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Rien de ce qui, du dehors,
entre dans l'homme
ne peut le souiller

 

pasteur Alain Arnoux

 

Église protestante unie de Dieulefit

 

prédication

 

30 août 2015

Textes
Deutéronome 4 / 1 - 8
I Timothée 4 / 1 - 5

Marc 7 / 1 - 23

1 Les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, s'assemblèrent auprès de Jésus.
2 Ils virent quelques-uns de ses disciples prendre leurs repas avec des mains impures, c'est-à-dire, non lavées.
3 Or, les pharisiens et tous les Juifs ne mangent pas sans s'être lavé soigneusement les mains, conformément à la tradition des anciens  ;
4 et, quand ils reviennent de la place publique, ils ne mangent qu'après s'être purifiés. Ils ont encore beaucoup d'autres observances traditionnelles, comme le lavage des coupes, des cruches et des vases d'airain.
5 Et les pharisiens et les scribes lui demandèrent : Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens, mais prennent-ils leurs repas avec des mains impures ?
6 Jésus leur répondit : Hypocrites, Esaïe a bien prophétisé sur vous, ainsi qu'il est écrit :
Ce peuple m'honore des lèvres,
Mais son cœur est éloigné de moi.
7 C'est en vain qu'ils m'honorent,
En donnant des préceptes qui sont des commandements d'hommes.
8 Vous abandonnez le commandement de Dieu, et vous observez la tradition des hommes.
9 Il leur dit encore : Vous anéantissez fort bien le commandement de Dieu, pour garder votre tradition.
10 Car Moïse a dit : Honore ton père et ta mère  ; et : Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort.
11 Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou à sa mère : Ce dont j'aurais pu t'assister est corban, c'est-à-dire, une offrande à Dieu,
12 vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère,
13 annulant ainsi la parole de Dieu par votre tradition, que vous avez établie. Et vous faites beaucoup d'autres choses semblables.
14 Ensuite, ayant de nouveau appelé la foule à lui, il lui dit : Ecoutez-moi tous, et comprenez.
15 Il n'est hors de l'homme rien qui, entrant en lui, puisse le souiller  ; mais ce qui sort de l'homme, c'est ce qui le souille.
16 Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende.
17 Lorsqu'il fut entré dans la maison, loin de la foule, ses disciples l'interrogèrent sur cette parabole.
18 Il leur dit : Vous aussi, êtes-vous donc sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui du dehors entre dans l'homme ne peut le souiller ?
19 Car cela n'entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, puis s'en va dans les lieux secrets, qui purifient tous les aliments.
20 Il dit encore : Ce qui sort de l'homme, c'est ce qui souille l'homme.
21 Car c'est du dedans, c'est du cœur des hommes, que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les impudicités, les meurtres,
22 les vols, les cupidités, les méchancetés, la fraude, le dérèglement, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie.
23 Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans, et souillent l'homme.

 

Ce jour-là, Jésus a prononcé des paroles qui le condamnaient à mort. Il a attaqué de front la vie religieuse et spirituelle de tout son peuple, ses traditions et ses convictions, ses pratiques et ses repères. Non seulement ceux des Juifs les plus pieux, les plus convaincus et les plus zélés – qu'ils soient prêtres ou laïcs, pharisiens, sadducéens, esséniens ou baptistes – mais aussi, si nous suivons Marc, les convictions et les pratiques de tous les Juifs. Il a littéralement entrepris de démolir leur religion. Il s'en est pris à la théologie officielle et à la religion populaire. Ce faisant, il a mis en pièce une forme de religion que l'on trouve partout, dans toutes les cultures, dans toutes les religions, que ce soit le judaïsme, l'islam, l'hindouisme, le bouddhisme, les religions animistes et bien sûr le christianisme... mais aussi dans les religions qui ne se disent pas religions, les religions profanes que l'homme moderne a développées et qui ont atteint, si l'on peut dire, leur niveau de perfection dans les régimes totalitaires. Ce jour-là, Jésus a prononcé des paroles qui l'auraient fait condamner par n'importe quel intégrisme et exclure de beaucoup d’Églises et de beaucoup de partis.

Il existe en effet partout une forme de religion, "religieuse" ou "profane", qui consiste essentiellement à se protéger de l'impureté, et pour qui cette impureté est toujours à l'extérieur. Elle vient toujours du dehors. C'est l'aliment impur désigné par la loi religieuse, ce qui n'est ni casher ni hallal, la viande d'un animal interdit ou l'aliment qui n'a pas été préparé dans les règles. C'est aussi la femme qui peut avoir ses règles, ou certains malades, ou les membres de certaines professions, ou l'infidèle, c'est-à-dire le croyant d'une autre religion ou l'incroyant. C'est enfin simplement quelqu'un qui a touché une chose ou un être impur. Un simple contact est contagieux, il rend impur, il éloigne de Dieu. On vit constamment dans la crainte de ne pas être pur, et donc de ne pas pouvoir maintenir le contact avec le Dieu très saint. C'est un souci très sérieux de rester en communion avec Dieu, et cela nécessite des rites de purification fréquents. Mais cela veut dire que les autres, tous les autres, et le monde extérieur en général, sont des menaces. Il faut donc s'en protéger au maximum, s'en séparer au maximum. Et l'on pense d'ailleurs généralement que le mot "pharisiens" veut dire "les séparés".
Bien sûr, on peut penser que le judaïsme actuel n'est pas dégagé de cette religion-là. On peut penser à l'islam. On peut aussi penser à ces partis qui voient le mal partout, sauf chez eux, et qui passent leur temps à prononcer des anathèmes et à faire des épurations. On peut penser aussi au "sang impur" qui doit "abreuver nos sillons". On peut penser aux réflexes xénophobes et racistes, et aux "purifications ethniques" qui n'ont pas fini d'en découler. Mais je ne suis pas sûr que nous-mêmes soyons libérés de l'idée que l'impureté vient de l'extérieur, de l'idée que le mal est à l'extérieur de nous, de l'idée que l'autre est une menace pour notre pureté, pour notre identité, pour notre intégrité. L'intégrisme, c'est exactement cela, et nous le trouvons dans tous les courants du christianisme. Je le répète, l'intégrisme est un vrai souci de rester en communion avec Dieu, mais c'est un souci habité par la peur de l'autre, et donc par la haine de l'autre, la haine des choses et des gens que l'on considère comme des menaces. Et alors ce souci de communion avec Dieu se transforme en égarement spirituel.

