant qu'un œil, que d'avoir deux yeux et d'être jeté dans la géhenne,
48 où leur ver ne meurt point, et où le feu ne s'éteint point.
49 Car tout homme sera salé de feu.
50 Le sel est une bonne chose  ; mais si le sel devient sans saveur, avec quoi l'assaisonnerez-vous ?

 

Ils me plaisent beaucoup, ces disciples… peut-être parce que je leur ressemble souvent. Je comprends parfaitement leur réaction, surtout quand je me prends au sérieux. Jésus les a choisis tout particulièrement, et voilà qu'ils rencontrent un type que Jésus n'a pas appelé, qui ne s'est pas joint à la foule qui suit Jésus partout, et qui fait des choses au nom de Jésus. Cet homme agit sans mandat, sans ordre de mission, et Jésus n'est même pas au courant. On ne sait pas d'où il sort, et le voilà qui se mêle de représenter Jésus à sa façon.

Remarquez bien qu'à ce moment-là Jésus est en train de donner une sorte de formation théologique à ses disciples. Il essaie de leur expliquer quelle sorte de Messie il est. Marc nous a déjà dit qu'ils ne comprennent rien. Mais enfin, ils reçoivent une formation théologique, alors que ce type-là se garde bien de se faire former par Jésus. Cela ne l'empêche pas de parler quelque peu de Jésus. Et rien n'agace plus quelqu'un qui a suivi une formation théologique - même s'il n'y a rien compris - que les gens qui prétendent faire le même métier que lui sans se former (remarquez que les psys et les plombiers réagissent de la même façon).

Les disciples disent que cet homme chasse les démons au nom de Jésus. En clair, cela veut dire qu'il guérit des gens et qu'il leur fait du bien. Cela aggrave son cas : Marc nous a montré peu avant les disciples incapables d'en faire autant. Et pourtant ils sont toujours avec Jésus, il les a appelés personnellement et il leur donne une formation. Et là je reconnais la grosse jalousie qui s'empare de nous, les Églises sérieuses, avec des pasteurs diplômés et des prédicateurs laïcs bien formés, quand nous constatons que des prédicateurs sortis on ne sait d'où font des miracles et attirent des gens vers l’Évangile, qu'il y a même des guérisons et des délivrances extraordinaires. Cela fait parfois mal d'être obligé de le reconnaître. Quelle tentation alors de chercher à empêcher cela, ou tout au moins de le dénigrer et de dire du mal de ceux qui font ce que nous ne savons pas faire !

Et bien je dis, moi, que la réaction des disciples est normale. Ils ont le souci que n'importe qui ne fasse pas n'importe quoi au nom de Jésus. Ils ont le souci que le nom de Jésus ne soit pas mêlé à des pratiques bizarres et incontrôlées. Ils ont le souci de la bonne réputation de Jésus. C'est aussi le rôle des pasteurs, des conseils presbytéraux et des autorités de toutes les Églises. La foi, cela va de pair avec la sagesse, avec la prudence et avec l'ordre.

Mais il y a encore un problème. Jean dit à Jésus : "Nous avons cherché à l'en empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas." Il ne dit pas : "Nous l'en avons empêché, parce qu'il ne te suit pas." Je pense que cela a surpris l'autre évangéliste qui raconte cet épisode, Luc. Il a changé ce que Marc avait écrit avant lui. Luc fait dire à Jean : "Nous avons cherché à l'en empêcher parce qu'il ne te suit pas avec nous." Or je suis persuadé que Jean a bien dit ce que Marc lui fait dire : "Nous avons cherché à l'en empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas." Là est le problème. Nous trouvons là la tentation qui guette toutes les Églises, et toutes les autorités de toutes les Églises et tous les chrétiens : la tentation de se mettre à la place du Christ ou de se confondre avec lui, la tentation d'être les propriétaires du Christ et les propriétaires de Dieu. Peu importe que cet homme prenne Jésus au sérieux. Peu importe qu'il en dise du bien et qu'il en fasse dire du bien. Peu importe qu'il fasse du bien aux gens au nom de Jésus. Peu importe qu'il étende et multiplie l'action de Jésus. Cela ne compte pas pour les disciples, parce qu'ils croient qu'ils sont les seuls à avoir le droit de le faire : "Il ne nous suit pas."

