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L’humanité et l’univers entier

sont en travail d’enfantement !


Prédication temple des Terreaux

Romains 8, 15-25

 

Michel Barlow




 

24 juin 2015

Romains 8, 15-25

Vous n'avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte, mais vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père !
L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.
Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d'être glorifiés avec lui.
J'estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous.
Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu.
Car la création a été soumise à la vanité, non de son gré, mais à cause de celui qui l'y a soumise, avec l'espérance qu'elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu.
Or, nous savons que, jusqu'à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l'enfantement.
Et ce n'est pas elle seulement, mais nous aussi, qui avons les prémices de l'Esprit, nous aussi nous soupirons en nous-mêmes, en attendant l'adoption, la rédemption de notre corps.
Car c'est en espérance que nous sommes sauvés. Or, l'espérance qu'on voit n'est plus espérance : ce qu'on voit, peut-on l'espérer encore ?
Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persévérance.

 

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Je suis devant vous ce matin pour dénoncer une scandaleuse erreur judiciaire qui a eu pour cadre ma famille, il y a plus de 40 ans, mais je ne sais s'il y a prescription dans ce domaine.
L'affaire remonte précisément au jour du baptême de notre fils, en septembre 1973. Le petit avait alors neuf mois et il était baptisé en même temps que sa cousine, plus jeune que lui de quelques jours. Après la cérémonie, d'innombrables photos ont été prises, pour, comme on dit, « immortaliser l'événement ». Elles montrent les deux bébés assis côte à côte sur une couverture au bord d'une pelouse.
Les deux chérubins offraient entre eux un contraste saisissant. Notre fils était un bon gros bébé rayonnant de santé, tout rose tout rond, parfaitement heureux de vivre. Sa cousine, au contraire, était un « bout de chou » tout maigre, tout chauve, tout fripé comme une vieille pomme qu'on aurait oubliée au fond d'un placard. Autant notre fils était tout en sourires et en gestes enthousiastes ; autant sa cousine était renfrognée, pleurarde et grincheuse. Et en regardant les photos, chacun de s'indigner : « Quelle teigne, cette gamine ! Ça promet pour les années à venir ! Regardez-moi ça : son cousin lui fait de gentilles caresses sur la joue et elle hurle comme s'il voulait l'assassiner ! »
Et c'est là qu'apparaît l'erreur judiciaire dont je parlais en commençant. Il se trouve que l'un des témoins de la scène - c'était moi - avait non pas photographié mais filmé la scène. Et celle-ci, restituée dans son mouvement, prenait un sens complètement différent. Au cinéma, les gentilles caresses dont le petit garçon tartinait affectueusement les joues de sa cousine s’avéraient en fait des claques relativement vigoureuses. La petite fille avait donc d'excellentes raisons de pleurer, de protester, de se mettre en colère. Elle n'était pas la petite harpie tyrannique et agressive que l'on disait, mais la malheureuse victime d'un garçon, sinon brutal, du moins trop exubérant !
Mais les membres de la famille de ces charmants bambins avaient des circonstances atténuantes. Les photos nous donnent une vision déformée de la réalité. Les clichés instantanés ne sont vrais que pendant le temps de pose (une fraction de seconde) ; mais on a l'impression qu’ils sont définitivement vrais – « à toujours », comme disent nos psaumes huguenots.

A/ Des jugements qui photographient
Voilà donc le sens humain de ma petite parabole. Comme vous savez, les paraboles de l’Evangile ont d'abord une signification purement humaine. Elles peuvent être reçues par la foule comme de simples paroles de sagesse. À tel point que, souvent, Jésus raconte sans commentaires ses paraboles à la foule et ne réserve leur explication qu’au petit groupe des disciples (Pensez par exemple à la parabole du semeur).
Sur ce registre-là, ma parabole de la photo qui trompe en immobilisant le mouvement éclaire bien les jugements que nous portons sur autrui. Souvent, on considère comme définitive, fixée pour l'éternité, l'opinion que nous portons sur tel ou telle, à un certain moment du temps et il faut faire un effort pour admettre que cette personne ou cette situation est capable d'évoluer dans le temps !

Il y a quelques années, j'avais demandé à mes étudiants en pédagogie d'analyser d'un point de vue stylistique (type de phrase, temps des verbes, etc.) un corpus d'appréciations tirées de bulletins scolaires, puis de chercher dans un quotidien quel type d'article ressemblait le plus - stylistiquement parlant - à ces appréciations scolaires. Les étudiants étaient revenus de leur recherche à la fois hilares et atterrés : c’étaient les notices nécrologiques qui ressemblaient le plus aux appréciations des bulletins scolaires ! Les professeurs parlaient de leurs élèves comme s'ils étaient déjà morts : au passé, de façon définitive et intemporelle ! Ce qui est tout à fait paradoxal puisque, par définition, un enfant ou adolescent est un être en devenir, dont on devrait davantage envisager l'avenir que le passé. Mais il serait trop facile de jeter la pierre aux profs : nous faisons exactement de même tous les jours (et moi le premier) dans les jugements que nous portons sur autrui, dans le cadre familial, par rapport à notre voisinage, dans nos engagements politiques etc. Nous ne sommes pas moins définitifs et péremptoires.

