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Écouter la parole de Dieu

 


 

André Encrevé

professeur émérite d'histoire contemporaine à l'Université de Paris Est-Créteil

 

 

14 septembre 2015

Je vous propose d’écouter la parole de Dieu en lisant :

Luc 10, 38-42
Comme Jésus était en chemin avec ses disciples, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur, nommée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.
Marthe, occupée à divers soins domestiques, survint et dit : Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir ? Dis-lui donc de m'aider. 41
Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée.

1 Corinthien 14, 26-35
Que faire donc, frères ? Lorsque vous vous assemblez, les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique, une instruction, une révélation, une langue, une interprétation, que tout se fasse pour l'édification. En est-il qui parlent en langue, que deux ou trois au plus parlent, chacun à son tour, et que quelqu'un interprète ; s'il n'y a point d'interprète, qu'on se taise dans l'Eglise, et qu'on parle à soi-même et à Dieu.
Pour ce qui est des prophètes, que deux ou trois parlent, et que les autres jugent ; et si un autre qui est assis a une révélation, que le premier se taise. Car vous pouvez tous prophétiser successivement, afin que tous soient instruits et que tous soient exhortés.
Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes ; car Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais de paix.
Comme dans toutes les Eglises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d'y parler ; mais qu'elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. Si elles veulent s'instruire sur quelque chose, qu'elles interrogent leurs maris à la maison ; car il est malséant à une femme de parler dans l'Eglise.

Je viens donc de vous proposer d’écouter la parole de Dieu, en lisant un fragment d’un évangile et d’une épître.
Dire cela à l’air naturel (en dehors de dont il est question dans ces textes que j’aborderai tout à l’heure). D’ailleurs, vous n’avez pas semblé surpris,

- il est vrai que nous disons couramment que la Bible est la « parole » de Dieu. Mais est-ce si simple ? D’abord, nous nous heurtons à une difficulté : nous disons la « Parole » de Dieu, mais nous utilisons « l’Écriture » comme synonyme
- or la parole et l’écriture sont deux choses tout à fait différentes :
- quand on écoute quelqu’un parler, celui-ci fait des gestes, met des intonations, se répète, précise, etc., tout cela induit un type de communication spécifique, la communication orale
- mais quand on lit un texte écrit le type de communication est totalement différent : le texte est figé, l’auteur ne se répète pas ; au contraire, quand on écrit il faut fuir les répétitions, on ne pose pas de questions à un texte écrit, etc.
- pourtant dans l’Église, quand on nous dit qu’il faut écouter la parole de Dieu, on nous dit de lire un texte écrit. On qualifie donc de « parole » un texte « écrit ». Mais comment pouvons-nous écouter la parole de Dieu dans un texte écri, alors que, de plus, ni Jésus ni Dieu n’ont rien écrit ; ou en tout cas aucun texte écrit par Dieu ou par Jésus ne nous a été transmis.

De ce fait écouter en lisant n’est pas simple
- Pour y réfléchir, je propose de prendre l’exemple du ministère féminin ;
- et, pour cela, de nous aider des deux textes que nous venons de lire et dont la lecture, tout à l’heure vous a peut-être semblée paradoxale (voire malicieuse de ma part), car ils peuvent, superficiellement, apparaître comme contradictoires.
- en effet, certes, nous savons qu’il faut lire la Bible en faisant attention au contexte, à toute la Bible, etc. (on a appris cela au catéchisme), mais que, comme justement c’est la Bible, on a tendance à prendre à la lettre les passages qui nous plaisent, et ceux-là seulement, parce que cela nous conforte dans nos préjugés ; et qu’ainsi on espère utiliser la Bible pour tenter de faire prévaloir nos propres opinions.
- au fond, on sait ce qu’il faudrait faire ‒ écouter la parole de Dieu ‒, mais souvent on fait le contraire : on tente d’utiliser la Bible pour promouvoir notre parole d’homme (ou de femme)
- et quand nous lisons la Bible nous devons toujours lutter avec nous-mêmes, pour y écouter la parole de Dieu et non pas la prendre pour appui de notre propre parole.

