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Jésus,
un sourd-muet,
un homme qui n'entend rien

 

pasteur Alain Arnoux

 

Église protestante unie de Dieulefit

 

prédication

 

7 septembre 2015

Textes
Ésaïe 35/1-7
Jacques 2/1-13

Marc 7 / 24-37
Jésus, étant parti de là, s'en alla dans le territoire de Tyr et de Sidon. Il entra dans une maison, désirant que personne ne le sût  ; mais il ne put rester caché.
25 Car une femme, dont la fille était possédée d'un esprit impur, entendit parler de lui, et vint se jeter à ses pieds.
26 Cette femme était grecque, syro-phénicienne d'origine. Elle le pria de chasser le démon hors de sa fille. Jésus lui dit :
27 Laisse d'abord les enfants se rassasier  ; car il n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens.
28 Oui, Seigneur, lui répondit-elle, mais les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des enfants.
29 Alors il lui dit : à cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille.
30 Et, quand elle rentra dans sa maison, elle trouva l'enfant couchée sur le lit, le démon étant sorti.
31 Jésus quitta le territoire de Tyr, et revint par Sidon vers la mer de Galilée, en traversant le pays de la Décapole.
32 On lui amena un sourd, qui avait de la difficulté à parler, et on le pria de lui imposer les mains.
33 Il le prit à part loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et lui toucha la langue avec sa propre salive  ;
34 puis, levant les yeux au ciel, il soupira, et dit : Ephphatha, c'est-à-dire, ouvre-toi.
35 Aussitôt ses oreilles s'ouvrirent, sa langue se délia, et il parla très bien.
36 Jésus leur recommanda de n'en parler à personne  ; mais plus il le leur recommanda, plus ils le publièrent.
37 Ils étaient dans le plus grand étonnement, et disaient : Il fait tout à merveille  ; même il fait entendre les sourds, et parler les muets.

 

Un sourd-muet. Un homme qui n'entend rien, qui ne perçoit pas ce qui se passe autour de lui. Un homme qui ne s'exprime que par des grognements. Il ne peut pas faire partager ses pensées et ses sentiments. Comme un étranger au milieu des autres. Un homme sans parole. Aucune parole ne l'atteint, et il n'a pas de parole pour les autres. Un homme enfermé en lui-même : rien n'entre et rien ne sort. Un homme fermé.

Cet homme, c'est Jésus de Nazareth. Oui, vous avez bien entendu. Je ne vous parle pas maintenant du handicapé qu'on amène à Jésus. Je vous parle de Jésus lui-même. Le sourd-muet, c'est lui. L'évangile nous le montre ainsi : écoutons-le. Jésus a besoin de prendre du recul, de s'écarter un moment des disputes avec les autorités religieuses juives. Pour être loin de tout, il est allé en terre païenne, au Liban d'aujourd'hui. Il n'y est pas allé pour rencontrer les païens, c’est-à-dire les non-juifs qui sont là. Il n'y est pas allé pour leur parler. Surtout pas ! Il est allé faire une cure de silence. Les païens, il ne veut pas les voir, pas leur parler, pas les écouter, pas les rencontrer. Non, Jésus de Nazareth est trop juif pour cela. Pour lui, comme pour tous les Juifs de son temps, les païens sont infréquentables. Leur contact rend impur, parce que les non-juifs sont des gens impurs, auxquels le Dieu d'Israël ne s'intéresse pas. Cette femme qui vient le voir pour lui demander de guérir sa fille, c'est une païenne. Il ne voit que cela, et du coup il n'entend pas, il ne veut pas entendre la prière de cette femme. Il est sourd à sa détresse. Pour lui, elle n'est pas intéressante. Il n'est là que pour les Juifs. Il lui dit, il lui grogne plutôt : "Laisse d'abord les enfants manger leur part. Ce n'est pas bien de prendre la nourriture des enfants et de la jeter aux petits chiens." Tout est dit : cette femme est une chienne, un animal impur pour les Juifs, et sa fille est une petite chienne. Ne disons pas trop vite, par une sorte de réflexe conditionné de piété, au nom de la perfection de Jésus, que Jésus veut mettre la foi de cette femme à l'épreuve. Vous qui n’êtes pas plus parfaits que moi, traiteriez-vous quelqu’un comme cela ? Même moi je ne le ferais pas. Non, acceptons simplement le fait que Jésus était un vrai Juif, avec tout ce que cela comportait de préjugés et de mépris pour les non-juifs. Face à cette femme Jésus devient sourd-muet. Il n'entend pas et ne veut pas entendre sa détresse, et il n'a rien à lui dire. Sauf un grognement méchant. Il a perdu la parole, la parole d'amour, de libération et de relèvement qu'il portait jusque là aux Juifs. Jésus de Nazareth, devant cette femme, est un homme totalement fermé, totalement enfermé dans son mépris de Juif.

