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C'est seulement par la prière
qu'on peut faire sortir
ce genre d'esprit

 

pasteur Alain Arnoux

 

Église protestante unie de Dieulefit

 

prédication

 

21 septembre 2015

Lectures
2 Rois 4 / 8 - 37
Jacques 1 / 5-8 + 4 / 7-10

Marc 9, 14-29
Lorsqu'ils furent arrivés près des disciples, ils virent autour d'eux une grande foule, et des scribes qui discutaient avec eux. Dès que la foule vit Jésus, elle fut surprise, et accourut pour le saluer.
Il leur demanda :
-  Sur quoi discutez-vous avec eux ?
Et un homme de la foule lui répondit :
-  Maître, j'ai amené auprès de toi mon fils, qui est possédé d'un esprit muet. En quelque lieu qu'il le saisisse, il le jette par terre ; l'enfant écume, grince des dents, et devient tout raide. J'ai prié tes disciples de chasser l'esprit, et ils n'ont pas pu.
-  Race incrédule, leur dit Jésus, jusques à quand serai-je avec vous ? jusques à quand vous supporterai-je ? Amenez-le-moi.
On le lui amena. Et aussitôt que l'enfant vit Jésus, l'esprit l'agita avec violence ; il tomba par terre, et se roulait en écumant.
Jésus demanda au père :
-  Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive ?
-  Depuis son enfance, répondit-il. Et souvent l'esprit l'a jeté dans le feu et dans l'eau pour le faire périr. Mais, si tu peux quelque chose, viens à notre secours, aie compassion de nous.
Jésus lui dit :
-  Si tu peux !... Tout est possible à celui qui croit.
Aussitôt le père de l'enfant s'écria :
- Je crois ! viens au secours de mon incrédulité !
Jésus, voyant accourir la foule, menaça l'esprit impur, et lui dit :
- Esprit muet et sourd, je te l'ordonne, sors de cet enfant, et n'y rentre plus.
Et il sortit, en poussant des cris, et en l'agitant avec une grande violence. L'enfant devint comme mort, de sorte que plusieurs disaient qu'il était mort.
Mais Jésus, l'ayant pris par la main, le fit lever. Et il se tint debout.
Quand Jésus fut entré dans la maison, ses disciples lui demandèrent en particulier :
- Pourquoi n'avons-nous pu chasser cet esprit ?
Il leur dit :
- Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière.


« Et nous, nous n'avons pas pu chasser cet esprit. Pourquoi donc ? » (v. 28) Oui, pourquoi ? Pourquoi donc n'y a-t-il plus de miracles ? Pourquoi n'y a-t-il plus de guérison ? Pourquoi donc sommes-nous incapables de répondre aux espoirs et aux demandes des personnes en souffrance que nous rencontrons ? La question des disciples, c'est notre question :
« Pourquoi n'avons-nous pas pu, pourquoi ne pouvons-nous pas ?
Eux, ils ont essayé, et ils n'ont pas pu. Nous, nous n'essayons même pas, nous n'osons même pas essayer. Mais nous allons plus loin qu'eux : nous, parce que nous ne pouvons pas, nous pensons souvent que, par conséquent, Jésus non plus n'a pas pu, et que les évangiles exagèrent. Les guérisons de Jésus nous gênent autant, sinon plus, que notre impuissance. Et les réussites des autres nous gênent aussi, comme elles gênaient les disciples de Jésus. Tout de suite après cet échec retentissant des disciples, Marc nous raconte qu'ils ont interdit à un homme qui guérissait des malades de continuer. A vrai dire, tout ce que Marc raconte ici nous gêne et nous met mal à l'aise, parce que nous nous y retrouvons dans la personne des disciples. Nous y retrouvons nos tentatives et nos échecs, nos questions et notre impuissance. Et nous y trouvons un Jésus en colère, un Jésus qui fait des reproches, un Jésus qui donne aux questions des réponses qui ne nous aident pas et qui nous découragent plutôt. C'est peut-être pour cela que cette histoire n'est jamais programmée dans la liste des lectures du dimanche. Elle donne des chrétiens et de l’Église une image trop négative, et nous n'y trouvons pas de réconfort dans les paroles de Jésus.

Oui, Jésus est dur, ici. Ses paroles sont dures pour tout le monde. Pour le père de cet enfant épileptique et pour les disciples. Jésus ici est dur au point de paraître injuste avec tout le monde : avec cet homme malheureux et avec ceux qui ont voulu l'aider. Jésus descend de la montagne où il s'était isolé avec Pierre, Jacques et Jean. Il trouve sur les pentes une foule agitée. Il découvre que ses disciples ont essayé de chasser un esprit mauvais d'un enfant ; nous dirions : de guérir un enfant épileptique. Ils ont échoué et il y a de grandes discussions. Et Jésus se met en colère : « Vous n'avez pas la foi ! Combien de temps devrai-je encore vous supporter ? »
Au désarroi il ajoute la culpabilisation... et l'injustice. Car enfin, c'est Jésus lui-même qui leur avait donné mission d'annoncer la bonne nouvelle et de guérir les malades. Et ils l'avaient déjà fait avec succès, d'après Marc. En s'occupant de cet enfant, ils ne lui avaient pas désobéi. Et il était injuste de leur reprocher de manquer de foi, et de reprocher au père de manquer de foi. C'est bien parce que cet homme y croyait qu'il avait amené cet enfant, et c'est bien parce que les disciples y croyaient qu'ils avaient répondu à sa demande. Alors pourquoi ce reproche ? On le comprendrait mieux s'ils n'avaient rien fait, s'ils avaient dit : « Oh là ! Un épileptique, c'est un cas trop grave. Il n'y a rien de possible. » Nous comprenons mal, et les disciples aussi, qui ont fait ce qu'ils croyaient devoir faire et qui demandent : « Pourquoi n'avons-nous pas pu chasser cet esprit ? »

