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La patience

 

Louis Pernot

pasteur de l'Église protestante unie de Paris-Étoile

prédication

 

 

16 février 2015

Lecture de la Bible

L’Evangile nous invite à vivre plein de bonnes choses : l’amour, le pardon, la paix, le don, et puis d’autres choses encore moins courantes, comme la patience, curieuse vertu oubliée. Voici ce que nous trouvons, par exemple, à ce sujet dans le début de l’épître de Jacques :

Mes frères, considérez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves que vous pouvez rencontrer, sachant que la mise à l'épreuve de votre foi produit la patience. Mais il faut que la patience accomplisse une œuvre parfaite, afin que vous soyez parfaits et accomplis, et qu'il ne vous manque rien.
Si quelqu'un d'entre vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu qui donne à tous libéralement et sans faire de reproches, et elle lui sera donnée. (1. 2-5)

Et voici ce qu’en dit Paul, dans son épître aux Romains au chapitre 5 (v1-5)

Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus- Christ ; c'est à lui que nous devons d'avoir eu accès à cette grâce, dans laquelle nous demeurons fermes, et nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire de Dieu. Bien plus, nous nous glorifions même dans les tribulations, sachant que la tribulation produit la patience, la patience une fidélité éprouvée, et la fidélité éprouvée l'espérance. Or, l'espérance ne trompe pas, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné.


Prédication


La patience, voilà une vertu qui n’est pas très prisée aujourd’hui, une vertu sans grande importance. La foi, l’espérance et l’amour, voilà ce que l’on prêche. Mais aujourd’hui, qui prêche la patience ? Personne ! Tout au plus cela semble-t-il une qualité morale, utile, bonne, louable, méritant au mieux une fable de la Fontaine : « patience et longueur de temps font plus que force ni que rage »...
Pourtant, dans l’Evangile, la patience apparaît être une vertu d’une extrême importance, tellement essentielle qu’elle est même montrée, dans bien des passages, comme une condition, voire comme LA condition du salut. Qu’on pense à ce verset où le Christ dit : Celui qui persévérera, ou qui patientera jusqu’à la fin sera sauvé, ou encore à cette autre parole de Jésus jamais citée, curieusement, dans l’Evangile de Luc 21, 19 : Par votre patience vous sauverez vos âmes. Avouez que pour une petite qualité morale sans importance, que Jésus en fasse le critère même du salut est assez inattendu. Alors il faut essayer de comprendre.

Cette désaffection pour la patience est, semble-t-il, assez moderne. Quand on regarde chez les anciens Pères grecs de l’Eglise, on se rend compte que la patience était alors considérée comme une vertu extrêmement importante. Tertullien, au 2e siècle, a écrit un livre entier sur la patience, Saint-Augustin aussi, puis cela disparaît, et au siècle des lumières, on n’en parle plus, peut être qu’on était alors plus préoccupé par l’engagement, l’action, la raison... et aujourd’hui, personne n’en parle, si, peut-être Simone Weil, dans « La pesanteur et la grâce », ou quelques théologiens particulièrement touchés par la détresse et la souffrance qui ont parlé de la patience, mais c’est assez rare.

Aujourd’hui, la patience est méprisée, parce qu’on y voit une sorte de passivité, de stoïcisme, voire de faiblesse. Il est certain que si c’est ce que l’on met dans l’idée de patience, cela se comprend ; mais dans la Bible, il n’en est pas ainsi. Dans la Bible, c’est une notion très forte, et pour bien comprendre, il est une chose à savoir, c’est que dans le grec du Nouveau Testament, il y a un seul mot pour parler de la patience et de la persévérance. La patience et la persévérance sont un seul et même mouvement. La patience valorisée par l’Evangile contient une part de persévérance, et la persévérance une part de patience.

Notre erreur à nous modernes, c’est de vouloir séparer les deux, comme s’il y avait soit une patience passive, faible, où on attendrait en courbant l’échine que le malheur cesse, soit une persévérance où on s’escrimerait dans une sorte d’acharnement activiste pour essayer de lutter contre le mal. Mais pour la Bible, les deux notions sont une seule, il n’y a pas de patience sans persévérance active, et il n’y a pas de persévérance positive sans une notion de patience. La patience est donc une attente qui en même temps comporte une part d’engagement, de démarche volontaire et d’action ; et inversement, la persévérance a une dimension de sagesse, de capacité à durer et à attendre. C’est donc une patience qui est une action de persévérer, et une persévérance qui sait attendre.