Le sourd-muet va être guéri. La païenne va faire un miracle. Elle évangélise Jésus. Elle guérit Jésus. Elle convertit Jésus. Elle transforme Jésus. Une simple phrase de bon sens suffit : "Seigneur, pourtant même les petits chiens mangent les miettes que les enfants laissent tomber de la table." Elle n'a pas la prétention d'être une enfant de Dieu comme les Juifs. Elle accepte d'être une chienne aux yeux de Jésus. Elle rappelle simplement à Jésus que le Dieu d'Israël a aussi créé les chiens et qu'il a dit que tout ce qu'il avait créé était bien. Cette phrase de la païenne, c'est un appel insistant, c'est comme un "Ouvre-toi." Et Jésus, peut-être frappé à l'estomac, peut-être frappé au cœur, s'ouvre. C'est à un tel point que le pasteur Louis Simon1 va jusqu’à dire que, ce jour-là, le Christ est né. Entendons-nous bien. Ce jour-là, le Christ est né, le Christ des Juifs et des païens, l'envoyé de Dieu pour tous les hommes. Jésus, le Messie des Juifs, était né à Bethléem de la Juive Marie. Mais c'est une femme païenne anonyme qui a mis au monde, qui a donné au monde entier le Christ des Juifs et des païens. Par quelques mots de bon sens. Par un appel à s'ouvrir. Et ce jour-là, Jésus de Nazareth s'est ouvert. Jésus s'est ouvert à une vie nouvelle. Il a compris toute la dimension de la mission que Dieu lui confiait. Il est sorti des préjugés de son éducation. Il est sorti du cadre ethnique et religieux où il se tenait enfermé. Il s'est ouvert à la vraie volonté de Dieu, et ce faisant il s'est ouvert aux non-juifs. Désormais il a pu les entendre et il a pu leur parler, il a pu agir pour eux. Et c'est ce qu'il fait, quand on lui amène un autre sourd-muet, un païen lui aussi, qui n'a pas de mots pour le supplier. Il voit en lui un frère, il se reconnaît en lui, car lui aussi a été sourd-muet. Il le prend à part, comme s'il n'était venu que pour lui. Il le touche, lui le païen impur. Et il lui dit : "Ouvre-toi." Ce n'est pas Jésus qui l'ouvre, c'est lui qui s'ouvre de lui-même. Parce qu'il a été regardé avec respect, comme Jésus par la femme. Parce qu'il a été touché, comme Jésus par la femme. Parce que Jésus a cru que c'était possible, comme la femme l'a cru pour Jésus. Parce que, malgré sa fermeture au monde extérieur, Jésus a fait appel à son intelligence et à sa volonté en lui disant "Ouvre-toi", comme la femme pour Jésus. Et cet homme a accepté de s'ouvrir, comme Jésus.

Si Jésus ne s'était pas ouvert, il serait resté en dessous de sa mission, il serait passé à côté de la vraie dimension de sa vie. Dieu serait resté le Dieu des seuls Juifs. Et nous, les non-juifs, nous ne serions pas là ce matin en sa présence. Le sourd-muet le plus gravement handicapé, le plus enfermé, dans l'évangile d'aujourd'hui, ce n'est pas le sourd-muet physique, c'est Jésus, cerveau bloqué, oreilles bouchées, bouche fermée, cœur rétréci devant cette femme en détresse, cette païenne, cette chienne.

