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ET POURTANT,

Christ nous avait libérés du sacré



Michel Barlow

 

Éd. Golias
120 pages – 13 €

 

Gilles Castelnau



23 juin 2015

Michel Barlow a écrit de nombreux ouvrages à thème religieux. En recensant sur ce site « Le bonheur d’être protestant »  je disais – et ceci convient à nouveau parfaitement à ce nouveau livre qui vient de paraître :
« C’est, en fait, un véritable petit livre de catéchisme protestant Il permettra à bien des lecteurs de préciser leurs idées et d’approfondir leur spiritualité en ayant l’impression d’une évidence qu’ils avaient toujours partagée et d’un "bonheur" en effet qu’ils avaient peut-être un peu oublié ! »

L’auteur est un excellent théologien protestant – après avoir été un non moins bon théologien catholique - et il sait vulgariser sa réflexion avec verve et « bonheur », comme il aime à le dire. C’est avec plaisir et intérêt que l’on dévore ses pages.

En voici donc quelques unes :

 

.

 

page 14

On peut imaginer - c'est de la science-fiction et non de l'histoire des sciences - que c'est en regardant les temples païens ou le Temple de Jérusalem, que les ingénieurs ont trouvé le plan des centrales nucléaires: une série d'enceintes étanches, emboîtées les unes dans les autres par principe de précaution : si l'une vient à céder, il faut l'entourer d'un rempart qui lui-même devra être protégé par un autre rempart, et ainsi de suite... Dans les temples païens (et, dans une certaine mesure dans celui de Jérusalem), le but clairement affiché est de protéger les humains des redoutables radiations divines, mais aussi d'éviter que les sublimes énergies d'en-haut ne soient polluées par le contact de notre misérable humanité.

Dans cette configuration, un temple est un lieu sacré, la demeure des dieux au milieu d'un monde profane, de même qu'une ambassade est une enclave nationale en territoire étranger. Et l'on comprend pourquoi : la caractéristique la plus visible du sacré c'est d'être intouchable. Toute tentative pour mettre en contact les deux univers - sacré et profane - est considérée comme un crime inexpiable : un sacrilège qui, le plus souvent, est puni de mort, par les hommes ou par la divinité elle-même.

Notons au passage que ce sacré si bien protégé n'est pas nécessairement de nature religieuse. Il y a, par exemple, une sacralité patriotique: imaginez le sursaut d'indignation dans toute la nation française, si un hurluberlu s'avisait d'utiliser la Flamme du soldat inconnu, sous l'Arc de Triomphe de l'Étoile, pour faire un barbecue ! On se souvient aussi des querelles passionnées - voire hystériques - devant telle ou telle tentative de modifier le rythme de notre hymne national ou de lui trouver des paroles moins sanguinaires. Même lorsque ces recherches étaient conduites sans aucune intention parodique, elles n'en paraissaient pas moins sacrilèges : « Touche-pas à mon hymne national, c'est sacré ! »

 

page 24

Bref, en devenant pleinement homme, et non pas seulement une apparence d'homme, Jésus-Christ inverse complètement la notion de sacré, ou plutôt, il invente un sacré à l'opposé de ce sacré païen qui sépare le divin et l'humain. L'incarnation du Dieu fait homme réunit au contraire le divin et l'humain, le sacré et le profane, aussi intimement qu'on peut les réunir : en les vivant conjointement, en communion.

 

page 26

Les « bénis du Père » (v. 34) ne sont pas les observateurs rigoureux des dogmes, des rites et des préceptes religieux, mais des humains (croyants ou non) qui ont exercé concrètement la solidarité à l'égard d'autrui, et surtout à l'égard de ceux qui étaient le plus en difficulté: pauvres, malades, prisonniers... Jésus, Dieu fait homme, modèle de toute humanité, formule ainsi la règle religieuse la plus impérieuse, le sacré le plus essentiel : le respect efficace de l’humain

 

page 62

À prendre ces expressions au pied de la lettre (et c'est le plus souvent ainsi qu'elles ont été reçues), on a le sentiment que Dieu a soif de sang, qu'il exige la mort de son fils chéri - comme un Abraham qui serait allé jusqu'au bout de son geste (sacrificateur ou meurtrier ?). Quel blasphème ! Ce Dieu-là serait un père psychorigide et impitoyable, qui ne saurait pardonner et entendrait punir rigoureusement toutes les fautes commises par ses enfants - en choisissant parmi eux un souffre-douleur attitré ! Un père dont la sévérité irait consciemment, sereinement, jusqu'à l'infanticide ! Cela ne ressemble guère au père de la parabole si mal nommée de « l'enfant prodigue » : Dieu comme un papa fou d'amour qui serre sur son cœur son garnement de fils (Luc 15, 11-32) ! Mais il arrive souvent aux théologiens d'oublier les messages les plus clairs de l'Évangile : sans doute y a-t-il quelque ivraie dans les champs de leur culture (cf. Matthieu 13, 24-30) - et, comme on le sait, l'ivraie (zizanie ou ebriaca pour les botanistes) est une plante hallucinogène !

Exemple de théologien qui semble raisonner sous l'influence du LSD : Anselme de Canterbury (XIIs.) construit une ébouriffante théorie de la « satisfaction » - en appliquant sans doute aux relations entre Dieu et les hommes celles du seigneur et de ses vassaux dans la féodalité. Dans Cur Deus homo (Pourquoi Dieu [est-il devenu] homme), il explique qu'aucun homme n'aurait eu assez de prix pour rembourser à Dieu, par le sacrifice de sa vie, la dette colossale contractée par l'humanité depuis le péché d'Adam, l'offense démesurée faite à son honneur. Seul un dieu pouvait réparer la faute de l'humanité depuis les origines, satisfaire aux exigences du sacrifice. D'où l'incarnation de Jésus Fils de Dieu, devenu homme pour sauver l'humanité (autrement dit : il ne naît que pour mourir) ! Combien de générations de théologiens ont enseigné respectueusement cette théorie à leurs étudiants sans prendre conscience de son caractère blasphématoire ?