Autres paroles dures de Jésus. Le père lui dit : « Si toi tu peux... » et Jésus répond : « 'Si tu peux' ! Tout est possible pour celui qui croit. » De nouveau le père peut se sentir accusé et enfoncé. C'est d'ailleurs ce qui arrive. Il comprend que c'est sa faute à lui si son fils n'a pas été guéri, que c'est parce qu'il n'a pas assez de foi. Nous savons bien que cela arrive dans certains milieux chrétiens. On prie pour les malades, on leur impose les mains, et s'ils ne guérissent pas, on dit : « C'est parce que vous n'avez pas assez de foi. » Cela permet aux officiants d'évacuer leur mauvaise conscience en la refilant à ceux qui souffrent. Est-ce que Jésus était comme ça ? Et quelle est la mesure de foi nécessaire ?

Autre chose : quand les disciples demandent pourquoi ils ont échoué, Jésus répond : « C'est seulement par la prière qu'on peut faire sortir ce genre d'esprit ». Ils peuvent comprendre qu'ils ont mal prié, ou qu'ils n'ont pas assez prié. Alors, quelle quantité et quelle qualité de prière faut-il ? Tout ce que nous risquons de déduire de tout cela, c'est qu'il vaut mieux fermer son cœur devant la souffrance et ne rien faire, parce que nous ne serons jamais sûrs d'avoir assez de foi et de prier comme il faut, et nous ne serons jamais sûrs de ne pas faire quelque chose de travers. Et c'est bien ainsi que nous comprenons, souvent. C'est bien pour cela que nous n'osons pas prier pour la guérison, ni à voix haute ni en secret, avec ou sans geste.

J'avance pas à pas, avec vous. Je tâtonne, avec vous. Je sèche, avec vous. Et voici ce que je crois comprendre. Je dis bien : ce que je crois comprendre. Quand les disciples demandent : « Pourquoi n'avons-nous pas pu ? », Jésus répond : « C'est seulement par la prière qu'on peut faire sortir ce genre d'esprit. » Ce qui veut dire qu'ils n'ont pas prié, ou mal. Mais Jésus non plus n'a pas prié pour guérir cet enfant ! Le seul qui prie dans cette histoire, c'est le père, quand il dit à Jésus : « Je crois, mais aide-moi, parce que je n'ai pas assez de foi. » C'est cette prière qui déclenche tout.

Je crois comprendre que les disciples ont cru qu'ils avaient la foi, ou qu'ils ont eu trop de foi en leur foi. Ils ont peut-être cru qu'ils avaient un pouvoir, que leur foi leur donnait un pouvoir. Ils ont peut-être cru qu'ils pouvaient se servir du nom de Dieu à leur guise. Ils ont peut-être cru que, parce qu'ils étaient les compagnons de Jésus, ils pouvaient changer le monde et les hommes, et qu'ils avaient tout compris. L'échec leur a fait toucher du doigt que Dieu n'était pas à leur disposition. Ils ont peut-être aussi voulu épater la foule, se donner du prestige et donner du prestige à leur maître Jésus en faisant un miracle, en changeant une situation. C'est toujours notre tentation, cela. Or quelque temps auparavant, Jésus a refusé de faire un miracle, ce qui peut expliquer sa colère, d'autant que là il est obligé d'en faire un. Les disciples en sont encore à penser qu'on peut prouver Dieu par des choses extraordinaires, et que Dieu se révèle dans des choses extraordinaires, et qu'ils pouvaient forcer Dieu à faire ces choses extraordinaires.

« C'est seulement par la prière qu'on peut faire sortir ce genre d'esprit. » Ce genre d'esprit, dont parle Jésus, c'est moins celui qui agite l'enfant épileptique que celui qui a jeté le père et les disciples dans une agitation désordonnée. Ce genre d'esprit, c'est le désir de forcer Dieu à faire des choses extraordinaires et c'est le désir d'en faire, pour sa gloire et pour la nôtre. La prière dont parle Jésus, ce n'est donc pas seulement la prière pour la guérison des autres, c'est d'abord la prière pour être être guéri du besoin d'avoir un pouvoir sur les gens, sur les choses et sur Dieu. C'est la prière pour être guéri de la démangeaison d'agir selon nos idées, nos ambitions, nos désirs, même pour la gloire de Dieu. C'est la prière qui rend possible notre guérison et notre libération de ce grand mal humain, qui est de vouloir tout faire, tout contrôler, tout pouvoir, ce grand mal qui nous jette dans des agitations désordonnées et désespérées, même au nom de Dieu.

C'est la prière où l'on reconnaît ses limites, comme le père, pour laisser Dieu agir malgré nous : « Je crois, mais aide-moi, parce que je n'ai pas assez de foi. Je crois, mais je ne comprends pas tout. Je crois, mais je ne crois pas assez pour accepter que tu ne fasses pas exactement ce que je veux. Je crois, mais je ne crois pas assez que tu es présent quand je souffre autant que quand tu guéris. Je crois, mais je suis plein de contradictions : j'attends de toi des miracles et en même temps je ne suis pas sûr que tu sois capable de les faire. Je crois, mais j'ai plus confiance en moi qu'en toi. Je crois, mais mal, mais de travers. Aide-moi à te faire confiance, même si je ne comprends pas ce qui se passe, même si ça ne se passe pas comme je veux, même si je ne peux rien contrôler. Aide-moi à croire que, quoi qu'il se passe, toi tu t'occupes de nous et de moi et tu contrôles la situation. »

La prière, c'est un grand lâcher-prise.

 

 

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