- Commençons par Marthe et Marie (Luc 10, 38-42)
- que nous apprend ce petit épisode ? ( 1 )
- nous avons là deux femmes qui reçoivent Jésus dans leur maison et à qui Jésus parle
- Seul Luc relate cet épisode ; certes, dans son évangile Jean parle aussi de Marthe et de Marie (au ch. 11) et il dit qu’elles ont dialogué avec Jésus ; mais le sujet est tout autre : elles discutent au sujet de leur frère Lazare, qui est malade, meurt et revient à la vie. Le sujet est donc tout à fait différent, et je n’y insiste pas d’autant qu’on ne sait pas s’il s’agit du même épisode.
- il reste que cette double mention de Marthe et Marie dans deux évangiles différents (un synoptique et Jean) laisse supposer que la visite de Jésus à Marthe et Marie est très probablement un événement réel ;
- et cet événement est important, parce qu’il a marqué les contemporains. En effet Luc et Jean, qui ont des sources bien différentes, ont recueilli l’un et l’autre la mémoire de ces deux femmes et du fait que Jésus s’est entretenu avec elles.
- et si Luc (qui nous intéresse ici) évoque cet épisode, c’est dans le but de nous transmettre une instruction de Jésus, recueillie de façon directe.
- or cet aspect direct de l’enseignement de Jésus à Marthe et Marie renforce son importance. Luc veut nous convaincre qu’à ce propos l’enseignement de Jésus fait autorité pour ceux qui essaient d’être les disciples du Christ.
- d’autant que Jésus agit de manière inhabituelle (ce qui d’ailleurs habituel chez lui)
- Jésus entre dans un village et « une femme nommé Marthe le reçut » (v. 39) ; nous avons donc là une femme qui semble gérer seule sa maison (sans homme, puisque c’est elle qui « reçoit » Jésus, pas son père ou son frère) ce qui est contraire aux habitudes sociales de son temps et, aussi, on voit une femme qui accueille un homme, dans sa maison ce qui est encore plus inhabituel
- en effet, alors « normalement » une femme ne reçoit pas un homme chez elle
- Luc signale ce fait, sans le relever, et pourtant c’est déjà pour nous un premier enseignement de Jésus :
- les habitudes sociales ne sont pas « paroles d’évangile » ; il n’est évidemment pas interdit de les suivre mais :
- elles ne sont pas intangibles, elles sont relatives, on peut fort bien ne pas les respecter et il peut y avoir de bonnes raisons pour ne pas les respecter
- et, par exemple, écouter la parole de Jésus ; cela, c’est beaucoup plus important que de respecter les normes socio-culturelles (ce que nous appelons aujourd’hui le « politiquement correct »)

- et c’est justement ce que fait Marie
- le v. 39 est très clair : « Marie s’était assise aux pieds du Seigneur et écoutait sa parole » ; nous avons là deux précisions intéressantes
- Luc ne dit pas « écoutait ses paroles », mais « sa parole »
- de plus Marie est « assise aux pieds du Seigneur »,
- nous avons là une attitude spécifique, c’est l’attitude du disciple assis « aux pieds » de son maître :
- et qui écoute « sa parole », au singulier, c’est-à-dire son enseignement, que Luc qualifie un peu plus bas de « bonne part » (v. 42), ce qui est très clair : cette « bonne part », c’est évidemment la « bonne nouvelle », l’Évangile que Jésus est venu annoncer au monde ; Jésus délivre donc un enseignement doctrinal à Marie.
- ça a l’air tout naturel pour nous qui sommes habitués à ce texte
- mais à nouveau c’est tout à fait inhabituel, et même extraordinaire pour un juif du temps de Jésus qu’un homme s’entretienne de question doctrinales avec une femme :
- certes, le judaïsme demande aux femmes d’obéir à la loi, il faut donc qu’elles la connaissent, mais pour cela il leur suffit de retenir les commandements
- mais de là pour une femme à se mettre à l’école des Maîtres de la loi ; et de là, pour un Maître de la loi (auquel on peut assimiler Jésus), à accepter une femme comme disciple, il y a une énorme marge, d’autant plus que dans la société juive de ce temps, la femme est perpétuellement soumise (à son père, puis à son mari) et constamment inférieure (elle hérite moins qu’un homme, etc.) ;
- et voilà que Luc nous montre une femme écoutant un enseignement doctrinal ! et un homme, Jésus, acceptant une femme comme disciple ! (c’est le monde à l’envers)

