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Mon corps a-t-il un sexe ?


Sur le genre, dialogues
entre biologies et
sciences sociales



Sous la direction de Évelyne Peyre et Jëlle Wiels

Avec la collaboration de Josiane Gonthier et Mireille Ruppli

 

Éd. La Découverte
360 pages – 32 €

 

Gilles Castelnau


23 juin 2015

20 contributeurs scientifiques de différentes formations (bioop-anthropologues, pédiatre-endocrinologue, psychologue, sociologue, philosophe, médecin, éthologue, musicologue, linguiste, neurobioogiste, littéraire etc), participent, en contre-point les uns des autres, à un tour d’horizon des problèmes dits de « genre ».

Comme le dit l’éditeur : « L’ambition de ce volume est de faire le point sur les connaissances concernant le sexe biologique et ses variations, dont on sait désormais qu’il ne permet pas de séparer les individus en deux catégories bien distinctes. »

Voici, à titre d’exemple, quelques pages de
Mireille Ruppli, linguiste, maîtresse de conférences à l’Université de Reims-Champagne Ardenne
et de
Stéphanie Nicot, présidente et porte-parole de l’Association nationale transgenre, présidente de la Fédération LGBT.

 

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Mireille Ruppli

linguiste, maîtresse de conférences à l’Université de Reims-Champagne Ardenne

page 156

Voix sociales. - Selon la « scène sociale », le lieu et la place que nous occupons, nos voix sont également différentes. Pensons, par exemple, aux voix de l'enseignant-e (différentes, d'ailleurs, selon l'âge et le niveau des auditeurs), de la comédienne ou du comédien, du chef ou de la cheffe, ou encore aux voix des femmes et des hommes politiques, chez qui la rhétorique, les modulations et les intonations de la voix, ont autant voire plus d'importance que le contenu même de leur discours; car il s'agit, avant tout, de persuader son auditoire : on a, à ce propos, beaucoup parlé de la voix d'Adolf Hitler [Poizat, 2002] mais aussi [Cornut, 2009] de Léon Blum, de Philippe Pétain, ou de Charles de Gaulle, qui sont, toutes, des « voix fabriquées ». Anne Karpf [2008, p. 298] rappelle que, « dans les années 1950, les rôles de chaque sexe étaient aussi précisément différenciés que leur voix ». Mais, poursuit-elle, « la transformation de la vie des femmes depuis les quarante dernières années a eu des conséquences vocales étonnantes ». Pendant cette période, en effet, la voix des femmes est devenue sensiblement plus grave ; cette « aggravation » serait même d'une octave selon Claire Gillie, ou d'un demi-ton (soit 23 Hz) selon Anne Karpf ; la vérité se situe sans doute entre ces deux mesures.

Et ceci semble en particulier vrai chez les femmes occupant un poste de responsabilité ou de pouvoir. Par exemple, Margaret Thatcher, dont la voix, travaillée, élargie dans les graves, avait baissé de 60 Hz : « elle s'est pliée, écrit Anne Karpf, au changement de voix le plus significatif de tous les ténors politiques modernes ». Et tout récemment, la voix de Ségolène Royal semble avoir, elle aussi, gagné « en grave ».

Ce phénomène est également noté chez les hommes, qui « obéissent à des stéréotypes vocaux », les incitant à « supprimer les qualités "‘non masculines" de leur voix » [Karpf, 2008, p. 281] : Nicolas Sarkozy aurait ainsi, depuis 1990, abaissé sensiblement sa tessiture, comme le montre la comparaison de ses discours.

La gravité vocale est, en effet, associée, dans notre société, à la détention du pouvoir et de l'autorité. Pour les femmes, il s'agit, en outre, de trouver leur place dans une société androcentrée et une voix plus grave pourrait leur faciliter la tâche. On sait, autre exemple, que, sans un registre grave, les présentatrices de radio et de télévision ne pourraient, à présent, obtenir un poste, alors qu'autrefois, l'idéal recherché était une voix haut perchée, et riche en harmoniques aiguës.

 

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Stéphanie Nicot

présidente et porte-parole de l’Association nationale transgenre, présidente de la Fédération LGBT.

