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Le suaire de Turin


C’est son inauthenticité qui est intéressante


Charles Freeman

 

Church Times
8 mai 2015

 

Traduction Gilles Castelnau

Voir aussi
Gilles Castelnau, Le suaire de Turin

 

13 mai 2015

Une nouvelle exposition du suaire de Turin est en cours. Il sera présenté dans la cathédrale de Turin durant sept semaines jusqu’au 24 juin. Le pape François viendra de Rome le vénérer le 21  juin.
On attend plus d’un million de pèlerins qui défileront pour voir l’image floue d’un homme crucifié, de face et de dos imprimée sur un tissu. Nombreux seront, sans doute, ceux qui croiront être en présence de l’authentique suaire du Christ, malgré l’absence totale de preuves scientifique qui le dateraient d’avant l’époque médiévale.

Tout espoir d’authenticité s’évanouit rapidement dès que l’on examine les preuves. Les dimensions et le style du tissu sont caractéristiques des métiers à tisser qui n’existaient pas en Europe avant l’an 1000. Un tisserand travaillant assis ne pouvait produire qu’un tissu d’une largeur correspondant à la dimension de ses bras : les 113-114 cm de largeur du suaire représentent la dimension standard au Moyen-Age.

La longueur de l’étoffe ne présentait pas de difficulté car elle était enroulée sur un tambour et des longueurs plus importantes que les 4,37 m du suaire étaient possibles. Un autre exemplaire de ce genre, datant du 14e siècle, se trouve à Londres au Victoria & Albert Museum.

Nous avons la chance de posséder un grand nombre de descriptions et de représentations du suaire datant des siècles qui ont suivi sa première apparition en 1355 dans la petite église de Lirey en Champagne en France.

Il est étonnant qu’elles n’aient jamais été systématiquement analysées, mais elles montrent néanmoins que les images avaient à l’époque une très grande puissance suggestive. Le culte des reliques était développé de manière très théâtrale et c’était notamment le cas du suaire. C’est ainsi qu’il était présenté de manière à pouvoir être vu de loin. Une fresque datant de 1583, visible dans la Galleria delle carte geografiche du Vatican, montre le suaire étalé sur le mur de la cathédrale de Turin et les fidèles qui l’observent depuis une distance d’au moins 200 mètres.
D’énormes foules pouvaient l’observer. Elles étaient frappées par l’intensité de la couleur des taches de sang qui provoquaient un sentiment de terreur et de respect, notamment sur les Turcs, comme le rapporte un texte de 1517.

Ces premières descriptions prouvent que les couleurs du suaire se sont fanées avec le temps jusqu’à provoquer la préoccupation de ses gardiens au début du 18e siècle. Ceux-ci réduisirent la fréquence de ses expositions qui étaient de 50 au 17e siècle à seulement 5 au 18e siècle.

L’iconographie des images du Suaire est néanmoins toujours claire. Les éclaboussures de sang sur la tête et la chevelure du Christ, les taches de sang le long de ses bras et le flot de sang sur ses mains et ses pieds sont typiques de l’iconographie de la Passion au 14e siècle.

Les marques de flagellation sont particulièrement impressionnantes. Elles sont au nombre d’au moins 372 et couvrent l’ensemble du corps, de face et de dos. Dans la vie réelle, personne ne pourrait survivre à un pareil traitement.
Le professeur James Marrow de l’Université de Princeton a noté la citation d’Esaïe 1.6 qui a été interprétée comme une préfiguration de la flagellation du Christ et a été intégrée dans ses représentations picturales :

« De la plante du pied jusqu'à la tête, rien n'est en bon état :
Ce ne sont que blessures, contusions et plaies vives,
Qui n'ont été ni pansées, ni bandées,
Ni adoucies par l'huile. »

Les plus anciennes représentations de ces blessures de la flagellation couvrant le corps entier du Christ, de face et de dos, datent de l’an 1300. L’image du suaire doit donc dater des années 1300-1350, comme d’ailleurs l’affirme la datation au carbone-14 effectuée par les autorités de Turin en 1988. Celle-ci situe le suaire entre les années 1260 et 1390 avec 95 % de certitude.

 

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Ces remarques entraînent habituellement l’affirmation de l’inauthenticité du suaire qui aurait été fabriqué par malhonnêteté. Ceci est peu vraisemblable. Aucun faussaire n’aurait pu avoir l’idée de faire une fausse image d’aussi grande dimension dans la mesure où il n’en aurait trouvé le modèle ni dans les récits évangéliques ni dans l’iconographie médiévale où il et toujours représenté couché sur un simple tissu.