B/ Paul inventeur du cinéma
À ce point de la prédication, j'avais envisagé de faire un sondage d'opinion : « Que les personnes qui voient le rapport entre ma petite parabole et le texte de l'Épître aux Romains, que Geneviève et Philippe nous ont magnifiquement lu tout à l'heure, lèvent la main ! » Mais je préfère m’abstenir : j'aurais trop peur que le résultat soit décevant ! Et pourtant, ce texte sublime de Paul peut nous donner le sentiment que c'est lui, l'inventeur du cinéma (Avouez que c'est un scoop !) ! Paul nous fait voir la vie humaine dans le déroulement du temps : l'humanité et l’univers tout entier ont une destinée, leur histoire a un sens.
Rappelez-vous les formules choc de Paul :
Les souffrances d’aujourd’hui ne sont rien à côté de la gloire qui doit être révélée en nous.
La Création attend avec impatience le moment où Dieu montrera la gloire de ses enfants. La création tout entière gémit dans les douleurs de l’enfantement.
Nous attendons avec impatience d’être pleinement enfants de Dieu et de devenir complètement libres.

L'avenir qui nous est promis, dit Paul, c'est la gloire des enfants de Dieu. Comme vous le savez, le mot gloire, dans l'Ancien comme le Nouveau Testament, désigne la vie même de Dieu. Ce que Paul nous dit là, c'est donc que notre vocation, c'est d'être divinisés ! Tel sera notre héritage, et tel est aujourd'hui l'objet de notre espérance. Avouez que ce n'est pas rien !
Dans les Évangiles, cette glorification promise, on l'appelle souvent la vie éternelle ou le royaume de Dieu. Mais, nous en avons déjà parlé ici, les Évangiles ont plusieurs façons d'en parler. Pour certains évangélistes – ou dans certains passages – la vie éternelle, c'est ce qui nous attend après la mort : la promesse d'être « enthousiastes » au sens propre du mot, c’est-à-dire totalement en Dieu et Dieu totalement nous. Mais ailleurs, il est dit que la vie éternelle, le royaume de Dieu est déjà là. La vie éternelle, ce n'est pas seulement pour demain, ce peut être pour aujourd'hui : une certaine qualité de vie de foi, une certaine façon d'être heureux de Dieu et d'être heureux en Dieu. Et je pense que tout chrétien, même s’il n’est pas un champion du monde de la mystique, peut avoir l’expérience de cette vie éternelle. À certains moments de prière ou d’action au service d’autrui, on éprouve une joie si profonde, qu’on voudrait qu’elle dure toujours. À ces moments-là (trop rares !), notre vie est devenue transparente à Jésus-Christ. Elle est déjà éternelle !


C/ Les signes du Royaume

Bref, Paul nous révèle dans ce texte magnifique que notre vie a un sens, qu'un avenir lumineux, divin même, nous est promis. « La Création attend avec impatience le moment où Dieu montrera la gloire de ses enfants » ; « la création tout entière gémit dans les douleurs de l'enfantement » ! Comme j’aime cette image ! Vous remarquez que Paul ne dit pas «  l'humanité est en travail d'enfantement », mais la création : c'est donc tout l'univers qui est en évolution, en même temps que les humains ! L'humanité comme la création est en train d'accoucher d'une humanité, d'une création renouvelées. Alors bien sûr, le mouvement n'est pas uniforme. Il y a des reculs, des régressions, Mais Paul l'affirme : inévitablement, infailliblement, l'humanité est en marche vers son plein épanouissement, vers son plein accomplissement, vers sa divinisation.
Il faut le croire, il faut l'espérer ; mais parfois on aurait envie de voir des signes, des indices que l'humanité est vraiment en progrès. C'est au fond la question qui était posée à Jésus dans le texte d’Evangile que nous avons lu tout à l'heure : Les Pharisiens et les Sadducéens s’approchent de lui et le sollicitent : « Montre-nous un signe qui prouve que le Royaume de Dieu approche. »
Et, comme cela arrive souvent dans l'Évangile, Jésus, en guise de réponse fait des reproches à ses interlocuteurs : « À la couleur du ciel, vous savez repérer le temps qu'il va faire demain, mais vous ne savez pas (on aurait envie de traduire : vous n’êtes pas fichus) de repérer ce grand mouvement vers Dieu qui est inscrit dans l'humanité et dans l'univers entier ! » Et nous, les chrétiens du XXIe siècle, savons-nous discerner ces signes des temps, comme dit Évangile ?
Si je cite à ce sujet les paroles d'un pape, j'ai bien peur que les vénérables voûtes huguenotes de notre temple ne s'écroulent sur ma tête et sur les vôtres. Est-ce que je vais tenter cette dangereuse expérience ? Oui, allons-y courageusement : il faut vivre dangereusement ! Dans son encyclique Pacem in terris (la paix sur la terre), le pape Jean XXIII, en 1963, invitait tous les hommes de bonne volonté à repérer ces signes des temps, ces signes que le Royaume est en marche. Pour le pape (pour nous aussi sans doute ?) La prise de conscience de l'égalité foncière de tous les humains est un signe du Royaume qui vient. Signes du Royaume qui vient, aussi, les tentatives pour promouvoir l'égalité entre les hommes et les femmes. Signes du Royaume qui vient, la fin du colonialisme et l'indépendance de tous les peuples. Signes du Royaume qui vient, l’affirmation des droits de l'homme et la mise en place d'organismes de régulation internationale pour qu’ils soient partout mieux respectés. Pas de doute : il suffit de lire le journal ou de regarder le journal télévisé pour se convaincre que le royaume de Dieu, la vie éternelle s’approchent de nous !