- et Jésus approuve Marie, et le dit à Marthe qui se plaint de l’attitude de sa sœur, sans critiquer explicitement l’attitude de Marthe
- Luc décrit l’action de Marthe en disant « s’affairait à beaucoup de tâches » (v. 40), mais le verbe grec utilisé est plus fort, il signifie littéralement « s’extraire d’une réalité pour être absorbé par plusieurs autres »
- ce n’est pas en soi une critique parce que Marthe, maîtresse de maison, a le devoir de se préoccuper de bien accueillir un hôte de marque comme Jésus ; l’hospitalité a ses devoirs
- il reste que, pour Luc, ce que dit Jésus est spécialement important, parce qu’il nous montre Marthe s’adressant à Jésus en lui disant « Seigneur », (v. 40) : « Seigneur tu ne te soucies pas de ce que ma sœur… »
- mais surtout Luc poursuit non pas que « Jésus » lui répond, mais (v. 41) que « Le Seigneur » lui répond et lui dit qu’elle s’agite beaucoup trop (de même que Marie n’est pas assise aux pieds « de Jésus », mais « du Seigneur », v. 39)
- or « le Seigneur » reproche à Marthe non pas son activité, au sens propre, mais sa « sur-activité » ce que certains exégètes interprètent comme une sorte de refus du salut par les œuvres
- on ne fait pas la volonté de Dieu en s’isolant du Christ, en ne cherchant pas à approfondir sa foi, en ne cherchant pas à avoir une foi adulte ; Dieu nous demande d’approfondir notre foi, puis, ensuite seulement de montrer notre foi par nos œuvres
- mais le risque de la sur-activité caritative est d’autant plus réel dans les communautés chrétiennes que cette sur-activité est pleine de bonnes intentions, puisqu’elle vise à s’occuper matériellement des autres, de rendre à Dieu le « culte auquel il prend plaisir » (le service des autres)
- or, dit ici Jésus, c’est très bien, de s’occuper des autres, mais en présence du Seigneur (et dans ce cas précis), il y a d’autres priorités : avant de servir, il faut accepter, en quelque sorte, d’être servi par Jésus, servi, c’est-à-dire d’être enseigné par Jésus, il faut accepter de se mettre l’écoute de la parole de Dieu, transmise par Jésus
- et donc écouter des explications que Jésus nous donne dans le Nouveau Testament (« je ne suis pas venu abolir la loi, mais l’accomplir » dit Jésus, lui donner son véritable sens ; ou « vous avez entendu qu’il a été dit aux Anciens, mais moi je vous dis », etc.)
- et dans les remarques que Jésus fait à Marthe, on peut voir aussi une critique d’un culte dans lequel les gestes extérieurs seraient l’essentiel, et notamment la simple présence au temple le dimanche sans prêter attention à ce qui est dit ; non dans le culte, l’essentiel c’est l’écoute de la parole de Dieu (pas celle du prédicateur)

- De toute façon, le plus important n’est pas là mais dans la description de l’attitude de Marie, qui reçoit l’approbation du « Seigneur »
- mais qu’est-ce que Jésus approuve :
- d’abord la liberté, ici Jésus prend position pour la liberté religieuse : Marie est libre, elle « choisit » (v. 42) la bonne part, en toute liberté ; le christianisme ne doit jamais être imposé, d’autant plus que la liberté est, évidemment, la condition de la sincérité
- par ailleurs, en présence du Seigneur ce qui compte c’est la foi, la confiance dans le message que Jésus est venu annoncer
- cela c’est assez classique, mais ce petit récit va plus loin
- certes Luc n’oppose pas une Marie qui prêche et une Marthe qui sert à table, mais une Marie qui écoute et une Marthe qui s’épuise à exercer l’hospitalité
- de ce fait, il accorde aux femmes une place importante dans la communauté chrétienne, dans l’Église, ce que ne fait absolument pas alors l’organisation religieuse juive du temps de Jésus qui ne laisse aucune place aux femmes
- Luc ne fait pas, au sens strict de Marie une proclamatrice de l’Évangile, une prédicatrice ; mais en montrant Marie assise auprès aux pieds de Jésus pour l’écouter, il nous décrit l’attitude classique du disciple devant son professeur, du disciple devant son maître (on l’a vu)
- oui, mais un disciple ça ne se contente pas de rester assis ; une fois qu’il a bien écouté, qu’il a bien appris, il se relève et il enseigne à son tour ; on n’est pas disciple pour le plaisir d’écouter, on est disciple pour enseigner ; pour, à terme, remplacer le maître, c’est cela la fonction du disciple
- d’ailleurs les mots officiels pour décrire cela sont tout à fait éclairants : quand on va à la Faculté on apprend des tas de choses et puis on obtient une « licence », mot dérivé de « licencia docendi », le droit d’enseigner à son tour
- et ce texte montre bien que la « bonne part » choisie par Marie va être aussi d’annoncer l’Évangile, d’annoncer la Bonne nouvelle qu’elle a reçue du Christ ; Luc nous montre Jésus attendant que Marie prenne des responsabilités dans le ministère de la parole. Puisqu’il s’adresse à elle comme à un disciple
- ce qui est très étonnant dans la société juive de ce temps.