Jésus répondit : "Ne l'en empêchez pas, car il n'y a personne qui puisse parler en mal de moi tout de suite après avoir fait un miracle en mon nom. En effet, celui qui n'est pas contre nous est pour nous." (v. 39-40)
Et comme d'habitude Jésus fait la réponse qu'on n'attendait pas. Il demande à ses disciples de ne pas se croire propriétaires de son nom. Il leur demande de ne pas chercher à limiter l'action de Dieu, de ne pas chercher à enfermer l'Esprit de Dieu. Pourtant cette réponse ne devrait pas nous surprendre. Jésus lui-même ressemble à cet homme qui chasse les démons en son nom sans qu'il lui ait dit de le faire. Jésus aussi agit sans l'autorisation des autorités religieuses d'Israël. Lui aussi prêche sans avoir reçu de formation théologique. Lui aussi fait des choses que les rabbins officiels, les prêtres et les autorités religieuses ne savent pas faire. Lui aussi a du succès. Et ainsi il provoque lui aussi l'inquiétude et la jalousie des autorités religieuses.

Et lui aussi on cherche à l'empêcher de continuer. Il est le témoin vivant de la liberté de Dieu, de la liberté d'un Dieu qui n'appartient à aucune religion, officielle ou pas, qui ne se laisse enfermer ni dans les temples ni dans les traditions, et que rien n'empêche d'agir autrement que prévu. Jésus ne peut pas laisser les disciples penser que l'Esprit de Dieu leur appartient. Et à nous non plus. Mais sans doute n'aurait-il pas permis non plus à cet homme qui agissait seul de se croire propriétaire de son nom. On ne peut pas dire du bien de Jésus, et on ne peut pas faire dire du bien de lui, quand on parle mal des autres, et en particulier de ceux qui agissent en son nom, même si c'est en dehors de nous, et même si c’est un peu de travers à notre goût.

Jésus ajoute : "Si quelqu'un devait causer la chute de l'un de ces petits qui mettent leur foi en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attache autour du cou une meule de moulin et qu'on le jette à la mer." (v. 42)
La pire des choses, c'est de séparer quelqu'un du Christ et de Dieu, ce que Jésus appelle ici causer sa chute. On peut le faire en commettant quelque chose de scandaleux, ce qu'on appelle ordinairement un (gros) péché. On peut le faire aussi en croyant agir au nom de Dieu, car on peut pécher aussi en voulant agir au nom de Dieu, et là c'est toujours sans mauvaise conscience.

On peut le faire en voulant tout contrôler et tout encadrer, en voulant façonner les autres à notre image. Cela amène souvent à dire du mal des concurrents, pour les déconsidérer et les neutraliser, ce qui cause toujours peine et scandale à ceux à qui ils font du bien. Il vaut bien mieux accepter que quelqu'un soit un peu superstitieux, un peu hérétique, un peu allumé, que de le blesser et que de le séparer du Christ. Je pense que c'est ce que Jésus veut dire ici. Et quand il parle de main ou de pied à couper et d'œil à arracher, il n'attend de nous des comportements de fanatiques qui se mutilent par haine de la vie ou qui se punissent eux-mêmes pour ne pas être punis par Dieu.

Je crois qu'il veut dire qu'il faut parfois renoncer, par amour et pour ne pas entraver l'œuvre de Dieu, à l'orgueil d'avoir raison et d'être dans son bon droit. La règle, c'est l'amour, et particulièrement l'amour de ceux qui souffrent, de ceux qui perdent leur vie, de ceux qui cherchent une espérance. À cause de ceux-là, les Églises ne peuvent pas combattre ceux qui agissent au nom de Jésus, qui disent du bien de Jésus et font dire du bien de lui, même quand ils agissent comme si elles n'existaient pas, et même s'ils les dénigrent parfois durement.

Un dernier mot. Jésus dit : "Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau, parce que vous appartenez au Christ, en vérité je vous le dis, il ne perdra jamais sa récompense." (v. 41)
Ce quiconque me fait penser aujourd'hui aux musulmans qui ont des gestes de compassion et de solidarité pour les chrétiens persécutés. Tout le monde ne fait pas des miracles, mais en certaines circonstances un simple geste est un prodige. Oui, le Christ a des amis ailleurs que dans les Églises.

 

Retour vers Alain Arnoux
Retour vers "libres opinions"
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

rtin Luther  

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.