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Devant Dieu


François Chirpaz

 

 

Éd. L’Harmattan

182 pages – 18 €

 

 

Gilles Castelnau

 

28 novembre 2014

François Chirpaz est philosophe et il s’intéresse à la religion. Il publie ici 9 articles ou conférences :

Devant Dieu, l’homme
La parole de prière
La foi et la conviction
Entendre ce qui fait signe
Scandale du mal, défi à l’espérance
La vie réconciliée
La religion naturelle
Démarche spirituelle et référence à Dieu
Nommer Dieu ?

Son style n’est pas difficile à suivre, sa conception de Dieu et de la spiritualité n’est inféodée à aucune religion particulière. Certains y trouveront un rafraichissement, d’autres trop de froideur et de distance.

Voici deux passages de ce livre :

 

page 124

La religion naturelle


La religion naturelle dans ses thèmes essentiels

Si cette forme de la religion s'oppose aux religions révélées, à proportion de la part de superstition que véhiculent ces dernières, cette attitude est pourtant religieuse et elle se veut telle. Ainsi pour un Rousseau, le pacte social ne peut se passer d'une religion car la religion est nécessaire aux hommes. Le chapitre 8 du livre 4 du Contrat social articule deux thèmes.

D'une part, le christianisme est et doit être pour l'État une religion suspecte : « Une société de vrais chrétiens ne serait plus une société d'hommes. » En effet, cette religion « loin d'attacher les cœurs des citoyens à l’État, elle les en détache comme de toutes les choses de la terre ; je ne connais rien de plus contraire à l'esprit social (...). Le christianisme est une religion toute spirituelle, occupée uniquement des choses du Ciel ; la patrie du chrétien n'est pas de ce monde ». Mais, d'autre part, il n'en reste pas moins que « jamais État ne fut fondé que la religion ne lui servit de base (...). La religion considérée par rapport à la société, qui est générale ou particulière, peut aussi se diviser en deux espèces, savoir la religion de l'homme et celle du citoyen. La première sans temples, sans autels, sans rites, bornée au culte purement intérieur du Dieu suprême et aux devoirs éternels de la morale, est la pure et simple religion de l'Évangile le vrai Théisme, et ce qu'on peut appeler le droit divin naturel ».

Elle est l'expression de la seule raison
Ce qui fait la force de cette religion naturelle est cela même qui lui accorde une prééminence au milieu de toutes les autres religions et lui confère une autorité qui la rend indiscutable : elle est l'expression de la seule raison et elle ne doit rien à l'histoire. Je choisirai quelques références croisées pour en indiquer la tonalité.

Montesquieu : « Il n'est pas impossible d'attaquer une religion révélée parce qu'elle existe par des faits particuliers et que les faits, par leur nature, peuvent être matière de dispute. Mais il n'en est pas de même de la religion naturelle : elle est tirée de la nature de l'homme, dont on ne peut pas disputer, et du sentiment intérieur de l'homme, dont on ne peut pas disputer encore. »

Diderot, dans le temps où il se réclame de cette religion, avant de devenir résolument athée, ainsi qu'il l'exprime dans L'interprétation de la nature. « Cette religion est préférable à toutes les autres, qui ne peut faire que du bien et jamais de mal. Or, telle est la loi naturelle, gravée dans le cœur de tous les hommes. Ils trouveront tous en eux-mêmes des dispositions à l'admettre, au lieu que les autres religions, fondées sur des principes étrangers à l'homme et par conséquent nécessairement obscurs pour la plupart d'entre eux, ne peuvent manquer d'exciter des dissensions. D'ailleurs il faut admettre ce que l'expérience confirme. Or, il est d'expérience que les religions révélées ont causé mille malheurs, armé les hommes les uns contre les autres, et teint toutes les contrées de sang. Or, la religion naturelle n'a pas coûté une larme de sang. »

Voltaire : « La religion est la voix secrète de Dieu, qui parle à tous les hommes; elle doit tous les réunir, et non les diviser ; donc toute religion qui n'appartient qu'à un peuple est fausse. La nôtre est dans son principe celle de l'univers tout entier ; car nous adorons un Etre suprême comme toutes les nations l'adorent, nous pratiquons la justice que toutes les nations enseignent, et nous rejetons tous ces mensonges que les peuples se reprochent les uns aux autres. (...) Celui qui pense que Dieu a daigné mettre un rapport entre Dieu et les hommes, qu'il les a faits libres, capables du bien et du mal, et qu'il leur a donné à tous ce bon sens qui est l’instinct de l'homme, et sur lequel est fondée la loi naturelle, celui-là sans doute a une religion ; et une religion beaucoup meilleure que toutes les sectes qui sont hors de notre Église, car toutes les sectes sont fausses et la loi naturelle est vraie. Notre religion révélée n'est même et ne pouvait être que cette loi naturelle perfectionnée. Ainsi le théisme est le bon sens qui n'est pas encore instruit de la révélation, et les autres religions sont le bon sens perverti par la superstition. »