Malgré une déclaration de l’évêque du lieu dans les années 1350, selon laquelle le suaire avait été peint et était donc inauthentique, en l’an 1390 le pape Clément VII d’Avignon en autorisait la vénération à condition qu’il soit publiquement précisé lors de chacune de ses exposition qu’il n’était pas authentique.
Loin d’être un faux, le suaire serait un objet destiné à la vénération liturgique.

Il est intéressant de se référer à la cérémonie du « Quem Quaeritis » où l’on revivait la découverte par les disciples du tombeau vide du Christ le matin de Pâques. Ce drame médiéval est attesté depuis le 10e siècle. On retirait du tombeau le suaire du Christ, on le transportait solennellement à l’église et on le disposait devant l’autel jusqu’à la messe du matin de Pâques.

On sait que certains de ces suaires étaient peints. Au musée de Cluny à Paris, se trouve un médaillon, peint à Lirey vers 1355, qui représente deux prêtres montrant le suaire devant une tombe vide, exactement comme la liturgie le demandait.

Il fallait que le suaire apparaisse clairement dans la demi-obscurité du petit matin d’une église médiévale. C’est peut-être la raison pour laquelle l’image du Christ a été peinte plus grande que nature.

Bien que ces images nous apparaissent aujourd’hui tout à fait réalistes, l’artiste ne s’est guère préoccupé de leur vérité. Il ne s’est pas efforcé de reproduire exactement le contours d’un tissu entourant un corps réel.

Le visage du Christ, tout à fait conventionnel avec ses cheveux longs et sa barbe est plutôt celui d’un homme debout et non couché. De plus les coudes représentés sur l’image du dos ne touchent pas le corps, de sorte qu’il aurait été impossible que les bras soient croisés sur l’image de face.

Une volonté de réalisme se trouve néanmoins dans la marque, à gauche sur le suaire, de la blessure au côté correspondant donc au coup de lance à droite (Jean 19.34), en accord avec l’iconographie traditionnelle.
Il faut peut-être donc considérer le suaire comme une icône peinte non sur bois mais sur toile. Comme les icônes de bois elle a été conçue comme un objet sacré, destiné à faire revivre, non la Passion du Christ, mais sa résurrection, libéré du suaire funèbre.

Le suaire a donc sa place depuis bientôt 700 ans parmi les milliers de reliques dont la provenance est inconnue mais qui ont été vénérées pendant des siècles.

Une remarque encore. Pour ceux qui s’intéressent aux drames médiévaux, le suaire apparaît comme le seul objet ayant joué un rôle dans la cérémonie du « Quem Quaeritis » que nous possédions encore. C’était cette cérémonie que son déroulement traditionnel faisait sortir de l’église pour se prolonger dans les rues, dans le cadre des rites de la Passion.
Alors que l’église ou le monastère pour lequel il a été fabriqué nous demeure inconnu, le suaire pourrait donc être l’unique relique subsistant du drame médiéval qui y était célébré. En cela il mérite certainement notre respect.

 

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Pourtant les longues queues dans lesquelles les foules patientent pour voir un bref instant le suaire sont la preuve que son pouvoir d’attraction dépasse largement l’intérêt de contempler un objet d’origine médiévale. Les décolorations du tissu, dont la diversité provient probablement des épaisseurs variables de la peinture, lui donnent l’apparence d’un négatif photographique, d’une image qui semble étonnement en trois dimensions, ce qui provoque un profond impact émotionnel et spirituel.

Il est compréhensible que le Vatican et les autorités de Turin cherchent à utiliser ce sentiment pour rendre les pèlerins sensibles aux souffrances du Christ. Mais l’idée de l’authenticité du suaire ne manque pas d’en être accréditée et certains en profitent pour parler d'un « inexplicable mystère » qui l’entoure. Des journalistes présentent trop souvent à son sujet des théories absurdes dont ils énoncent avec légèreté des « preuves » sans fondement. Les réticences des scientifiques à se laisser entraîner dans ces débats a laissé se développer le mythe d’une origine surnaturelle du suaire et l’Église en est bien embarrassée.

Il est maintenant trop tard pour intervenir dans l’exposition actuelle du suaire, mais il serait sage que la prochaine fois on rappelle la position du pape Clément VII de 1390 disant que le suaire ne pouvait pas être authentique.

Il faudrait aussi affirmer résolument que le suaire n’a pas été fabriqué dans le but de tromper mais qu’il a été conçu pour rendre les fidèles sensibles aux souffrances du Christ et à sa Résurrection. Et ceci est la meilleure justification pour la future vénération du suaire dans l’Église du pape François.

 

 


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