Et pourtant, c’est bien ce qui s’est passé dans l’Église primitive, on en a d’assez nombreux témoignages, notamment dans les Églises fondées, ou conseillées, par Paul, contrairement à ce qu’on croit parfois de Paul
- par exemple, à la fin de l’épître aux Romains, ch. 16, Paul salue 25 personnes, dont 9 femmes (36 %) qui ont des fonctions importantes dans l’Église, notamment :
- Phoebé, qui est dite « ministre de l’Église de Cenchrées »
- « Prisca et Aquilas, mes collaborateurs en Jésus-Christ » ; ce qui signifie que Prisca prêche, tout comme son mari ; et, mieux « Andronicus et Junias […] ils sont très estimés parmi les apôtres » : Junias [NB ajouté ensuite : à l’origine c’est Junia, mais ensuite on a ajouté un « s »] est donc une femme que Paul qualifie d’« apôtre », c’est-à-dire une prédicatrice, qui a contribué à fonder plusieurs Églises.
- donc sur ce point l’Église primitive a suivi le conseil de Jésus quand il a pris Marie, une femme, comme disciple pour qu’elle puisse ensuite à son tour annoncer l’Évangile, puisque des femmes, comme Phoebé, Prisca ou Junias y sont prédicatrices.

- Cette façon de comprendre l’épisode de Marthe et Marie a l’air assez simple (il me semble) ; et c’est un point important, puisque, nous l’avons vu, Luc « en rajoute » pour nous montrer que c’est une parole « seigneuriale »
- et pourtant nous savons que longtemps on ne l’a pas compris de cette façon (on se contentait de dire : il y a un temps pour tout)
- en effet cette prise de position de Jésus en faveur du ministère féminin dans l’épisode de Marthe et Marie a certes été entendue dans l’Église primitive ;
- oui mais ensuite, on l’a oublié longtemps : dans l’Église Réformée de France, il a fallu attendre 1965 pour que le synode entérine le ministère féminin
- et ceci bien que, pendant la guerre de 14-18, très souvent les femmes de pasteur ont remplacé leur mari mobilisé, prêchant à leur place ; oui, mais ensuite les maris sont rentrés du front (ceux qui n’étaient pas morts !), on les a « remis à leur place de femme », c’est-à-dire de simple auditrices des hommes ; avec l’exception d’E. Schmidt ou Madeleine Blocher-Saillens dans les années 1930, mais présentées comme des exceptions.
- et pour « oublier », le ministère féminin souvent, on s’est appuyé sur le second texte que nous avons lu, et qui semble superficiellement contredire l’enseignement du premier. Or nous allons voir que Paul lui-même n’en fait pas « parole d’Évangile. »

- En effet, longtemps les traditionalistes en mis en exergue : 1 Cor. 14, 34-35 « […] que les femmes se taisent dans les églises, car il ne leur est pas permis d’y parler […] il est choquant qu’une femme parle dans l’église. »

- or, d’abord ce n’est pas une prise de position contre le ministère féminin ce qui serait paradoxal puisque, comme nous le savons, dans l’épître aux Romains, Paul se félicite d’avoir des femmes prédicatrices et même « apôtres » ; il faut donc le lire avec attention parce que :
- ce verset concerne non pas le ministère féminin, mais un point particulier :
- selon les exégètes il faut comprendre, que dans ce passage Paul souhaite qu’elles se taisent soit quand, après la prédication, certains posent des questions à l’orateur (ce qui arrivait) et Paul dit que ce temps de questions doit être réservé aux hommes
- soit qu’il ne faut pas que les femmes interrompent l’officiant en posant des questions intempestives au milieu de la prédication
- de toute façon, pourquoi, dit-il cela : la seule raison (v. 35) que donne Paul c’est qu’il « est choquant » qu’une femme parle dans l’église ;
- ce n’est donc pas une prescription théologique ; Paul n’oppose aucun argument théologique à son refus de laisser les femmes poser des questions à l’orateur
- il dit seulement que c’est une convention sociale : c’est choquant pour la société corinthienne de ce temps que les femmes ordinaires (pas des prédicatrices, car Dieu peut parfaitement appeler des femmes à prêcher), non ce qui choque c’est que des femmes ordinaires prennent la parole en public, c’est tout ;
- mais les conventions sociales, dans le passage sur Marthe et Marie (et dans bien d’autres passages), Jésus a montré le cas qu’il en faisait
- et comme Paul donne seulement un argument sur les conventions sociales, il est clair qu’il ne s’agit pas d’un passage à caractère normatif, mais simplement informatif sur ce que Paul estime raisonnable de faire à Corinthe dans les années 50, et cela seulement