Rousseau : « Vous ne voyez dans mon exposé que la Religion naturelle. Il est bien étrange qu'il en faille une autre ! Par où connaîtrai-je cette nécessité ? De quoi puis-je être coupable en servant Dieu selon les lumières qu'il donne à mon esprit et selon les sentiments qu'il inspire à mon cœur ? Quelle pureté de morale, quel dogme utile à I ‘homme et honorable à son auteur puis-je tirer d'une doctrine positive que je ne puisse tirer sans elle du bon usage de mes facultés ? Montrez-moi ce qu'on peut ajouter pour la Gloire de Dieu, pour le bien de la société et pour mon propre avantage aux devoirs de la loi naturelle, et quelle vertu vous ferez naître d'un nouveau culte, qui ne soit pas une conséquence du mien ? Les plus grandes idées de la divinité nous viennent par la raison seule. Voyez le spectacle de la nature, écoutez la voix intérieure. Dieu n'a-t-il pas tout dit à nos yeux, à notre conscience, à notre jugement ? Qu'est ce que les hommes nous diront de plus ? Leurs révélations ne font que dégrader Dieu en lui donnant les passions humaines. »

 

 

page 141

Démarche spirituelle et référence à Dieu

L’homme intérieur

Cette profondeur où l'être humain se fait attentif à la part vive de son être. Ce qui ne s'atteint que par cette rentrée en soi- même à quoi Rousseau invite, à la suite de st Augustin. Avec cette différence que l'invite que fait Augustin est en vue de rencontrer la présence du Maître intérieur qui est le Christ lui-même, alors que celle de Rousseau est en vue d'entendre, là, la voix de la conscience.

Un tel retour à soi est une constante dans notre culture d'Occident. Je ne voudrais, ici, n'en retenir que deux des figures majeures. D'une part, dans l’inspiration stoïcienne, avec Marc-Aurèle et d'autre part, dans le christianisme, avec Augustin.

Dans le souci de tracer la figure de l'homme qui vit selon la sagesse, la tradition stoïcienne a largement emprunté à Socrate et à Aristote. Mais elle y a ajouté l'accent porté sur la singularité humaine. Marc-Aurèle, l'homme qui tient à consigner ses méditations dans le texte que nous connaissons sous le nom de Pensées est un homme singulier en souci de son âme. Attaché, par conséquent, à ne pas céder à la séduction des passions qui le font se divertir dans les choses du monde en privilégiant le seul moment présent.

Un tel souci de soi est invite à conduire sa vie sous l'autorité de la raison pour demeurer et vivre dans la rectitude. Ce qui va, dans la suite du temps, devenir pratique assidue de l'examen de conscience, cette façon de juger ses propres actions du jour passé au tribunal de la raison.

L'autre grande figure de cette histoire est Augustin, dans la tradition ouverte par l'esprit de l'Evangile et dont témoignent les Confessions. Pour lui, vivre dans cet esprit est faire retour à soi, mais en vue d'y rencontrer le Maître intérieur, plus intérieur à moi que moi-même. Dieu n'étant pas le maître de l‘univers, celui qui est à l'origine du monde, ainsi que le répètent, à satiété, les amis de Job, mais le tout proche, celui à qui l'âme peut s'adresser en toute confiance.

Tel est le sens de la confession, ainsi que l'entend Augustin : « Laisse-moi parler devant ta miséricorde ; moi qui suis terre et cendre, laisse-moi pourtant parler car voici que je m'adresse à ta miséricorde et non pas à l'homme qui rirait de moi, c'est à elle que je parle. Et toi aussi, peut-être tu ris de moi ; mais tourne-toi vers moi et tu auras pitié » (Confessions, I, VI, 7).

Nous sommes, là, en présence de deux des sources majeures de la spiritualité, en Occident. L'une, la tradition stoïcienne, fait porter l'accent sur la vigilance indispensable à qui entend prendre réellement souci de son âme. Et, ce, en invitant à la pratique de l'examen de conscience. Souci de soi ou souci de son âme est ce soin constant en vue de ne pas céder aux banales sollicitations passagères, mais de se tenir à la hauteur de sa propre humanité. Ce qui veut dire conduire sa vie sous l'autorité de la seule raison.

L'autre, née dans le sillage de l'Évangile et dont Augustin représente l'une des grandes figures, fait porter l'accent sur la proximité de l'homme et de Dieu à qui, comme l'y invite le Christ lui-même, elle ose donner le nom de Père. Formule de prière exemplaire parce qu'elle fait se croiser l'hommage de l'homme à Celui qu'elle désigne comme Père et invite faite à Dieu de conserver souci de l'homme. Le cheminement stoïcien est, certes, différent de celui indiqué par Augustin. Mais ils convergent, l'un et l'autre, vers cet intérieur présent en tout être humain, là où ce dernier prend la mesure de la dimension spirituelle de son être propre.

 


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