D/L’Esprit saint, notre compagnon intérieur
En écoutant le texte de Paul, vous avez aussi été sensible, j'en suis sûr, au rôle qu’il reconnaît à l'Esprit Saint dans cette belle aventure de l'humanité en voie de divinisation. C'est l'Esprit qui anime notre foi. C'est l'Esprit qui nous libère de la peur de Dieu. C'est l'Esprit qui fait de nous des enfants bien-aimés de Dieu. C'est l'Esprit qui nous fait tendrement appeler Dieu Papa .C'est l'Esprit qui vient prier en nous, car nous ne savons pas vraiment prier.
Pour cela, il n'est pas nécessaire d'avoir des visions et des extases, comme Paul qui avoue, dans la 2aux Corinthiens qu’il s’est senti un jour transporté au septième ciel, « avec ou sans son corps », il ne sait pas trop ! Non : en fait, c’est beaucoup moins pittoresque que cela, cette présence priante de l'Esprit en nous. Nous l’avons tous expérimentée : quand vraiment nous arrivons à faire silence en nous, quand enfin nous arrivons, non seulement à ce que notre corps se tienne tranquille, immobile au secret de notre chambre comme dit l’Evangile ; mais aussi (et c’est plus difficile) à faire en sorte que la moulinette à idées et à sensations s’arrête ; alors, la paix peut enfin s’établir en nous. Et alors, dans un vrai silence accueillant, notre mémoire fait revenir à la surface telle ou telle citation de l'Écriture qui est parfois tellement bien adaptée à ce que nous vivons, que c'est comme une réponse à notre appel. Et en méditant cette parole, nous sommes pleins de joie, heureux de Dieu, heureux en Dieu. Il faut bien croire alors que, sans tapage, en pleine discrétion l'Esprit est venu prier en nous !

Encore une parabole familiale !
Chers amis, je le confesse, j’avoue que j'ai été tenté de conclure cette prédication avec orgue et fanfare en citant le dernier vers de la Divine comédie de Dante : « Car c'est l'amour de Dieu qui met en mouvement la terre et les étoiles. » Ce qui n’est pas autre chose qu’un commentaire du texte de Paul que nous avons lu. Mais non : il valait mieux conclure moderato cantabile – avec une petite musique de la foi - en racontant à nouveau, une petite parabole familiale.
Comme tous les pères de famille, lorsque notre fils était enfant, j'éprouvais un grand bonheur à aller le chercher à la sortie de l'école : c'est si bon de se retrouver, même lorsque l'on n’a été séparé que pendant quelques heures ! Et chaque fois, j'étais surpris et amusé par le manège d'une des petites camarades de notre garçon. Une toute petite camarade, une fillette minuscule qui devait être très en avance dans ses études et qui était beaucoup plus jeune en tout cas beaucoup plus petite que les autres enfants. Chaque fois, elle pratiquait le même rituel : du plus loin qu'elle pouvait, elle courait au triple galop pour prendre de l'élan, et au terme de sa course, elle atterrissait dans les bras affectueux de son gigantesque papa. Je me suis toujours demandé comment une si petite fille parvenait à sauter si haut. Cela semblait défier toutes les lois de la physique. La solution était pourtant évidente : si la petite fille parvenait à sauter si haut, c'est tout simplement parce que l‘amour de son père la soulevait de terre, l’aspirait vers lui comme un électroaimant. Et ça n'a rien d'étonnant, finalement  : un aimant c’est quelqu'un qui aime, non ?
Je me dis que les bonds de kangourou de cette toute petite fille et l'amour aspirateur de son tendre papa sont une véritable parabole de l'amour de Dieu pour nous : un amour qui nous soulève de terre et nous attire à lui, un amour à qui nous devons « la vie, le mouvement et l’être », comme disait Paul - et non seulement nous les chrétiens, mais aussi tous les hommes sans distinction, les croyants comme les athées ; et non seulement l’humanité, mais l'univers tout entier, comme on l’a vu.
Alors, c’est vrai, quelle formidable bonne nouvelle, quel Évangile de joie, quel émerveillement d’espérance l'apôtre Paul nous a apporté aujourd'hui avec cette révélation du mouvement universel de l'humanité et de l'univers entier vers Dieu !
Aussi, chers amis, dans les jours qui viennent, dans l'émerveillement d'une prière d'action de grâces, le plus souvent que nous ne que nous le pourrons, comme la petite fille, sautons à pieds joints dans les bras de la tendresse de Dieu ! Amen !

 

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