Dans quelles situations alors sommes nous invités à faire preuve de cette vertu de patience-persévérance ? Et bien pour beaucoup de choses, certainement bien sûr par rapport au mal, dans l’épreuve, dans l’agression, mais aussi pour notre propre progression, par rapport au salut, dans notre relation aux autres, par rapport aux événements, dans tout, en fait ; la patience et la persévérance sont la clé même de l’attitude du chrétien par rapport à tout ce qu’il rencontre, et par rapport à tout ceux qu’il rencontre.

Dans l’épreuve d’abord, c’est souvent ce à quoi on pense en premier. Dans l’épreuve, la patience est souvent la seule chose que l’on puisse dire : patience ! C’est parfois tout ce qu’on peut faire : patience, et confiance, savoir prendre le temps, et penser que cette réalité qui est là n’est pas tout, mais qu’il y a une possibilité de vie, d’espérance, de consolation ; donc nécessairement, la patience touche la notion d’espérance.

Ensuite, la patience est fondamentale, même dans notre vie concrète parce que ce peut être une qualité efficace. Dans notre vie, tout prend du temps : la croissance, pour un enfant, pour nous, le deuil prend du temps, on ne se remet pas d’une épreuve d’une minute à l’autre malgré toute la foi qu’on peut avoir. Cela on le trouve dans d’innombrables paraboles agricoles de l’Evangile où le Christ dit : le Royaume de Dieu est comme un grain qui pousse, comme un figuier qui grandit... Toutes ces paraboles montrent que quelque chose est planté, et qu’il faut attendre que cela grandisse pour porter du fruit. C’est sans cesse ainsi dans l’Ecriture, comme le vigneron qui s’occupe du figuier stérile, et qui dit à Dieu : attends, attends un peu, je vais l’arroser, mettre du fumier, l’an prochain il produira du fruit : Patience ! Sans arrêt : Patience !

C’est vrai cela ne nous plait pas beaucoup à nous ; on voudrait la foi tout de suite, on voudrait l’espérance immédiatement, on voudrait la consolation à l’instant-même où l’on prie, on voudrait que tout se passe tout de suite, mais le mot de l’Evangile, c’est « patience ! ».

Ou encore, dans le sens de la persévérance, il y a la parabole de l’ami importun, dans l’Evangile de Luc, avec cet homme qui vient frapper à la porte de son ami pour qu’il lui donne du pain, et finalement, l’ami ouvrira la porte après qu’il eut frappé, frappé, frappé, et le Christ dit : Frappez et l’on vous ouvrira, donc n’ayez pas peur de persévérer dans la demande. Cela aussi c’est l’Evangile, certainement, dans notre quête spirituelle, y a- t-il une dimension nécessaire de persévérance et de patience, il faut continuer, recommencer, reconstruire, se remettre à bâtir et toujours demander, redemander, ré-espérer et si 10 fois je tombe, 11 fois je me relèverai je ré-espèrerai et je redemanderai. C’est cela le commandement de l’évangile, et c’est vrai qu’il faut de la patience dans la construction de notre foi.

Et puis, également, il faut bien le dire, la patience, c’est souvent le meilleur moyen de lutter contre le mal en général : Tertullien qui est le grand théoricien de la patience, a une interprétation très belle de ce célèbre commandement du Christ : Si on te frappe sur la joue gauche, tend l’autre, il y voit une illustration de la patience, et il dit cette phrase extraordinaire « fatigue la méchanceté par ta patience ». Evidement je ne crois pas qu’il faille toujours bêtement tendre l’autre joue, mais peut-être qu’effectivement, le chrétien est appelé, non pas tant à partir en croisade contre la mal, mais à maintenir une sorte de constance du bien, jusqu’à ce que le mal se décourage ; c’est cela cette vertu extraordinaire de la joue droite, ne pas répondre au mal par le mal, mais répondre constamment au mal par le bien jusqu’à ce que le mal, de lui-même finisse par céder.