- de plus Paul lui-même dit un peu avant que les conventions socio-culturelles, ne sont pas très importantes, même dans les églises lors des célébrations du culte
- au ch. 11, v. 1-16, Paul disserte de façon compliquée pour savoir si une femme devrait se couvrir la tête quand « elle prie ou parle en prophétesse », c’est-à-dire prêche en public :
- v. 4-5 « Tout homme qui prie ou qui parle en prophète la tête couverte fait honte à sa tête. Mais toute femme qui prie ou qui parle en prophétesse la tête non couverte d’un voile fait honte à sa tête. »

- d’abord cela confirme bien ce qu’on savait déjà : pour Paul, les femmes peuvent parfaitement prêcher, (parler en prophétesse) à l’égal des hommes (et il y a chez Paul plusieurs textes qui affirment l’égalité dans l’Église entre l’homme et la femme, notamment Galates, 3, 28 : « il n’y a plus ni homme ni femme car vous tous, vous êtes un en Jésus-Christ »).
- et ici, dans ce cas, ce qui est en discussion, c’est de savoir si lors des assemblées chrétiennes, les femmes peuvent prêcher sans avoir un voile sur la tête.
- Paul utilise une argumentation compliquée pour prendre position en faveur du voile sur la tête des femmes
- et là aussi il donne seulement des arguments d’ordre socio-culturels (notamment la notion de « honte à sa tête »), dont il n’ignore pas qu’ils ne sont pas théologique, et donc, universels ni dans le temps ni dans l’espace
- de plus, à la fin Paul lui-même dit en substance aux corinthiens : voilà, c’est mon avis, mais au fond, faites-en ce que vous voulez, car de toute façon ce ne sont que des habitudes :
- v. 13 « Jugez-en par vous-même : convient-il qu’une femme prie Dieu sans être couverte par un voile ? »
- puis il résume ses arguments et termine, v. 16 : « mais si quelqu’un se plait à contester, nous n’avons pas une telle habitude, et les Églises de Dieu non plus. »

C’est donc seulement d’une habitude. Or, chacun le sait, les habitudes on peut en changer.
Donc Paul lui-même dit à ses lecteurs (car là c’est une lettre) en substance :
- si en lisant cette lettre, vous voulez entendre la Parole de Dieu, et non pas la parole de Paul, sachez faire la distinction entre ce qui est théologique, et ce qui est socio-culturel, qui est parole d’homme et n’est donc pas normatif.

Au fond, dans ces deux textes, celui de Luc et celui de Paul, on voit que :
- d’abord ce que Dieu nous demande, c’est de vivre une foi réfléchie une foi adulte ;
- et que, naturellement, pour pouvoir le faire il faut être libre
- si nous ne sommes pas libres, nous ne pouvons pas être adultes
- or réfléchir sur sa foi c’est aussi se souvenir, pour un chrétien la Bible est la parole de Dieu en ce sens qu’elle est normative seulement en ce qui concerne son message théologique ;
- Certes, dans ce cas, je me suis un peu facilité les choses, parce que là Paul lui-même fait la distinction entre le théologique et le socio-culturel
- et, évidemment, ce n’est pas toujours aussi simple
- mais cet exemple nous montre au moins ce qu’il ne faut pas faire : utiliser la Bible comme porte-voix de sa propre parole, au lieu de chercher à y écouter la parole de Dieu
- certes le débat sur le ministère féminin est tranché depuis 50 ans, et je ne l’ai pris qu’à titre d’exemple
- mais il me semble que nous pouvons nous en souvenir aussi pour les débats qui se déroulent actuellement dans notre Église, qu’on soit novateur ou qu’on soit traditionnaliste
- bien sûr on sait qu’il ne faut pas le faire, on l’apprend au catéchisme
- mais il est clair qu’il nous faut lutter avec nous-mêmes pour ne pas le faire, c’est tellement tentant d’utiliser la Bible comme porte-voix
- mais, comme nous l’enseigne le Notre Père, c’est avec l’aide de Dieu que nous pouvons résister à la tentation.

Amen

__________________________

( 1 ) Ce passage sur Marthe et Marie est fortement inspiré du livre de François Bovon, L’Evangile selon saint Luc, Genève, Labor et Fides, 1996, vol. 2, p. 97-111.

 


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