 

page 287

Le contrôle de l'état civil, un verrou contre l'égalité des sexes

En l'absence de loi autorisant un changement d'état civil libre et gratuit en mairie (sur le modèle du mariage) par une simple déclaration préalable, puis un enregistrement, en présence de deux témoins, par un officier d'état civil, la stigmatisation transphobe pourra sans doute s'atténuer (malgré tout, la société évolue), mais elle persistera tant qu'elle sera ainsi inscrite dans le droit. Car les personnes transgenres en sont encore réduites à devoir demander à l'État l'autorisation de pouvoir vivre leur genre sans être marginalisées et discriminées, et de laisser un juge décider si leur masculinité ou leur féminité est assez conforme à son goût aux stéréotypes de genre! On a ainsi vu, entre 2007 et 2013, le Tribunal de grande instance (TGI) de Nancy exiger une opération génitale, le procureur de la République préférer des prothèses mammaires, la Cour d'appel exiger une prise d'hormones irréversible (c'est-à-dire stérilisante), et enfin la Cour de cassation en revenir aux fondamentaux de la transphobie d'État des années 1990 en imposant que la requérante ne soit pas libre de son genre et de ses propres choix de vie, et qu'elle n'ait pas le droit d'agir au nom de la liberté individuelle. C'est dire à quel point l'État français se mêle de tout, même de l'intime; c'est démontrer que, pour les élites françaises, la hiérarchie des rôles et des sexes est encore considérée comme intangible. Si les répercussions n'étaient pas aussi graves pour les personnes concernées (obtenir un nouvel état civil permet de protéger sa vie privée et favorise l'insertion sociale et professionnelle), on pourrait en rire !

Quels textes anti-discriminations élaborer et quel droit positif créer pour répondre à des situations concrètes souvent inextricables pour les personnes concernées ? C'est tout l'enjeu des débats actuels. Ce sera, qu'on le veuille ou non, un terrain d'affrontement opposant peu ou prou les mêmes forces que celles qui se sont opposées dans la bataille pour le droit à la contraception et à l'avortement libres et gratuits, ou pour l'ouverture du mariage et de l'adoption à tous les couples. Ce sont, peu ou prou, les mêmes forces qui s'opposent à l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, qui refusent l'égalité des enfants et de leurs familles dans les lois de la République, et s'opposent également à de nombreuses autres avancées sociétales comme le droit à l'euthanasie et au suicide assisté (sur un modèle proche de celui de nos voisins belges). Les ennemis de la liberté et de l'égalité sont clairement identifiables, la ligne de front aussi.

[...]

Des conséquences lourdes pour les individus

Ne pas avoir droit à un changement d'état civil, pour une personne transgenre, cela signifie ne plus pouvoir voyager dans les nombreux pays où être identifiée présente un risque majeur pour sa sécurité. Et cela ne s'applique pas qu'aux vacances! Cela empêche les personnes transgenres d'occuper certaines fonctions à responsabilités qui supposent des déplacements fréquents à l'étranger, en particulier dans des pays hostiles aux personnes LGBT. Ne pas avoir droit à un changement d'état civil, c'est aussi être obligée de dévoiler sa vie privée pour chercher un recommandé à la poste, c'est ne plus trouver de travail parce que l'employeur potentiel ne comprend rien à ces histoires de papiers d'identité, et que les services publics ne font généralement rien pour faciliter l'insertion sociale des personnes transgenres. En effet, à de rares exceptions près, les directions de Pôle emploi refusent d'utiliser le prénom usuel des personnes transgenres, rendant les recherches d'emploi quasi inutiles, hormis parfois auprès des agences d'intérim et de quelques entreprises, généralement de tradition anglo-saxonne, actives contre les discriminations. Cette révélation (outing) systématique, crée mécaniquement des difficultés majeures: une personne transgenre est fréquemment sommée d'expliquer sa situation, ce qui pour la plupart des victimes de ce stress provoque douleur, repli, auto-enfermement, dépression, renoncement à étudier ou à chercher un travail et pour finir... des troubles, enfin diagnostiquables.

 


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