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C’est sa faute, c’est sa faute,

c’est sa très grande faute

 

 

Daniel Laguitton

 

Voir aussi Daniel Laguitton :

La Souffrance

Que cette coupe sʹéloigne de moi... sauf si elle sert

 

30 septembre 2014

Les tirades de Dostoïevski et de Camus face à la souffrance des enfants sont bien connues et les pages qui ont été écrites pour tenter de concilier l’image d’un Dieu tout puissant et aimant avec la réalité incontournable de la souffrance sous toutes ses formes rempliraient sans doute les rayons d’une grande bibliothèque. Je ne les ai, bien évidemment, pas toutes lues, mais, au risque de répéter ce qui a été déjà écrit, je vais tenter de formuler ici MA réponse à cet important dilemme.

Le point commun de toutes les tentatives de concilier l’existence d’un Dieu amour avec la souffrance est, qu’on accepte ou qu’on réfute l’existence d’un tel Dieu, d’en faire un personnage anthropomorphe doté des mêmes attributs émotionnels et moraux que celui ou celle qui s’interroge face à la souffrance. La confrontation se trouve donc très rapidement réduite à l’apparente incompatibilité de l’amour et de l’imposition de la souffrance à des innocents ou de la simple « autorisation » de cette souffrance par un être tout-puissant.

À mon humble avis, là est l’erreur, car pour moi ce Dieu créé à l’image de l’homme est une idole ou un bouc émissaire purement imaginaire et qui offre, certes, certains avantages lorsqu’il sert d’interlocuteur à l’homme confronté au Mystère, mais a également l’inconvénient de servir à toutes sortes d’autres manipulations moins bénéfiques comme le fanatisme religieux et ses multiples facettes pathologiques et mortifères.

Le Dieu auquel je crois, si tant est que j’ose, pour le besoin du discours, affubler la source de vie en laquelle je crois de ce nom ou d’un quelconque article défini, pronom personnel ou genre grammatical, est, « simplement dit », le réel irréductible et insaisissable. J’appelle Dieu la substance et l’essence même du cosmos et son élan créateur et je ne saurais pas davantage l’encapsuler dans une image que mon œil n’est capable de saisir une image intégrale du cosmos ou de mon « simple » corps tout entier et encore moins de lui-même. Un Dieu imaginaire naît avec la naissance de mon imagination. Un Dieu innommable englobe ma capacité même de l’imaginer et n’est vraiment entier que si je cesse d’exister en tant qu’inquisiteur réducteur de Dieu. En un sens, encapsuler Dieu dans un personnage créé de toutes pièces par les facultés mentales dont je jouis, revient à détourner une parcelle de sacré pour usage personnel, ce qui est la définition même du sacrilège, à la lettre, un vol d’objet sacré.

Pour en revenir à la souffrance des innocents (et à celle de leurs tortionnaires, car elle existe aussi, bien que sous des formes trompeuses), tout discours contestataire de Dieu face à cette souffrance se déroule nécessairement dans l’antre du voleur sacrilège qui négocie et argumente avec son trophée ou avec un trophée dont il a honte et qu’il rejette. Lorsque la souffrance des « innocents » est examinée dans le contexte d’un Dieu insondable et inaccessible aux facultés mentales de l’homme, elle ne nécessite aucune recherche de responsabilité divine. L’expérience que je nomme souffrance « est », un point, c’est tout. Et si elle me bouleverse en labourant mon être, au lieu d’investir mon énergie vitale à blâmer une statue ou une icône pour cette souffrance, ou encore à en marchander la délivrance, il me semble que je ferais mieux de l’investir dans des actions ou des gestes qui vont dans le sens d’une réduction de la souffrance des innocents, pourvu que je n’exige pas, ce faisant, de pouvoir mesurer enpersonne l’effet bénéfique de mes gestes et de mes actes ou en être récompensé. Tant mieux si cet effet bénéfique devient manifeste, mais cela ne doit pas être une condition pour agir.

Tout comme il est vrai que nul homme n’est une île et que toute mort, ne serait-ce que la mort d’une mouche, emporte une partie de moi-même et fait sonner le glas d’un de mes milliards d’enterrements quotidiens, il est également vrai que toute souffrance d’homme me fait souffrir et me transforme comme toute joie me réjouit et me transforme également.

Et Dieu dans tout cela? Eh bien, Dieu, tel que je l’entends (et parfois ne l’entends plus!), se transforme aussi dans la souffrance et dans la joie que je perçois. En fait, Dieu, tel que je le conçois, est l’essence même de l’impermanence et de la transformation. Il est le courant de la rivière dont je suis goutte d’eau ou poisson. Comment pourrais-je lui demander des comptes lorsqu’une goutte semble quitter la rivière en s’évaporant pour devenir cumulus de beau temps ou ouragan tropical? Comment pourrais-je lui demander des comptes lorsqu’un requin fidèle à l’impulsion vitale dévore un banc de maquereaux? Et si l’on me demande de situer la Bible dans tout cela, loin de la reléguer au rang des enfantillages idolâtres et dangereux qu’elle peut être dans des mains sacrilèges, je la résumerais en lisant la réponse de Dieu à Job, véritable allégorie du KO technique qui attend l’homme confronté à la souffrance qui argumente avec l’insondable puissance du Mystère cosmique : « Où étais tu quand... ? » « Est-ce toi qui... ? » Ironiques réflexions, sur les lèvres de Dieu, des questions que pose l’homme sacrilège en détresse à son idole : « Où étais tu quand... ? » « Est-ce toi qui... ? » Je ne crois pas en un Dieu qui serait ainsi un miroir de l’homme et j’adhère, en ce sens, à la boutade de Voltaire : Si Dieu nous a faits à son image, nous le lui avons bien rendu ».

C’est tout. Un enfant souffre? Je pleure si les larmes montent et, si je le peux, je pose un geste de consolation. Une fourmi se noie? Si je le peux, je lui tends un brin d’herbe.

Être et agir, oui; exister et expliquer, non merci.

 

 


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