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Mais la patience, c’est même plus que cela encore parce la patience et la persévérance sont une façon d’être
fondamentale du croyant par rapport au monde et par rapport aux autres.

Vis-à-vis de l’autre, être patient avec son prochain, c’est accueillir l’autre, prendre le temps de l’écouter, le laisser agir, lui laisser la possibilité d’être, plutôt que de le bombarder de sa propre action. Patience, je le laisse être. Par rapport à l’autre, la patience est vraiment une forme de l’amour, parce que la patience c’est que je l’accueille, je le reconnais dans ce qu’il est, je lui donne le droit d’être, d’agir, même quand ce n’est pas conforme à ma volonté, et je l’accueille en tant qu’être, en tant que sujet, et c’est cela l’amour de l’Evangile.

Et je suis persuadé qu’il n’y a pas d’amour possible sans patience. Peut être que la patience est même la forme la plus tangible, la plus évidente de l’amour. L’Evangile nous dit : « il faut aimer son prochain », on est tous d’accord là dessus, et finalement personne ne sait ce que veut dire concrètement « aimer ». Tout ça est très vague, mais la patience, c’est concret, on voit bien ce que ça veut dire. Dieu lui-même montre sans cesse une infinie patience envers l’humanité et est une des plus belles manifestations de son amour pour nous.

Et je crois que c’est pareil pour les événements, quand on dit qu’il faut faire preuve de patience dans la vie, peut-être sommes-nous aussi invités par l’Evangile à avoir une relation d’amour, à aimer, non seulement les autres, mais aussi à aimer le monde, aimer notre histoire, aimer notre propre vie, cela veut dire accepter même le mal que nous subissons. Savoir faire preuve de patience dans les événements, c’est être capable de les intégrer. Ce qui nous fait du mal, c’est la façon que nous avons de nous raidir, de nous révolter contre le mal.

Le mal n’est mal que si on le prend mal, dit-on, et c’est vrai. Le mal, dès le moment où on l’intègre, dès qu’on l’accepte coule sur nous sans nous blesser. Et en même temps, cette patience ne vise pas à se résigner, il ne s’agit pas de cela. Il s’agit d’accepter les difficultés, et de les accueillir, sans se raidir, et d’être capables de persévérer, d’attendre en persévérant sur sa route et dans sa vie en sachant qu’on peut aller au-delà de cette épreuve, aller plus loin et la dépasser.

Bien sûr, parfois, il faut savoir se révolter, parfois il faut savoir lutter, bien sûr, il faut pouvoir, en tant que chrétien, parfois agir avec force ou violence, mais quand on n’y peut rien, à quoi ça sert de se révolter, quand on n’y peut rien... et il arrive trop souvent des événements des épreuves, des deuils qui nous laissent totalement impuissants, et devant eux, il ne sert à rien de se révolter, et dans ce cas là un seul remède : la patience.

Comme le Christ dans son procès qui est d’une patience extraordinaire, pourtant, Jésus n’était pas un mou, il a montré toute sa vie une sorte de violence même parfois choquante, mais Jésus a su faire preuve de patience... patience, accepter la chose, parce que accepter l’événement avec patience, c’est savoir au fond de soi-même que l’événement n’aura pas le dernier mot, c’est savoir au fond de soi-même qu’il existe une réalité au delà du mal qui nous assaille, une réalité au delà qui, elle, pourra vaincre, et qui, elle, sera la seule éternelle, c’est pourquoi la patience, si elle est indissociable de l’amour est aussi indissociable de l’espérance. Il n’y a pas de patience sans espérance, et pas d’espérance sans patience. Bien sûr, c’est la même chose, la patience, c’est tout à la fois l’amour et l’espérance.

 

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Et puis, je dirai autre chose enfin, c’est que jusqu’à présent on a vu cette patience comme une sorte de qualité qu’il faudrait essayer d’obtenir, une qualité efficace liée à l’amour et à l’espérance, mais je crois qu’elle est même plus que ça. La patience a une valeur éternelle, comme l’amour, la patience que nous avons dans notre vie est quelque chose qui donne une richesse intrinsèque à notre existence et à notre être, la patience c’est en soi une sorte de valeur aimée par Dieu et qui, quand elle est dans une vie, charge cette vie d’un poids de gloire et d’éternité.