"Rien de ce qui entre dans l'homme ne peut le souiller. Mais ce qui sort de l'homme souille l'homme."
En disant cela, Jésus s'est opposé à la religion de son peuple. Il ne s'est pas opposé seulement aux traditions de la religion populaire, mais même à la Loi de Moïse. Et il l'a fait avec violence, une violence inouïe. Songez à ce qu'il a dit à ces gens : "Vous ne mangez que des aliments que la Loi déclare purs. Vous vous lavez les mains pour effacer les contacts impurs qui risqueraient de rendre impurs vos aliments purs et donc de vous rendre impurs. Mais ces aliments purs, auxquels vous attachez tant de valeur et grâce auxquels vous vous croyez en communion avec Dieu, vous savez en quoi ils se transforment... Vous vivez dans l'illusion."
Et plus que cela encore, Jésus a voulu faire comprendre qu'une religion où l'on passe son temps à se préoccuper de rester purs est une religion où l'on se préoccupe d'abord de soi, une religion qui fait perdre le sens de la solidarité, parce que l'autre n'est plus un prochain à aimer, mais une me­nace dont il fait se protéger. C'est une religion de peur et non de liberté, une religion de protection et non de solidarité, une religion égocentrique et non une religion d'amour. C'est une religion qui coupe de Dieu parce qu'elle coupe de l'autre. C'est cette religion-là que Jésus est venu détruire, sous quelque forme qu'elle se présente, "religieuse" ou "profane".

Et Jésus va encore plus loin : "Ce qui sort de l'homme, c'est cela qui souille l'homme, oui, du dedans, du cœur des hommes."
Ce qui sort de l'homme, ce qui souille l'homme, ce qui le sépare de Dieu, c'est tout ce qui le sépare de son prochain. Mon désir de pureté, mon désir de rester en communion avec Dieu est lui-même une impureté qui me coupe de Dieu, s'il me fait considérer l'autre comme une menace. Peut-être Jésus dirait-il aujourd'hui : "Ce n'est pas l'étranger qui est une menace et un danger pour la pureté de votre pays, ni sa religion, ni sa manière de vivre, mais c'est votre peur, votre manque de cœur et votre xénophobie. Ce n'est pas celui qui croit différemment, ou l'incroyant, qui est une menace pour votre foi et pour votre Église, mais c'est votre manque de ferveur et votre manque d'amour." Les barricades que nous élevons pour nous protéger des autres ne font que montrer que nos cœurs sont barricadés, sclérosés. Quand je me protège contre les agressions qui pourraient peut-être venir de l'extérieur, n'est-ce pas parce que je sens en moi-même une grande fragilité, une grande incertitude ? Et cela ne révèle-t-il pas la haine et la violence qui se cachent au fond de moi, derrière la religion et ma bonne éducation ? Bien sûr, il y a aussi des idées, des modes et des spectacles qui peuvent nous éloigner de Dieu, mais ils ne le pourraient pas s'ils ne trouvaient pas en nous quelque chose qui a envie de mordre à ces hameçons, et c'est bien dans des cerveaux et dans des cœurs humains qu'ils sont nés. Le problème, nous dit Jésus, c'est le cœur humain.

Alors, quelle est la solution ? Ce qui est déconcertant, c'est que Jésus ici ne propose rien. Il s'arrête à ce constat : "Ce qui sort de l'homme, c'est cela qui souille l'homme, oui, du dedans, du cœur des hommes." Alors j'extrapole, et je me le permets à cause du reste de l’Évangile. Je dirai d'abord que cette parole du Christ n'est pas une condamnation. Le Christ n'est pas venu pour nous pousser au désespoir, ni pour que nous nous méprisions nous-mêmes, que nous ayons peur de nous-mêmes et que nous nous haïssions nous-mêmes. Il est venu nous dire que, tels que nous sommes, Dieu nous accepte : il n'attend pas que nous nous débarrassions de tout cela pour nous accepter, pour nous regarder comme il regarde son Fils. C'est le premier point. Le deuxième, c'est que Jésus est venu nous appeler à une conversion. Cette conversion, ce n'est pas le coup de baguette magique à partir duquel tout cela disparaîtrait de nous, sans laisser de trace. Nous trouverons toujours ces choses en nous. Mais cette conversion, c'est notre décision d'entrer dans un processus de guérison et de libération à l'égard de tout ce qui nous tire vers le bas et de tout ce qui nous durcit. C'est cela que le Christ est venu nous proposer, c'est un chemin de résurrection dans lequel nous entrons volontairement et que nous parcourons, jusqu'à ce que l'apôtre Paul appelle la délivrance, c'est-à-dire non la mort mais notre résurrection finale. Cette conversion est une conversion de tous les jours, une décision sans cesse à renouveler, un travail que l'Esprit de Dieu achèvera au grand jour du Christ, si nous répondons "oui" au grand "oui" que Dieu prononce sur nous et sur chacune de ses créatures.

 

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