Ce Dieu qui exige réparation, satisfaction de sa justice serait un avare qui ne ferait pas grâce du moindre centime de punition à l'humanité sa débitrice. Et plus encore, ce serait un fou d'orgueil, un de ces hommes qui nomment sens de l'honneur leur vanité surdimensionnée - et celle-ci peut aller jusqu'au meurtre ou au génocide. Toujours dans cette logique, Dieu serait monstrueusement injuste, en n'hésitant pas à faire mourir un innocent, selon l'odieux principe qu'il « vaut mieux une injustice qu'un désordre » (Goethe) !

 

page 89

La morale chrétienne est-elle une morale du sacrifice ?

Comment expliquer que l'éthique chrétienne ait longtemps préconisé - préconise encore peut-être, ici ou là - la mortification (jeûne, abstinence sexuelle, privations, auto-flagellation au sens propre comme au sens figuré) ? On retrouve ainsi la logique mortifère de la sacralité païenne. Comme si le Créateur, qui avait béni son œuvre et l'avait jugée « bonne, très bonne » (Genèse l, 21-22 ; 25 ; 28), trouvait soudain plaisir à la voir brimée, humiliée, méprisée !

En bonne logique, pourtant, le sacré chrétien devrait réconcilier plutôt que diviser, assumer plutôt que refuser. La meilleure façon de « sacrifier sa vie » (de la rendre sacrée, de l'approcher du divin) ne devrait pas être de renoncer à l'exercice d'une vie sexuelle, à la liberté de choix, à la jouissance des biens de ce monde (les vœux monastiques de chasteté, de pauvreté et d'obéissance). Au contraire, le sacrifice (la fabrication du sacré) devrait se manifester par un « devoir » de bonheur affectif et sexuel, un devoir de liberté dans la conduite de sa vie, un devoir d'harmonie dans une gestion de l'argent et de la nature !

Est-ce une utopie : une idée « à coucher dehors », une idée de nulle part (u-topie) ? Pour beaucoup, il semble évident, au contraire, que la morale, est destinée à proposer, voire imposer une conduite qui ne serait pas spontanément celle de l'individu. Bref, en elle-même, la morale se devrait d'être autoritaire, restrictive, castratrice... contre nature ! Et toute religion qui, comme la morale, inspire ou impose un certain style de vie à ses fidèles ne pourrait faire autrement que d'exiger des sacrifices au sens restrictif du terme : privations de toutes sortes d'aspects agréables de la vie humaine et à la limite, elle pourrait demander le sacrifice de l'existence elle-même. On appelle cela le martyre (étymologiquement : témoignage, l'expression publique de la foi).

 

page 98

Trop souvent, la morale chrétienne a passé (passe encore souvent) pour une théorie sinistre un peu masochiste même, qui entend piétiner la nature humaine pour lui imposer un type d'humanité artificielle, au prix de sévères privations ou de mortifications volontaires il faudrait, « pour la plus grande gloire de Dieu », faire souffrir, voire tuer des pans entiers de son humanité ! Cette morale répressive ne fait que refléter la piètre idée de la nature humaine qui est très répandue dans bien des consciences chrétiennes. La théologie du péché originel, orchestrée sinon inventée par saint Augustin, n'est pas étrangère à ce pieux mépris de l'humanité: s'il faut brider nos envies, voire la nature humaine tout entière, c'est que celle-ci est définitivement détériorée par la faute de j'humanité depuis toujours, et donc apparaît finalement haïssable. Ce qui ne laisse pas d'étonner un lecteur naïf de la Bible qui approche le texte sans a priori. Il y découvre une présentation très positive de la nature et de j'humanité. Dès les premières lignes de la Genèse, les astres, les végétaux, les animaux les humains sont présentés comme l'œuvre de Dieu. Celui-ci est fort satisfait de ce qu'il a réalisé et le bénit. Fondamentalement donc, une morale qui s'inspire de la Bible doit être une morale de l'épanouissement. Il s'agit de faire réussir la création de Dieu en soi-même mais aussi autour de soi !

 

page 117

C'est à croire que le Démon existe, lui qui tenta vainement de séduire le prophète de Nazareth. Hélas ! les disciples de celui-ci n'ont pas souvent son désintéressement paisible, sa lucidité ourlée de prière. Et souvent - presque aussi souvent qu'il le souhaite - le Diabolos, le diviseur parvient à instiller la peur au cœur des croyants. Il plante insidieusement le doute comme un coin de bûcheron dans le tronc vivant et fragile de leur foi. Et, de scrupule en scrupule, d'inquiétude en inquiétude, de remords désolé en remords désolé, la faille s'élargit, s'élargit. Jusqu'à ce que la foi se distende au point de devenir le contraire d'elle-même: peureuse soumission à un Dieu blasphémé en tyran haïssable et devant lequel on se prosterne, le dos soumis et l'esprit vide. On peut imaginer qu'alors, du haut d'un ciel d'orage, un grand rire diabolique se régale à contempler le champ de ruines de la foi : il est encore en forme de cathédrale audacieuse, mais la foi des croyants en a fait un mausolée pour ensevelir Dieu au lieu de le célébrer.

 

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