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« La femme adultère »

ou « tu ne jugeras pas »


à propos de Jean 8, 1-11

 


Michel Leconte

 

Pentecôte 2014

Le « va, et désormais ne pèche plus » mis dans la bouche de Jésus au verset 11 semble condamner l’adultère et inviter à une conduite morale. Ce passage de Jean est interprété comme une parole sur le péché et le pardon : l’adultère est un péché mais Jésus pardonne.

Ce n’est pas là, à mon avis, la pointe de cette péricope et ce qui est remarquable dans cet épisode. C’est mal la comprendre que l’interpréter ainsi. Il s’agit en fait, essentiellement, d’un acte et d’une parole performative de libération de la part de Jésus. Jésus délivre la femme de ses accusateurs et, une fois seul avec elle, il la délivre de sa propre culpabilité en lui disant « Moi non plus, je ne te condamne pas : va »

La femme est alors libre d’aller, de vivre, parce que libérée du jugement d’autrui et de son propre jugement. Ce « va » de Jésus est semblable au « déliez-le et laissez-le aller » dans l’épisode de la résurrection de Lazare. La vraie vie peut advenir. Aussi, peut-on dire que Jésus a vraiment ressuscité la femme en la libérant de ses accusateurs et de son auto- accusation. Ce faisant, elle est libre pour une vie nouvelle.


Cette scène dite « de la femme adultère » est bien mal nommée car mettre en avant l’adultère de la femme, c’est prendre le point de vue de ses accusateurs, ardents défenseurs de la Loi et des bonnes mœurs. En fait, dans cette scène, l’accusé principal n’est pas la femme mais Jésus avec son message de bonté et de miséricorde. Par contre, sur cette femme, nous ne savons rien. Elle est certes adultère au regard de la Loi, mais qui peut dire qu’elle a péché contre l’amour ? Ce serait déjà lui jeter la pierre...
En ne condamnant pas cette femme, Jésus conteste radicalement la Loi de Moïse ou, du moins, le rôle mortifère qu’on lui fait jouer : elle écrase les humains et exerce sur eux une violence meurtrière. Comment cette loi peut-elle être divine si elle ordonne de tuer à coup de pierres les amants adultères ?


En tirant un enseignement moral de cette péricope, on en détourne le sens profond. Ce que Jésus veut faire comprendre à ses auditeurs, ce n’est pas qu’ils ne doivent pas pécher, mais qu’ils ne doivent pas accuser, qu’ils ne doivent pas juger ni, à fortiori, condamner. L’impératif absolu devient : « tu ne jugeras pas », « tu ne condamneras pas ». Ce sont les hommes qui accusent la femme qui sont, pour Jésus, vraiment inhumains. Toutefois, Jésus ne les condamne pas non plus...

L’enseignement de Jésus ne porte pas sur le péché d’adultère mais sur celui, infiniment plus grave à ses yeux, de l’exclusion morale, du jugement d’autrui par l’usage pervers de la Loi. Le problème avec la loi et la morale, c’est qu’elles peuvent avoir des effets maléfiques à l’égard d’autrui. Le critère proposé par Jésus pour justifier la loi est son exposition à l’autre comme fondement de la responsabilité. La loi est légitime si elle tient compte de ses effets sur autrui. Lorsqu’on l’absolutise sans tenir compte d’autrui, la loi devient perverse et meurtrière, elle sert à s’auto-justifier en accusant autrui ; c’est ce qui se passe dans cette scène.

Jésus, d’ailleurs, ne prononce aucune parole de pardon et la femme, aucune parole de repentance. Jésus lui dit seulement « je ne te condamne pas. » Cette parole est la chute finale qui vient clore la péricope. Le « désormais ne pèche plus » me paraît être une addition du rédacteur final qui ne respecte pas le sens de l’enseignement de Jésus et n’a pu s’empêcher de donner à Jésus un ton moralisateur.

En disant cela, j’ai conscience que mon opinion risque fort de paraître suspecte aux yeux des moralistes. Cependant l’exégète allemand Dieter Lürhrmann a souligné que dans « dans la version la plus ancienne de la péricope, qui a été révélée par le Commentaire de l’Ecclésiaste de Didyme l’Aveugle, retrouvé à Toura, cette exhortation finale de Jésus manque. » Enrico Norelli, qui cite Lürhrmann, évoque l’hypothèse selon laquelle « la finale de la péricope de la femme adultère appartient à une étape relativement tardive du développement de ce récit » (1).
Il est remarquable de noter qu’après avoir délivré la femme de la violence des accusateurs, Jésus devient lui-même l’objet de cette violence car les pharisiens exaspérés « ramassèrent alors des pierres pour les lui jeter » (Jn 8, 59)...  Jésus finira sur la croix.

« Il a porté, lui, les fautes des foules et pour les pécheurs, il vient s’interposer. » (Esaïe 53, 12)  Ainsi Dieu désarme les accusateurs...

 

_______________

 

(1) : E Norelli, Le papirus Egerton 2 et sa localisation dans la tradition sur Jésus, dans Jésus de Nazareth. Nouvelles approche d’une énigme, pages 415, 416.

 


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