Et si on en revient aux souffrances, dans la tradition populaire, à ceux qui souffrent et qui ne peuvent rien faire d’autre que de souffrir, on disait: « vous pouvez offrir vos souffrances aux âmes du purgatoire », cette idée est assez difficile à admettre pour un esprit protestant, mais quelle est alors la réponse évangélique à la question de la souffrance, pour ceux qui ne peuvent rien faire d’autre que de souffrir ? Et bien ce qu’on leur dit c’est : patience ! Et cette patience dont ils peuvent faire preuve est un trésor de l’humanité, c’est une valeur en soi.

Dans une vie, tout passe, mais on sait que l’amour demeure, et que c’est l’amour qui a été vécu dans une vie qui reste et qui donne la consistance de la vie éternelle, je crois que la patience, fait partie de ces valeurs éternelles. La patience, c’est une grandeur, une chose extraordinaire qui est aimée en tant que telle par Dieu et qui est une richesse, une gloire de l’humanité, une gloire de la création. La patience, en elle-même, est une qualité essentielle, c’est une valeur en soi, et il n’y a pas de nécessité que la patience conduise concrètement à quelque chose comme une guérison, la patience en soi est quelque chose de formidable et d’essentiel.

Peut être aussi parce qu’il n’y a pas de patience sans la foi, sans penser qu’il y a une autre dimension qui est celle de l’esprit, celle de l’amour, celle de Dieu, et que toute cette dimension matérielle et ma souffrance- même sont des choses terrestres et passagères, certainement cette patience n’est possible que dans la foi, dans l’espérance et dans une certaine forme d’amour, et je crois que c’est justement la patience qui ouvre à une autre dimension.

Et puis dans l’Apocalypse, au chapitre 6, il y a cette histoire incroyable, de ceux qui crient à Dieu en disant : rends-nous justice, nous avons souffert, et l’Esprit leur dit : voilà, je vous donne des robes blanches, et maintenant, attendez ! J’ai toujours trouvé cela très étonnante cette réponse de l’Esprit : on leur dit : patientez. Mais ce « patientez », ce n’est pas comme pour faire attendre dans la salle d’attende du dentiste, mais c’est pour dire : maintenant que vous avez souffert, que vous avez donné votre vie, que vous avez tout fait pour le monde, il y a encore une chose extraordinaire que vous pouvez faire, c’est d’attendre, de faire preuve de patience, c’est l’ultime volonté de Dieu à notre égard.

Et cela, c’est une chose essentielle, que l’on peut dire aussi à certaines personnes qui souffrent en pensant : « je ne peux plus rien faire pour les miens », et bien si ! Vous pouvez faire beaucoup, vous pouvez d’abord les aimer, et vous pouvez apprendre à faire preuve de patience et cela, c’est une très grande chose, parce que c’est une forme de l’amour. C’est un témoignage de foi et d’espérance.

Ainsi, la patience, c’est tout à la fois ce qui précède et ce qui suit la foi. Il faut de la patience pour obtenir la foi, et la foi nous rend patients, vis-à-vis de nous, vis-à-vis des autres, vis-à-vis de Dieu. Notre siècle n’aime pas ces choses là, aujourd’hui, il faut que tout aille vite, tout, tout de suite, mais justement, rien ne fonctionne ainsi dans la nature humaine, et il faut peut-être que dans cette vie matérielle qui nous entraîne à tout vitesse, nous sachions garder une place pour le temps, pour la patience, pour l’amour, pour la construction.

Par la patience, certainement que notre être passager et pressé peut faire l’expérience de l’éternité, l’expérience de l’accueil de l’éternel et devenir capable d’apprendre à accueillir ce qui touche à l’éternel, C’est par l’apprentissage de la patience, l’accueil de la patience que nous témoignons de ce qui est le plus essentiel dans la vie, et que nous apprenons à accueillir Dieu qui, lui, est patient et éternel.

 


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