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Les réfugiés !

rappel d'un certain passé

 

Ce n’est pas la première fois que des étrangers de religion différente
se réfugient en Grande Bretagne pour fuir la terreur

 

 

William Whyte

doyen du collège St-John d’Oxford
professeur d’histoire à l’Université d’Oxford

 

 

article paru dans l'hebdomadaire anglican Church Times

 

traduction Gilles Castelnau

 

16 septembre 2015

Imaginez la scène : un grand pays - connu pour sa corruption et son gouvernement autoritaire – vit une révolution et une guerre civile. La violence se répand, traverse les frontières et déstabilise toute la région. Des dizaines de milliers de réfugiés sont sans abri. La crise semble sans espoir.

Ce qui et pire est que ces migrants appartiennent à une religion longtemps associée avec le terrorisme et menace l’État britannique. Néanmoins en quelques mois ce ne sont pas seulement des milliers de réfugiés qui arrivent en Grande Bretagne mais le Gouvernement lui-même loge les uns et accueille les autres.

Il ne s’agit pas de la Syrie et ce n’est pas actuellement. Ce n’est pas même de l’histoire récente, mais c’est de l’histoire. C’est précisément ce qui s’est passé lors de la Révolution française. Et il est intéressant car la comparaison avec notre réaction à la crise syrienne donne à penser.

Comme l’attaque du régime syrien d’Assad, celle du gouvernement français par les Révolutionnaires a été approuvée par de nombreux Britanniques. La France, après tout, était en guerre avec la Grande Bretagne depuis au moins 100 ans.
Comme l’a bien dit l’historienne Linda Colley, l’identité nationale britannique était, au 18e siècle, comme l’image négative de la France : les Britanniques étaient protestants et les Français catholiques. Les Britanniques vivaient dans un pays libre et les Français étaient soumis à un gouvernement à l’autoritaire arbitraire. Les Britanniques étaient riches et les Français étaient pauvres, écrasés par une aristocratie avide, une monarchie écrasante et une Église grippe-sou.
Avec la Révolution, la France semblait se libérer et se rapprocher du système britannique.

Mais tout ceci changea lorsque la Révolution devint plus violente et notamment lorsqu’elle s’attaqua à l’Église. La saisie par l’État des bien de l’Église en 1789, l’abolition des ordres religieux en 1790, l’exigence du serment de loyauté du clergé au nouveau régime en 1791, le meurtre d’au moins 200 prêtres à Verdun en 1792, tout ceci fit que la Révolution ressembla de plus en plus à une attaque de la religion. Loin d’être les représentants d’un État corrompu et d’une religion corrompue, les migrants fuyant la Révolution furent dès lors considérés comme des victimes et des frères chrétiens.

Ce nouveau visage des immigrés français apparut dès l’instant où ils posèrent le pied sur le sol britannique. En septembre 1792, la détresse, la pauvreté et la faim de tant d’arrivants français poussèrent les dockers de Douvres à se cotiser pour les aider. Des familles se souvinrent plus tard du courage avec lequel des marins risquèrent leur vie dans les tempêtes d’automne pour sauver des réfugiés dont les embarcations se trouvaient en difficulté. En 1794 le Gouvernement britannique se trouva lui-même impliqué et dégagea des milliers de livres sterlings pour des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants.

Le plus remarquable fut l’accueil favorable réservé aux prêtres et aux évêques catholiques qui s’étaient refusés au serment de loyauté. En septembre 1792, le membre du Parlement John Wilmot organisa le Comité de soutien aux émigrants du clergé français et en décembre il avait déjà récolté plus de 19 000 £. L’argent ne manquait pas et les Presses de l’Université d’Oxford purent éditer 2000 exemplaires de la Vulgate destinés au culte et à la prière des prêtres catholiques.

Pourtant, avec 7000 prêtres français arrivés en Angleterre et dans les Iles de la Manche en janvier 1793, il était évident que ce soutien ne suffirait pas. Le Trésor public intervint alors et ce furent bientôt près de 6000 prêtres qui purent recevoir une aide de l’état.

Naturellement ce revirement soudain ne fut pas accepté par tous. Une femme anglaise, par exemple, interpella un groupe de prêtres catholiques français avec la question : « qu’avez-vous fait de vos femmes ? »

Une certaine hostilité se manifesta ainsi parfois. En un étrange écho à une de nos parole du 21e siècle, le duc de Buckingham se plaignit de ce que ces prêtres formaient « un essaim s’abattant dans les rues de Londres ».
« On ne peut plus marcher cent yards dans la rue... sans croiser deux ou trois prêtres français », écrivait un journal populaire en 1792.

Le Gouvernement n’était pas seulement généreux. Il était aussi méfiant. En 1793, le Code des Étrangers qui entendait réguler l’immigration obligea tous les immigrés à solliciter une autorisation s’ils volaient se déplacer de quelques milles. Il s’agissait, comme certains critiques l’ont remarqué, d’une forme d’assignation à résidence.
Il y eut pire encore : de nouveaux pouvoirs furent accordés à l’Administration pour emprisonner, déporter ou, dans les cas extrêmes condamner à la pendaison tout « étranger » considéré comme dangereux sans qu’un jugement soit nécessaire.

Néanmoins, l’attitude générale des Britanniques est admirablement symbolisée par l’anecdote suivante. Dans le Somerset, une controverse surgit dans une église à propos de l’éventualité d’organiser une collecte destinée aux prêtres français.
Plusieurs s’y opposaient, mais une femme se leva alors et déclara : « Il est vrai qu’ils sont nos ennemis ( 1 ) mais ils sont pauvres, ils ont faim et ils sont dans un pays étranger. Et pour cela je passerai moi-même le plateau de la collecte. »

Près de 1000 de ces prêtres sont morts en Angleterre. A l’abbaye de Dorchester, par exemple, il y a la plaque d’un archidiacre breton qui fut «  Bien accueilli par la Nation anglaise ».

Mais la plupart de ces immigrés retournèrent en France en 1801 lorsque Napoléon signa le Concordat avec le Vatican et il n’en restait plus en 1815 que 350.

Plus tard, William Wordsworth a rappelé ce moment dans un poème sur « Le clergé français immigré » :

Ils vinrent
Et tant que la tempête fait rage
Sur la terre qu’ils ont quittée
Notre sol accorde à leur foi
Un lieu de repos paisible et sans danger

Il est difficile de ne pas se demander où se trouve de nos jours un tel esprit.

 

__________________________

 

( 1 ) Note de G.C.  Ce terme d'« ennemi » n'est sans doute pas à prendre seulement dans le sens des guerres entre la France et la Grande-Bratagne mais désigne les persécutions de l'Église catholique française contre les protestants.
Certes à cette date l'Édit de Tolérance (1787) avait accordé un état civil aux protestants et les violences étaient de fait calmées depuis plusieurs années : les deux derniers galériens protestants Antoine Raille, soixante-dix-sept ans, et Paul Achard, soixante-quatre ans avaient été libérés en 1775 après 30 ans de galères et les prisonnières de la terrible Tlour de Constance à Aigues-Mortes étaient sorties en 1769-70. Mais dans le Nord, en Brie, en Picardie, en Normandie, les Églises ont été persécutées jusqu'à la signature de l'édit de Tolérance.

Les prêtres catholiques qui trouvaient refuge dans la Grande-Bretagne protestante avaient évidemment connu ces horreurs et y avaient peut-être participé pour les plus âgés d'entre eux. C'est ainsi que la généreuse paroissienne les traitait d'« ennemis ».

 

 


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