Aujourd'hui, on peut venir en aide aux sourds-muets, pour qu'ils puissent communiquer avec les autres, vivre avec les autres, partager la vie avec les autres. On peut appareiller, on peut opérer, on peut éduquer et rééduquer, apprendre et employer le langage des signes. Mais une surdité, un mutisme, un enfermement comme celui de Jésus devant cette femme, c'est bien plus difficile à guérir, et c'est bien plus courant. C'est un malheur au moins aussi grand que le handicap physique. Parce que, être fermé, être barricadé, ce n'est pas être fort comme on le croit souvent, c'est être extrêmement malheureux, c'est être en dessous de sa vie. Et ici, c'est de nous que je parle.

Est-ce que je me trompe, si je dis qu'il y a des gens que nous ne voulons pas écouter et à qui nous ne voulons pas parler, sauf par des grognements impatients et agressifs ? Des gens dont nous pensons qu'ils ne doivent à aucun prix entrer dans notre vie, et avec qui nous n'avons rien de commun ? Parce que nous avons de la rancune contre eux, rancune personnelle, rancune politique, rancune religieuse, rancune historique. Ou parce que nous avons des préjugés contre eux, préjugés familiaux, préjugés sociaux, préjugés raciaux, préjugés religieux. Ou parce que nous en avons peur. Est-ce que je me trompe, si je dis qu'il y a des personnes, ou des catégories de personnes, devant lesquelles nous nous bloquons, nous nous fermons, nous devenons un bloc de silence, de méfiance et d'hostilité. Est-ce que je me trompe, si je dis que nous n'avons pas envie d'entendre ce qu'ils ont à nous dire, que ce soit une tentative de réconciliation ou un appel à l'aide ? Est-ce que je me trompe, si je dis que nous n'avons pas envie de leur parler, et que nous oublions même la parole d’Évangile qui nous réunit ici ? Comme Jésus devant la femme païenne. Est-ce que je me trompe totalement ? Et que dire de la fermeture à Dieu, du refus d'entendre sa parole, du refus de lui parler, de la fermeture à l'amour ? Je crois que c'est là la pire des surdités, le pire des mutismes, celui qui fait passer l'homme très au-dessous de sa destinée. Et les chrétiens eux-mêmes en sont victimes, quand ils se ferment à l'autre.

"Ouvre-toi." C'est ce que dit à sa manière la païenne à Jésus. "Ouvre-toi" pour être libre, pour être guéri, pour être pleinement ce que tu dois être, pour être ce que Dieu veut que tu sois. Un appel à l'intelligence et à la volonté. Et à son tour Jésus dit au sourd-muet "Ouvre-toi", parce qu'il sait ce que c'est que d'être fermé, et parce qu'il sait que c'est dans l'ouverture que la vie devient ce qu'elle doit être. Là encore, un appel à l'intelligence et à la volonté, même si cet homme est apparemment complètement bouché. Parce que Jésus croit que c'est possible, et il le croit parce qu'une femme a cru que pour lui aussi c'était possible. Et maintenant, c'est à nous que Jésus dit : "Ouvre-toi". Parce qu'il croit que c'est possible. C'est un appel à notre intelligence et à notre volonté, une sorte de prière. Comme celle de la femme devant Jésus. Comme celle de Jésus au sourd-muet. C'est à nous de nous ouvrir, Jésus ne veut pas aller plus loin que sa demande. C'est à nous de l'exaucer. Et si nous nous ouvrons, alors nous pourrons aller vers ceux qui sont enroulés autour de leur détresse, autour de leur rancune, de leurs préjugés ou de leurs peurs, et nous pourrons leur dire "Ouvre-toi, pour vivre." Parce que nous saurons ce qu'est le malheur d'être fermé et ce qu'est le bonheur de s'ouvrir. Comme Jésus de Nazareth, le Christ des Juifs et des païens, l’envoyé de Dieu pour tous les humains.

 

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